Euro 2016 : pour que la fête appartienne à tous et toutes !

9 mai 2016 by  
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A la veille de l’Euro 2016, tous les passionnés du ballon rond se disputent autour de la sélection de l’Equipe de France. Quels les joueurs pour mener l’attaque ? La charnière centrale sera-t-elle à la hauteur ? Qui seront les surprises ? Benzema : ira ou ira pas ? Mais derrière ces débats passionnés et passionnants se cache une réalité bien plus sombre. Cette réalité, c’est la séquestration du football, et du sport en général, par les logiques de profit. Pour les capitalistes, le football est avant tout une industrie. L’Etat et les collectivités ont dépensé près de 1,7 milliard d’euros pour cet évènement, mais ce sont les sponsors et les entreprises privées qui vont gagner le magot. Socialisation des pertes et privatisations des profits : rien de nouveau en somme. Mais ceci est d’autant plus scandaleux dans un contexte de politiques d’austérité où l’on nous dit qu’il n’y a plus d’argent dans les caisses et que c’est aux populations de faire les efforts. Cette privatisation du football se ressent aussi dans l’augmentation des parts match diffusés par les chaines payantes. La chaine BeIn Sports diffusera 100% des matchs de l’Euro, dont près de 40% en exclusivité. Même depuis son canapé, il va falloir mettre la main à la poche. Pour ceux qui auraient la chance de voir les matchs directement dans les stades, les supporters vont être transformés en vache à lait.  Même si les stades offrent une gamme de prix assez large, la plupart des places se trouveront entre 150 et 900€ de la phase de poule à la finale. Des des prix plutôt inaccessibles pour la majorité d’entre nous… Mais ce sont surtout les « à-côtés » qui vont couter cher. Dans toutes les villes qui accueilleront un match de l’Euro, les prix des hôtels augmenteront entre 300 et 500% par rapport aux périodes « normales » ! Voir un match vous reviendra aussi cher que de partir en vacances.

Néanmoins, il existe une alternative à tout ce business très lucratif qui permettrait de voir gratuitement et dans la convivialité les matchs : ce sont les fan-zones. Présentes dans seulement une dizaine de villes françaises, leur existence est menacée par les logiques sécuritaires. Les temps difficiles que nous traversons nous oblige à être particulièrement vigilants sur les questions de sécurité. Mais céder à la peur en supprimant les fan-zones, comme le souhaite certains, représenterait d’une certaine manière une victoire pour les terroristes. La vérité, c’est aussi que le gouvernement a peur des « débordements » que ce genre de rassemblement entraineraient.  Vous comprenez : des personnes issues des banlieues qui viendraient en centre-ville pour regarder du foot, c’est forcément qu’ils ont d’autre intentions, nous suggère-t-on. Doit-on sacrifier la joie de se retrouver ensemble en regardant du sport pour cela pour quelques incidents? La peur nous ferait-elle oublier le plaisir de vivre ? D’autant plus que ce débat en fait oublier un autre. En effet, chaque grand évènement footballistique est malheureusement l’occasion d’un immense trafic d’esclavage sexuel. En 2006, lors de la Coupe du monde à Berlin, près de 50 000 femmes avaient été « amenées » pour être prostituées auprès des différents supporters. A l’époque, la pétition internationale «Acheter du sexe n’est pas un sport », à l’initiative  de la «Coalition contre la traite des femmes», avait permis de pointer du doigt ce trafic. Mais depuis, peu de mesures ont été prises. Notre gouvernement ne montre que peu d’intérêt pour cette question.

Mais l’Euro 2016, ce n’est pas que cela, c’est aussi une opportunité. Celle de sortir de climat anxiogène, de galère permanente et  de monté des divisions pour au contraire vivre un évènement ensemble. Tous ensemble ! Alors saisissons cette chance de nous retrouver et de dépasser nos peurs dans un esprit de fraternité. Libérons le football pour que cette fête soit celle de tous et toutes.

