Salah Hamouri : « Je vous engage vivement à faire pression auprès de votre Président et auprès de l’Union Européenne pour reconnaître la Palestine »

15 février 2013 by  
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Salah Hamouri,
citoyen Franco-Palestinien, Salah
Hamouri a passé 7 ans dans les prisons
israéliennes pour délit d’opinion.
Libéré il y a un an après une
intense mobilisation en France, il vit à
Jérusalem et milite notamment aux
cotés de l’Association France
Palestine Solidarité pour la libération
de tous les prisonniers politiques
palestiniens.

Avant-garde : Bonjour Salah. Depuis ta sortie de prison fin 2011, que deviens-tu ? As-tu repris tes études comme tu l’envisageais ?

J’ai bien repris mes études. Je suis maintenant étudiant en droit. Pour moi, le droit est une base sur laquelle le peuple doit s’appuyer, mais il faut qu’il lutte afin de faire respecter ses droits.

En plus de mes études, je travaille pour une association qui défend les droits des réfugiés Palestiniens et je milite pour les droits des prisonniers politiques palestiniens. Je fais également tout mon possible pour rencontrer et accueillir les français qui viennent en Palestine et pour leur faire découvrir l’histoire de ma patrie.

Avant-garde : Depuis, plus de deux ans, la jeunesse palestinienne se mobilise pour exiger une réconciliation inter-palestinienne et la fin de l’opposition Fatah-Hamas. Quel est ton regard sur cette question et sur ce mouvement dans la jeunesse ? Et quelles sont selon toi, les priorités de la jeunesse palestinienne?

Tout d’abord, il faut que le peuple français et les autres peuples découvrent qu’il n’y a pas uniquement ces deux partis qui composent la société Palestinienne. Il y a aussi des partis et des forces de gauche progressistes qui luttent depuis le début de l’occupation, pour la liberté, le retour des réfugiés. Ils ont pu pendant cette longue histoire, avoir beaucoup d’influence, mais comme partout dans le monde, la gauche a reculé à cause des circonstances objectives internationales. Aujourd’hui, il faut surtout mettre fin à cette division, car aucun peuple dans le monde n’a pu avancer vers la liberté sans être uni. Alors les deux grands partis doivent mettre de côté leurs intérêts personnels et leurs illusions de pouvoir construire un état libre sous occupation. Leur priorité doit être les intérêts du peuple Palestinien, loin de leurs alliances dans la région et dans le monde.

La jeunesse Palestinienne a toujours été l’essence de la lutte contre l’occupation, elle a toujours eu le rôle de catalyseur, lors de la première et la seconde intifada. Des milliers de jeunes sont tombés en martyrs ou ont été enfermé dans les prisons israéliennes, c’est normal que cette jeunesse aussi lutte contre cette division politique qui influence négativement notre cause nationale et qui met seulement des obstacles sur le long chemin de lutte vers la liberté.Cette jeunesse révolutionnaire, un jour, avec ses efforts, aura l’influence suffisante pour obliger les deux grands partis à avancer vers la réconciliation.

La priorité des jeunes Palestiniens est d’en finir avec l’occupation parce que l’occupation paralyse toute la vie des Palestiniens et de la jeunesse. Comme tous les jeunes du monde, les jeunes Palestiniens aspirent à une vie normale : faire des études, voyager, se cultiver, travailler, tomber amoureux…

Avant-garde : le mois dernier ont eu lieu les élections législatives en Israël… Quel est ton regard sur ce résultat ?

Il faut savoir que le peuple Palestinien ne voit pas cet état comme un état démocratique, mais  comme un occupant qui viole tous les droits humains et les droits internationaux. Que ce soit la gauche ou la droite au pouvoir, cela ne change rien aux conditions de vie des Palestiniens. Il y a dans le programme de tous les partis israéliens, un but commun : poursuivre l’occupation, étendre la colonisation. La base des programmes de ces partis est une base sécuritaire qui voit les Palestiniens toujours comme un danger dont il faut se débarrasser.

