Cuba, à la croisée des chemins

11 mai 2015 by  
Filed under International

Entre indépendance, justice sociale et crise économique, les Cubains sont toujours debout.  Les discussions entamées avec les États-Unis sont autant un danger qu’une opportunité historique, après 55 ans d’un blocus économique illégal de destructeur pour le peuple.

Quelles nouvelles de la perle des caraïbes ? Tous les médias occidentaux ont abordés la reprise des relations diplomatiques entre les USA) et Cuba (le premier les avaient rompues en 1961). Cette simple ouverture de négociations, n´as pas mis fin au blocus, ni aux diverses sanctions que le gouvernement américain impose à l´ile.

Ces négociations commencent d´ailleurs plutôt mal. En effet les USA ont assuré qu´ils maintiendraient la loi migratoire pieds secs/pieds mouillés. Cette loi fait que n´importe quel cubain migrant, touchant le sol américain recevra des papiers de résident (pendant que chaque année 500 sud-américains meurent à la frontière mexicaine avec pourtant le même objectif). Cette loi, faite pour encourager l´émigration est régulièrement dénoncée par le gouvernement cubain et l´ONU car elle encourage les traversées dangereuses, vu qu´un cubain arrivant par avion n´en bénéficiera pas…

Sur les négociations Cuba/USA qui ont marqués l´actualité, il faut rester vigilant. Les nord-américains ne font rien sans rien, et s’ils parlent d´alléger le blocus c´est seulement pour trois raisons, à cause des pressions internationales, de l´évident échec de cette politique à faire chuter le gouvernement révolutionnaire, et dans l´idée de rétablir à terme des relations d´échanges économiques néo-colonialistes….

L´île continue de ne pas transiger avec les principes de la révolution tels que la santé, l’éducation gratuite ou encore ses programmes de recherches médicales mondialement reconnus. De plus, des réformes visent  à clarifier et simplifier la gestion administrative dans le pays.

Pour ce qui est de l´économie,  la croissance reste faible, les sanctions imposées aux banques voulant travailler avec Cuba freinent l´investissement étranger. Néanmoins, les alliances latino-américaines comme l´ALBA ou le Caricom donnent un espoir d´entraide économique sur des bases, de coopération et d´intégration. Ces formes de coopérations, mises en perspectives avec d’autres évolutions dans le monde, notamment du côté des pays émergeant risquent de rebattre une partie des cartes et de bouleverser les schémas en cours dans la région.

Et bientôt avec  le Brésil, la Russie et la Chine allons-nous voir se créer une banque mondiale, qui, non liée aux intérêts étatsuniens, pourra prêter à Cuba ?

Autre enjeux, celui des jeunes. Ils qui n’ont pas connu la période révolutionnaire, ni celle du développement des années 70, et se voient souvent en difficulté face à l’avenir, lorsque leurs aspirations et le niveau de qualification (que le système éducatif permet de développer) se heurtent au principe de réalité. Mais il reste des principes qui ne bougent pas: la souveraineté et le dignité!

Comment l’île crocodile tirera t’ elle son épingle du jeu ?

«LIBERTÉ, TRAVAIL, DIGNITÉ»

8 avril 2011 by  
Filed under International

libre tunisieLe monde arabe (l’Afrique du nord et le Moyen-Orient) serait voué à rester immobile et à être dirigé par des autocrates corrompus, seuls remparts face à l’islamisme, sous le regard amorphe de leur peuple. Bref, il ne serait pas entré dans l’Histoire, celle dont on nous avait annoncé la fin il y a 20 ans. Les premières révolutions du 21e siècle ont pris de court ces discours bien rodés de nos dirigeants. Explications.

Le point de départ ? Sans aucun doute la crise mondiale du système capitaliste incapable de répondre aux besoins des populations et davantage préoccupé à servir les marchés. Les symptômes ? Une croissance en berne, une accaparation des ressources naturelles, une explosion du chômage et des contestations forcément réprimées.

Il a donc « suffi » d’une étincelle (tout de même le suicide d’un jeune par immolation pour dénoncer le manque de perspectives, la flambée des prix des produits de base comme le sucre ou le blé) pour lancer les contestations généralisées que l’on connaît.

