Se soigner serait-il devenu un luxe ?

22 juin 2011 by  
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sante1Un rapport de La Mutuelle Des Etudiants (LMDE) et de l’Union National des Mutuelles Etudiantes régionales (USEM) parut récemment fait le point sur l’état de santé des étudiants. Retour sur des résultats édifiants, à l’image de la précarité des jeunes.

Cette enquête montre que la santé n’est pas,  faute de moyens, une priorité pour les étudiants : 34% d’entre eux reconnaissent ne pas avoir les moyens de payer une consultation chez un médecin et 20% ne peuvent pas financer leur traitement. Le lieu de vie des étudiants influe sur leur accès aux soins et sur leur santé générale. Ceux qui vivent chez leurs parents ont un meilleur suivi médical par rapport aux jeunes vivant en colocation, qui sont aussi plus facilement tentés par des comportements addictifs (alcool/cannabis…), une alimentation moins équilibrée, etc. Cette étude montre aussi que le stress des étudiants dépend de leur lieu de vie. Les jeunes vivant chez leurs parents ou seuls sont plus soumis au stress que ceux vivent en colocation ou en cité universitaire. L’isolement et les longs temps de trajets sont les principales causes de stress relevés. L’accès aux logements, aux transports, à une alimentation équilibrée, à la prévention sont autant de facteurs qui jouent sur la santé des jeunes et qui sont pourtant remis en cause par la droite au pouvoir. Par exemple, l’accès au cité université pour vivre près de son lieu d’étude est une réalité pour une part de moins en moins importante des étudiants : en 1963, 50% des étudiants vivaient en Cité-U,  en 2010, ils ne sont plus que 7%.

Une logique de rentabilité incompatible avec l’accès aux soins

Malheureusement rien dans ce compte rendu ne fait le lien entre l’état de santé et  la situation de plus en plus précaire des étudiants qui les obligent à choisir entre manger et se soigner. Quelques solutions sont proposées par la LMDE pour permettre un accès plus facile aux soins pour les étudiants comme la création de maison de santé à proximité de chaque ville universitaire, une visite médicale obligatoire en première année et en début de deuxième cycle – aujourd’hui seul 32% des étudiants passe une visite médicale pendant leur licence – la mise en application d’un chèque santé d’une valeur de 200€. Ces quelques propositions sont un début mais beaucoup de questions restent en suspend. Comment faire pour avoir un accès aux soins sur son lieu de vie quand la réforme de l’hôpital du gouvernement tend à détruire les établissements publics de santé de proximité? Quel dispositif pourrait permettre à chaque étudiant de passer au moins une visite médicale sur son lieu d’étude quand des postes sont supprimés à tour de bras? Le chèque santé, limité à 200 euros, est-il réellement la solution alors que nombre de médicaments et de consultations ne sont plus remboursés par la sécurité sociale?

La solidarité au cœur de la santé pour tous

La santé tend à devenir une marchandise seulement accessible à la minorité des plus riches, c’est ce que démontre cette enquête. Or elle est un droit universel reconnu à l’échelle internationale. Sans oublier qu’un étudiant en bonne santé pendant sa formation sera en capacité de mieux apprendre, mieux produire et mieux transmettre, c’est autant de richesse pour toute la société.

Il est donc temps de repenser l’accès aux soins dans une démarche plus globale en fonction du mode de vie et des besoins des étudiants, des jeunes et de la population en général (les étudiants ne sont, malheureusement, pas seuls à renoncer à se soigner faute d’argent), pour que de nouveau chacun contribue à la solidarité selon ses moyens et puissent en bénéficier selon ses besoins.

Marlène Chevallier et Jeannie Barbier

Sida : des traitements toujours pas accessibles à tous

5 avril 2011 by  
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sidaL’OMS et l’ONUSIDA estime aujourd’hui à 33 millions le nombre de personnes vivant avec le VIH dans le monde dont presque 3 millions ont été nouvellement infectées. Le week-end dernier, les appels aux dons se sont multipliés, les stars ont chanté, les télés ont fait des émissions spéciales…  c’était le Sidaction 2011 et ses 5,3 millions d’euros de promesse de dons. Pour autant, les laboratoires pharmaceutiques se remplissent toujours les poches sur le dos des malades et les gouvernements continuent de réduire les financements de la santé publique.

