Avec ou sans-papiers, Tous travailleurs !

18 décembre 2012 by  
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Manuel Valls, peu après sa nomination : « Être de gauche, ce n’est pas régulariser tous les sans-papiers ». Celui-ci fait paraître, en plein froid hivernal, sa dernière circulaire annonçant le maintien des objectifs d’expulsion de Sarkozy. Portait de la mobilisation Lilloise où des sans-papiers sont en grève de la faim depuis le 2 Novembre. Images de résistance et de solidarité à la hauteur d’une répression sans limites.

  Fives, le 4 décembre. Ce quartier est symbolique du mouvement ouvrier lillois,où l’Internationale fut mise en musique et interprétée pour la première fois par Eugène Pottier, ouvrier fivois. Cette terre de résistance face à l’occupant nazi, à l’exploitation et aux délocalisations, où tant d’ouvriers communistes, de résistants sont morts pour la Liberté ; sera à 20h30 le théâtre d’un triste spectacle. Les 120 sans-papiers en grève de la faim qui occupaient l’Église Réformée sont brutalement délogés par un incroyable déploiement des forces de Police (GIPN, des dizaines de cars de CRS), digne d’une opération anti-terroriste.

Sous les yeux des habitants, dont certains sont des voisins, des camarades, de la famille, à quelques mètres seulement du local du Comité Sans-papiers, le quartier est entièrement quadrillé. Se déroule une véritable opération de force de la préfecture pour mettre fin à cette grève. Des hommes et des femmes en résistance et que l’on jette dehors, sous la pluie par 0 degrés et malgré ces 33 jours de grève de la faim qui mettent directement leur vie en jeu.

Depuis, les sans-papiers ont été disséminés dans les hôpitaux du département, leurs 45 jours de grève de la faim nécessitant une surveillance médicale régulière. La stratégie : éparpiller les grévistes jusqu’ici rassemblés dans ce lieu symbolique et les placer sous responsabilité directe des hôpitaux et de la préfecture qui tente désormais de diviser et de faire éclater le mouvement.

Pour le Comité des Sans-Papiers du 59, association de rassemblement des travailleurs sans-papiers visant à  les défendre et obtenir leur régularisation, « l’objectif réel sera de trier à l’hôpital les sans papiers en trois catégories : – ceux, qui seront gardés à l’hôpital, ceux, qui seront envoyés en Centre de Rétention et ceux, celles qui seront jetés à la rue comme en 2007. » Une analyse malheureusement vérifiée depuis : voilà deux semaines que les sans-papiers sont régulièrement expulsés des hôpitaux, livrés au froid et à la faim, et ne sont réintégrés que par la mobilisation de tous leurs soutiens (associations, organisations politiques et syndicales), y compris avec l’appui de la CGT au sein des hôpitaux dont les directions suivent les directives préfectorales.

Ce 11 décembre, ces dernières vont passer à la vitesse supérieure, s’attaquant à 10 grévistes réfugiés dans la station de métro « Calmette » quelques heures après avoir été expulsés du CHR de Lille. L’intervention de la Police Aux Frontières ne se fera pas attendre. Emmenés au commissariat, 8 d’entre eux seront notifiés d’un procès verbal (dont une obligation à quitter le territoire pour l’un d’eux) et d’une amende de 132€. Retour à la case hôpital pour violence policière pour un gréviste,  direction le centre de rétention de Lesquin pour un autre. Son expulsion sera finalement annulée grâce à la mobilisation des soutiens, et du député communiste Jean-Jacques Candelier venu en plein nuit  à Lesquin réclamer sa libération.

 

Les grévistes de la faim témoignent

 

Débutée au 2 Novembre, cette grève de la faim, conséquence de l’obstination de la préfecture, et du soutien implicite de la mairie socialiste dans le refus de recevoir le Comité Sans-papiers 59, depuis 2007, afin d’étudier les dossiers de régularisation de ses membres.

