Travail : Jeunesse sacrifiée, jeunesse révoltée

7 juin 2012 by  
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La question de la jeunesse en France est plus que préoccupante. Jamais les jeunes n’ont été aussi délaissés qu’aujourd’hui : nous avons du mal à trouver un logement décent et un travail stable et bien rémunéré. En moyenne, un jeune quitte le foyer familial à 27 ans. C’est aussi à cet âge que l’on obtient son premier CDI.

pole-emploi-01Au nom d’une crise créée de toutes pièces par le patronat et les grands pontes de la finance,  ces derniers se permettent d’attaquer droits et acquis des salariés sous prétexte de relancer leur économie.

La lente destruction du travail

Dans le monde du travail, le patronat accroît la concurrence entre les salariés en y intégrant de nouvelles formes de travailleurs : les stagiaires et les apprentis font d’ores et déjà partie intégrante de la production dans l’entreprise. On leur demande de faire le même travail qu’un salarié qualifié alors qu’ils ne devraient qu’être en observation ou en formation. Tout bénef’ pour le patron qui, exonéré de payer des cotisations, s’offre des « travailleurs » peu ou pas rémunérés.

Avec 24% de jeunes chômeurs en France, la concurrence entre salariés est d’autant plus rude. Si on est en désaccord avec les décisions de l’entreprise, on nous fait comprendre qu’il y a du monde qui peut prendre notre place. Cette armée de réserve du patronat permet de faire pression pour allonger les horaires, geler les salaires. En effet, les contrats intérim et CDD sont devenus la norme pour la première embauche, et cela dure sur plusieurs mois voire plusieurs années. On assiste en fait à la destruction méthodique de l’ensemble des acquis sociaux ainsi que de la stabilité  professionnelle.

Sortir les jeunes des sous-sols du travail

Comment mettre un terme à cette situation qui transforme petit à petit chaque salarié en chair à pognon pour les actionnaires ? Pour faire du CDI la norme dès la première embauche il faut empêcher le recours systématique et abusif aux contrats précaires dans l’entreprise. Ainsi, il faut très vite faire progresser les statuts des stagiaires et des apprentis. Sans droits et sans voix, ils produisent de la richesse en travaillant quasi gratuitement. Jeunes en formation, il faut faire progresser leur rémunération, encadrer leur travail et surtout contrôler les pratiques des entreprises.

Au-delà, alors que Pôle Emploi croule sous le nombre de cas à traiter, il faut repenser complètement l’insertion dans l’emploi. Pour sortir de la suspicion permanente d’assistanat faite à chaque chômeur un véritable service public de l’emploi doit proposer un suivi personnalisé pour chaque personne qui s’y présente tout en garantissant à celle-ci des conditions d’existence pour ne plus se soumettre à la précarité ou aux formations sans qualification.

Jérôme GRATCHOFF

FEMMES ET EMPLOI : LA TRIPLE PEINE

21 février 2012 by  
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Loic 1S’il est un domaine où les femmes sont victimes de discriminations, c’est bien au travail. La situation est telle que l’on peut parler de triple peine. Les femmes sont utilisées comme une variable d’ajustement pour diminuer le fameux « coût du travail ».

Les femmes occupent massive- ment les emplois précaires en France : 80% des temps par- tiels. Il s’agit souvent d’une situation subie car les salariées concernées souhaiteraient exercer un métier à plein temps. A compétence égale, leur salaire est en moyenne inférieur de 21% à celui des hommes.

Premières victimes de la crise

Les catégories de salariés les plus précaires sont les premières à subir les licenciements. Parmi celles-ci, encore les femmes. Elles représentent 51% des chômeurs mais elles sont plus nombreuses dans les catégories de chômeurs de longue durée (743 000 contre 660 000 pour les hommes). Pour une femme, l’indépendance semble être un rêve lointain car le travail rime avec précarité.

