DÉCRYPTAGE : CRISE, DETTE, AUSTÉRITÉ…

10 octobre 2011 by  
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speculationCes derniers mois, on a, partout, entendu parler de dettes, de rigueur, d’austérité, etc. comme autant de fatalités auxquelles on ne pourrait rien changer. Pourtant, à travers le monde, de nombreuses voix s’élèvent pour contester. Tout ne serait donc pas aussi logique que l’on veut nous le faire croire… Explications.

Nos gouvernants nous expliquent que la dette publique est devenue trop importante à force de dépenses inconsidérées de l’État pour l’éducation, la santé ou l’emploi… Bref, pour les droits et services sociaux. Mais une dette contractée pour investir et développer le pays ne devrait pas poser de problèmes puisqu’on crée de la richesse. Non, ici, le problème est ailleurs.

À l’origine de la dette…

D’une part, l’obligation a été faite aux États d’emprunter aux marchés pour leur financement plutôt que directement à la banque centrale (qui peut prêter sans taux d’intérêt). Donc il faut non seulement rembourser la dette mais aussi les intérêts de celle-ci qui peuvent être très élevés. D’autre part, des baisses de cotisations sociales, d’impôts sur les entreprises ou les grandes fortunes ont été organisées depuis 30 ans par les différents gouvernements au prétexte d’assurer « la compétitivité des entreprises ». Donc l’État a perdu une partie de ses ressources au profit des intérêts privés. C’est non seulement l’endettement qui a augmenté mais aussi les inégalités. Enfin, la crise de 2008, provoquée à force de spéculation, a fait s’envoler la dette. À ce moment-là, l’endettement des banques et des ménages a plongé le monde dans sa pire crise depuis 1929. Cette dette, à la base privée, est devenue publique dès lors que les dirigeants ont décidé d’injecter des milliards dans les banques.

Un prétexte tout trouvé pour précariser

Ce sont donc bien des choix politiques, décidés au nom du capitalisme et du libéralisme, qui sont responsables de la crise et qui ont permis aux marchés financiers, et autres agences de notation, de dicter leur loi. C’est au peuple qu’ils veulent maintenant en faire payer les conséquences. Et là, la dette intervient de nouveau. C’est en brandissant le « problème de la dette » que les dirigeants libéraux imposent partout leurs plans de rigueur. Ils font peur aux peuples. Un État en « faillite » (à savoir qui ne rembourserait pas sa dette) ne pourrait plus protéger ses citoyens. Pourtant, les Islandais n’ont pas tous disparus quand ils ont refusé, par deux fois en référendum, de rembourser les banques. L’immensité de la dette les obligerait à réagir en imposant des mesures drastiques aux peuples puisque les dépenses auraient été faites pour eux. Mais on a vu qu’il n’en était rien.

En réalité, ces plans de rigueur leur permettent de détruire tous les acquis gagnés, à travers les siècles, par les peuples : protection sociale, droit du travail, éduction de qualité pour tous… 65 000 suppressions de postes dans l’Éducation nationale en France. La retraite à 65 ans en Italie et 67 ans en Allemagne. Des milliers de fonctionnaires non remplacés et des baisses drastiques des salaires en

Grèce. Partout en Europe, leur objectif est de permettre à ceux qui gagnent plus de gagner beaucoup plus. Ainsi, les créanciers (par l’intermédiaire d’institutions comme le Fonds monétaire international ou l’Union européenne) vont de pays en pays pour imposer des conditions draconiennes (réduire encore les salaires…) à de nouveaux prêts (pour rembourser les anciens). Mais les entreprises et les grandes fortunes ne contribuent qu’à la marge. Pourtant, en France, les plus grandes entreprises ont réalisé, en 2010, plus de 80 milliards d’euros de profits.