Des revendications politiques ET sociales

S’il y a bien eu comme volonté préalable de la part du peuple d’exiger le départ du président (symbole du système corrompu et inégalitaire à la solde des institutions internationales), ça n’a pas été une fin en soi. Par exemple, les Tunisiens ne demandaient pas uniquement le départ de Ben Ali mais celui de tous les cadres du RCD (le parti au pouvoir sous Ben Ali) qui tient encore les manettes politiques, économiques et administratives.

Derrière cette revendication se trouve l’exigence d’un processus pour de réels changements institutionnels qui conjuguent aspirations sociales et démocratiques et qui se cristallisent dans la volonté d’élire une assemblée constituante pour faire valoir ces droits. En effet, les nombreuses revendications sociales ne sont pas à négliger. Elles ont émergé des contestations des années précédentes pour des augmentations de salaires, la répartition des richesses ou encore l’accès aux services de base (éducation, eau, santé). Ces révolutions n’auraient sans doute pas eu lieu sans les luttes préexistantes des avocats ou des ouvriers de la sidérurgie en Egypte, des enseignants ou des mineurs de Gafsa en Tunisie.

Les jeunes, poumon de la révolution

La place des jeunes a été déterminante dans ces combats. Diplômés, aspirant à une vie digne – « liberté, travail, dignité » était l’un des slogans des manifestations tunisiennes – et surtout majoritaires dans ces pays, ils voyaient défiler sous leurs yeux les richesses accaparées par une caste tandis qu’eux devaient se terrer dans le silence.

La crise économique de 2008 a renforcé cette situation déjà grave puisque les politiques imposées par les institutions internationales depuis trente ans ont cassé les services publics, offert les ressources naturelles aux multinationales et creusé les inégalités sociales.

Des grandes puissances face à leurs contradictions

Pour l’anecdote, le Fonds Monétaire International (FMI) avait désigné comme meilleurs élèves de la région pour l’application de ces préceptes : la Tunisie, la Jordanie et l’Egypte ! Le caractère autoritaire de ces régimes semblait alors peu le gêner. Pire, l’agence de notation Moody’s a déclassé les notes de la Tunisie et de l’Egypte en raison de l’instabilité causée par les révolutions.

Comme quoi, marché et démocratie ne vont pas forcément de pair sauf si on admet que la liberté des capitaux et des touristes passe avant celle des peuples. Les grandes puissances impérialistes (Etats-Unis, Europe, France, etc.) ont, avant de retourner leur veste, appuyé les bourgeoisies locales pour leurs propres intérêts (économiques, politiques mais aussi pour faire de ces pays des zones tampon pour ralentir le flux des migrants au mépris des droits fondamentaux), tout en pointant la menace islamiste pour désolidariser nos peuples de ces révolutions. Dans le même temps, Washington pousse le pouvoir égyptien à négocier avec les Frères musulmans qui ont pourtant joué un rôle infime dans la contestation.

Ces révolutions imprévisibles créent un formidable espoir pour bâtir un autre monde. Elles font trembler les despotes des pays voisins. Les contestations semblent désormais s’étendre à d’autres régions avec en tête une génération qui aspire au changement et au progrès. L’impensable, voire l’impossible, s’est produit chez nos frères et sœurs du Sud. Soyons réalistes, exigeons la même chose!

Nordine Idir

BREVES DU MONDE

8 avril 2011 by  
Filed under International

LYBIE C’est un mouvement populaire qui a déclenché la contestation au régime de Kadhafi à partir du besoin de démocratie et d’un Etat de droit. Le régime a réprimé dans le sang et a su habilement transformer cette crise politique et sociale en confrontation militaire. Une intervention a été décidée par les puissances occidentales, sous couvert de l’ONU mais en réalité confiée à l’OTAN. Sarkozy et Cameron appellent à « instaurer un dialogue politique national » afin d’ »organiser la transition » en Libye. Il s’agit en fait de sauver l’essentiel des intérêts occidentaux en Méditerranée. L’espoir démocratique libyen risque de se heurter à ces ambitions tacticiennes.