Les clichés ont la vie dure… Si elles occupent les positions les plus basses, cela s’explique par la persistance des préjugés sur le rôle des femmes dans la société. Récemment, deux enquêtes ont montré les discriminations à l’embauche dont elles sont victimes. Au printemps 2011, un premier bilan sur le CV anonyme révèle que de nombreux employeurs refusent d’embaucher des femmes. Lorsque l’état-civil n’est pas affiché, leurs chances d’être reçues en entretien sont multipliées par 10.

Le sexe premier facteur de discrimination dans le monde du travail

D’après une enquête réalisée pour l’Organisation Internationale du Travail, non seulement à l’embauche mais aussi dans leur carrière, les femmes sont largement discriminées. C’est devenu le premier critère de discrimination au travail. 25% des discriminations vécues le sont en raison d’une grossesse ou d’une maternité et 23% en fonction du sexe. La raison ? Jugée « incapable ou incompétente », le projet professionnel d’une femme relève du parcours du combattant. Le choix se fait alors entre vie personnelle et carrière professionnelle. Si elles ont des enfants, les femmes sacrifient souvent leurs carrières au pro- fit de leur conjoint. C’est d’ailleurs souvent un argument pour développer le temps partiel chez les femmes : elles doivent pouvoir s’occuper des tâches domestiques. On en revient à l’idée de « salaire de complément » du début du XXe siècle…

Les femmes font toujours la majorité des tâches ménagères, à tel point qu’on peut parler de double journée de travail. Du matin au soir, du foyer au travail, l’exploitation est partout. En plus, ces carrières irrégulières conduisent à des retraites moins importantes (600 euros en moyenne), une situation aggravée par la réforme de 2010.

Il reste donc beaucoup de chemin à faire pour aller vers l’égalité réelle. De nombreux droits restent à conquérir. Pour qu’être parent ne soit pas pénalisant, il faut investir dans un service public de la petite enfance et permettre aux deux parents de profiter de leur enfant sans être sanctionné immédiatement ou pour la suite de leur carrière. L’égalité salariale doit être inscrite dans les conventions collectives. Enfin, les différents contrats précaires doivent être transformés en contrats stables. En s ‘attaquant à la précarité de la moitié des travailleurs, on améliore le quotidien de tous. Comme quoi, l’égalité des sexes est l’affaire de tous !

Nordine Idir

Travail, Formation… Nous, c’est l’égalité!

21 février 2012 by  
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ÉRADIQUER TOUTES LES DIVISIONS ET DISCRIMINATIONS

En France, on dirait qu’à chaque jour suffit sa haine. Un jour, tous les chômeurs sont accusés d’être des fainéants qui ruineraient le pays, le suivant ce sont les étrangers qui menaceraient nos valeurs, nos emplois, nos familles. Pendant que le gouvernement garantit les milliards de ses copains patrons et banquiers, certains de ses ministres ont pour seule mission que nous dresser contre nos voisins.

Ils sèment la haine et menacent le vivre ensemble pour masquer l’exploitation. C’est une atteinte profonde à l’égalité des femmes et des hommes car étudier, travailler, se déplacer n’ont aucun rapport avec la nationalité, le sexe, l’origine ou la couleur de peau. Nos différences ne sont pas des obstacles ! L’émancipation de chacun, notre épanouissement, dépasser les contraintes et les oppositions du quotidien, c’est permettre l’émancipation de tous. Disposer de son corps notamment pour les jeunes filles par l’accès à la contraception, la régularisation de tous les sans-papiers, le droit de vote et d’éligibilité des résidents étrangers, travailler sur les représentations qui créent la violence et les discriminations envers les femmes, les homosexuels, les immigrés, condamner sans faiblir tous les propos racistes. Tout cela, c’est renouveler, redonner du sens à l’égalité et à la fraternité. C’est -avancer vers une citoyenneté pleine et entière dans tous nos lieux de vie. Pour que l’égalité soit une réalité pour tous, tous les jours et ne reste pas lettre morte dans un texte de loi.