Cette lutte est celle d’hommes et de femmes qui font la joie de leur patron : travail au noir, sous-payé, contraintes et pressions permanentes dans la crainte de l’expulsion… ils subissent au quotidien cette non-reconnaissance administrative : difficulté à se loger, impossibilité de cotiser et d’avoir le droit à une sécurité sociale… Impossibilité de s’intégrer durablement en France, après avoir été contraints de quitter des pays sinistrés économiquement, dévastés par le colonialisme, le capitalisme et les pouvoir néo-coloniaux mis en place par la bourgeoisie française et ses relais politiques. La situation des sans-papiers est révélatrice d’une politique économique où le patronat délocalise les entreprises où la main d’œuvre est la moins chère et où le FMI accompagne la destruction de tout droit social. Nos camarades étrangers se retrouvent maintenus dans l’exploitation la plus crasse une fois en France.

La grève de la faim qui dure depuis maintenant 45 jours pourrait trouver un débouché positif ce mercredi 19 décembre où une rencontre est prévue entre la préfecture et le CSP 59, qui revendique, outre la régularisation de tous les sans-papiers, la reconnaissance comme interlocuteur auprès des autorités en étant notamment reçus tous les mois, et le droit de plaider en faveur des dossiers.

 

Geoffrey Helsen

 

Communiqué du CSP59 du 02/12/12:

« Convaincus que le peuple électeur n’a pas chassé Sarkozy pour que Hollande, qui a chanté le « changement » durant les élections, fasse la même politique xénophobe, convaincus que les sans papiers ont particulièrement contribué à l’expulsion de Sarkozy en occupant par deux fois son local de campagne de Lille en prenant des risques pour dénoncer son discours lepéniste, convaincus que la discrimination préfectorale vis-à-vis du CSP59 est une infraction à l’état de droit, à un alinéa de la nouvelle circulaire et un manque de respect flagrant aux usagers sans papiers du service public que devrait être la préfecture, ce qui rappelle l’abjecte mentalité coloniale que d’aucun pensait à jamais révolue, les sans papiers grévistes de la faim et leur CSP59 déclare qu’il continueront leur grève de la faim [...] quelles que soient les conditions inhumaines et les traitements dégradants qu’ils, qu’elles subiront. »

Communiqué du Mouvement des Jeunes Communistes de France – Fédération du Nord

Cette violence inouïe est donc la seule réponse de l’Etat socialiste aux revendications légitimes portées par cette lutte : la régularisation de tous les sans-papiers (à commencer par une liste élaborée par les grévistes eux-mêmes), et le droit pour le Comité Sans Papiers 59 à la défense argumentée de tous les dossiers par un rendez-vous mensuel en préfecture. Les forces de Police et le pouvoir socialiste ont cherché cette nuit à briser le mouvement. Ils ont échoué. Les grévistes de la faim, transportés par leurs camarades aux Hôpitaux environnants, semblaient déterminés à poursuivre la lutte tant qu’aucune de leurs revendications n’était satisfaite. [...] La démonstration de barbarie de ce mardi 4 décembre n’est qu’une raison supplémentaire pour continuer à se battre. Sans illusion sur le rôle joué par les socialistes, nous avons conscience que seul le rapport de forces – par la mobilisation populaire sur le terrain – permettra d’imposer un changement radical dans le traitement que l’Etat réserve aux travailleurs, aux êtres humains qui vivent en France.

 


LA PORTE A COTE, UN BIDONVILLE

11 octobre 2012 by  
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Saint-Etienne. Quartier Montmartre. Entre la déchetterie et la SPA. En face du cimetière. C’est là qu’une centaine de Rroms ont été parqués et laissés sans eau pendant 48 heures, jusqu’à ce qu’on leur bricole une arrivée d’eau.

