Gaza souffre…mais Gaza vit!

9 mai 2016 by  
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D’après l’ONU, la bande de Gaza pourrait devenir un territoire invivable d’ici 5 ans en raison du blocus israélien et des bombardements meurtriers qui l’ont touché depuis 10 ans.  Comment vit-on avec cette menace?

Soulèvement des jeunes contre la colonisation, exécutions sommaires de Palestiniens par l’armée israélienne : le contexte est pesant dans les territoires occupés palestiniens. C’est notamment le cas dans la bande de Gaza, qui vit sous blocus depuis dix ans maintenant[1]. Nous avons eu la chance de rencontrer un Ahmed Alustath, jeune Palestinien de Gaza, venu poursuivre ses études en France. Un témoignage fort et plein d’espoir.



[1] Gaza est sous blocus depuis 2007. Son territoire, ses frontières maritimes et terrestres sont sous contrôle de la puissance occupante israélienne.

 

 

Peux-tu te présenter ?
Je m’appelle Ahmed ALUSTATH, palestinien de Gaza, j’ai 22 ans. Assistant de langue arabe en france depuis quelques mois.

Raconte-nous ton parcours ?

En mai 2015, je deviens boursier du gouvernement français pour poursuivre mes études supérieures en France. En raison des difficultés à contacter les universités françaises depuis Gaza pour obtenir une admission dans les délais, j’ai raté ma bourse. Ensuite, j’ai pu obtenir un poste d’assistant de langue à Mulhouse. Je suis arrivé avec deux mois de retard en raison de la fermeture des frontières de la bande de Gaza. J’ai traversé quatre territoires pour arriver en France, tandis que j’aurai pu arriver en 4 heures et demie si l’aéroport de Gaza n’était  pas détruit.

Comment grandit on à Gaza dans une prison à ciel ouvert ?

A Gaza, on est matures dès la naissance. Et ce sont les conditions difficiles de la vie qui façonnent cette maturité précoce : être enfant à Gaza c’est dur ; on a toute la liberté d’avoir de simples rêves comme tous les enfants du monde, alors qu’il n’a aucune possibilité pour les réaliser.

Et la jeunesse est tellement éduquée et persévérante qu’elle pourrait construire le pays. Néanmoins, cette chance ne lui a jamais été accordée. Elle est privée de circuler, voyager, étudier et travailler.

On peut dire que la population de Gaza est la population la plus éduquée dans le monde arabe : le taux d’illettrisme ne dépasse même pas 1 %. Le taux de chômage est estimé à 45 %. Les jeunes finissent par se retrouver au chômage après une série d’années de réussite.

A Gaza, on grandit avec les ruines des maisons, avec les martyrs qui tombent tous les jours, avec la peur permanente, avec la privation des droits et avec l’imprévu du lendemain.

A Gaza, nous ne grandissions pas : nous naissons grands. Ce n’est pas question d’âge, mais une question de responsabilités et des conditions atroces vécues.

Quel est la situation de Gaza 2 ans après les bombardements?

Toujours tragique. Elle souffre d’un blocus depuis 8 ans qui l’étrangle.
Elle est encore en deuil et ruinée. Les maisons démolies n’ont pas encore été reconstruites, ce qui crée plusieurs milliers de sans-abris. Les matériels de reconstruction ne sont pas autorisés à entrer à Gaza, il y a de moins en moins d’électricité par jour. Rien n’a changé, et je ne pense pas que la situation changera à court terme.

Peux-tu nous décrire le quotidien à Gaza ?

Il y a plusieurs éléments concrets.

1-Le blocus de Gaza et ses conséquences :

 

24 000 personnes veulent passer (quotidiennement ?) par le passage de Rafah (des étudiants, des patients et des travailleurs à l’étranger).

Des milliers d’étudiants ont raté leurs bourses d’études à l’étranger. Beaucoup de salariés ont été licenciés en raison de leur retard pour reprendre le travail. Il y a plus de 3500 patients qui ont besoin de se faire soigner soit en Egypte ou dans des autres pays.

Et plusieurs patients sont morts au passage dans l’attente de partir…

 

2-L’hiver à Gaza :

Cette année, il y a eu un hiver très dur à Gaza, avec une quantité immense de pluie. Et comme vous le savez, il n’y a pas de vraie infrastructure à Gaza du fait des agressions successives que cette petite zone a subies durant de très courtes années.

