Interview : « Laissez-nous bien travailler ! «
Interview de Jean-François BOLZINGER, Dirigeant de l’Ugict-CGT autour de son ouvrage : « Pour en finir avec le Wall-Street Management »
Avant-garde : Accords dits de « sécurisation de l’emploi », souffrance au travail, licenciements à la pelle et chômage croissant font la une de l’actualité. Dans vos différents ouvrages vous faites un constat sans appel de la situation que vous décrivez par le terme de « Wall Street Management ». Quels en sont les principaux traits significatifs selon-vous ?
Jean-François Bolzinger : Le « Wall Street management » est le support de pilotage et d’organisation du fonctionnement des entreprises pour financiariser le travail. Tout entier tourné vers le dégagement du maximum de marge pour l’actionnaire et l’obtention de taux de rentabilité à deux chiffres, ce système provoque des drames humains, des gâchis économiques et environnementaux considérables.
En cherchant à tayloriser la part intellectuelle du travail, il prône le culte de la performance individuelle avec l’obligation d’atteindre des objectifs définis par des indicateurs quantitatifs éliminant tout le non-solvable. Ce mode management hyper rationalisé élimine tous les volets relationnels et démocratiques en faisant fi du contenu et du sens du travail. Il évacue les relations sociales dans l’entreprise, la place de l’humain.Même pour les salariés les plus qualifiés, il n’y a pas de place pour leur rôle contributif. C’est l’obligation de loyauté qui prime envers la stratégie définie unilatéralement par l’employeur. Ce mode de management pressurise, exclue et créé du chômage. Il déshumanise l’entreprise et engendre suicides et atteintes à la santé. Ce management financier tue le travail et tue au travail.
AG : Après ce constat amer et face à cette précarité au travail que nombre de jeunes subissent vous demandez qu’on fasse vivre le «bien travailler» (le titre de votre dernier ouvrage). Concrètement, pour vous comment peut-on y parvenir ?
JFB : Pour définanciariser le travail et l’entreprise, nous proposons de nous atteler à revaloriser le travail et d’intervenir dans la gestion de l’entreprise et l’économie. Les pleins pouvoirs aux actionnaires, ça suffit ! Trois axes d’intervention pour changer le travail apparaissent comme prioritaires :
- La reconnaissance du travail, des qualifications, des responsabilités, la revalorisation de la technicité ;
- La défense et la conquête de droits démocratiques d’expression et d’intervention dans l’entreprise, individuels et collectifs, tel que le droit de refus et d’alternative sans sanction
- La conjugaison dans toutes les décisions des aspects sociaux, économiques et environnementaux ;
Le changement ne peut venir que d’une démarche de transformation qui va de pair avec la construction d’un rapport de forces face à la finance. En réponse à une enquête portant sur « Votre travail, vous le vivez comment ? Vous le voulez comment ? » des salariés ont dit « Il faut inverser le management. Il est tourné vers le haut, vers l’actionnaire, il faut le tourner vers le bas, vers les salariés. » Aujourd’hui, le mal-travail domine puisqu’on demande aux salariés de sacrifier la qualité pour faire du fric, de ne pas utiliser toute leur intelligence et leurs capacités pour que le résultat soit plus rentable. « Laissez-nous bien travailler » c’est se réapproprier le travail y compris comme source d’épanouissement et lieu d’émancipation face au capital.
AG : Ces nouveaux critères d’organisation du travail sont-ils déjà présents dans certaines entreprises et font-ils l’objet de luttes des salariés ?
JFB : Même si elles ont toutes leurs limites, beaucoup de pratiques et d’expérimentations sont à l’œuvre pour libérer le travail de la gangrène financière. Elles ont toutes en commun de chercher à libérer la créativité et le libre-arbitre des salariés, de favoriser l’intervention dans la gestion, de tourner le dos aux stratégies de court-terme et de financiarisation. Qui sait qu’aujourd’hui 30 % du marché du Champagne est contrôlé par des coopératives, que des salariés comme à Helio-Corbiel reprennent et font marcher leur entreprise, que le secteur coopératif a mieux résisté à la crise que le secteur privé ? 
Nous avons relevé y compris dans le privé des exemples de management plus coopératif, solidaire, démocratique qui se conjuguent avec efficacité économique.Des recherches ont lieu par exemple à l’École des Mines de paris sur la définition d’une autre conception de l’entreprise. Comment passer de la société de capitaux qui seule est reconnue dans le droit, à la notion d’entreprise, communauté de travail créative ? Ce sont des axes de bataille décisifs pour les années à venir.
Les actions syndicales portent aussi sur l’obtention de droits d’intervention sur notre travail, sur la stratégie, sur les évolutions prévisionnelles de l’emploi, sur le respect de la santé, du temps et de la charge de travail. L’évaluation est aussi au cœur de la bataille pour qu’elle porte sur le travail et non sur les personnes. Nous avons fait condamner Airbus en justice pour son système d’évaluation comportementale caractérisée comme disciplinaire.Le taux de natalité en France, la qualification de la jeunesse, la féminisation du monde du travail sont des atouts sérieux pour un pays comme le nôtre. Comme l’est l’excellente productivité des salariés et la qualité de nos infrastructures et services publics. L’avenir de l’industrie et des services en France, de notre système productif suppose de rompre avec la logique mortifère de baisse du prix du travail et de promouvoir une logique d’investissement dans les qualifications, l’innovation, le partage du savoir, un mode de développement fondé sur l’humain.