Nous sommes le 24 juillet et il fait une chaleur à crever. J’ai garé la voiture bien à l’écart du camp: je ne savais pas à quoi m’attendre, mais j’avais en tête les phrases que l’on entend bien souvent. « Les Rroms, tous des voleurs. »

En entrant, j’ai été frappée par ce que j’ai vu. Des enfants jouaient, nus pour certains, des habits sales pour la plupart. Des femmes épluchaient des carottes, assises sur des moellons, devant l’entrée de leur cabane de fortune. Je me suis demandée si on s’habituait à ce spectacle. Mais, non, on ne s’habitue jamais.

Je suis allée leur dire que je voulais écrire un article avec leurs témoignages. Juste sous les pierres parfaitement blanches du cimetière, ils m’ont sorti une chaise. Il y avait des femmes, certaines enceintes, d’autres fatiguées, d’autres encore malades; il y avait des hommes, qui tenaient leurs enfants dans leurs bras. Et il y avait leurs regards. Des regards terribles de détresse. Et il y avait leurs mots, leurs épreuves, leur histoire.

Et nous avons beaucoup parlé. Ils viennent de Roumanie; et quand je leur ai demandé si je pouvais voir leurs cartes d’identité, ils se sont chacun précipités pour me les montrer. Oui, ce sont bien des citoyens européens… Ils me disent qu’en Roumanie, les conditions de vie sont très difficiles. L’hôpital, par exemple, coûte cher. Une jeune mère est défigurée par la maladie. « Est-ce qu’on peut me soigner? » Des larmes dans ses yeux. Et je ne peux lui répondre que non, hélas, elle ne peut prétendre à des soins sans couverture médicale.

Je leur demande ensuite si certains ont des diplômes, un seul me répond qu’il a fait de la mécanique. Il s’énerve et dit: « je ne suis pas un voleur. Je veux juste un travail. » Et il se lève de sa chaise, la bouscule et se met à l’écart. C’est le seul à avoir un diplôme; l’accès aux études étant également onéreux. Sans compter qu’en tant que Rroms, ils subissent de graves discriminations dans leur pays. Plus tard, un homme, Florin me dit : « en Roumanie, on nous a prêté de l’argent pour venir en France, si on ne les remboursait pas dans le délai imparti, on leur devait le double. Je ne veux pas rentrer en Roumanie. » Des usuriers à présent. Ils ne sont pas au bout de leurs épreuves.

Florin m’emmène ensuite dans sa cabane. Elle est minuscule: seuls un petit lit et un canapé défoncé y tiennent. Il me présente sa famille. Sa femme m’interpelle aussitôt. « Des biberons, il me faut des biberons. Et des couches aussi. Regarde, mes enfants n’ont pas de couches. » Effectivement, c’est avec horreur que je vois trois jeunes enfants, allongés sur le pauvre sofa miteux, complètement nus, avec des mouches qui tournent autour d’eux et qui remplissent leur bouche.

Hélas, je n’ai pas de quoi les aider. Et est-ce seulement à moi de le faire? Sont-ce des bêtes à ce point qu’on leur nie le droit à l’hygiène, à la santé, à la dignité ? Dans une autre cabane, on m’attire. Maria a six ans. Cheveux collés à son front, accroche-cœurs sur sa nuque. Elle a une très forte fièvre. « Depuis trois jours », me dit sa mère. Un médecin me rapportera que la situation sanitaire du camp de Montmartre est très grave. Une bactérie particulièrement virulente proliférant.

Depuis, je ne les ai pas revus. Pour la plupart, on les a mis dans un avion les 9 et 10 juillet. Dans mes pensées, toujours: Florina, qui parlait parfaitement le français pour avoir été à l’école; Florin et sa famille, si misérables et pourtant si dignes; Lucretia, du même âge que ma mère, que j’avais également emmenée à l’hôpital et dont le médecin avait été très clair: « elle sort de l’hôpital, elle meurt. ». Et Irina et Rodica. Rodica, qui m’avait offert une bague pour avoir conduit sa fille à l’hôpital. Rodica, devenue mon amie.