Une autre logique fait son chemin

Pour nous (jeunes, précaires, étudiants, chômeurs, lycéens, salariés…), tout ce petit monde n’a jamais de mots assez durs : fainéants, assistés, parasites, cancer, etc. Mais, on le voit à travers le continent, les peuples relèvent la tête. Certaines idées font leur chemin : « l’austérité ne permettra pas de sortir de la crise », « il faut investir massivement dans les services publics, renationaliser ceux qui ont été vendus », « reprendre la main sur les marchés en créant un pôle public financier au service des projets créateurs d’emploi, du pouvoir d’achat »… On l’a vu avec les Indignados espagnols qui ont occupé les places, les grèves générales en Grèce, le mouvement des retraites ou pour l’éducation en France, le mouvement contre la vie chère en Israël… À chaque fois, les jeunes sont en première ligne car ils sont non seulement les premières victimes de la crise (explosion du chômage, de la précarité) mais aussi des plans d’austérité (casse de l’éducation, multiplication des contrats précaires, hausse des loyers, etc.).

Baptiste Bauza

PETIT LEXIQUE POUR MIEUX COMPRENDRE L’ACTU

Spéculation : Opération visant à tirer profit des variations du marché et contribuant à favoriser son instabilité (par exemple, les spéculations sur les produits alimentaires ont amené à l’augmentation des prix dont certain groupes ont tiré profit et ont ainsi provoqué des famines).

Compétitivité : Aptitude d’un individu ou d’un groupe à affronter la concurrence. Dans notre système où la mise en concurrence est organisée pour le profit maximum de quelques-uns, la compétitivité est le prétexte mis en avant pour diminuer le « coût du travail » (salaires, cotisations sociales, etc.) au lieu de fixer des normes communes qui garantissent des droits à tous les travailleurs. Cotisations sociales : part du revenu destinée au financement de la sécurité sociale (santé, retraite, chômage, allocation familiale) permettant d’organiser la solidarité.

Marchés financiers : Marchés où s’échangent des actions, des titres de dettes publiques, etc. Ses principaux acteurs sont les spéculateurs (traders des banques, des fonds d’investissement ou de pension…).

Agences de notation : Sociétés privées (Standar & Poor’s, Moody’s et Fitch) financées par les acteurs des marchés pour les conseiller et/ou noter leur fiabilité. Les États sont aussi notés (de AAA à D) ce qui conditionne les taux d’intérêt auxquels ils pourront emprunter (plus la note est basse, plus le taux est élevé).

PIGS : Terme péjoratif (signifie « porcs » en anglais) utilisé par certain journalistes ou acteurs économiques pour désigner des pays avec des difficultés le Portugal, l’Italie ou l’Irlande, la Grèce et l’Espagne (« Spain » en anglais).

AUSTÉRITÉ : COUP POUR COÛT

10 octobre 2011 by  
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jeunestrinquentL’austérité ne s’est pas arrêtée à nos frontières. Le gouvernement Sarkozy-Fillon opère les mêmes mesures que nos voisins européens pour maintenir le fameux « équilibre budgétaire ». Le choix est clair : une thérapie de choc pour casser nos droits.

Dans l’éducation, ce ne sont pas moins de 90 000 postes d’enseignants, d’assistants d’éducation, d’infirmiers qui seront supprimés d’ici 2012 (16 000 rien que pour cette rentrée). Face à l’augmentation du nombre de jeunes dans le système éducatif, le gouvernement fait le choix d’une éducation choisie et de qualité pour une petite minorité. Les autres devront se contenter de diplômes qui n’auront pas la même valeur grâce à l’autonomie des établissements mise en place par Luc Chatel. Conséquence directe : selon où on a fait ses études on n’aura pas les mêmes droits ni la même rémunération au travail.