Propos recueillis par Robin Salecroix
« Laissez-nous bien travailler , Manager sans Wall Street » par Marie-José Kotlicki et Jean-François Bolzinger – Editions de l’Atelier
LA PORTE A COTE, UN BIDONVILLE
Saint-Etienne. Quartier Montmartre. Entre la déchetterie et la SPA. En face du cimetière. C’est là qu’une centaine de Rroms ont été parqués et laissés sans eau pendant 48 heures, jusqu’à ce qu’on leur bricole une arrivée d’eau.
Nous sommes le 24 juillet et il fait une chaleur à crever. J’ai garé la voiture bien à l’écart du camp: je ne savais pas à quoi m’attendre, mais j’avais en tête les phrases que l’on entend bien souvent. « Les Rroms, tous des voleurs. »
En entrant, j’ai été frappée par ce que j’ai vu. Des enfants jouaient, nus pour certains, des habits sales pour la plupart. Des femmes épluchaient des carottes, assises sur des moellons, devant l’entrée de leur cabane de fortune. Je me suis demandée si on s’habituait à ce spectacle. Mais, non, on ne s’habitue jamais.
Je suis allée leur dire que je voulais écrire un article avec leurs témoignages. Juste sous les pierres parfaitement blanches du cimetière, ils m’ont sorti une chaise. Il y avait des femmes, certaines enceintes, d’autres fatiguées, d’autres encore malades; il y avait des hommes, qui tenaient leurs enfants dans leurs bras. Et il y avait leurs regards. Des regards terribles de détresse. Et il y avait leurs mots, leurs épreuves, leur histoire.
Et nous avons beaucoup parlé. Ils viennent de Roumanie; et quand je leur ai demandé si je pouvais voir leurs cartes d’identité, ils se sont chacun précipités pour me les montrer. Oui, ce sont bien des citoyens européens… Ils me disent qu’en Roumanie, les conditions de vie sont très difficiles. L’hôpital, par exemple, coûte cher. Une jeune mère est défigurée par la maladie. « Est-ce qu’on peut me soigner? » Des larmes dans ses yeux. Et je ne peux lui répondre que non, hélas, elle ne peut prétendre à des soins sans couverture médicale.
Je leur demande ensuite si certains ont des diplômes, un seul me répond qu’il a fait de la mécanique. Il s’énerve et dit: « je ne suis pas un voleur. Je veux juste un travail. » Et il se lève de sa chaise, la bouscule et se met à l’écart. C’est le seul à avoir un diplôme; l’accès aux études étant également onéreux. Sans compter qu’en tant que Rroms, ils subissent de graves discriminations dans leur pays. Plus tard, un homme, Florin me dit : « en Roumanie, on nous a prêté de l’argent pour venir en France, si on ne les remboursait pas dans le délai imparti, on leur devait le double. Je ne veux pas rentrer en Roumanie. » Des usuriers à présent. Ils ne sont pas au bout de leurs épreuves.
Florin m’emmène ensuite dans sa cabane. Elle est minuscule: seuls un petit lit et un canapé défoncé y tiennent. Il me présente sa famille. Sa femme m’interpelle aussitôt. « Des biberons, il me faut des biberons. Et des couches aussi. Regarde, mes enfants n’ont pas de couches. » Effectivement, c’est avec horreur que je vois trois jeunes enfants, allongés sur le pauvre sofa miteux, complètement nus, avec des mouches qui tournent autour d’eux et qui remplissent leur bouche.
Hélas, je n’ai pas de quoi les aider. Et est-ce seulement à moi de le faire? Sont-ce des bêtes à ce point qu’on leur nie le droit à l’hygiène, à la santé, à la dignité ? Dans une autre cabane, on m’attire. Maria a six ans. Cheveux collés à son front, accroche-cœurs sur sa nuque. Elle a une très forte fièvre. « Depuis trois jours », me dit sa mère. Un médecin me rapportera que la situation sanitaire du camp de Montmartre est très grave. Une bactérie particulièrement virulente proliférant.
Depuis, je ne les ai pas revus. Pour la plupart, on les a mis dans un avion les 9 et 10 juillet. Dans mes pensées, toujours: Florina, qui parlait parfaitement le français pour avoir été à l’école; Florin et sa famille, si misérables et pourtant si dignes; Lucretia, du même âge que ma mère, que j’avais également emmenée à l’hôpital et dont le médecin avait été très clair: « elle sort de l’hôpital, elle meurt. ». Et Irina et Rodica. Rodica, qui m’avait offert une bague pour avoir conduit sa fille à l’hôpital. Rodica, devenue mon amie.
Lorène Ujhelyi-Wojciechowski
DE LA DISCRIMINATION LEGALE,
Depuis de nombreuses années, en France, les citoyens européens venus de l’Europe de l’Est sont particulièrement touchés par une politique discriminatoire. Ce phénomène s’est amplifié aujourd’hui par le jeu des politiques et des médias. L’accès au travail en est l’exemple frappant.
Dès leur entrée dans l’UE en2007, la France a prévu un régime de mesures transitoires applicable jusqu’à fin 2013. Ces règles viennent restreindre la libre circulation des travailleurs venus de Bulgarie et de Roumanie. En clair, le citoyen de l’Espace économique européen et même le Suisse peuvent librement travailler en France ; pas le Roumain ni le Bulgare.