Lorène Ujhelyi-Wojciechowski

 

DE LA DISCRIMINATION LEGALE,

Depuis de nombreuses années, en France, les citoyens européens venus de l’Europe de l’Est sont particulièrement touchés par une politique discriminatoire. Ce phénomène s’est amplifié aujourd’hui par le jeu des politiques et des médias. L’accès au travail en est l’exemple frappant.

Dès leur entrée dans l’UE en2007, la France a prévu un régime de mesures transitoires applicable jusqu’à fin 2013. Ces règles viennent restreindre la libre circulation des travailleurs venus de Bulgarie et de Roumanie. En clair, le citoyen de l’Espace économique européen et même le Suisse peuvent librement travailler en France ; pas le Roumain ni le Bulgare.

L’accès au travail : au cœur des discriminations

S’il veut durablement s’installer, le bulgare ou roumain doit en déposer la demande. Pour l’obtenir, la condition est soit de disposer d’un emploi, soit de posséder des moyens suffisants d’existence ou d’être étudiant. Cependant, pour travailler, le Roumain ou Bulgare doit engager certaines procédures. Le préalable est l’obtention d’une autorisation de travail. Celle-ci doit être demandée par le futur employeur à la DIRECCTE qui mettra entre 2 et 6 mois à donner une réponse.

Pour être accepté, il faut que l’emploi corresponde aux qualifications du travailleur. La DIRECCTE va regarder la situation de l’emploi. Néanmoins, si l’emploi correspond à une liste de 150 métiers dit « en tension », cette condition ne sera pas opposable.

L’employeur doit aussi verser à l’OFII une taxe pour une durée d’embauche supérieure à 3 mois. Celle-ci s’élèvera de74 à 300 euros en cas d’embauche pour une durée de 3 à 12 mois, et d’au moins la moitié de la rémunération mensuelle brute versée au travailleur après 12 mois.

Beaucoup de conditions, des délais très longs font que l’ouverture de l’emploi aux Roumains et Bulgares est quasi impossible. A l’heure où l’ère d’un racisme globalisé menace sérieusement l’Europe entière, il est temps de se positionner expressément sur la situation juridique des «étrangers » en France.

NB : En août, M. Ayrault a annoncé une modification des mesures applicables aux roumains et bulgares.

Coralie CROS

 

Sevil Sevimli, l’autre visage de la politique en Turquie

19 juin 2012 by  
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Vue de France, la Turquie incarne une multitude de contradictions pour nos chroniqueurs et hommes politiques. Diabolisée pour le génocide arménien perpétré par l’empire Ottoman et pour être un pays musulman qui n’aurait pas sa place dans une Europe aux racines chrétiennes. Ou érigée en modèle démocratique pour les pays arabes, elle aurait réussi la synthèse de l’islam politique et de la modernité libérale. Mais ce grand pays membre du Conseil de l’Europe, de l’OTAN et partenaire économique privilégié des Etats-Unis d’Amérique et des pays européens a aussi un visage que l’on se garde bien de faire connaitre en France : celui d’un régime qui ne tolère aucune contestation politique. Quitte à réprimer férocement quiconque critique le gouvernement.

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Depuis un mois Sevil Sevimli est en prison en Turquie

Samedi 16 juin. Place du Châtelet à Paris. Sous une pluie fine, une petite cinquantaine de personnes sont rassemblées. Ce sont les premiers, pour la première fois et pour le premier appel du collectif. Ils sont là pour Sevil Sevimli. Cette jeune étudiante franco-turque est depuis un mois en prison en Turquie pour « terrorisme ». Comme des centaines ou peut être des milliers d’autres étudiants, la justice turque lui reproche son militantisme en faveur des droits des étudiants. C’est de contester la politique du gouvernement d’Erdogan. Et cette seule raison suffit aujourd’hui en Turquie pour passer des mois, voire des années en prison.