Éducation, travail, santé… tout y passe

Sur le terrain du travail d’ailleurs, c’est aussi des cadeaux à la chaîne pour les patrons. Pourtant la situation est grave : en 2010, 36% des jeunes diplômés étaient encore au chômage 8 mois après leur entrée dans la vie active. Les mesures pour contrer ce phénomène seraient une véritable farce si elles ne servaient pas à augmenter les marges de profit des entreprises par la précarisation des jeunes : multiplication des dispositifs de travail pas cher voire gratuit (entre 300 et 500 euros par mois) à travers le service civique, l’apprentissage ou les stages bidons. Le message est clair : « souffre en silence et prends le peu qu’on te donne ». Le gouvernement veut même contraindre les allocataires du RSA – qui pourtant touchent un revenu (466 euros pour une personne seule) sous le seuil de pauvreté (954 euros par mois) – à travailler 7 heures par semaine pour presque rien.

Nombreux sont les droits qui relèvent aujourd’hui du luxe : le logement avec 31% des moins de 20 ans mal-logés et une part dans le revenu d’un étudiant qui dépasse les 50%, ou encore la santé avec 1 jeune sur 4 qui renonce à se soigner faute de moyens, et ne parlons même pas de la culture qui devient de plus en plus un rêve lointain.

Malgré les tentatives de division au sein de la jeunesse – à l’image du ministre de l’intérieur, Claude Guéant, qui impute, loin de toute réalité, l’échec scolaire et le chômage aux enfants d’immigrés ou encore de Jean-François Copé qui propose un « serment d’allégeance aux armes » (pour réaffirmer la fidélité à la patrie ! du jamais vu depuis Vichy) – les jeunes ne s’en laissent pas compter et battront le pavé dès le 15 octobre !

Nordine Idir

Rencontre avec un jeune syndicaliste Sénégalais

6 octobre 2011 by  
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ujdanNous avons rencontré Hamet Bouya Fall, un jeune syndicaliste sénégalais de 35 ans. Originaire de la ville de Pikine dans la banlieue de Dakar, il est membre de l’Union de la Jeunesse démocratique Alboury N’diaye (UJDAN) également adhérant du Parti de l’Indépendance et du Travail (PIT). Pour nous expliquer la situation, il nous parle de son parcours et des luttes qu’il mène dans son pays.

Avant Garde : Pourrais-tu nous parler de ton parcours en quelques mots ?

Hamet Bouya Fall : Mon parcours scolaire a très vite été arrêté à cause du coût des études. Cependant, je suis allé travailler et j’ai été formé au métier d’électromécanicien dans des garages de rue. J’ai travaillé à la SONACOS entre 2003 et 2008, une entreprise nationale fabriquant de l’huile d’arachide. Je travaille actuellement au port de Dakar. C’est là-bas que j’ai découvert le quotidien des jeunes travailleurs, c’est ce qui m’a poussé à m’engager au sein de l’Union Démocratique des Travailleurs du Sénégal (UDTS), syndicat majoritaire sur le port, j’ai été élu Délégué du Personnel titulaire.

Avant Garde : Quels sont les principaux enjeux et objectifs de l’UJDAN en ce qui concerne les jeunes travailleurs ?

Hamet Bouya Fall : Notre action envers les jeunes travailleurs se décline en plusieurs volets. Tout d’abord, il faut savoir qu’il y a un fort taux de chômage de la population juvénile au Sénégal. Notre responsabilité est donc d’aider les jeunes dans leur orientation, de les sensibiliser au code du Travail et à leurs droits. L’objectif est également d’exposer l’intérêt de la syndicalisation et de son potentiel, ainsi que le rôle des délégués du personnel. La situation des jeunes est plus que précaire, ils se retrouvent très tôt à devoir soutenir leur famille. Fils de paysans pour beaucoup d’entre eux, ils se retrouvent à aller travailler sans aucun diplôme et aucun moyen de mettre en valeur leurs compétences car il n’y a aucune politique d’insertion ou de réinsertion. Les jeunes qui vivent l’exode rural se retrouvent dans les plus grandes villes à essayer de se débrouiller en devenant vendeur ambulant ou journalier. Les journaliers peuvent travailler pendant 10 ans sans contrat à durée indéterminée, sans couverture maladie et sans cotisation à la retraite. Pourquoi n’existe-t-il pas un outil de formation étatique ? Il y a bien le Fonds National de Promotion de la Jeunesse (FNPJ) mais il ne profite qu’aux jeunes proches du Parti Démocratique Sénégalais, le parti d’Abdoulaye Wade. J’ai moi-même fait l’expérience d’un projet d’entreprise mais cela n’a pas fonctionné, ils m’ont ignoré. L’immigration illégale est parfois un espoir pour beaucoup de jeunes mais qui peut se finir tragiquement. Les visas et les bourses d’études sont également réservés aux gens proches du pouvoir. Il y a nécessité de lutter et dénoncer cette grave situation.