Léo Giap

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ÉRADIQUER LA PRÉCARITÉ !

La logique capitaliste impose à l’ensemble de la jeunesse une période de précarité avant, peut-être, une insertion professionnelle durable. En moyenne l’accès à un emploi stable a lieu aujourd’hui à partir de 27 ans en France.

Alors la jeunesse, au lieu d’être synonyme de découverte, d’émancipation, de construction personnelle et collective, se réduit à la période où s’impose la loi du « chacun pour soi ». Contrainte de se faufiler au travers des sélections tout au long de l’éducation, la vie, ou plutôt la survie, s’organise autour de stratégies d’adaptation à la précarité et à l’austérité.

Faire progresser les droits de tous les salariés

Dans cette campagne électorale, le débat est ouvert : faut-il poursuivre cette logique ? Faut-il encore inventer des nouveaux contrats spécifiques aux jeunes ? Jusqu’ici, plus les jeunes sont sortis du droit commun, plus leur situation s’aggrave et plus celle de l’ensemble des salariés régresse.

Dans les faits, les stages et l’alternance ont massivement été détournés de leur vocation. Il faut leur redonner tout leur sens pédagogique et concrétiser les engagements de tutorats et de formation. Le recours systématique et abusif aux CDD et à l’intérim peut être enrayé dans les entreprises. Le défi est bien de sortir les jeunes de leur situation de faiblesse face aux employeurs (« accepte un stage ou va voir ailleurs »). Or, leur garantir des ressources pour vivre, éradique du même coup l’obligation d’accepter n’importe quelles conditions pour survivre ou étudier.

Estelle Brousse

LA RÉUSSITE DE TOUS, UNE NOUVELLE AMBITION

Suppressions de postes, fermetures de filières, classes surchargées, répression ou intimidation des lycéens qui s’engagent : pour le gouvernement, l’éducation doit être soumise aux intérêts des entreprises. Comme pour la réforme des universités, les financements diminuent et les entreprises dictent les programmes.

Résultat : les inégalités sont renforcées et de nombreux jeunes arrêtent les études faute d’argent.

4 priorités pour tout changer

Pour sortir l’école des inégalités, 4 priorités sont incontournables: former tout le monde dans de bonnes conditions, permettre à chacun de choisir son parcours y compris grâce une allocation pour ne plus être contraint de bosser en même temps que ses études, développer l’intervention des élèves et étudiants dans leur formation et la vie de leur établissement tout au long de leurs études, développer la qualité des contenus des enseignements et varier les formes de diffusion des savoirs. Il faut aussi que soient respectés tous les droits des jeunes en formation professionnelle.

Ça change quoi, concrètement ?

Ça permet à chacun de ne pas s’orienter à l’aveuglette ou sans avoir le choix, de réussir ses études sans être en concurrence avec les autres, de développer son esprit critique et d’accéder à un travail épanouissant et justement payé. C’est sûr que la droite et le patronat ne souhaitent pas vraiment que les jeunes décident de leur avenir…

Linda Guardiola

Rencontre avec un jeune syndicaliste Sénégalais

6 octobre 2011 by  
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ujdanNous avons rencontré Hamet Bouya Fall, un jeune syndicaliste sénégalais de 35 ans. Originaire de la ville de Pikine dans la banlieue de Dakar, il est membre de l’Union de la Jeunesse démocratique Alboury N’diaye (UJDAN) également adhérant du Parti de l’Indépendance et du Travail (PIT). Pour nous expliquer la situation, il nous parle de son parcours et des luttes qu’il mène dans son pays.

Avant Garde : Pourrais-tu nous parler de ton parcours en quelques mots ?