C’est l’Initiative de Solidarité avec les Etudiant-es Détenu-es  en Turquie (ISEDT) qui a appelé à ce rassemblement. Un petit groupe d’étudiants décidés à briser le silence sur la répression de leurs camarades en Turquie. Car depuis deux ans et le début de la mobilisation dans les universités turques pour dénoncer l’explosion des frais d’inscriptions, ils seraient au moins 900 à être emprisonnés. Rien que ça.

Des centaines d’étudiants donc, arrêtés en marge des manifestations, y compris celle du 1er mai. Arrêtés pour les mots d’ordre de leurs banderoles, arrêtés pour les tracts qu’ils diffusent, la musique qu’ils écoutent, les livres qu’ils lisent. Des étudiants qui tombent ainsi sous le coup des lois « antiterroristes » que leur applique le gouvernement turc comme à des milliers d’autres militants, d’élus locaux et nationaux, d’avocats, de journalistes, d’intellectuels…

Erdogan : le néolibéralisme européen et la terreur d’État

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Une manifestation étudiante dispersée par la police en mars dernier

« Pour le gouvernement AKP, islamiste conservateur, il n’y a même pas besoin de présenter de preuves pour justifier cette terreur d’État » annonce au mégaphone un des animateurs de l’ISEDT. En effet, si la justice spéciale turque reproche à Sevil d’être militante communiste et de coller des affiches pour la gratuité de l’éducation, les lois antiterroristes turques permettent l’arbitraire le plus absolu. Les dossiers d’accusations sont gardés au secret jusqu’au jour du procès qui intervient parfois plus de deux ans après l’incarcération. Et pour étayer l’accusation, l’existence d’un « témoin caché », anonyme, suffit pour aboutir à une condamnation. Les étudiants que nous avons rencontré le martèlent : « c’est un viol des principes les plus fondamentaux de la justice universelle ! ». Cette stratégie crée un climat de terreur, de méfiance constante entre étudiants, qui n’osent plus dire ce qu’ils pensent, et encore moins manifester.

Leur mobilisation appelle donc à la libération immédiate de tous les militants politiques arrêtés pour terrorisme. Mais au-delà, ces étudiants veulent alerter l’opinion publique en France sur les milliers de journalistes, avocats, syndicalistes, étudiants et enseignants, arrêtés pour leurs opinions politiques et condamnés pour « terrorisme ». Car la France, par l’intermédiaire du sinistre Claude Guéant avait apporté un soutien sans faille à cette politique d’Erdogan en signant un accord de coopération sur la sécurité et le terrorisme qui instaure une collaboration étroite entre les deux pays jusque sur le sol français.

« L’Union Européenne se satisfait très bien de la voie prise par la Turquie »

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Claude Guéant et le ministre de l’intérieur turc lors de la signature des accords antiterroristes franco-turcs

A sa prise de fonction, Laurent Fabius, nouveau ministre des affaires étrangères a déclaré au journal Le Monde vouloir « renouer les fils avec la Turquie qui joue un rôle majeur, aux plans économique et diplomatique ». Derrière cette phrase, le gouvernement français a en tête ses espoirs de changements politiques en Iran et en Syrie. Mais Sevil et ses camarades seront-ils le prix à payer de l’influence des pays occidentaux dans la région et de l’accès au gaz et au pétrole qu’ils entendent conserver ?