L’accès au travail : au cœur des discriminations
S’il veut durablement s’installer, le bulgare ou roumain doit en déposer la demande. Pour l’obtenir, la condition est soit de disposer d’un emploi, soit de posséder des moyens suffisants d’existence ou d’être étudiant. Cependant, pour travailler, le Roumain ou Bulgare doit engager certaines procédures. Le préalable est l’obtention d’une autorisation de travail. Celle-ci doit être demandée par le futur employeur à la DIRECCTE qui mettra entre 2 et 6 mois à donner une réponse.
Pour être accepté, il faut que l’emploi corresponde aux qualifications du travailleur. La DIRECCTE va regarder la situation de l’emploi. Néanmoins, si l’emploi correspond à une liste de 150 métiers dit « en tension », cette condition ne sera pas opposable.
L’employeur doit aussi verser à l’OFII une taxe pour une durée d’embauche supérieure à 3 mois. Celle-ci s’élèvera de74 à 300 euros en cas d’embauche pour une durée de 3 à 12 mois, et d’au moins la moitié de la rémunération mensuelle brute versée au travailleur après 12 mois.
Beaucoup de conditions, des délais très longs font que l’ouverture de l’emploi aux Roumains et Bulgares est quasi impossible. A l’heure où l’ère d’un racisme globalisé menace sérieusement l’Europe entière, il est temps de se positionner expressément sur la situation juridique des «étrangers » en France.
NB : En août, M. Ayrault a annoncé une modification des mesures applicables aux roumains et bulgares.
Coralie CROS
Travail : Jeunesse sacrifiée, jeunesse révoltée
7 juin 2012 by Rédaction
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La question de la jeunesse en France est plus que préoccupante. Jamais les jeunes n’ont été aussi délaissés qu’aujourd’hui : nous avons du mal à trouver un logement décent et un travail stable et bien rémunéré. En moyenne, un jeune quitte le foyer familial à 27 ans. C’est aussi à cet âge que l’on obtient son premier CDI.
Au nom d’une crise créée de toutes pièces par le patronat et les grands pontes de la finance, ces derniers se permettent d’attaquer droits et acquis des salariés sous prétexte de relancer leur économie.
La lente destruction du travail
Dans le monde du travail, le patronat accroît la concurrence entre les salariés en y intégrant de nouvelles formes de travailleurs : les stagiaires et les apprentis font d’ores et déjà partie intégrante de la production dans l’entreprise. On leur demande de faire le même travail qu’un salarié qualifié alors qu’ils ne devraient qu’être en observation ou en formation. Tout bénef’ pour le patron qui, exonéré de payer des cotisations, s’offre des « travailleurs » peu ou pas rémunérés.
Avec 24% de jeunes chômeurs en France, la concurrence entre salariés est d’autant plus rude. Si on est en désaccord avec les décisions de l’entreprise, on nous fait comprendre qu’il y a du monde qui peut prendre notre place. Cette armée de réserve du patronat permet de faire pression pour allonger les horaires, geler les salaires. En effet, les contrats intérim et CDD sont devenus la norme pour la première embauche, et cela dure sur plusieurs mois voire plusieurs années. On assiste en fait à la destruction méthodique de l’ensemble des acquis sociaux ainsi que de la stabilité professionnelle.
Sortir les jeunes des sous-sols du travail
Comment mettre un terme à cette situation qui transforme petit à petit chaque salarié en chair à pognon pour les actionnaires ? Pour faire du CDI la norme dès la première embauche il faut empêcher le recours systématique et abusif aux contrats précaires dans l’entreprise. Ainsi, il faut très vite faire progresser les statuts des stagiaires et des apprentis. Sans droits et sans voix, ils produisent de la richesse en travaillant quasi gratuitement. Jeunes en formation, il faut faire progresser leur rémunération, encadrer leur travail et surtout contrôler les pratiques des entreprises.
Au-delà, alors que Pôle Emploi croule sous le nombre de cas à traiter, il faut repenser complètement l’insertion dans l’emploi. Pour sortir de la suspicion permanente d’assistanat faite à chaque chômeur un véritable service public de l’emploi doit proposer un suivi personnalisé pour chaque personne qui s’y présente tout en garantissant à celle-ci des conditions d’existence pour ne plus se soumettre à la précarité ou aux formations sans qualification.
Jérôme GRATCHOFF
FEMMES ET EMPLOI : LA TRIPLE PEINE
S’il est un domaine où les femmes sont victimes de discriminations, c’est bien au travail. La situation est telle que l’on peut parler de triple peine. Les femmes sont utilisées comme une variable d’ajustement pour diminuer le fameux « coût du travail ».
Les femmes occupent massive- ment les emplois précaires en France : 80% des temps par- tiels. Il s’agit souvent d’une situation subie car les salariées concernées souhaiteraient exercer un métier à plein temps. A compétence égale, leur salaire est en moyenne inférieur de 21% à celui des hommes.
Premières victimes de la crise
Les catégories de salariés les plus précaires sont les premières à subir les licenciements. Parmi celles-ci, encore les femmes. Elles représentent 51% des chômeurs mais elles sont plus nombreuses dans les catégories de chômeurs de longue durée (743 000 contre 660 000 pour les hommes). Pour une femme, l’indépendance semble être un rêve lointain car le travail rime avec précarité.