Avant Garde : Tu travaillais en tant que journalier à la SONACOS, pourquoi cette expérience est-elle terminée ?

Hamet Bouya Fall : L’entreprise SONACOS s’occupait de produire l’huile d’arachide. L’arachide est un des secteurs très important de l’économie sénégalaise, connu mondialement. Cette entreprise employait une centaine de milliers de travailleurs dont les journaliers et les saisonniers qui étaient pour la plupart des jeunes. L’usine, dans laquelle je travaillais, tournait à plein régime : cinq cars par jour amenaient  les jeunes travailleurs journaliers à l’usine et un turn-over permettait de partager les jours de travail. Mais seulement voilà, le gouvernement Abdoulaye Wade a privatisé cette entreprise au profit d’une entreprise française appelée Advens. Aujourd’hui, l’usine dans laquelle je travaillais se limite à transformer l’arachide en huile brute, donc seulement du raffinage pour l’exportation. Du coup des milliers de personnes ont perdu leur emploi à cause de ce désastre, dont beaucoup de fils de paysans.

Avant Garde : Comment est la situation aujourd’hui au port de Dakar ?

Hamet Bouya Fall : Le port de Dakar est exploité par deux sociétés, celle de Bolloré et la Getma. Abdoulaye Wade a également signé un contrat d’exploitation de 25 ans avec une entreprise de Dubaï pour l’ensemble des terminaux à conteneurs. Seulement voilà, les jeunes du PDS ont été chargés de la gestion de cette partie du port. Ceux-ci, en plus d’être incompétents en logistique, ne se sont pas gênés pour bafouer tous nos droits fondamentaux. Les dockers et les chauffeurs ont commencé à lutter pour changer la situation : les licenciements abusifs arrivaient souvent, les périodes de stage pouvaient durer jusqu’à deux ans avec un salaire de 50 000 Fr CFA (75€) par mois pour 12h de travail par jour et la couverture maladie était également obsolète.

Face à cette situation une assemblée générale des travailleurs a été convoquée, une plateforme revendicative a été rédigée en 12 points incluant une prime de risque, un barème d’augmentation des salaires, une couverture maladie, un système de badges qui permet d’être identifié si on a un accident… Cette lutte a été efficace puisqu’elle s’est soldée par une victoire !

Avant Garde : En dehors des luttes sociales, en quoi consiste votre travail de syndicalistes à l’UDTS ?

Hamet Bouya Fall : Tout d’abord, il faut savoir que le mouvement qu’on a connu sur le port de Dakar n’aurait jamais pu se faire sans la formation dont on a bénéficié au syndicat, notamment sur le rôle du délégué du personnel, sur les textes internationaux concernant le travail, sur les négociations. L’UDTS est un syndicat autonome qui est présent dans beaucoup de secteurs (éducation, pêche, bâtiment, textile). La méthode consiste à sensibiliser les jeunes travailleurs à leurs droits fondamentaux et à la manière dont ils peuvent présenter leurs revendications. Le but est la protection et la sauvegarde de l’outil de travail.