Le gouvernement de Recep Erdogan incarne un mouvement de régression générale, multipliant les privatisations d’entreprises, les libéralisations des grands services publics, ou encore les atteintes aux droits les plus essentiels comme celui de la maitrise de son corps et de l’avortement. Les étudiants qui se mobilisent depuis deux ans en Turquie dénoncent les frais d’inscription et les concours d’entrée à l’université qui remettent en cause l’éducation publique pour tous. Et l’appareil répressif turc mobilise la police, la justice et l’armée pour leur imposer cet ordre. A l’image de bien des pays, comme le Québec qui tente d’interdire à ses étudiants de manifester contre l’explosion des frais d’inscription, les mouvements sociaux sont de plus en plus réprimés. C’est la manière pour les gouvernements libéraux de faire peser sur les peuples une crise économique dont ils ne sont pas responsables : faire passer en force leur politique en réprimant toute contestation.

Nicolas Bescond

Liberté pour Sevil Sevmili !

L’ISEDT à Paris ou le PCF à Lyon ont appelé à des premiers rassemblements le week-end dernier pour exiger la libération de Sevil.

Dans un communiqué, Marion Guenot, secrétaire nationale de l’Union des Etudiants Communistes a appelé le gouvernement français à se mobiliser sans délai pour faire libérer Sevil Sevimli.

L’UEC rejoint ainsi de nombreuses voix qui s’élèvent déjà en France pour exiger la libération de Sevil du Parti Communiste Français par la voix de Danièle Lebail, secrétaire de la fédération du Rhône, ou encore l’Université de Lyon 2 dont est issue Sevil.

Pour Marion Guenot, alors que « du Québec à Paris, du Chili jusqu’au Sénégal, de l’Irlande jusqu’en Turquie, nous sommes tous mobilisés contre un même processus appliqué ici à partir de la stratégie de Lisbonne et conduite à partir de l’OMC et le FMI», la bataille pour la libération de Sevil et ses camarades turcs est « une lutte de solidarité internationale ».

L’UEC demande ainsi que soient dénoncés par le nouveau gouvernement les accords antiterroristes signés par Claude Guéant avec Ankara.

10 ans de frénésie sécuritaire SORTIR DU GOUVERNEMENT PAR LA PEUR !

Dès 2002, le Front National devient l’arbitre des débats politiques en France, déplaçant tous les discours sur ses positions : l’immigration, l’insécurité, les croyances, la famille… Pour répondre aux craintes que provoquent la montée du chômage et les menaces que fait peser la mise en concurrence de tous les peuples dans la grande guerre économique, les gouvernements successifs vont jouer sur les peurs.

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La France d’il y a dix ans ne connaissait pas de chantage sur sa dette. On disait même qu’il y avait de la croissance et l’idée du moment était de réduire le temps de travail… Et pourtant, c’est cette France-là qui a conduit petit à petit Nicolas Sarkozy vers le pouvoir et le programme du Front National à s’appliquer par les lois de l’UMP.

Un mal qui prend racine dans les inégalités les plus profondes du système

Cette politique, on la retrouve dans la multiplication des lois qui ont réformé le travail de la justice et de la police pendant dix ans. Le souci des gouvernements successifs est simple : à mesure qu’avance leur politique de casse sociale incarnée dans les réformes de l’éducation et du droit du travail, il faut maitriser tous les contestations que cette situation provoque.

Chaque gouvernement va donc faire évoluer la justice et la police dans ce sens (lire ci-dessous). Mais la croissance perpétuelle du chômage, la baisse générale du pouvoir d’achat et l’affaiblissement progressif de tous les systèmes de solidarité nécessitent des réponses qui dépassent les seuls outils de répression.

Le nouvel ordre sécuritaire et ses boucs émissaires

Dans la France de 2012, rares sont les employés de services publics qui ne connaissent pas une mission qui participent au « flicage permanent » de chaque citoyen. De Pôle Emploi aux inspecteurs et médecins du travail mis sur le dos des chômeurs et des salariés en arrêt maladie. Des assistantes sociales, personnels d’encadrement des collèges et lycées et médecins scolaires mis au service des préfets et procureurs. Des maires contraints d’adopter la vidéosurveillance sous peine d’avoir toutes les difficultés du monde à financer une police municipale. Le secret professionnel des personnels sociaux et de santé est bafoué. Dès le plus jeune âge, des fichiers généraux sont créés pour aboutir au fichier géant de la Police Nationale institué par Claude Guéant juste avant de quitter le ministère de l’intérieur.