Avant-garde : Après l’UNESCO, la Palestine est devenue membre observateur à l’ONU. Cette victoire diplomatique, a-t-elle changé la situation dans le quotidien des Palestiniens ? Selon toi, quelle doivent être les prochaines étapes pour arriver à une résolution de ce conflit et pour le respect  des droits du peuple palestinien ?

Cette reconnaissance n’a rien changé dans notre quotidien, mais elle change tout politiquement. Concrètement, les checkpoints sont toujours là, aucune colonie n’a été démantelé, et les projets de colonisation continuent.

Chaque peuple dans l’histoire qui était sous occupation a toujours eu besoin d’une stratégie de lutte claire qui réunit tous les moyens de combat possibles pour arriver à sa libération. Ce qui a été fait aux Nations Unies est un pas vers le bon chemin . Mais ce pas doit être suivi d’autres pas. Surtout, la reconnaissance de la Palestine à l’ONU doit se substituer aux négociations entre israéliens et palestiniens. Parce qu’il faut arrêter totalement ces négociations qui durent depuis 20 ans et qui n’ont pas offert le minimum des revendications du peuple Palestinien.

Après cette longue période, il faut remettre tout le dossier Palestinien au niveau des Nations Unies pour appliquer les résolutions internationales et ne pas les négocier. Ce pas là doit être joint à une stratégie nationale de lutte qui peut soutenir les pas politiques. Car la politique toute seule ne libère jamais un peuple.

Avant-garde : Salah, tu as été libéré de prison en décembre 2011 avec plus de 1.000 autres prisonniers politiques palestiniens en échange avec le soldat Gihad Shalit. Quelle est la situation actuellement des prisonniers politiques palestiniens ?

Cette occupation totalitaire dont le seul projet est de détruire l’être humain Palestinien, continue de viser la connaissance et la vie de nos combattants dans les prisons israéliennes. En continuant d’appliquer ses projets, de ne pas donner le droit aux prisonniers d’étudier, de refuser l’intervention des associations internationales pour faire des enquêtes sur les circonstances d’emprisonnement, elle continue de voler l’enfance des Palestiniens en continuant ses arrestations systématiques .Les négligences médicales continuent comme toujours. Le viol des droits de l’homme continue. Pour preuve, le prisonnier Ashraf Abu Threi est tombé en martyr, victime de maltraitance médicale dans les geôles israéliennes.

En ce moment, 4 prisonniers sont en grève de la faim, deux d’entre eux parce qu’ils sont en détention administrative (détention sans procès, sans preuve, renouvelable tous les 6 mois sans jugement), les deux autres parce qu’ils ont été arrêtés de nouveau, alors qu’ils ont été libérés lors de l’échange de 2011. Ils ne sont pas les seuls à avoir été remis de nouveau en prison depuis cette libération.

Avant-garde : Salah, nous savons que tu as lancé une campagne en lien avec l’association France Palestine Solidarité, pour parrainer des prisonniers politiques ?  Peux-tu nous dire en quelques mots, en quoi cela consiste ?

Il s’agit d’une démarche simple mais politiquement très forte. Chaque parrain s’engage à envoyer une lettre par mois à son filleul (en anglais ou en arabe), tout en sachant que les prisonniers ne peuvent pas y répondre. Le parrainage permet de faire comprendre aux prisonniers qu’ils ne sont pas seuls et de faire comprendre à cette occupation qu’il y a des milliers de gens en France et partout dans le monde qui soutiennent la lutte et les droits des prisonniers. C’est aussi une sorte de protection pour ces prisonniers. Cette mission simple mais éthique et historique est une part de la mobilisation et de la solidarité entre tous les femmes et les hommes libres autour du monde.

Pour y participer, il suffit de s’inscrire sur http://www.france-palestine.org/Parrainer-un-e-prisonnier-e

Avant-garde : Pour finir, que pouvons-nous faire ici en France pour faire avancer la paix et la justice en Palestine ? Pousser Hollande à reconnaitre unilatéralement la Palestine ?