SYRIE Après deux semaines de manifestations contre Bachar al-Assad, 130 personnes auraient été tuées, selon des militants, une trentaine selon un bilan officiel. Soutenu par des rassemblements à travers le pays, le 1er discours du Président n’a pas annoncée de réformes majeures, pas même la levée de l’Etat d’urgence.

BAHREIN Deux semaines après que les forces de sécurité bahreïnies ont délogé les protestataires de la place de la Perle à Manama le parlement a accepté aujourd’hui la démission de 11 députés présentée en février pour dénoncer la violence et réclamant des réformes. L’intervention militaire saoudienne et émiratie pour écraser le mouvement d’opposition témoigne d’une réelle inquiétude : les révoltes se rapprochent bien trop près du pétrole et des intérêts stratégiques des Etats-Unis et des Européens.

YEMEN Il y a toujours des manifestations demandant le départ du président Abdallah Saleh qui tente de reprendre la main par la violence, appuyé par les Etats-Unis. Robert Gates, le chef du Pentagone, a estimé que la chute du président poserait de vrais problèmes à la lutte contre Al-Qaïda.

JORDANIE Le rassemblement des « jeunes du 24 mars », qui campait sur une place de la capitale a été attaqué par des partisans du régime. 160 blessés et 1 mort. Le lendemain, les islamistes et les pros régime se sont livrés à des démonstrations de force. Les islamistes demandent des réformes constitutionnelles et la démission du premier ministre que le souverain se refuse à envisager au nom de l’unité nationale.

ALGERIE Le pouvoir est aussi confronté à la montée d’un mouvement social. De violents affrontements ont eu lieu à Alger entre manifestants et forces de l’ordre. Les sit-in et autres formes de protestation se multiplient, avec de fortes revendications salariales auxquelles s’ajoutent les mouvements de chômeurs.

Lorène Barillot

La Tunisie post Ben Ali : une révolution en marche

24 février 2011 by  
Filed under on s'bouge

tunisie

Depuis le 14 janvier dernier, la Tunisie a un autre visage. Après vingt trois années de dictature, de  liberd’expression bafouée, d’impossibles critiques de la famille présidentielle qui a pourtant pillé le pays, les Tunisiens ont mis leur Président dehors.

En « dégageant » des politiciens corrompus, le peuple tunisien a ouvert la porte à la contestation populaire qui s’est étendue à tout le monde arabe. Les revendications simples et justes – principalement le droit à la liberté d’expression, l’accès à un travail et une hausse des revenus –  font face à une répression sans merci  comme en Lybie.

Les principales expériences politiques progressistes de ces dernières années ont eu lieu en Amérique Latine avec des gouvernements de  gauche, au Venezuela ou au Brésil par exemple, qui mettent en place des réformes pour améliorer la situation sociale dans leur pays. Personne n’avait prévu le soulèvement face aux dictatures dans le Moyen-Orient. Maintenant les Tunisiens sont face à cette question cruciale : que se passe-t-il après ?

Un bouillonnement politique dans tout le pays

De retour d’une semaine passée là-bas, il apparaît que plusieurs éléments de réponses sont en train d’être trouvés. Il faut noter tout d’abord qu’un flou général règne sur les mois à venir en termes politiques, bien que ce ne soit pas la panique sur place. Le peuple tunisien a tellement peu eu l’habitude de participer à la vie politique, notamment au sein des quelques partis autorisés, qu’il n’y a pas eu d’appropriation massive des outils politiques classiques. Cependant, l’UGTT (Union Générale Tunisienne du Travail) ou d’autres organisations sont tout de même largement débordées par la demande, chacun voulant connaître ses droits. Pour l’instant aucun parti ne domine les autres en termes d’adhésions ou d’écoute auprès des citoyens.

Un autre avenir en construction

La jeunesse tunisienne, qui a été massivement dans la rue et fer de lance de la révolution, constitue dans les différentes régions du pays des sortes de commissions ouvertes à tous pour établir la liste des demandes du peuple. Le reste de la population, qui a été un peu plus en retrait lors des manifestations tout en soutenant fortement les évènements, suit les débats à la télévision. Auparavant complètement muselée, elle est maintenant uniquement animée de débats politiques sur l’actualité du pays ou dans le monde arabe.