Les clichés ont la vie dure… Si elles occupent les positions les plus basses, cela s’explique par la persistance des préjugés sur le rôle des femmes dans la société. Récemment, deux enquêtes ont montré les discriminations à l’embauche dont elles sont victimes. Au printemps 2011, un premier bilan sur le CV anonyme révèle que de nombreux employeurs refusent d’embaucher des femmes. Lorsque l’état-civil n’est pas affiché, leurs chances d’être reçues en entretien sont multipliées par 10.
Le sexe premier facteur de discrimination dans le monde du travail
D’après une enquête réalisée pour l’Organisation Internationale du Travail, non seulement à l’embauche mais aussi dans leur carrière, les femmes sont largement discriminées. C’est devenu le premier critère de discrimination au travail. 25% des discriminations vécues le sont en raison d’une grossesse ou d’une maternité et 23% en fonction du sexe. La raison ? Jugée « incapable ou incompétente », le projet professionnel d’une femme relève du parcours du combattant. Le choix se fait alors entre vie personnelle et carrière professionnelle. Si elles ont des enfants, les femmes sacrifient souvent leurs carrières au pro- fit de leur conjoint. C’est d’ailleurs souvent un argument pour développer le temps partiel chez les femmes : elles doivent pouvoir s’occuper des tâches domestiques. On en revient à l’idée de « salaire de complément » du début du XXe siècle…
Les femmes font toujours la majorité des tâches ménagères, à tel point qu’on peut parler de double journée de travail. Du matin au soir, du foyer au travail, l’exploitation est partout. En plus, ces carrières irrégulières conduisent à des retraites moins importantes (600 euros en moyenne), une situation aggravée par la réforme de 2010.
Il reste donc beaucoup de chemin à faire pour aller vers l’égalité réelle. De nombreux droits restent à conquérir. Pour qu’être parent ne soit pas pénalisant, il faut investir dans un service public de la petite enfance et permettre aux deux parents de profiter de leur enfant sans être sanctionné immédiatement ou pour la suite de leur carrière. L’égalité salariale doit être inscrite dans les conventions collectives. Enfin, les différents contrats précaires doivent être transformés en contrats stables. En s ‘attaquant à la précarité de la moitié des travailleurs, on améliore le quotidien de tous. Comme quoi, l’égalité des sexes est l’affaire de tous !
Nordine Idir
Travail, Formation… Nous, c’est l’égalité!
21 février 2012 by Rédaction
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ÉRADIQUER TOUTES LES DIVISIONS ET DISCRIMINATIONS
En France, on dirait qu’à chaque jour suffit sa haine. Un jour, tous les chômeurs sont accusés d’être des fainéants qui ruineraient le pays, le suivant ce sont les étrangers qui menaceraient nos valeurs, nos emplois, nos familles. Pendant que le gouvernement garantit les milliards de ses copains patrons et banquiers, certains de ses ministres ont pour seule mission que nous dresser contre nos voisins.
Ils sèment la haine et menacent le vivre ensemble pour masquer l’exploitation. C’est une atteinte profonde à l’égalité des femmes et des hommes car étudier, travailler, se déplacer n’ont aucun rapport avec la nationalité, le sexe, l’origine ou la couleur de peau. Nos différences ne sont pas des obstacles ! L’émancipation de chacun, notre épanouissement, dépasser les contraintes et les oppositions du quotidien, c’est permettre l’émancipation de tous. Disposer de son corps notamment pour les jeunes filles par l’accès à la contraception, la régularisation de tous les sans-papiers, le droit de vote et d’éligibilité des résidents étrangers, travailler sur les représentations qui créent la violence et les discriminations envers les femmes, les homosexuels, les immigrés, condamner sans faiblir tous les propos racistes. Tout cela, c’est renouveler, redonner du sens à l’égalité et à la fraternité. C’est -avancer vers une citoyenneté pleine et entière dans tous nos lieux de vie. Pour que l’égalité soit une réalité pour tous, tous les jours et ne reste pas lettre morte dans un texte de loi.
Léo Giap
ÉRADIQUER LA PRÉCARITÉ !
La logique capitaliste impose à l’ensemble de la jeunesse une période de précarité avant, peut-être, une insertion professionnelle durable. En moyenne l’accès à un emploi stable a lieu aujourd’hui à partir de 27 ans en France.
Alors la jeunesse, au lieu d’être synonyme de découverte, d’émancipation, de construction personnelle et collective, se réduit à la période où s’impose la loi du « chacun pour soi ». Contrainte de se faufiler au travers des sélections tout au long de l’éducation, la vie, ou plutôt la survie, s’organise autour de stratégies d’adaptation à la précarité et à l’austérité.
Faire progresser les droits de tous les salariés
Dans cette campagne électorale, le débat est ouvert : faut-il poursuivre cette logique ? Faut-il encore inventer des nouveaux contrats spécifiques aux jeunes ? Jusqu’ici, plus les jeunes sont sortis du droit commun, plus leur situation s’aggrave et plus celle de l’ensemble des salariés régresse.
Dans les faits, les stages et l’alternance ont massivement été détournés de leur vocation. Il faut leur redonner tout leur sens pédagogique et concrétiser les engagements de tutorats et de formation. Le recours systématique et abusif aux CDD et à l’intérim peut être enrayé dans les entreprises. Le défi est bien de sortir les jeunes de leur situation de faiblesse face aux employeurs (« accepte un stage ou va voir ailleurs »). Or, leur garantir des ressources pour vivre, éradique du même coup l’obligation d’accepter n’importe quelles conditions pour survivre ou étudier.