Je vous engage vivement à faire pression auprès de votre Président et auprès de l’Union Européenne pour reconnaître la Palestine et pour faire appliquer le droit international. Mais aussi, vous devez savoir que vous en tant que communistes progressistes, vous devez créer des bonnes alliances avec la gauche Palestinienne pour avancer ensemble vers le but commun et surtout sur le point de vue social parce que si le cerveau de l’être humain n’est pas libéré, il ne pourra jamais s’engager dans la lutte et la résistance.

Vous devez surtout venir visiter la Palestine, y rencontrer les forces progressistes, puis rentrer en France pour témoigner.

Avant Garde : Enfin, si tu as un mot pour tous les jeunes communistes, qui ont mené la lutte pour ta libération et continuent pour celle de l’ensemble des prisonniers politiques et pour la Palestine…

Tout d’abord je vous remercie pour votre soutien pendant ma détention ainsi que pour votre accueil chaleureux à la fête de l’Humanité. Je crois bien que la jeunesse joue un rôle essentiel partout dans le monde, pour lutter contre les oppresseurs, quelque soit leur idéologie et vous, les Jeunes Communistes, vous devez continuer ce chemin, jusqu’à ce que vous puissiez réaliser vos rêves.

 

Entretien réalisé par Fabien Gay

« Don’t Panik » : l’interview de Médine

7 juin 2012 by  
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A 28 ans, 4 albums et plusieurs mixtape au compteur, Médine et ses camarades de Din Records soufflent un vent nouveau sur le rap français. Antiraciste et féministe, c’est le retour d’un rap  engagé, enragé, identitaire et révolutionnaire. Aux cotés de Kery James, Tiers Monde, Gaza Team, HK, Zep et bien d’autres au concert pour la libération de Salah Hamouri le 25 mars dernier, il revient pour Avant Garde sur ses engagements artistiques et politiques.

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Avant Garde : Pourquoi participer à ce concert pour la libération des prisonniers politiques palestiniens ?

Médine : Tous les sujets qui touchent à la Palestine, que je considère comme étant le drame de ce siècle, m’intéressent. Dans la mesure du possible, j’essaye de participer à ces événements, et donc forcement là, ça correspondait.

AG : On voit bien dans tes chansons la place de la Palestine mais ton discours et tes revendications sont bien plus larges, comment définirais-tu ton combat politique ?

Mon combat : c’est la lutte contre les injustices, qu’elles soient vécues par un peuple musulman ou non. Je cherche à faire reculer toutes les formes d’injustice et de discriminations en combattant par la parole pour faire évoluer les mentalités. Je n’ai pas de programme établi à mettre en place si ce n’est cette pierre angulaire qu’est la lutte contre les injustices. D’où mon slogan Don’t Panik.


MédineAG : On vient d’apprendre les résultats des élections présidentielles, que penses-tu de ceux-ci et que de la période électorale plus généralement ?

Chaque moment ou le peuple doit s’exprimer est un moment important pour moi. Même si je vais parfois aux urnes à reculons, cette fois-ci j’y ai été avec la ferme intention de faire disparaître certaines idéologies de notre pays. Je considère que la situation est aujourd’hui plus grave qu’en 2002. Aujourd’hui, le vote FN n’est pas un vote de sanction du pouvoir en place mais bien un vote d’adhésion aux idéologies racistes et conservatrices. J’espère que cela va évoluer dans le bon sens…

AG : Tu parles beaucoup des musulmans dans tes chansons, tu t’adresses aussi souvent à eux. Pourquoi faire une bannière du fait d’être musulman ?

Quand je parle d’Islam, je n’en parle jamais de façon prosélyte mais toujours de façon identitaire. Je traite le problème musulman, puisque c’est devenu un problème, de façon sociale, politique et identitaire. Qui aujourd’hui se lève contre l’islamophobie ? Si ce n’est les musulmans eux-mêmes. Très peu d’intellectuels, très peu de politiques, très peu de sportifs, très peu d’artistes… J’en fais ma bannière pour traiter le problème de l’islamophobie en profondeur. Peut-être maladroitement ou de façon trop identifiée, c’est critiquable, mais au moins j’essaie de le faire, c’est mon effort.