Hamet Bouya Fall : Mon parcours scolaire a très vite été arrêté à cause du coût des études. Cependant, je suis allé travailler et j’ai été formé au métier d’électromécanicien dans des garages de rue. J’ai travaillé à la SONACOS entre 2003 et 2008, une entreprise nationale fabriquant de l’huile d’arachide. Je travaille actuellement au port de Dakar. C’est là-bas que j’ai découvert le quotidien des jeunes travailleurs, c’est ce qui m’a poussé à m’engager au sein de l’Union Démocratique des Travailleurs du Sénégal (UDTS), syndicat majoritaire sur le port, j’ai été élu Délégué du Personnel titulaire.

Avant Garde : Quels sont les principaux enjeux et objectifs de l’UJDAN en ce qui concerne les jeunes travailleurs ?

Hamet Bouya Fall : Notre action envers les jeunes travailleurs se décline en plusieurs volets. Tout d’abord, il faut savoir qu’il y a un fort taux de chômage de la population juvénile au Sénégal. Notre responsabilité est donc d’aider les jeunes dans leur orientation, de les sensibiliser au code du Travail et à leurs droits. L’objectif est également d’exposer l’intérêt de la syndicalisation et de son potentiel, ainsi que le rôle des délégués du personnel. La situation des jeunes est plus que précaire, ils se retrouvent très tôt à devoir soutenir leur famille. Fils de paysans pour beaucoup d’entre eux, ils se retrouvent à aller travailler sans aucun diplôme et aucun moyen de mettre en valeur leurs compétences car il n’y a aucune politique d’insertion ou de réinsertion. Les jeunes qui vivent l’exode rural se retrouvent dans les plus grandes villes à essayer de se débrouiller en devenant vendeur ambulant ou journalier. Les journaliers peuvent travailler pendant 10 ans sans contrat à durée indéterminée, sans couverture maladie et sans cotisation à la retraite. Pourquoi n’existe-t-il pas un outil de formation étatique ? Il y a bien le Fonds National de Promotion de la Jeunesse (FNPJ) mais il ne profite qu’aux jeunes proches du Parti Démocratique Sénégalais, le parti d’Abdoulaye Wade. J’ai moi-même fait l’expérience d’un projet d’entreprise mais cela n’a pas fonctionné, ils m’ont ignoré. L’immigration illégale est parfois un espoir pour beaucoup de jeunes mais qui peut se finir tragiquement. Les visas et les bourses d’études sont également réservés aux gens proches du pouvoir. Il y a nécessité de lutter et dénoncer cette grave situation.

Avant Garde : Tu travaillais en tant que journalier à la SONACOS, pourquoi cette expérience est-elle terminée ?

Hamet Bouya Fall : L’entreprise SONACOS s’occupait de produire l’huile d’arachide. L’arachide est un des secteurs très important de l’économie sénégalaise, connu mondialement. Cette entreprise employait une centaine de milliers de travailleurs dont les journaliers et les saisonniers qui étaient pour la plupart des jeunes. L’usine, dans laquelle je travaillais, tournait à plein régime : cinq cars par jour amenaient  les jeunes travailleurs journaliers à l’usine et un turn-over permettait de partager les jours de travail. Mais seulement voilà, le gouvernement Abdoulaye Wade a privatisé cette entreprise au profit d’une entreprise française appelée Advens. Aujourd’hui, l’usine dans laquelle je travaillais se limite à transformer l’arachide en huile brute, donc seulement du raffinage pour l’exportation. Du coup des milliers de personnes ont perdu leur emploi à cause de ce désastre, dont beaucoup de fils de paysans.

Avant Garde : Comment est la situation aujourd’hui au port de Dakar ?

Hamet Bouya Fall : Le port de Dakar est exploité par deux sociétés, celle de Bolloré et la Getma. Abdoulaye Wade a également signé un contrat d’exploitation de 25 ans avec une entreprise de Dubaï pour l’ensemble des terminaux à conteneurs. Seulement voilà, les jeunes du PDS ont été chargés de la gestion de cette partie du port. Ceux-ci, en plus d’être incompétents en logistique, ne se sont pas gênés pour bafouer tous nos droits fondamentaux. Les dockers et les chauffeurs ont commencé à lutter pour changer la situation : les licenciements abusifs arrivaient souvent, les périodes de stage pouvaient durer jusqu’à deux ans avec un salaire de 50 000 Fr CFA (75€) par mois pour 12h de travail par jour et la couverture maladie était également obsolète.