Estelle Brousse
LA RÉUSSITE DE TOUS, UNE NOUVELLE AMBITION
Suppressions de postes, fermetures de filières, classes surchargées, répression ou intimidation des lycéens qui s’engagent : pour le gouvernement, l’éducation doit être soumise aux intérêts des entreprises. Comme pour la réforme des universités, les financements diminuent et les entreprises dictent les programmes.
Résultat : les inégalités sont renforcées et de nombreux jeunes arrêtent les études faute d’argent.
4 priorités pour tout changer
Pour sortir l’école des inégalités, 4 priorités sont incontournables: former tout le monde dans de bonnes conditions, permettre à chacun de choisir son parcours y compris grâce une allocation pour ne plus être contraint de bosser en même temps que ses études, développer l’intervention des élèves et étudiants dans leur formation et la vie de leur établissement tout au long de leurs études, développer la qualité des contenus des enseignements et varier les formes de diffusion des savoirs. Il faut aussi que soient respectés tous les droits des jeunes en formation professionnelle.
Ça change quoi, concrètement ?
Ça permet à chacun de ne pas s’orienter à l’aveuglette ou sans avoir le choix, de réussir ses études sans être en concurrence avec les autres, de développer son esprit critique et d’accéder à un travail épanouissant et justement payé. C’est sûr que la droite et le patronat ne souhaitent pas vraiment que les jeunes décident de leur avenir…
Linda Guardiola
Rencontre avec un jeune syndicaliste Sénégalais
6 octobre 2011 by Rédaction
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Nous avons rencontré Hamet Bouya Fall, un jeune syndicaliste sénégalais de 35 ans. Originaire de la ville de Pikine dans la banlieue de Dakar, il est membre de l’Union de la Jeunesse démocratique Alboury N’diaye (UJDAN) également adhérant du Parti de l’Indépendance et du Travail (PIT). Pour nous expliquer la situation, il nous parle de son parcours et des luttes qu’il mène dans son pays.
Avant Garde : Pourrais-tu nous parler de ton parcours en quelques mots ?
Hamet Bouya Fall : Mon parcours scolaire a très vite été arrêté à cause du coût des études. Cependant, je suis allé travailler et j’ai été formé au métier d’électromécanicien dans des garages de rue. J’ai travaillé à la SONACOS entre 2003 et 2008, une entreprise nationale fabriquant de l’huile d’arachide. Je travaille actuellement au port de Dakar. C’est là-bas que j’ai découvert le quotidien des jeunes travailleurs, c’est ce qui m’a poussé à m’engager au sein de l’Union Démocratique des Travailleurs du Sénégal (UDTS), syndicat majoritaire sur le port, j’ai été élu Délégué du Personnel titulaire.
Avant Garde : Quels sont les principaux enjeux et objectifs de l’UJDAN en ce qui concerne les jeunes travailleurs ?
Hamet Bouya Fall : Notre action envers les jeunes travailleurs se décline en plusieurs volets. Tout d’abord, il faut savoir qu’il y a un fort taux de chômage de la population juvénile au Sénégal. Notre responsabilité est donc d’aider les jeunes dans leur orientation, de les sensibiliser au code du Travail et à leurs droits. L’objectif est également d’exposer l’intérêt de la syndicalisation et de son potentiel, ainsi que le rôle des délégués du personnel. La situation des jeunes est plus que précaire, ils se retrouvent très tôt à devoir soutenir leur famille. Fils de paysans pour beaucoup d’entre eux, ils se retrouvent à aller travailler sans aucun diplôme et aucun moyen de mettre en valeur leurs compétences car il n’y a aucune politique d’insertion ou de réinsertion. Les jeunes qui vivent l’exode rural se retrouvent dans les plus grandes villes à essayer de se débrouiller en devenant vendeur ambulant ou journalier. Les journaliers peuvent travailler pendant 10 ans sans contrat à durée indéterminée, sans couverture maladie et sans cotisation à la retraite. Pourquoi n’existe-t-il pas un outil de formation étatique ? Il y a bien le Fonds National de Promotion de la Jeunesse (FNPJ) mais il ne profite qu’aux jeunes proches du Parti Démocratique Sénégalais, le parti d’Abdoulaye Wade. J’ai moi-même fait l’expérience d’un projet d’entreprise mais cela n’a pas fonctionné, ils m’ont ignoré. L’immigration illégale est parfois un espoir pour beaucoup de jeunes mais qui peut se finir tragiquement. Les visas et les bourses d’études sont également réservés aux gens proches du pouvoir. Il y a nécessité de lutter et dénoncer cette grave situation.
Avant Garde : Tu travaillais en tant que journalier à la SONACOS, pourquoi cette expérience est-elle terminée ?