Il existe un mouvement de jeunes au sein de l’UDTS qui a pour rôle la formation syndicale mais aussi de construire des liens fraternels par l’organisation de tournois de football interentreprises, de campagnes de dons du sang, de sorties culturels et de débats sur le syndicalisme. Nous possédons également notre propre mutuelle de santé, grâce à la signature de contrats avec des cabinets médicaux, ainsi qu’une mutuelle de crédits gérée par les jeunes du syndicat.

Avant Garde : Ces derniers temps, la colère populaire gronde au Sénégal notamment contre le clan Wade au pouvoir, quel a été le rôle des jeunes travailleurs ?

Hamet Bouya Fall : Les jeunes travailleurs ont joué un rôle de premier plan dans le mouvement contestataire. Les manifestations contre la candidature de Wade se sont accompagnées de manifestation contre les délestages. Les jeunes travailleurs sont directement concernés par les délestages. Ces coupures de courant sont un enfer pour eux puisqu’elles les mettent en chômage technique. Impossible de travailler sans courant lorsque vous êtes menuisier, tailleur ou bien gérant d’un cybercafé. Les jeunes travailleurs ont défilé avec les syndicats aux côtés des organisations politiques et de la société civile. Dès lors, il a été possible de faire le pont entre le syndicalisme et le politique puisque les emplois des jeunes travailleurs sont directement menacés par la mauvaise gestion de l’électricité.

Avant Garde : Comment vois-tu l’année 2012 ?

Hamet Bouya Fall : Je pense sincèrement que l’opposition va prendre le pouvoir si on reste uni. Cependant la victoire électorale n’est que la première étape, tout est à refaire au Sénégal. La lutte contre la corruption, l’implication de la population dans les changements que l’on va apporter et la mise en place du programme des assises nationales permettront la remise sur pied du Sénégal.

Propos recueillis par Ourouk Jawad

Match Austérité VS Peuples

7 septembre 2011 by  
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bourse.jpegAprès les retraites, trop ne semble jamais assez pour le gouvernement qui envoie, cette semaine à l’Assemblée Nationale, de nouvelles mesures de « rigueur », comme il aime à appeler l’austérité. Parallèlement, sans qu’aucun de nos ministres ne semblent y voir un lien de cause à effet, l’Insee a annoncé une envolée de la pauvreté.

La récente enquête de l’Insee, portant sur 2009, montre que 8.2 millions de personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté (954 euros par mois)  soit plus de 13% de la population de notre pays. C’est une augmentation de 0,5 point en 1 an. Selon l’Insee « L’augmentation du nombre de personnes pauvres peut être rapprochée de la hausse du chômage induite par la crise» mais la précarité grandissante semble largement jouer sa partition puisque l’institut note par ailleurs que « 10,1 % des actifs ayant au moins 18 ans sont pauvres». Ces chiffres accablants ne sont pas les seuls à tomber en cette rentrée. A l’université, les frais ont augmenté de 4%. Wauquiez, ministre de l’enseignement supérieur, insiste sur le fait que cette hausse est moins importante que les précédentes rappelant par la même que si on additionne celles des 5 dernières années, le tout cumulé représente 45% de plus à débourser pour un budget mensuel moyen par étudiant de 552 euros. Face à cette situation, on nous parle quotidiennement d’efforts, de dettes, de sacrifices, de rigueur comme autant de nouveaux trous qu’il nous faudrait faire à notre ceinture.

La cloche du 2e round a sonné

Le match, qui est en train de se jouer, oppose les victimes de la crise dont nous parle l’Insee à ceux qui l’ont provoquée (les marchés financiers, les banques, les spéculateurs de tout bord, les gouvernants…) et qui comptent bien en profiter pour amasser toujours plus d’argent. Pour ceux-là, l’arme favorite c’est l’austérité.

Au niveau européen, elle est incarnée par le pacte euro plus. Pour entrer dans le 2e round,  elle a fait de nouveaux petits, dont celui nommé « règle d’or ». Mais en Espagne ou encore en Italie, elle rencontre la résistance des populations, loin d’être KO, avec d’importantes manifestations cette semaine dans ces pays.