Les habitants les plus touchés et qui souffrent le plus de cet hiver, ce sont les sans-abris dont les maisons ont été réduites à néant durant la dernière agression contre Gaza. Il y en a parmi eux qui habitent toujours dans des refuges où les moyens de vivre confortablement ne sont pas disponibles notamment en hiver, et il y a ceux qui habitent dans des caravanes comme solution temporaire en attendant que la reconstruction soit mise œuvre. Cependant, ces caravanes ne sont pas bien isolées pour protéger les gens du froid surtout lorsque l’électricité est coupée. Elles ne contiennent pas de système de chauffage. Quand il pleut beaucoup, ces caravanes s’inondent rapidement. Ce qui crée de l’insalubrité.

D’un autre côté, quand il pleut beaucoup, les barrages d’eau côté israélien deviennent bien remplis. Les autorités israéliennes déversent le trop d’eau vers les terrains des Palestiniens. La boue qui en résulte pollue et inonde les champs agricoles et les maisons des habitants, surtout celles qui donnent sur la vallée de Gaza et la vallée Alsalga.

Après la dernière agression contre la bande de Gaza, il y a eu beaucoup de maisons délabrées qui peuvent s’écrouler à tout moments à cause de la concentration d’eau en hiver.

3-La coupure de courant électrique.

 

Dès mon départ de Gaza et jusqu’à ce jour, il n’y a que 4 heures de courant par jour. Les gens n’espèrent même plus avoir l’électricité 24 heures sur 24 heures, mais au moins 8 heures d’électricité par jour.

Imaginez une de vos journées sans électricité : pas de lavage, pas de cuisine, pas de nettoyage. C’est insupportable !

 

Par ailleurs, la vie de beaucoup de patients en soin intensif qui vivent  à l’aide du matériel médical est menacée en cas de coupure de courant ou du générateur électrique.

 

Comment analyses-tu le nouveau soulèvement des Jeunes en Palestine ?

-Il y a plus de 200 martyrs dont une quarantaine d’enfants et une dizaine de femmes. A Gaza, à Jérusalem et en Cisjordanie.

Ce soulèvement est complètement pur, dénué de toute manipulation politique, car si ce n’était pas le cas, ce soulèvement aurait peut-être été éteint rapidement.

Je précise que je suis contre la violence. Ce malaise ne tient qu’à la politique fondamentaliste et extrémiste du gouvernement israélien qui n’a pas laissé de choix aux jeunes Palestiniens, étant toujours privés de leurs droits et de réaliser leurs objectifs dans la vie. Ces jeunes Palestiniens qui ne font plus la distinction entre la vie et la mort,  après ce qu’ils ont vécu de privation de droits et de marginalisation. Et Je vous invite à ne pas reprocher leurs actions mais plutôt à interpeller les vrais auteurs de cette réalité amère.

Ces jeunes adorent la vie, et s’ils ne l’avaient pas adorée, ils n’auraient jamais réagi.

 

Les jeunes a Gaza ont-ils malgré tout des loisirs ?

Gaza est un trésor précieux. Elle est pleine de talents, et ses jeunes créent leurs loisirs de rien. Ils arrivent à suivre le développement dans le monde malgré le manque des moyens.

Et le carnaval sportif organisé à Gaza il y a une semaine en est la preuve.

A quoi rêve les jeunes à Gaza ?

Ils rêvent de vivre en paix et en sécurité, de voyager et de se déplacer librement, de poursuive leurs études à l’étranger, de trouver du travail, de construire leur vie future.

Entretien réalisé par Mehdi Belmecheri

Passage de flambeau : La résistance d’hier et d’aujourd’hui

27 mai 2015 by  
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Rencontre  entre Nordine Idir et Georges Durou à la Fête de l’Humanité Gironde : Passage de flambeau autour de la résistance d’hier et d’aujourd’hui.

Le 17 mai 2015, à l’occasion de la fête de l’Humanité de Gironde, ce sont deux générations de résistants qui se rencontrent autour de leurs livres respectifs.