Hamet Bouya Fall : L’entreprise SONACOS s’occupait de produire l’huile d’arachide. L’arachide est un des secteurs très important de l’économie sénégalaise, connu mondialement. Cette entreprise employait une centaine de milliers de travailleurs dont les journaliers et les saisonniers qui étaient pour la plupart des jeunes. L’usine, dans laquelle je travaillais, tournait à plein régime : cinq cars par jour amenaient les jeunes travailleurs journaliers à l’usine et un turn-over permettait de partager les jours de travail. Mais seulement voilà, le gouvernement Abdoulaye Wade a privatisé cette entreprise au profit d’une entreprise française appelée Advens. Aujourd’hui, l’usine dans laquelle je travaillais se limite à transformer l’arachide en huile brute, donc seulement du raffinage pour l’exportation. Du coup des milliers de personnes ont perdu leur emploi à cause de ce désastre, dont beaucoup de fils de paysans.
Avant Garde : Comment est la situation aujourd’hui au port de Dakar ?
Hamet Bouya Fall : Le port de Dakar est exploité par deux sociétés, celle de Bolloré et la Getma. Abdoulaye Wade a également signé un contrat d’exploitation de 25 ans avec une entreprise de Dubaï pour l’ensemble des terminaux à conteneurs. Seulement voilà, les jeunes du PDS ont été chargés de la gestion de cette partie du port. Ceux-ci, en plus d’être incompétents en logistique, ne se sont pas gênés pour bafouer tous nos droits fondamentaux. Les dockers et les chauffeurs ont commencé à lutter pour changer la situation : les licenciements abusifs arrivaient souvent, les périodes de stage pouvaient durer jusqu’à deux ans avec un salaire de 50 000 Fr CFA (75€) par mois pour 12h de travail par jour et la couverture maladie était également obsolète.
Face à cette situation une assemblée générale des travailleurs a été convoquée, une plateforme revendicative a été rédigée en 12 points incluant une prime de risque, un barème d’augmentation des salaires, une couverture maladie, un système de badges qui permet d’être identifié si on a un accident… Cette lutte a été efficace puisqu’elle s’est soldée par une victoire !
Avant Garde : En dehors des luttes sociales, en quoi consiste votre travail de syndicalistes à l’UDTS ?
Hamet Bouya Fall : Tout d’abord, il faut savoir que le mouvement qu’on a connu sur le port de Dakar n’aurait jamais pu se faire sans la formation dont on a bénéficié au syndicat, notamment sur le rôle du délégué du personnel, sur les textes internationaux concernant le travail, sur les négociations. L’UDTS est un syndicat autonome qui est présent dans beaucoup de secteurs (éducation, pêche, bâtiment, textile). La méthode consiste à sensibiliser les jeunes travailleurs à leurs droits fondamentaux et à la manière dont ils peuvent présenter leurs revendications. Le but est la protection et la sauvegarde de l’outil de travail.
Il existe un mouvement de jeunes au sein de l’UDTS qui a pour rôle la formation syndicale mais aussi de construire des liens fraternels par l’organisation de tournois de football interentreprises, de campagnes de dons du sang, de sorties culturels et de débats sur le syndicalisme. Nous possédons également notre propre mutuelle de santé, grâce à la signature de contrats avec des cabinets médicaux, ainsi qu’une mutuelle de crédits gérée par les jeunes du syndicat.
Avant Garde : Ces derniers temps, la colère populaire gronde au Sénégal notamment contre le clan Wade au pouvoir, quel a été le rôle des jeunes travailleurs ?
Hamet Bouya Fall : Les jeunes travailleurs ont joué un rôle de premier plan dans le mouvement contestataire. Les manifestations contre la candidature de Wade se sont accompagnées de manifestation contre les délestages. Les jeunes travailleurs sont directement concernés par les délestages. Ces coupures de courant sont un enfer pour eux puisqu’elles les mettent en chômage technique. Impossible de travailler sans courant lorsque vous êtes menuisier, tailleur ou bien gérant d’un cybercafé. Les jeunes travailleurs ont défilé avec les syndicats aux côtés des organisations politiques et de la société civile. Dès lors, il a été possible de faire le pont entre le syndicalisme et le politique puisque les emplois des jeunes travailleurs sont directement menacés par la mauvaise gestion de l’électricité.
Avant Garde : Comment vois-tu l’année 2012 ?
Hamet Bouya Fall : Je pense sincèrement que l’opposition va prendre le pouvoir si on reste uni. Cependant la victoire électorale n’est que la première étape, tout est à refaire au Sénégal. La lutte contre la corruption, l’implication de la population dans les changements que l’on va apporter et la mise en place du programme des assises nationales permettront la remise sur pied du Sénégal.
Propos recueillis par Ourouk Jawad
We Want Sex…Equality
10 mai 2011 by Rédaction
Filed under loisirs/culture
We Want Sex Equality est sorti, en France, le Mercredi 9 Mars 2011, au lendemain de la Journée Internationale de lutte pour les droits des femmes, et ce n’est pas une coïncidence ! Cette fiction relate l’histoire véridique d’un soulèvement de 183 ouvrières des usines Ford survenu en 1968 à Dagenham, dans la Banlieue Est de Londres.
Le mouvement de contestation des ouvrières de Dagenham s’est très vite élargi, dans les revendications comme dans la mobilisation. Au début, les ouvrières ne demandaient qu’une simple reconnaissance interne de la valeur de leur travail. Puis, elles décident d’exiger l’égalité salariale entre femmes et hommes : à travail égal, salaire égal. Leur demande crée un vrai scandale, y compris dans les syndicats de gauche qui craignent que cela freine et concurrence les revendications des hommes. Les femmes de Dagenham ne fléchissent pas et continuent leur grève. Leur mouvement a très vite des répercussions au niveau mondial.