L’UMP et le FN ont imposé peu à peu l’idée que chaque jeune, chaque immigré, chaque chômeur, chaque syndicaliste et chaque supporter de foot est d’abord un délinquant potentiel, et non plus un citoyen. C’est la République et l’idée d’égalité qui sont remises en cause. Une des premières missions de la gauche qui devra gagner les législatives, c’est d’annuler toutes les lois d’oppression prise pour maintenir l’ordre de Neuilly : une France soumise aux exigences des grandes entreprises qui méprisent tous ceux qui cherchent un avenir meilleur.

Omar Z.

LA FIN DE LA JUSTICE DES MINEURS ?

Depuis 1945 la France s’est dotée de règles et d’outils spécifiques pour traiter les entorses aux lois de tous ses enfants. C’est une justice tout à fait différente de celle appliquée aux adultes majeurs. L’idée est simple : un mineur doit être éduqué et ne peut pas être estimé responsable de tous ses actes. Une philosophie largement remise en cause tout au long des 10 ans de pouvoirs de l’UMP.

justicemineurs

Nicolas Sarkozy a brisé tous les principes de la justice des mineurs en France. Après avoir prévu les « peines planchers » en cas de récidive, l’UMP veut à présent les étendre aux « réitérants ». Des jeunes qui,  après avoir purgé une peine, pourraient subir des peines planchers pour absolument tout autre délit. C’est la suppression de la particularité de chaque jugement, de chaque instruction, de chaque condamnation. La Justice devient une machine à punir.

Le principe d’égalité bafoué

C’est le cercle vicieux d’une vengeance de la victime sur le criminel ou le délinquant. La peine devrait être purgée pour la société et pas pour la victime ou ses proches. C’est alors à la société de prendre en compte le dédommagement de la victime. Ainsi, elle est un intermédiaire impartial.

La justice n’est pas une réaction à un fait divers. Un jeune, un enfant, est un adulte en devenir. Il ne doit pas être soumis à des sanctions automatiques inadaptées à sa personne et sa situation. À 12 ans, on est un gosse, qui a le droit d’être éduqué, aidé, accompagné, et pas irrémédiablement sanctionné. L’abaissement de la majorité pénale à 16 ans, celle de la responsabilité pénale à 13 ou 12 ans, la multiplication des centres fermés : tout cela met un terme à la spécificité de la justice des mineurs.

La délinquance n’est pas une vocation

Avant d’être délinquant, on est une personne avec une histoire. Parfois, on est victime de soi-même ou de ses conditions de vie qui régressent, d’une éducation imparfaite que l’école ne fournit pas, de l’ennui qui envahit une vie où les loisirs sont hors de prix.

Les réponses répressives apportées aujourd’hui  ne s’adaptent pas à ces situations. Lorsque la police, pour remplir des quotas, arrête un guetteur ou un revendeur, le problème est détourné car ce dernier sera remplacé et le système continuera à tourner.

Certains diront qu’ils « choisissent la facilité » plutôt que de travailler, mais ce ne sont que des phrases toutes faites. Le problème, c’est le travail qui n’est pas là.

Construire une autre ambition pour la justice ?

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la justice devait épargner les jeunes qui n’étaient pas responsables de la situation dans laquelle ils grandissaient. Beaucoup se tournaient déjà vers l’illégalité par manque de moyens pour vivre, mais ils étaient des exceptions. Aujourd’hui, ces jeunes sont toujours exceptions. Comme la guerre n’était pas celle des jeunes en 1945, la crise actuelle n’est pas la nôtre. En 2012, et en tous temps, les jeunes ne devront jamais payer les erreurs de leurs aînés.

Hugo Poidevin

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