Et aussi… ALLEZ LES BLEUS !

Baptiste Giron

 

Des JO et des femmes

8 avril 2014 by  
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Le 23 Janvier 2014 se sont clôt les Jeux Olympiques d’hiver à Sotchi. A l’heure du bilan, le sport féminin français rapporte trois médailles à son pays : l’argent pour Marie Martinod en ski acrobatique ainsi que le bronze pour Chloé Trespeuch en snowboard cross et Coline Mattel en saut à ski.

Trois médailles donc, dont une décernée pour la première fois de l’histoire des JO. En effet, l’un des points positif de ces jeux a été l’ajout de nouvelles épreuves dont notamment le saut à ski féminin, absent jusqu’alors de la compétition. Coline Mattel, la jeune athlète de 18 ans est la pionnière d’une discipline, sacrée olympique depuis 1924 mais réservée aux hommes pendant 90 longues années. En effet, tutoyer les 110km/h pour ensuite s’envoler à plusieurs mètres de hauteurs pendant 6 à 7 secondes pour parcourir parfois plus de 100 mètres a été très longtemps considéré comme dangereux pour les femmes et donc réservé aux hommes. Un préjugé absurde, selon lequel la pratique de ce sport endommagerait les organes génitaux féminins et pourrait les rendre stérile, qui s’est profondément ancré dans les mentalités. Gian-Franco Kasper, président de la Fédération Internationale de Ski affirmait en 2005 : « Ce n’est pas adapté aux femmes d’un point de vue médical ». N’en déplaise à monsieur Kasper, les jeunes femmes se sont élancées du haut du tremplin de Sotchi le sixième jour de la compétition, et ont porté à plus de 100 mètres de la ligne de départ la fierté d’une lutte victorieuse pour le sport féminin.

Le choix des épreuves est un enjeux crucial car il décide en grande partie de la participation ou non des femmes dans certains sports, comme nous l’avons vu avec le saut à ski. Or on peut pointer du doigt le fonctionnement interne à la tête des Jeux Olympiques qui est des plus obscurs. En effet, tout ou presque ce qui a trait aux JO est décidé au sein du Comité International Olympique (CIO), fondé par le fameux Pierre de Coubertin en 1864. Cette ONG basée à Lausanne n’a tout simplement pas évolué depuis sa création. Elle est composé de 101 membres désignés par cooptation dont seulement 21 femmes. Le CIO tire ses moyens financiers des droits de retransmission des événements mais aussi et surtout de multinationales qu’il engage dans des partenariats. Il a été de nombreuses fois entaché d’affaires de corruption. Face à un tel fonctionnement, il paraît évident que les enjeux liés à l’intégration et à la mise en valeur des athlètes féminins ne sont pas les plus faciles à défendre. On peut tout de même saluer la commission « femme et sport » qui, créée en 1995, conseille le CIO pour promouvoir la valorisation des femmes aux Jeux Olympiques, même si son pouvoir est très limité.

Presque toutes les autres épreuves présentes pour la première fois à des jeux olympiques à Sotchi sont, comme la majorité des compétitions, ouvertes aux athlètes des deux sexes comme par exemple le ski freestyle. On y retrouve à chaque fois deux épreuves distinctes, l’une masculine l’autre féminine. La systématique séparation des sexes dans les épreuves sportives de haut niveau est problématique, et à ce niveau, c’est le biathlon, mélange habile de ski de fond et de tir, qui est à l’avant garde. En effet, la Fédération Internationale de Biathlon propose depuis plusieurs années déjà, lors de ses championnats du monde, une épreuve de relais mixte où chaque équipe est composé de deux hommes et deux femmes. A la demande de cette fédération, les Jeux Olympiques de Sotchi ont accueilli la première édition de biathlon mixte de l’histoire olympique. Ce sont les équipes norvégiennes, tchèques et italiennes qui s’y sont illustrées en offrant une compétition spectaculaire et extrêmement serrée, les trois équipes franchissant la ligne d’arrivée avec à peine quelques secondes d’écart.