Face à cette situation une assemblée générale des travailleurs a été convoquée, une plateforme revendicative a été rédigée en 12 points incluant une prime de risque, un barème d’augmentation des salaires, une couverture maladie, un système de badges qui permet d’être identifié si on a un accident… Cette lutte a été efficace puisqu’elle s’est soldée par une victoire !

Avant Garde : En dehors des luttes sociales, en quoi consiste votre travail de syndicalistes à l’UDTS ?

Hamet Bouya Fall : Tout d’abord, il faut savoir que le mouvement qu’on a connu sur le port de Dakar n’aurait jamais pu se faire sans la formation dont on a bénéficié au syndicat, notamment sur le rôle du délégué du personnel, sur les textes internationaux concernant le travail, sur les négociations. L’UDTS est un syndicat autonome qui est présent dans beaucoup de secteurs (éducation, pêche, bâtiment, textile). La méthode consiste à sensibiliser les jeunes travailleurs à leurs droits fondamentaux et à la manière dont ils peuvent présenter leurs revendications. Le but est la protection et la sauvegarde de l’outil de travail.

Il existe un mouvement de jeunes au sein de l’UDTS qui a pour rôle la formation syndicale mais aussi de construire des liens fraternels par l’organisation de tournois de football interentreprises, de campagnes de dons du sang, de sorties culturels et de débats sur le syndicalisme. Nous possédons également notre propre mutuelle de santé, grâce à la signature de contrats avec des cabinets médicaux, ainsi qu’une mutuelle de crédits gérée par les jeunes du syndicat.

Avant Garde : Ces derniers temps, la colère populaire gronde au Sénégal notamment contre le clan Wade au pouvoir, quel a été le rôle des jeunes travailleurs ?

Hamet Bouya Fall : Les jeunes travailleurs ont joué un rôle de premier plan dans le mouvement contestataire. Les manifestations contre la candidature de Wade se sont accompagnées de manifestation contre les délestages. Les jeunes travailleurs sont directement concernés par les délestages. Ces coupures de courant sont un enfer pour eux puisqu’elles les mettent en chômage technique. Impossible de travailler sans courant lorsque vous êtes menuisier, tailleur ou bien gérant d’un cybercafé. Les jeunes travailleurs ont défilé avec les syndicats aux côtés des organisations politiques et de la société civile. Dès lors, il a été possible de faire le pont entre le syndicalisme et le politique puisque les emplois des jeunes travailleurs sont directement menacés par la mauvaise gestion de l’électricité.

Avant Garde : Comment vois-tu l’année 2012 ?

Hamet Bouya Fall : Je pense sincèrement que l’opposition va prendre le pouvoir si on reste uni. Cependant la victoire électorale n’est que la première étape, tout est à refaire au Sénégal. La lutte contre la corruption, l’implication de la population dans les changements que l’on va apporter et la mise en place du programme des assises nationales permettront la remise sur pied du Sénégal.

Propos recueillis par Ourouk Jawad

We Want Sex…Equality

10 mai 2011 by  
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sexequality 1We Want Sex Equality est sorti, en France, le Mercredi 9 Mars 2011, au lendemain de la Journée Internationale de lutte pour les droits des femmes, et ce n’est pas une coïncidence ! Cette fiction relate l’histoire véridique d’un soulèvement de 183 ouvrières des usines Ford survenu en 1968 à Dagenham, dans la Banlieue Est de Londres.