En France, Sarkozy et Fillon semblent reculer sur le sort qu’ils réservent à cette « règle d’or » : dans la perspective des présidentielles, un échec au  congrès ne serait pas de bon augure. Mais les gants ne sont pas pour autant reposés : l’austérité est au programme de l’assemblée cette semaine, suite logique des mesures annoncées par le premier ministre le 24 août dernier. Après les augmentations des prix de l’essence, du logement, des transports, du gaz, de l’électricité, l’Elysée et Matignon veulent faire voter celles du tabac, des sodas, de l’alcool, des contrats d’assurance et de complémentaire santé (les parcs d’attraction y échapperont a priori de peu)…. Ces mesures concerneront chacun des citoyens, mais pèseront bien plus dans le budget de ceux passés sous le seuil de pauvreté que dans celui des millionnaires qui bénéficient de ristournes pour payer toujours moins d’impôts.

Les magiciens du gouvernement enfilent leurs gants

La stratégie du gouvernement consiste en deux tours de prestidigitation. Le premier consiste à imprimer l’idée qu’il est le champion de la justice sociale. La mesure phare en l’occurrence est celle réclamée à cors et à cris par Bettencourt et ses compagnons de fortune dans le Nouvel Observateur : « une « contribution exceptionnelle » qui toucherait les contribuables français les plus favorisés », « calculée dans des proportions raisonnables » et qui « doit s’inscrire dans un effort plus global de réforme, tant sur les dépenses que sur les recettes ». Traduction : taxez-nous mais pas trop et à conditions que cela permette d’achever le démantèlement des droits sociaux et des services publics. Le message semble être passé puisque la taxation temporaire proposée sur les très hauts revenus équivaut à récupérer 200 millions d’euros sur les 2 milliards d’allègements fiscaux accordés aux plus riches contribuables il y a quelques mois avec la réforme de l’ISF. De la même façon, une taxe sur les hôtels de luxes pourrait être mise en place mais limitée à 2% (au lieu de 14%) car comme le rappelait Valérie Pécresse, qui freinait des deux pieds  à la télévision il y a quelques jours, « c’est un secteur hautement compétitif ». Elle ne précisera pas qu’ « en plus, cela s’adresse aux plus riches », sans doute pour éviter une lapalissade.

La CNUCED rejoint le coin des peuples

Le deuxième tour de passe-passe consiste a invoqué la dette publique pour justifier des mesures qui l’alimenteront. C’est ce qu’indique la CNUCED (organisme de l’ONU en charge de l’économie et du développement) dans son rapport 2011, mis au jour par l’Humanité : « une politique d’austérité budgétaire pourrait freiner la croissance du PIB et des recettes budgétaires, et serait contre-productive sur le plan de l’assainissement budgétaire » (c’est-à-dire sur le plan de la réduction de la dette). Rappelons, de surcroît, que cette dette a été creusée par les différents allègements d’impôts et cotisations accordées ces dernières années aux grandes entreprises et aux plus riches, et par les milliards d’euros versés aux banques pour les sauver de leurs propres spéculations qui ont conduit à la crise. Selon le même rapport « les opérations de sauvetage des institutions financières menées par les pouvoirs publics ont contribué pour une grande part au déficit ». Leur responsabilité est donc démontrée par l’ONU elle-même et pourtant ni les banques, ni les entreprises (dont les profits continuent d’augmenter), ni les plus riches ne sont réellement mis à contribution. Au contraire, le gouvernement continue de prôner les recettes qui nous ont conduits dans le mur.

Mais, en France non plus, le match n’est pas terminé et les jeunes, les salariés, les chômeurs, les précaires, les vieux… pourraient bien les contraindre à changer d’attitude. La riposte s’organise : le 27 septembre contre le sacrifice de l’éducation, le 11 octobre à l’appel des syndicats et le 15 octobre avec tous les jeunes d’Europe contre l’austérité.