Georges Durou, ancien résistant, qui, pour son engagement communiste, a vécu une jeunesse privée de liberté entre 1940 et 1945, dédicace son ouvrage «  Mes printemps de barbelés  », réédité à l’occasion de cette fête, aux cotés de Nordine Idir, secrétaire national du MJCF qui, lui, dédicace son livre d’entretien avec Salah Hamouri, «  Palestine-France, quand les jeunes résistent  ».

Un instant de mémoire partagée en ces temps sombres, sur la résistance d’hier et celle d’aujourd’hui. C’est avec plaisir et émotion que Georges Durou, militant des jeunes communistes lors de son arrestation, rencontre Nordine et engage la conversation.

D’abord sur l’actualité de la JC et sur le contenu du livre de Nordine, qui lui explique que ce livre est un entretien avec un jeune Franco-Palestinien, emprisonné dans les geôles israéliennes pendant 7 ans, et dont la mobilisation de plusieurs organisations, a participé à faire connaître son cas aux autorités françaises.

En effet, Nordine lui rappelle qu’à l’époque, Salah est le seul prisonnier français à n’avoir jamais été aidé par l’État, et que seule la mobilisation a permis de dévoiler son sort. Cet ouvrage raconte aussi la suite de la libération de Salah, sa vie en Palestine, surveillé par les autorités et empêché de faire ses études suite à des restrictions d’accès sur le territoire.
Georges se retrouve dans l’histoire de ce jeune prisonnier, et dans sa résistance au quotidien, lui qui se retrouva engeôlé pour activité communiste pendant la seconde guerre mondiale. Il explique le travail de mémoire qu’il exécute encore aujourd’hui, dans les collèges et lycées, qui sont des bases mais ne suffisent pas pour lui. Les jeunes sont réceptifs à son histoire, mais une rencontre par an, ça lui paraît trop court.

Nordine en profite pour expliquer à Georges le rôle du MJCF aujourd’hui pour aller plus loin dans le passage de flambeau des derniers témoins des années sombres. Partout où des commémorations ont lieu (Camps de Souge, Mont-Valérien, Chateaubriand…) les jeunes communistes sont présents et se font le relais générationnel de cette histoire.  Une initiative nationale est prévue : une lettre ouverte à François Hollande pour la journée de la résistance, pour lui rappeler le rôle des jeunes communistes dans l’histoire.

Georges tient à rappeler que le programme du CNR est le meilleur moyen de faire le lien entre les générations, à l’heure où les socialistes au pouvoir continuent le travail de destruction de celui-ci engagé par la droite.

Nordine se retrouve dans ce discours et insiste sur le fait que les Jeunes Communistes et la société en général à besoin de combativité à l’heure actuelle, et qu’il faut effectivement partir de cette base, mais aussi l’enrichir, que ce soit au niveau des avancées sociales comme sur la culture de paix gravement entamée à l’heure actuelle. Il n’y a pas de fatalité.

L’échange se termine sur une dédicace respectives et une poignée de main chaleureuse.

Benjamin Regonesi

Palestine, avec le cœur et la raison: Entretien avec Kery James

10 mars 2015 by  
Filed under loisirs/culture

A quelques jours d’un nouveau concert de solidarité à Nanterre autour de la campagne « Un nouveau visage pour Habiba et Leyane » le 17 mars, Avant-Garde a voulu revenir sur son engagement d’artiste, connu de tous.

Plusieurs fois, il a répondu présent, aux côtés des militants pour la Paix, dont quelques moments marquants : un concert co-organisé par le MJCF en l’honneur de Salah Hamouri en avril 2012 au Cabaret Sauvage, ainsi qu’au concert sur la grande scène à la Fête de l’Humanité 2014 aux côtés de Médine, Gaza Team, HK et ZEP.

Plus récemment, il a signé pour la reconnaissance de l’État palestinien par la France, ou a fait un passage à un rassemblement – concert, « Convergence Palestine » à Paris le 18 octobre 2014.

Au-delà, c’est l’occasion de discuter engagement et action concrète, musique, solidarité ou encore colonialisme. Ça se passe dans ces quelques lignes.

Avant-Garde : Où en est la campagne, et pourquoi ce concert de solidarité à Nanterre ?