Le mouvement de contestation des ouvrières de Dagenham s’est très vite élargi, dans les revendications comme dans la mobilisation. Au début, les ouvrières ne demandaient qu’une simple reconnaissance interne de la valeur de leur travail. Puis, elles décident d’exiger l’égalité salariale entre femmes et hommes : à travail égal, salaire égal. Leur demande crée un vrai scandale, y compris dans les syndicats de gauche qui craignent que cela freine et concurrence les revendications des hommes. Les femmes de Dagenham ne fléchissent pas et continuent leur grève. Leur mouvement a très vite des répercussions au niveau mondial.

Une histoire détonante

Pour la première fois, 183 ouvrières – couturières qualifiées pour assembler le revêtement des sièges de voitures – font grève pendant trois mois. Leur salaire était de 15% inférieur à celui de leurs collègues masculins non qualifiés. Avec tout le mépris et les blagues grossières habituelles, la presse s’emparent de cette situation inédite. Le mouvement de grève des ouvrières est rebaptisé par la presse « l’armée des jupons » (Petticoat army). Mais le mépris des médias ne fait pas fléchir ces ouvrières déterminées à obtenir ce qui leur paraît naturel : l’égalité salariale entre les femmes et les hommes !

sexequality 3A l’époque, le secrétaire à l’emploi et à la productivité est une femme : Barbara Castle. C’est la première femme politique à exercer un poste de premier plan. Elle est surnommée « Battling Barbara », Barbara la lutteuse, en raison de sa détermination. Barbara Castle lutte pour le droit des femmes, mais refuse d’être étiquetée féministe. Le 28 juin 1968, elle rencontre les ouvrières de Dagenham. Cette rencontre débouche sur l’augmentation immédiate de leur salaire et sur la création d’une loi pour l’égalité salariale, en 1969. Victoire des femmes du Dagenham, victoire de toutes les femmes britanniques, de toutes les femmes du monde ! Leur lutte et leur victoire a, en effet, un impact considérable sur la situation des femmes, qu’elles soient britanniques ou non.

Un film digne du savoir faire britannique

Ce film, digne du savoir faire britannique et indéniablement de gauche, est traité de la manière la plus traditionnelle : reconstitution impeccable de l’époque, excellente distribution des comédien-nes, musique d’appoint, sens de la complexité des situations, humour anglais, etc.

Le réalisateur, Nigel Cole, réalisateur de Calendar Girls, a grandi dans la région de Dagenham, à l’époque de ces fameuses grèves. Les producteurs ont pensé qu’il serait le mieux à même de raconter ce fabuleux moment historique et d’approcher au plus près la réalité de cette époque. L’œuvre s’est aussi construite à partir de témoignages : ouvrières grévistes, population et ouvriers.sexequality 2

Le titre du film est lui-même basé sur la réalité. Il fait référence à une anecdote assez amusante. En Juin 1968, les ouvrières manifestent devant le parlement, afin de se faire entendre par Barbara Castle. Une de leurs banderoles se déploie mal et ne laisse apparaître que « we want sex », cachant ainsi « equality ». La banderole perd tout son sens politique et les ouvrières se font klaxonner par de joyeux automobilistes, des hommes, bien entendu.

Les producteurs ont tenté d’être le plus fidèle possible à la réalité. Seul Rita, l’héroïne, est purement fictionnelle. Ce personnage a été créé afin d’éviter une œuvre trop intimiste. Au lieu de s’arrêter au vécu d’une seule ouvrière, Rita a été construite à partir du témoignage de deux ou trois femmes.

Cependant, ce qui fait, avant tout, le succès du film, c’est le scénario. Il n’oublie pas les retombées de la grève sur les patrons, mais aussi sur les maris, les familles et les syndicats qui n’avaient pas inclus cette lutte dans leurs revendications.

A quand l’application de la loi pour une véritable égalité salariale en France ? Un film à voir, pour prendre un bon bol d’air, se motiver, avant, peut-être, de lancer un mouvement similaire !

Gwenn Herbin

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