Julia Hamlaoui

TRAVAIL GRATUIT

12 juillet 2011 by  
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copeDans la droite ligne des politiques d’austérité européennes, le gouvernement se déchaîne en surenchères antisociales. Au programme : travail gratuit et insultes pour les pauvres, plus de profits et moins d’impôt pour les riches.

C’est Laurent Wauquiez, ministre des Affaires européennes, qui a ouvert le bal avec cette phrase : « les assistés sont un cancer pour la société ». Il dénonce alors les assistés de l’Etat qui cumuleraient les prestations sociales, et propose de limiter le montant de ces aides à la survie (RSA, chômage, CAF, etc.), à hauteur de 75% du SMIC. Très vite, il est rejoint par Jean François Copé qui, lui, propose aux allocataires du RSA socle (ex-RMI) de travailler entre cinq et dix heures par semaine et de voir leurs ressources progressivement diminuer en cas de refus.

Ces propos – ces insultes – ont permis à d’autres de vomir leur haine de ceux qui, en France, en sont réduits à toucher des allocations : du Front National à l’UMP, en passant par le Figaro qui titrait « enquête sur la France des assistés », ils ont fait feu sur les aides sociales qui ne sont pourtant que des perfusions. Cette opération, en plus de fournir du travail gratuit à leurs amis patrons, permet de continuer à diviser ceux qui ont les mêmes intérêts, en désignant comme responsables de la crise et de ses conséquences ces « fainéants, fraudeurs et assistés » que seraient les allocataires du RSA.

Un gouvernement très solidaire

Copé a décidé de ne pas s’arrêter en si bon chemin et a pris pour cibles les jeunes, victimes favorites du gouvernement. Le président du groupe UMP à l’Assemblée Nationale, renchérit donc avec l’idée d’un service civique obligatoire de 4 mois pour les jeunes de 18 à 25 ans payé 350 euros par mois ; sachant que le seuil de pauvreté est fixé à 790 euros par mois.

Le gouvernement connaît la solidarité, celle des très riches. L’UMP a fait voter à l’Assemblée l’allègement de l’Impôt Sur la Fortune (ISF) avec des taux moins élevés. Seuls le paieront ceux qui ont un patrimoine de 1,3 millions d’euros ou plus (contre 800.000 jusqu’à présent), un manque à gagner pour l’État de 1,6 milliards d’euros. Le bouclier fiscal, lui, a été supprimé à l’unanimité mais le dispositif s’applique aux impôts payés l’année précédente, il fonctionnera, donc encore en 2012 et 2013. Maintenant, Mamie Bettencourt, la propriétaire de l’Oréal, verra son imposition passer de 40 à 10 millions d’euros. Un exemple parmi d’autres.

Qui sont les vrais assistés ?

Assister, ça veut dire aider, seconder. Logiquement, on peut donc dire que ceux qui sont aidés, ce sont les plus riches qui bénéficient de ristournes pour garder leur pognon, le système bancaire renfloué par l’État à nos frais, les entreprises qui ne payent pas les cotisations et impôts qu’elles doivent, alors qu’elles se mettent dans les poches plus de 80 milliards d’euros de bénéfice en 2010. Ceux qui sont aidés, ce ne sont donc pas ceux à qui on explique que la crise et les marchés financiers exigent qu’ils mettent au régime sec. Si une maladie ronge notre société, c’est le cancer de la confiscation des richesses produites par tous et toutes, au profit des banquiers et des traders, qui sont derrière les fameux « marchés ».

Ils rabaissent donc le travail au rang de corvée. Or, si dans la Constitution « chacun à le devoir de travailler », il a aussi « le droit à un emploi » et donc de vivre dignement. C’est en mettant en commun les richesses créées par notre travail que le monde pourra subvenir aux besoins de plus de 6 milliards de femmes et d’hommes. Bref, sortir d’une société où tout est marchandise, et rien n’est accessible.

Mathieu Brunet

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