Si pour certains sports la délégation française est parfaitement équilibrée, comme en biathlon, qui reste le sport le plus égalitaire, elle l’est beaucoup moins dans d’autres. C’est le cas notamment en patinage de vitesse ou du bobsleigh où les épreuves existent, mais ont été disputées sans les athlètes françaises. // Ce n’est évidemment pas un manque de sportives capables de relever le défi au nom de la délégation française mais bien un manque de moyens de la part en particulier des fédérations qui ne peuvent allouer qu’un nombre limité de mandats. //

Pour finir, nous pouvons noter que la médiatisation très importante de ces JO a permis au sport féminin une visibilité exceptionnelle. En dehors des Jeux, le sport féminin correspond à peine à 7% des retransmissions sportives télévisées alors que les JO, regardés par près de 5,4 millions de téléspectateurs par jour pendant les deux semaines de compétition captant près de 20% des parts d’audience totales ont clairement fait exploser la présence sportive féminine à l’écran. L’exploit de Coline Mattel en saut à ski à, quant à lui, été regardé par près de 9 millions de téléspectateurs sur France 2, un double exploit !

Malheureusement cette large et bénéfique démocratisation du sport féminin, fusse-t-elle limitée aux deux semaines de JO, s’est trouvée entachée des commentaires sexistes et déplacés des commentateurs sportifs. En effet, les chaînes du service public France 2 et France 3 ont étés très vivement critiquées pour le manque de professionnalisme de leurs commentateurs. Commentaires approximatifs, publicitaires, lourdement chauvins, légèrement racistes voire carrément sexistes, on est passé tour à tour d’un Patrick Montel qui annonçait en direct une médaille à la biathlète Anaïs Bescond au moment même où celle-ci, se faisant passer devant par deux autres athlètes, voit s’envoler tout espoir de médaille à un Philippe Candeloro commentant le patinage artistique avec « Elle a des airs de Monica Bellucci, avec un peu moins de poitrine, mais bon… » ou encore « Vous pourrez lui dire que c’est pas la seule à être excitée, elle a un joli sourire cette patineuse ». Il est regrettable que le service public s’acharne à conserver une équipe de personnalités cathodiques interchangeables visiblement coincée dans une faille spatio-temporelle depuis les années 1980. Force est de constater que Patrick Montel, Gérard Holtz ou encore Lionel Chamoulaud reviennent à nos oreilles chaque année, que ce soit pour le Tour de France, Roland Garros ou les JO depuis près de trente ans. Le sport en général et le sport féminin en particulier méritent tout le professionnalisme et la compétence dont le journalisme sait faire preuve.

 

Marie Lou, MJCF 31

 

La jupette ? C’est non !

10 avril 2013 by  
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En février, la page web « Femmes de sport » informait qu’une réflexion de la Ligue Féminine de Handball et des clubs sur le port obligatoire de la « jupette » était en cours. Cette annonce, informelle puisque n’émanant pas de la Ligue, n’a pas tardé à faire du bruit…
Face au tollé déclenché chez les joueuses
dénonçant l’absence de consultation, très vite, des médias tels que l’Équipe annoncent l’abandon du projet. En un mois, la jupette passe de l’obligation aux oubliettes. Faire dépendre la popularité du handball féminin de mises en scène faisant des joueuses des objets de désir, c’est raté. Ces décisions questionnent la vision que les responsables de la LFH portent sur leurs joueuses, et la place de leur avis dans les instances démocratiques, comme en témoigne cette publicité de la coupe de la Ligue, qui n’a que peu de rapport avec le hand… no comment !


Nous avons interrogé trois d’entre elles à ce sujet. Léa Terzi (Dijon), Gervaise Pierson (Metz) et Audrey Deroin (Toulon) donnent leur avis sur cette tentative ratée…

Quels sont vos arguments contre le port de la jupe ?