Les populations des pays pauvres sont évidemment en première ligne du manque d’accès aux traitements. Selon l’ONUSIDA, 3,9 millions de personnes sont sous traitement sur les 10,6 millions qui en auraient besoin en Afrique Subsaharienne. Les antirétroviraux (ARV – médicaments qui ne guérissent pas mais ralentissent ou stoppent la propagation du virus) les plus récents sont encore aujourd’hui soumis à des brevets qui limitent la possibilité de fabriquer des génériques à moindre coûts pour les patients. Ils sont pourtant nécessaires car les résistances se développent aux ARV de première génération (ils ne sont plus efficaces car la maladie s’y est adaptée).

Des médicaments brevetés

Les gouvernements des pays en développement, après une ferme bataille,  ont obtenu de l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) la possibilité d’émettre des « licences obligatoires » pour passer outre les brevets en cas d’urgence pour le pays mais les conditions pour obtenir cette autorisation sont drastiques et remises en cause par d’autres accords de libre échange. Il y a ainsi eu 1,8 millions de décès dus au sida en 2009 selon l’OMS dont 1,3 millions en Afrique Subsaharienne.

La prévention et le dépistage sacrifiés

Bien qu’étant un pays riche, la France ne connaît pas non plus une situation idyllique tant en terme de prévention, de dépistage que d’accès aux médicaments.

150 000 personnes seraient atteintes et parmi elles environs 50 000  l’ignoreraient. Selon le Pr Willy Rozembaum, président du CNS (Conseil national du sida), 210 personnes meurent chaque année à cause d’une prise en charge trop tardive. A cet égard, les décisions du gouvernement vis-à-vis du dépistage et de la prévention peuvent laisser perplexes. Alors que la Haute Autorité de santé, préconisait un dépistage systématique de toute la population, le plan national sida 2010-2014 ne propose de l’axer que sur les populations dites « à risques » (les homosexuels, les consommateurs de drogues et les populations d’outre-mer). De même, Bruno Spire, président d’Aides (association de lutte contre le sida et de prévention),  témoigne des baisses de subventions pour les associations de ce domaine. La sienne a, par exemple, été privée de 14% de ses aides publiques, il en conclut que « la santé n’est plus une priorité ».

Un accès aux médicaments difficile même en France

Du côté de l’accès aux traitements, très peu de chiffres sont disponibles. Un collectif d’associations, le TRT-5, a cependant mis en place un dispositif sur internet : sur les 120 participants, 33% se sont retrouvés sans traitement pendant un à sept jours. Et les témoignages se multiplient. C’est d’autant plus grave pour Bruno Spire que ceux qui prennent les médicaments ne transmettent quasiment plus le virus, le problème pourrait donc être derrière nous dans 20 ou 30 ans si le dépistage et l’accès aux médicaments sont efficaces. La cause de ces interruptions de traitement est du même ordre que dans les pays pauvres : la recherche du profit. En effet, les grossistes-répartiteurs (intermédiaires entre laboratoire et pharmacie d’officine) envoient les médicaments en priorité où c’est le plus rentable (entendez le plus cher pour le patient) et les pharmaciens ne font que très peu (ou pas) de stock de peur de se retrouver avec des médicaments invendus et très coûteux sur les bras.

Les dons promis lors du Sidaction sont évidemment nécessaires et compensent aujourd’hui le manque d’investissement dans la recherche, la prévention, le dépistage, l’accès aux médicaments. Rappelons-nous tout de même, à titre d’exemple, que le laboratoire pharmaceutique Sanofi Aventis est la 3e entreprise du CAC40 (derrière Total et la BNP) avec plus de 5 milliards d’euros de profits en 2010.

Cynthia Traoré