Il y a aujourd’hui un glissement dans le sens. Hier, on s’arrêtait sur une couleur de peau – et je ne dis pas que c’est terminé –  maintenant on s’arrête sur un voile ou sur une appartenance religieuse. C’est d’autant plus vicieux que ce n’est pas un racisme frontal. Le racisme est institutionnel aujourd’hui. C’est devenu politiquement correct de se dire islamophobe. Il faut d’ailleurs faire attention avec ce terme car certaines personnes peuvent être en désaccord avec certaines pratiques de l’islam. Moi-même, je condamne clairement certaines dérives de ma communauté mais ça ne fait pas de moi un islamophobe. Pareil pour les gens qui ne sont pas musulmans et qui condamnent une partie des pratiques.

Entretien réalisé par Nicolas Strauss et Emilie Martinez

 BIOPIC

le nouvel album de Médine dans les bacs le 21 juin 2012


Infos, vidéos, extraits sur www.dinrecords.fr et www.medine.tv

Salah Hamouri: « la liberté, c’est un sentiment extraordinaire, un droit pour chacun d’entre nous »

20 décembre 2011 by  
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salah hamouri pompomEn exclusivité pour Avant Garde, le jeune franco-palestinien tout juste sorti de prison revient sur son incarcération, son combat avec les prisonniers politiques palestiniens et celui de tout un peuple pour vivre dans la paix et la liberté.

envoyée spéciale

« Cette demande d’entrer aux Nations unies est une demande légitime, une demande qui doit être soutenue par tous les pays et surtout par la France. Nous, comme tous les peuples du monde, avons bien le droit de vivre en liberté, sans occupation et sans répression  »

Quel est ton état d’esprit maintenant que tu es sorti de prison ? Quels sont tes projets pour les jours et années à venir ?

J’ai le sentiment de la liberté, c’est un sentiment extraordinaire. Je ne peux pas l’exprimer avec des mots parce que c’est vraiment une chose extraordinaire. J’ai beaucoup de choses à dire aux gens qui m’ont soutenu et aussi aux jeunes communistes qui étaient avec moi pendant cette détention. La liberté est je crois un droit pour chacun d’entre nous. A chaque personne privée de liberté, je lui souhaite de recevoir le soutien que j’ai reçu.

Mes projets pour les prochains jours, c’est de rester avec ma famille et mes amis. Je n’ai pas le droit de quitter la Palestine pendant les trois prochains mois. Après cette date, je vais essayer de venir en France pour rencontrer tous les gens qui étaient avec moi pendant cette détention.

Ensuite je reviendrai pour reprendre mes études en sciences politiques à l’université et chercher du travail. J’aimerais bien que ce travail se fasse avec les Français avec qui on a lutté ensemble.

Peux-tu nous parler des conditions de détention et des combats menés par les prisonniers ?pompom 1

Les circonstances d’emprisonnement des prisonniers politiques sont appliquées par un gouvernement qui vise toute la vie Palestinienne et surtout les prisonniers. Ces dernières années, il y a eu beaucoup de restrictions sur les conditions de vie des prisonniers. Il nous était interdit de recevoir des livres pendant deux ans ou de suivre des études par correspondance. Beaucoup de prisonniers sont isolés mais il y aussi des jeunes et des enfants Palestiniens détenus dans les prisons qui ont une vie très difficile.

Alors suite à ces attaques contre nos conditions de vie, on a décidé, nous les prisonniers, de planifier une grève de la faim pour arrêter ces attaques contre nous, récupérer les droits qui nous ont été pris et surtout mettre fin à l’isolement des prisonniers politiques. Cette grève de la faim a duré 20 jours et on est arrivés à un accord avec l’administration de la prison qui a dit que cet accord serait appliqué pendant trois mois, mais pour le moment, rien n’est appliqué. Si l’administration n’applique ces accords, les prisonniers reprendront la grève de la faim.