Léa Terzi : Je n’aime pas trop l’idée que les spectateurs ou les partenaires vont affluer si nous portons une jupe. C’est dégradant et ce n’est pas pour ces valeurs que j’ai choisi de faire du handball. Est-ce que si l’on imposait aux entraineurs le costume-cravate, comme on peut le voir au Basket, ils seraient tous d’accord ?

Gervaise Pierson : Je trouve ça complétement rétrograde! On fait un bond de 100 ans en arrière! On va vendre la joueuse comme « femme objet » aux longues jambes musclées… Où est la place du sport là dedans?! On impose une tenue (peu confortable) aux femmes sans tenir compte de leur avis… Comme quand les femmes n’avaient pas le droit de porter de pantalon sans un accord écrit (de leur mari?)! Allez faire ça avec des hommes, vous allez voir comment vous allez être reçu! Mais avec des femmes ça gène personne, c’est même normal!
Certaines joueuses se sentent peut-être mal dans leur peau, mais ça les présidents s’en fichent apparemment… Pourtant se sentir bien dans ses baskets sur le terrain, ça aide à réaliser des perfs non?!

Audrey Deroin : Si les gens viennent nous voir, c’est pour le spectacle et la beauté du jeu, pas pour voir des filles faire le show en jupette. Je ne me vois pas jouer, sauter, tomber, courir en jupe! Limite, je reste a mon point de corner pour pas qu’on me voie…

Penses-tu que l’on peut tout faire au nom du marketing ?

Léa Terzi : Non. Je dois reconnaitre qu’il y a eu un gros progrès en terme de communication depuis que nous sommes passées en Ligue Professionnelle. En remettant le port de la jupe en cause, je ne veux pas cracher sur tout le travail qui a été fait. Mais vouloir nous imposer une tenue vestimentaire sans même nous consulter, je trouve cela maladroit.

Audrey Deroin : Si les gens pensent que pour remplir les salles il faut jouer en jupe, c’est leur stratégie, pas la stratégie des joueuses ! Au contraire le public vient pour l’ambiance de l’arène, le spectacle et le combat ! Jouer en jupe nous fera passer pour de gentilles petites filles ou alors au contraire l’image clichée des filles dans une arène ! Etre des filles on sait très bien le faire en dehors des terrains.Quand on arrive en match on est des guerrières !

Gervaise Pierson : Notre corps nous appartient et ce n’est pas sur ça qu’on doit faire du marketing! Sinon on va bientôt se retrouver en brassière!

Mejdaline Mhiri

 

Victoires et conquêtes : la place des femmes dans le sport

1 mars 2013 by  
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Béatrice Barbusse était la seule femme présidente d’un club professionnel évoluant évoluant en première division, l’US Ivry en handball. En tant que sociologue et professeur des universités elle a aussi publié, entre autres « être entraîneur sportif ». Elle prépare également un livre sur le sport professionnel  traitant la nature des rapports sociaux, l’évolution des métiers, des comportements, les cadres de socialisation des sportifs, la place et le rôle de l’argent …Quelques jours après l’abandon de la « jupette » forcée, en Hand Ball féminin, pour Avant-Garde, elle revient sur la place des femmes et des discriminations dans le sport.

 

Avant-Garde. : Tu décris la difficulté pour les femmes à faire du sport en club, notamment dans les milieux les plus défavorisés. Quelles seraient les réformes prioritaires ?

B.B : En effet, les femmes d’origine sociale populaire pour diverses raisons (place et rôle de la jeune fille et de la femme ensuite au sein de la famille, précarité de certaines situations professionnelles …) ne se tournent pas spontanément vers les clubs. Et ces derniers ne ciblent pas forcément le public féminin car c’est moins rentable pour leur image notamment.