Une histoire détonante
Pour la première fois, 183 ouvrières – couturières qualifiées pour assembler le revêtement des sièges de voitures – font grève pendant trois mois. Leur salaire était de 15% inférieur à celui de leurs collègues masculins non qualifiés. Avec tout le mépris et les blagues grossières habituelles, la presse s’emparent de cette situation inédite. Le mouvement de grève des ouvrières est rebaptisé par la presse « l’armée des jupons » (Petticoat army). Mais le mépris des médias ne fait pas fléchir ces ouvrières déterminées à obtenir ce qui leur paraît naturel : l’égalité salariale entre les femmes et les hommes !
A l’époque, le secrétaire à l’emploi et à la productivité est une femme : Barbara Castle. C’est la première femme politique à exercer un poste de premier plan. Elle est surnommée « Battling Barbara », Barbara la lutteuse, en raison de sa détermination. Barbara Castle lutte pour le droit des femmes, mais refuse d’être étiquetée féministe. Le 28 juin 1968, elle rencontre les ouvrières de Dagenham. Cette rencontre débouche sur l’augmentation immédiate de leur salaire et sur la création d’une loi pour l’égalité salariale, en 1969. Victoire des femmes du Dagenham, victoire de toutes les femmes britanniques, de toutes les femmes du monde ! Leur lutte et leur victoire a, en effet, un impact considérable sur la situation des femmes, qu’elles soient britanniques ou non.
Un film digne du savoir faire britannique
Ce film, digne du savoir faire britannique et indéniablement de gauche, est traité de la manière la plus traditionnelle : reconstitution impeccable de l’époque, excellente distribution des comédien-nes, musique d’appoint, sens de la complexité des situations, humour anglais, etc.
Le réalisateur, Nigel Cole, réalisateur de Calendar Girls, a grandi dans la région de Dagenham, à l’époque de ces fameuses grèves. Les producteurs ont pensé qu’il serait le mieux à même de raconter ce fabuleux moment historique et d’approcher au plus près la réalité de cette époque. L’œuvre s’est aussi construite à partir de témoignages : ouvrières grévistes, population et ouvriers.
Le titre du film est lui-même basé sur la réalité. Il fait référence à une anecdote assez amusante. En Juin 1968, les ouvrières manifestent devant le parlement, afin de se faire entendre par Barbara Castle. Une de leurs banderoles se déploie mal et ne laisse apparaître que « we want sex », cachant ainsi « equality ». La banderole perd tout son sens politique et les ouvrières se font klaxonner par de joyeux automobilistes, des hommes, bien entendu.
Les producteurs ont tenté d’être le plus fidèle possible à la réalité. Seul Rita, l’héroïne, est purement fictionnelle. Ce personnage a été créé afin d’éviter une œuvre trop intimiste. Au lieu de s’arrêter au vécu d’une seule ouvrière, Rita a été construite à partir du témoignage de deux ou trois femmes.
Cependant, ce qui fait, avant tout, le succès du film, c’est le scénario. Il n’oublie pas les retombées de la grève sur les patrons, mais aussi sur les maris, les familles et les syndicats qui n’avaient pas inclus cette lutte dans leurs revendications.
A quand l’application de la loi pour une véritable égalité salariale en France ? Un film à voir, pour prendre un bon bol d’air, se motiver, avant, peut-être, de lancer un mouvement similaire !
Gwenn Herbin
3e jour. Séminaire sur le droit du travail
15 décembre 2010 by Rédaction
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Commentaires fermés
Nous avons participé au séminaire : « Au travail, nous avons des droits » ce qui nous a permis de connaître la situation sur ce sujet en Grèce, en Argentine, au Viet Nam, etc. Tous ces pays ont participé au débat, plusieurs d’entre eux ont inscrit le droit au travail dans leur constitution et le considère donc comme acquis. Des grèves sont cependant apparues ces dernières années pour revendiquer de meilleures conditions de travail et des augmentations de salaire. Tous dénoncent le système capitaliste comme une gangrène pour les travailleurs. Dans chaque intervention, on a pu ressentir le besoin et la nécessité du syndicalisme pour défendre nos droits.
Maud, Juliette et Aurélia
LES JEUNES INQUIETS POUR LEUR AVENIR
Le volet jeunesse de l’observatoire annuel de la Pauvreté Ipsos / Secours populaire révèle que sept jeunes Français sur dix pensent que la place accordée aux jeunes dans la société française n’est pas assez importante. Comment pourrait-il en être autrement ?
Le BIT pointait déjà un nouveau record cet été: le plus haut taux de chômage des jeunes jamais enregistré dans le monde, à hauteur de 13%. Avec cette nouvelle enquête, les chiffres tombent: un jeune sur deux considère que les études ne garantissent pas une insertion plus facile dans le monde du travail. L’école ne semble plus protéger du chômage, le pilier du discours méritocratique français sur l’ascension sociale semble ébranlé.
Des jeunes en difficulté et angoissés
Cette situation a des conséquences matérielles très concrètes: 30% des jeunes admettent avoir eu des problèmes pour régler leurs frais de logement (loyers, charges, etc.). Pour plus d’un jeune Français sur quatre (29%), c’est même se procurer une alimentation saine et équilibrée qui s’avère difficile. Et près d’un jeune sur quatre (23%) rencontre des difficultés importantes pour payer certains actes médicaux.