Il y a également des restrictions sur les visites des familles. Normalement je recevais des visites tous les 15 jours, mais certains prisonniers de la Bande de Gaza n’ont pas reçu de visites depuis plus de 10 ans. Depuis 2006 (enlèvement de G.Shalit), aucune famille de la Bande de Gaza n’a pu visiter leur fils dans les prisons. Des prisonniers de Cisjordanie sont également privés de visites, toujours sous un prétexte sécuritaire alors que nos visites se déroulent derrière une vitre, avec un téléphone qu’ils écoutent. Ce n’est pas un moyen de domination sur les prisons mais c’est un moyen de destruction de la vie des prisonniers.

Quelle est ta vision de la situation politique en Palestine, notamment dans le contexte d’adhésion à l’ONU ?pompom 2

Nous sommes un peuple sous occupation, un peuple qui a le droit à la résistance, et ces droits sont reconnus au niveau international : le retour des réfugiés, un état Palestinien sur les frontières du 4 juin 1967 sont des décisions prises par les Nations Unies et qu’Israël refuse toujours d’appliquer.

En ce qui concerne la politique Palestinienne, nos dirigeants doivent en finir avec cette division politique entre les deux grands partis Palestiniens – le Fatah et le Hamas – parce que cette division-là est un cadeau pour l’occupant, pour continuer à réprimer notre peuple. Cette réconciliation doit prendre place le plus vite possible et permettre de reconstruire l’OLP  - Organisation de Libération de la Palestine qui rassemble de nombreux partis palestiniens – sur des bases démocratiques pour qu’elle puisse contenir tous les partis palestiniens nationaux et islamistes et qu’elle reste ainsi le représentant du peuple Palestinien partout dans le monde. Nous devons arriver à un programme commun de tous les partis pour avancer vers notre but, pour la liberté, l’indépendance et le retour des réfugiés.

La demande de reconnaissance de la Palestine aux Nations Unies est la réponse directe à l’échec de la compromission d’Oslo. Personnellement, j’ai toujours appelé à arrêter les négociations qui offrent le minimum au peuple Palestinien, tellement l’équilibre des forces est en faveur de l’occupation. Cette demande d’entrer aux Nations unies est une demande légitime, une demande qui doit être soutenue par tous les pays et surtout par la France. Nous, comme tous les peuples du monde, avons bien le droit de vivre en liberté, sans occupation et sans répression.

Que les jeunes communistes de France continuent là bas, moi ici avec mes camarades, notre projet collectif, notre lutte commune pour notre but et leur but humain, pour la justice sociale et la liberté. Je veux les remercier, au nom des prisonniers palestiniens, au nom de ma famille et en mon nom pour l’immense soutien que j’ai reçu de leur part. Leur soutien pendant ma détention était le pont d’espoir qui m’a soutenu moralement et psychologiquement, qui m’a aidé à continuer cette lutte contre toutes les difficultés de la prison.

Entretien réalisé par Elsa L.

Salah Hamouri: la pression monte sur le gouvernement français

2 novembre 2011 by  
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Rassemblement pour la libération de Salah Hamouri le 28 octobre 2011 devant le Quai d'Orsay à Paris

Rassemblement pour la libération de Salah Hamouri le 28 octobre 2011 devant le Quai d'Orsay à Paris

« Je dois reconnaître, peut-être à ma grande honte, que ce dossier ne m’était pas connu à cet instant ». Ces récents propos de Gérard Longuet, ministre de la Défense, ont eu l’effet d’un détonateur chez tous les militants de la libération de Salah Hamouri. C’est pour rappeler au gouvernement qui est Salah et exiger sa libération, qu’a eu lieu vendredi soir un rassemblement devant le quai d’Orsay.