La population semble majoritairement confiante et se donne le temps de construire d’ici les élections qui devraient avoir lieues en juillet. Partout, les murs sont couverts de slogans révolutionnaires. Les tunisiens et tunisiennes paraissent être en bonne voie pour construire leur futur, leur révolution se poursuit. Même si, pour l’instant, le système capitaliste n’est pas remis en cause dans son ensemble, le peuple s’organise pour améliorer ses conditions de vie.

Mejdaline Mhiri

Tunisie. Un immense espoir

17 janvier 2011 by  
Filed under on s'bouge

tunisie

Alors que les événements s’enchaînent en Tunisie, ce week-end avaient lieu des manifestations dans plusieurs villes de France en soutien au peuple tunisien.

C’est dans des circonstances dramatiques que ce qui est devenu un véritable soulèvement populaire a commencé. Mohamed Bouazizi comme de nombreux jeunes de son pays vivaient de la vente de rue. Après que la police lui a confisqué ses marchandises, ce jeune de 26 ans, privé de toutes ressources, s’est immolé par le feu le 17 décembre devant le siège du gouvernorat. Ce décès et, surtout, les causes qui y ont amené ont été la goutte de trop pour toute une jeunesse et pour tout un peuple. S’en sont suivies des manifestations, d’abord dans la région de Sidi Bouzid, qui ont rapidement gagné tout le pays.

Pour vivre et pas survivre.

Leurs revendications, au départ, portaient sur les conditions de vie, le chômage, etc. car « les jeunes n’ont pas de postes, ils sont toujours pris par les mêmes familles » nous expliquait Houssem à la manifestation de samedi. Ce jeune Franco-tunisien de 22 ans est fils de réfugier politique, pour lui « la porte s’est ouverte et les revendications se sont élargies » car le besoin est grand d’un réel Etat de droit, d’une réelle démocratie avec une véritable liberté d’expression. Et en effet, alors que la Tunisie était encore saluée il y a peu pour son système économique par le patron du Fonds Monétaire International (FMI), Dominique Strauss-Kahn,  Marianne Aurisoste de la Ligue des Droits de l’Homme (LDH) racontait samedi comment les membres de la LDH tunisienne étaient obligés de se rencontrer en secret sous peine d’être emprisonnés. Le sens du slogan de la manifestation parisienne « Union européenne, FMI complices de Ben Ali » s’éclaire.

Un tyran renversé au prix d’une répression sanglante.

Portés par ce besoin de liberté et de vivre dignement, les manifestants n’ont pas renoncé et ont fait fuir le « président » Ben Ali. Pour Nadia, 17 ans, également rencontrée dans les rangs des manifestants de ce week-end, ce que les tunisiens ont réussi est gigantesque « c’est la première fois dans le monde arabe   que le peuple parvient à faire sortir un dictateur, un tyran ». Ce peuple a payé le prix fort : une répression sanglante, des dizaines et des dizaines de morts parmi lesquels l’oncle d’Houssem qui rappelle l’absolue nécessité que Ben Ali soit jugé pour ces massacres. Et que dire dans ces circonstances de la position de la France ? « Un silence radio scandaleux sauf pour surenchérir dans cette position honteuse en proposant, par exemple, l’expérience de la France en terme de maintien de l’ordre. C’est seulement une fois que le peuple a mis Ben Ali dehors que l’Elysée a cru bon de le soutenir » rappelle Pierric Annoot, secrétaire général du Mouvement des Jeunes Communistes de France (MJCF).

De la révolte à la révolution.

Rien n’est encore gagné bien sûr, comme en témoigne Nadia qui raconte comment sa famille sur place  rencontre de grandes difficultés pour trouver de la nourriture et de l’argent et vit encore sous pression « ma grand-mère ne sort plus de chez elle de peur de se faire tuer, les policiers et les miliciens continuent de tuer des gens ». C’est pourquoi pour elle comme pour Houssem, Marianne ou Pierric, il est plus que jamais important  de soutenir la lutte de ce peuple pour la liberté et le partage des richesses, pour que cette révolte devienne révolution. C’est un immense espoir pour la Tunisie mais aussi pour tous les pays. « Aujourd’hui Ben Ali et demain Sarkozy » scandaient les manifestants.

Julia Hamlaoui