Le seul lieu qui s’adresse à tous c’est donc l’école et c’est à ce niveau en effet que l’on peut faire évoluer grandement les choses à condition que les activités physiques et sportives (APS) n’y soient pas considérées comme des activités secondaires comme c’est le cas depuis de nombreuses années. Il faut remettre les APS à la place qu’elles méritent au sein du système scolaire en mettant en avant leur rôle d’éducation et d’épanouissement. Pour cela il faut des créneaux horaires dignes de ce nom et des équipements qui permettent de découvrir un éventail le plus large possible d’APS. Il ne faut pas non plus les enfermer dans des sports dits « féminins » et a contrario leur proposer les mêmes activités que les garçons.

AG : Tu évoques la question des sportives voilées qui cristallise d’autres débats de société, à chaque fois qu’elle est abordée dans les médias. Quelle est ta position par rapport au voile et à la religion dans le sport ?

B.B : Ma position est franchement tranchée. D’un côté on constate dans certains pays musulmans que le sport pratiqué voilé est un facteur épanouissant qui participe à l’autonomisation des femmes et de ce point de vue alors peu importe que le voile soit porté si la pratique d’un sport peut aider les femmes à être plus libres. C’est en tout cas ce que montre un rapport de 2007 de l’ONU qui décrit de nombreuses expérimentations de ce type.

Mais d’un autre côté et notamment dans les pays laïques comme le nôtre, le port du voile ou d’habits couvrant la totalité du corps pour pratiquer un sport heurte de plein fouet la conception moderne de la femme que des milliers de femmes et d’hommes ont su imposer au travers de luttes sociales. La plupart des règlements internationaux sportifs n’ont d’ailleurs pas prévu ce type de situation et la décision de la FIFA (Fédération internationale de football) juste avant les JO de 2012 d’autoriser le port du voile dans les compétitions internationales remet en cause cette conception et donne à voir au contraire une conception rétrograde de la femme. Selon moi, le sport dans notre pays doit certes respecter les différences mais la particularité du sport est qu’il impose des règles communes à tous et dans une société où l’individualisme est exacerbé nous avons besoin d’activités où les références communes prennent le dessus sur les particularités politiques, religieuses, de genre…. Dans le sport, les règles doivent être pareils pour tous, toutes choses égales par ailleurs comme on dit en économie. Bien sûr que l’on peut adapter les règles selon l’âge ou le niveau de compétition mais pour le reste tout le monde doit être à la même enseigne. Notre société a besoin d’activités de ce type pour redonner un sentiment de vivre ensemble commun et contrebalancer les effets d’un individualisme trop poussé.

AG : Tu évoques également le très petit nombre de femmes à la tête de fédérations ou clubs sportifs[1]. Récemment, Amélie Mauresmo avait demandé d’entraîner les hommes de l’équipe de France de Tennis, mais on l’a cantonnée à l’entraînement de femmes.  Où est le problème ?

B.B : Tout d’abord il faut noter qu’au-delà du sport, toutes les fonctions de direction sont largement masculines et d’ailleurs tous les mots pour les représenter sont au masculin : président, directeur, chef, manager… Il est vrai que dans le sport le phénomène est plus fort. Si l’on prend la fonction de présidente, on constate que 25% des clubs sont présidés par des femmes. Mais si l’on retient que les clubs professionnels des principaux sports collectifs (hand, basket, volley, rugby, foot), moins de 5% sont présidés par des femmes et elles président toutes des clubs féminins ! Aucun club masculin professionnel n’est aujourd’hui présidé par une femme (j’étais la seule jusqu’à encore il y a un mois) et on ne compte aucun entraineur professionnel féminin qui entraine des hommes. En France il est encore impensable qu’une femme puisse encadrer des hommes !