Kery James : Lorsque j’étais en Palestine il y a quelques années, j’ai rencontré une famille dans le camp de Balata près de Naplouse. Cette famille a été victime d’un drame en Septembre 2013 à cause d’une explosion de gaz dans leur maison. La plus grande des sœurs, âgée de 10 ans est décédée suite à ses blessures après avoir courageusement secouru ses deux petites sœurs. Mais les deux petites survivantes ont été gravement brûlées. La campagne, menée par un collectif d’asso, souhaite les faire venir en France afin qu’elles puissent recevoir les meilleurs soins.

L’hôpital Armand Trousseau a été sollicité et le montant des frais d’hospitalisation a été estimé à 42000 euros. Le montant récolté à ce jour s’élève à 26000 euros, grâce aux 2 campagnes de financement participatif sur babeldoor.com et à des actions sur le terrain. Je suis en contact avec eux par connaissance. Ils m’ont donc sollicité et j’ai voulu aider en montant un concert de solidarité, [comme avec ACES Tour, où chaque concert permet de reverser une partie des cachets à des étudiants méritants pour qu'ils continuent leurs études, NDLR].

Je voulais revenir à Nanterre (Hauts-de-Seine) où j’ai déjà joué deux fois ces deux dernières années, à la MJC Daniel Fery, et à la Maison de la Musique, dans le cadre de mon asso ACES justement.

AG : Nanterre, tu connais un peu donc. Qu’est ce qui t’a fait y revenir ?

KJ : J’ai sollicité La Maison de la Musique à Nanterre, qui est gérée par des gens sensibles, actifs et à l’écoute sur tous les domaines. Il y a une bonne équipe et une démarche auprès des jeunes de la ville, c’est pas partout pareil…

Ce sera donc une 3e fois ! J’y ferais mon nouveau spectacle acoustique et si on fait complet, on pourrait terminer la collecte [il manque encore 16 000€ NDLR].

 

AG : De manière plus large, quel regard tu portes sur l‘actu, six mois après le raid israéliens sur Gaza et 3 mois après le vote sur la reconnaissance de la Palestine à l’Assemblée nationale [Parmi les 30 000 autres personnes et personnalités, il a signé l’appel du MJCF, déposé au Quai d’Orsay la veille du vote]. Qu’est-ce que la situation t’inspire ?

KJ : Écoute, moi je prétends pas avoir une analyse politique conséquente de l’évolution de la situation. Je reste sur quelque chose de très humain, sur le pacte que j’ai fait avec les palestiniens que j’ai rencontré quand j’y ai été il y a quelques années, et ce qu’ils demandent c’est de parler de leur situation, et j’essaye de raconter ça, à chaque concert avec le cœur et la raison, pour les aider.

La reconnaissance de leur État c’est une chose, mais après, est ce que ça va avoir un impact direct ? Sur le plan politique, est ce qu’il faut un ou deux États, franchement c’est pas à nous de dire ce qui est le mieux pour eux. C’est aux Palestiniens d’y répondre avant tout. Nous, ici, on doit faire en sorte que leur situation, là-bas, ne sombre pas dans l’oubli.

 

AG : Tu as répondu présent à plusieurs sollicitations des jeunes communistes : concert pour l’anniversaire de Sala Hamouri en 2011, signature de la pétition, concert place de la république le 18 octobre 2014… Dans leur campagne « Palestine, Agir ici & maintenant », ils veulent combattre le colonialisme israélien puisque l’essentiel du conflit là-bas, c’est la question de la terre : les camps de réfugiés comme celui de Balata en sont issus. Or, en France, la colonisation est une question encore ouverte : Algérie, Afrique de l’Ouest…

Cette histoire n’est pas soldée. Est-ce que ces combats-là ne se rejoignent pas un peu, est-ce qu’ils ne permettent pas de casser le fatalisme?

KJ : C’est un point important. Ce sont pas tous les français qui ont colonisé, c’est une histoire ancienne mais qui malheureusement a encore des répercussions dans les esprits, dans le rapport qu’a une partie des jeunes qui ont des parents immigrés, avec la France. Il y a une blessure.

AG : Avec tout ce programme et ses sollicitations, est-ce que tu as des projets lié à la Palestine en préparation ?