Ce dernier, âgé de 26 ans, est le plus vieux prisonnier politique français. Entendons par là, qu’il est le détenu français pour des raisons politiques, depuis le plus longtemps dans une prison étrangère. Depuis 6 ans maintenant il est incarcéré en Israël pour l’intention qui lui est prêtée d’avoir projeté un attentat contre un rabbin militant d’un parti de la droite israélienne et son appartenance présumée au Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP), organisation politique palestinienne considérée comme terroriste par Israël.

Mais Salah, sa famille, son comité de soutien et de nombreuses organisations mènent une bataille acharnée pour sa libération. Leur motif : Salah Hamouri a été condamné par un tribunal militaire sans qu’aucune preuve des charges retenues contre lui n’ait été apportée à son procès.

Un exemple de l’injustice et de l’arbitraire

Cette bataille de parents pour faire reconnaître l’innocence de leur fils rassemble autour d’elle tous les acteurs d’une paix juste et durable entre Israéliens et Palestiniens. Les multiples interpellations de députés, d’élus locaux, de militants, au gouvernement, ont permis de démêler ce qui aujourd’hui  s’avère être exemplaire de l’injustice et de l’arbitraire qui règnent dans le traitement du conflit au Proche-Orient.

Si le gouvernement français reconnaît par la voix d’Alain Juppé que « Salah Hamouri n’a commis aucun crime », il aura fallu près de 4 ans pour que la Présidence de la République s’adresse à sa famille dans une lettre, et 6 ans pour obtenir une rencontre avec un membre du gouvernement. Cette absence d’engagement fort et public pour la libération de Salah et l’inégalité de traitement qui lui est faite, sont les deux points sur lesquels les jeunes communistes ont interpellé le gouvernement lors de leur rencontre avec des membres du Cabinet d’Alain Juppé hier au quai d’Orsay.

« La France admet la validité d’un tribunal militaire d’occupation »

pannootA l’issue de leur rencontre, devant les 150 militants pour la paix et la libération de Salah qui s’étaient rassemblés devant les locaux du Ministère à Paris, Pierric Annoot secrétaire générale du MJCF fait un constat amer : « le gouvernement a certes mis en place tous les dispositifs auxquels ont droit les détenus français à l’étranger, mais il refuse encore de se battre pour faire reconnaître son innocence (…) Nous sommes là dans une divergence politique grave, où la France admet implicitement la validité d’un tribunal militaire d’occupation ».

Plus grave, et dénoncé unanimement par l’Association France Palestine Solidarité, les Jeunes Communistes et le Parti Communiste Français – venus soutenir le dépôt des 35 000 pétitions au cabinet du ministre – Salah Hamouri pourrait voir sa durée de détention allongée de 4 mois en vertu d’une décision de l’administration pénitentiaire israélienne qui s’appliquerait rétroactivement. Plutôt que d’exiger avec son comité de soutien que Salah soit libéré le 28 novembre prochain à la date de la fin de sa peine, Nicolas Sarkozy négocierait sa libération dans le cadre des échanges de prisonniers avec le Hamas prévus pour le mois de décembre.

Pour que Salah soit libéré le 28 novembre

poche« Il y a deux poids, deux mesures dans l’engagement du gouvernement français » estime Fabien, animateur national de la bataille pour la libération de Salah Hamouri pour le MJCF, qui s’exprime au mégaphone. Tous ont en tête la virulence des propos de Michèle Alliot-Marie à l’encontre de la justice mexicaine lors de la condamnation de Florence Cassez, ou encore l’affichage de l’engagement de ministres pour faire libérer les otages Ingrid Bettancourt et plus récemment Gilad Shalit.

« C’est inacceptable ! Nous ne pouvons l’accepter » ajoute Fabien, qui appelle à ne rien lâcher. Ainsi, Denise Hamouri, la mère de Salah, et Jean-Claude Lefort, président du Comité de soutien, appellent à amplifier encore la mobilisation et la pression sur le gouvernement pour que Salah soit libéré le 28 novembre prochain.

Nicolas Bescond