Une femme qui encadre des hommes (à la tête d’un club ou d’une équipe) est considérée souvent comme une imposture dans le sport plus que dans un autre domaine car le sport est d’abord un espace fait par les hommes et pour les hommes ! Par ailleurs, l’activité d’encadrement voire de commandement ou de direction réfère à des qualités considérées comme masculines : il faut savoir donner des ordres, prendre des décisions, voire des sanctions… Alors que l’image de la femme est plutôt assimilée à quelqu’un de doux, de fragile, de sensible, de manipulable, qui discute… Bref tout se passe comme s’il n’y avait qu’une seule manière d’encadrer et que cette dernière correspondait aux particularités du genre masculin et que les femmes étaient condamnées à jouer les seconds couteaux. Les mentalités sont très en retard de ce point de vue et il va falloir encore beaucoup de temps pour que cela change.

 

A.-G. : Tu écris que la femme a su gagner sa place dans le sport au cours du dernier siècle. Récemment, s’est développée la « Zumba » entre sport et danse, dont les adeptes sont majoritairement féminines. La femme féminise-t-elle le sport, ou est-ce qu’elle se cantonne là où on l’attend ?

B. B. : Les deux à la fois. En allant vers des disciplines qui leur « correspondent » plus soi-disant (c’est à dire d’après nos représentations), les femmes « féminisent » le sport en même temps qu’elles se tournent vers des activités où on les attend le plus. Mais il y a surtout le fait que d’après certaines enquêtes les femmes recherchent au travers de l’activité physique davantage de bien-être que la compétition. L’attractivité de la « Zumba » illustre parfaitement ce besoin.

A. G : Tu écris : « La place de la femme ne peut évoluer que si la conception de la masculinité se transforme conjointement. » Est ce que l’évolution de la femme rendrait l’homme plus libre dans sa propre représentation ?

B.B : Oui, en quelque sorte. En tout cas ce qui est sûr c’est que cela laisse à l’homme une plus grande liberté dans l’expression de sa masculinité. En même temps que notre conception de la féminité évolue, celle de la masculinité évolue aussi de fait. L’homme peut davantage s’écarter du modèle dominant du mâle guerrier, vindicatif, compétiteur… Cela lui donne plus de marge d’expression sans pour autant être stigmatisé ou marginalisé. Au fond tout le monde y gagne, l’homme et la femme !

A. G : Est ce qu’aujourd’hui, le système sportif met à l’écart le sport handicapé  comme on mettait à l’écart les femmes autrefois ?

B.B : Le sport comme la société met à l’écart tous ceux qui représentent une minorité : les handicapés comme les blacks, les beurs… On parlait qu’il y avait peu de femmes à des postes de direction mais il n’y a pas beaucoup de blacks ou de beurs non plus ! Le sport en France est surtout l’apanage de l’homme blanc valide et les fonctions de direction de l’homme blanc valide d’âge mûr pour être polie…



[1]              « elles ne représentent que 15,6% des conseillers techniques sportifs, 7,6% des directeurs techniques nationaux, 12% des entraineurs nationaux, 14,5% des arbitres, 8% des présidents de fédération, 5 à 10% des journalistes sportifs, moins de 5% des entraineurs professionnels des cinq principaux sports collectifs, moins de 5% des présidents des clubs élite des cinq principaux sports collectifs. Mais là-aussi le résultat est là : toutes les fonctions ou presque leur sont ouvertes.»

Accès au sport : l’enjeu d’un match historique

9 mars 2011 by  
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footLe sport, c’est l’art de se déporter, de se dépasser, de mouvoir son corps dans un esprit de loisir*. C’est avant tout une activité récréative (avant le XIXe siècle on parle même de jeux). Et pourtant, nombreux sont ceux qui veulent en faire une marchandise comme une autre, de laquelle on peut tirer profit.