Particulièrement touchés par la crise, les jeunes ne sont pas épargnés par l’angoisse qu’elle suscite. Un jeune sur deux est angoissé lorsqu’il pense à sa situation actuelle et à son avenir. Pour 21% des 18-30 ans, c’est même le désespoir qui a pris le dessus. C’est particulièrement le cas des jeunes des catégories populaires (27%) et des jeunes chômeurs (26%). La tendance au désespoir est fonction de difficultés matérielles plus tangibles: 31% des individus dont le revenu mensuel est inférieur à 1200 € se disent désespérés contre 10% pour ceux qui ont plus de 3000€. De même, les plus diplômés ont moins tendance à perdre espoir : si 11% des jeunes dont le niveau d’étude est supérieur au bac se laissent gagner par le déses- poir, c’est 30% chez ceux qui ont un niveau inférieur (et c’est même 43% de ceux qui n’ont aucun diplôme).
Mais aussi en colère et mobilisés !
Cependant, à côté de cette angoisse et de ce désespoir, un sentiment de colère gagne les jeunes. Plus d’un jeune Français sur trois se dit en colère (38%). Si les lycéens et étudiants sont moins nombreux à éprouver ce sentiment (28%), les jeunes actifs (40%) et les chômeurs (64%) le ressentent davantage. Face à un tel sentiment d’insatisfaction sur les choix qui sont faits par le gouvernement actuel pour notre avenir, la mobilisation des jeunes ne cessent de grandir. Tous les ans depuis 2007, ils se sont mobilisés revendiquant le droit de vivre mieux, le droit de choisir leur avenir et aujourd’hui encore le droit à la retraite. Bien que la retraite ne soit pas d’emblée leur sujet de prédilection, ils ont fait le lien avec l’emploi, les formations, la qualité de vie, comme le prouve la foule de lycéens, d’étudiants et de jeunes travailleurs réunie dans les cortèges. Leur « colère » semble ainsi être devenue « envie d’agir ».
Emilie Lecroq
SI L’ÉTÉ FUT CHAUD, LA RENTRÉE S’ANNONCE CANICULAIRE !!!
8 septembre 2010 by Rédaction
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Rappel des faits : en pleine déroute de l’équipe de France en Afrique du Sud, 3 millions de personnes descendent dans la rue, pour défendre leur droit à la retraite à 60 ans. Qu’en est-il à la rentrée ???
L’été fut chaud. Pour le gouvernement, il n’était pas question d’entendre les revendications des salariés et des citoyens de ce pays malgré leur mobilisation massive. Sarkozy l’a dit et répété notamment lors de son interview télévisée, le 12 juillet dernier face à David Pujadas : « Je ne fléchirai pas sur la retraite à 62 ans ! ». Pourtant, en pleine affaire Woerth-Bettencourt, les Français affichent leur opposition au projet de « contre » réforme des retraites. 56 % d’entre eux sont opposés au recul de l’âge légal à 62 ans, et 64% soutiennent les mouvements de grève qui ont eu lieu en juin.
Pas de congés pour la droite…
Du coup, pendant la période estivale, la droite n’a pas chômé pour détourner l’attention (ou la tension) de ce dossier qui lui brûle les doigts : amalgames honteux entre délinquance et immigration, destitution de la nationalité pour les Français qui tueraient un officier de police, expulsion des Roms, gens du voyage chassés et pourchassés, haro sur la prime de rentrée scolaire. Pour ne citer que quelques exemples.
…ni pour le mouvement social !
Du côté des syndicats, des salariés et des partis politiques, pas question non plus de laisser retomber la pression : mobilisation le 13 juillet (jour du passage en examen de la loi en conseil des ministres), distribution de tracts, pétitions, défilé dans la caravane du
Tour de France, etc. Pour de nombreux jeunes, l’été a aussi été l’occasion de militer. Engager dans de nombreux collectifs départementaux « La retraite, une affaire de jeunes », ils ont multiplié les initiatives pour dénoncer l’inégalité de cette loi et avancer des propositions qui leur paraissent plus justes (taxation des revenus du capital, comptabilisation des années d’étude dans le calcul de la retraite, etc.).
Dans le Nord, par exemple, les jeunes communistes, membres du collectif local, ont fait la tournée des plages pour faire signer la pétition qui soutient la proposition de loi alternative déposée par les députés communistes. Ce projet de loi a, d’ailleurs, déjà récolté plus de 100 000 signatures de soutien, indice supplémentaire de la volonté des Français d’obtenir une autre réforme.
Réussir la rentrée sociale !
La rentrée, quant à elle, s’annonce caniculaire pour le pouvoir. Les jours de mobilisations se multiplient : le 4 septembre, manifestation contre la politique sécuritaire de Sarkozy, grève dans l’éducation nationale le 6 et le 7 septembre grande manifestation pour les retraites. Même si certains à gauche « tanguent » un peu sur la question des 60 ans comme Cohn-Bendit qui a déclaré aux Journées d’été du rassemblement écologiste à Nantes que les salariés doivent pouvoir «décider à quel moment ils vont partir à la retraite», l’unité syndicale semble de mise et pourrait faire fléchir le gouvernement. Sarkozy prétend qu’il ne reviendra pas sur sa réforme mais il se pourrait bien que le fort mouvement social de septembre le fasse réfléchir…
Fabien Gay