Dès l’antiquité, les gladiateurs, les courses, la lutte, etc. sont des activités pratiquées principalement sous forme de divertissements pour les spectateurs. Le gladiateur est un esclave qui attend une mort proche dans l’arène, pour le bénéfice de son lanista et des patriciens romains. Panem et circenses (du pain et des jeux), disait Juvénal à propos d’une société romaine qu’il voyait comme décadente, serait-ce la vision « moderne » du sport dans une démocratie en perdition ? Lors de l’essor de ces activités au XIXe siècle, d’abord en Angleterre, le sport est vu comme un loisir. Et naturellement, il est réservé à ceux qui ont du temps à consacrer aux loisirs : la bourgeoise. On doit aux public schools anglaises (attention aux faux amis, ces public schools étant des écoles privées avec des frais d’inscription extrêmement élevés) la codification du football, du rugby…

Un droit au loisir conquis par la lutte

L’appropriation de ces sports par les masses ne vient qu’avec les conquêtes sociales : sans temps disponible, les ouvriers et employés d’alors ne peuvent bénéficier des plaisirs procurés par le sport. Une lutte politique va alors s’amorcer. Pour les uns, il s’agit d’éviter que le sport n’agisse comme un catalyseur des revendications prolétariennes. Pour les autres, ce temps de loisir doit toujours plus se démocratiser, et agir pour le bénéfice des prolétaires. Ce débat n’est pas clos.  De nos jours, la plupart des sportifs se dépassent pour leur plaisir, leur santé, leur bénéfice. Pourtant, le terme « sport » nous renvoie automatiquement à l’image du professionnalisme.

Compétitivité, marché et bénéfices : un droit en danger

Le 9 juillet 2010, David Douillet rendait un rapport au président de la république sur « L’attractivité de la France pour l’organisation de grands événements sportifs ». Ce rapport fait partie d’un vaste projet de déréglementation du sport en France, synthétisé dans un projet de loi du ministère intitulé « Compétitivité et éthique du sport ». Cette prochaine déréglementation prévoit un retrait progressif de l’Etat au bénéfice des groupements privés professionnels dans tous les domaines du sport. Par exemple, pour renforcer la compétitivité des clubs professionnels français, leur participation aux financements publics du sport serait réduite comme peau de chagrin. Le sport pour tous ne sera donc plus un droit, mais deviendra une « option ». En effet, avec des financements réduits, comment les collectivités locales pourraient-elles entretenir leurs équipements sportifs ? Qui pourra donc alors, le dimanche matin, venir jouer au football sur un terrain municipal avec des amis en ayant juste investit dans un ballon et une paire de chaussures ?

Sous prétexte de rendre la France plus attractive dans le domaine de l’organisation des grands évènements sportifs, le gouvernement actuel cherche à affaiblir encore plus le service public du sport : fin du CNDS (Centre National pour le Développement du Sport)  et création d’une « agence du sport français », façade publique chargée de faciliter l’absorption du sport loisir par des groupements privés, dont l’intérêt pour la pratique sportive se limite au champ lexical de l’économie. Opérations de naming des stades, ouverture d’espaces commerciaux, rentabilité du sport, autant d’options qui s’opposent au loisir, au plaisir, à la convivialité, à l’éducation, à la santé… Quels sont les objectifs ?  Transformer les sportifs en consommateurs de sport, spectateurs d’un  professionnalisme qui a effacé toute idée de loisir. Faire du sport un outil d’apprentissage de la compétitivité économique, un catalyseur d’un esprit de consommation qui cherche à se faire passer comme un loisir à part entière.

L’idéal d’un sport accessible à tous n’a certes jamais été complètement atteint : le prix d’une simple licence, ou des équipements de base est un frein pour de nombreuses familles. Cependant, l’asphyxie financière annoncée des collectivités publiques compétentes prépare la fin de ce minimum disponible. Ce sont de nouvelles luttes à mener pour que ce minimum devienne un droit inaliénable au sport loisir, porteur d’un plaisir simple comme celui de taper le ballon le dimanche matin.

Simon Gautier

* Un rapide coup d’œil à l’étymologie de ce mot nous apprend que « sport » est issu du vieux français « déport », lui-même issu du latin « deporto ».

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