KJ : Celui-là est le plus immédiat, mais je reste au service des Palestiniens et ceux qui défendent leur cause, et je me mets à son service.

AG : Des concerts de solidarité, ton asso ACES, un voyage en Palestine, l’acoustique qui prend de plus en plus de place dans ta démarche… Artistiquement parlant, est-ce qu’il n’y a pas une manière différente de faire passer des messages, de faire de la musique, ta musique depuis 10 ans ?

KJ : Ouais … Je pense que c’est toujours dans la continuité, de ce que je fais depuis 2001 avec mon album « Si c’était à refaire », mais avec ACES j’ai un peu concrétisé mon engagement artistique sur le terrain social, bien qu’écrire une chanson comme « banlieusard » aura certainement plus d’impact que mes actions avec l’asso, c’est un titre qui a influencé les esprits, d’une certaine manière.

Quand on parle de concrétisation dans le réel, je pense que les chansons sont des actes qui y sont ancrés, elles peuvent avoir beaucoup plus d’influence que telle ou telle action. C’est dans ce combat que je suis depuis 2001. Après, je suis effectivement en train d’évoluer depuis 2008, l’acoustique prends de plus en plus de place, parce que ça me permet de mettre le texte et la parole beaucoup plus en avant.

Je suis aussi en train  d’écrire une autobiographie [A paraître en octobre 2015] mais qui dira aussi ce que je pense, pas seulement une série de moments vécus. Je suis aussi sur l’écriture d’un scénario d’un long-métrage. Voilà, je me sens beaucoup plus fort à l’écrit que sur l’instant, comme en interview par exemple. Quand je me pose, je peux aller au plus profond. Il y a des gens qui sont éloquents en direct et qui peuvent faire passer ce qui est faux pour du vrai.

Pour choper ta place, ça se passe ici

Salah Hamouri : « Je vous engage vivement à faire pression auprès de votre Président et auprès de l’Union Européenne pour reconnaître la Palestine »

15 février 2013 by  
Filed under International

Salah Hamouri,
citoyen Franco-Palestinien, Salah
Hamouri a passé 7 ans dans les prisons
israéliennes pour délit d’opinion.
Libéré il y a un an après une
intense mobilisation en France, il vit à
Jérusalem et milite notamment aux
cotés de l’Association France
Palestine Solidarité pour la libération
de tous les prisonniers politiques
palestiniens.

Avant-garde : Bonjour Salah. Depuis ta sortie de prison fin 2011, que deviens-tu ? As-tu repris tes études comme tu l’envisageais ?

J’ai bien repris mes études. Je suis maintenant étudiant en droit. Pour moi, le droit est une base sur laquelle le peuple doit s’appuyer, mais il faut qu’il lutte afin de faire respecter ses droits.

En plus de mes études, je travaille pour une association qui défend les droits des réfugiés Palestiniens et je milite pour les droits des prisonniers politiques palestiniens. Je fais également tout mon possible pour rencontrer et accueillir les français qui viennent en Palestine et pour leur faire découvrir l’histoire de ma patrie.

Avant-garde : Depuis, plus de deux ans, la jeunesse palestinienne se mobilise pour exiger une réconciliation inter-palestinienne et la fin de l’opposition Fatah-Hamas. Quel est ton regard sur cette question et sur ce mouvement dans la jeunesse ? Et quelles sont selon toi, les priorités de la jeunesse palestinienne?

Tout d’abord, il faut que le peuple français et les autres peuples découvrent qu’il n’y a pas uniquement ces deux partis qui composent la société Palestinienne. Il y a aussi des partis et des forces de gauche progressistes qui luttent depuis le début de l’occupation, pour la liberté, le retour des réfugiés. Ils ont pu pendant cette longue histoire, avoir beaucoup d’influence, mais comme partout dans le monde, la gauche a reculé à cause des circonstances objectives internationales. Aujourd’hui, il faut surtout mettre fin à cette division, car aucun peuple dans le monde n’a pu avancer vers la liberté sans être uni. Alors les deux grands partis doivent mettre de côté leurs intérêts personnels et leurs illusions de pouvoir construire un état libre sous occupation. Leur priorité doit être les intérêts du peuple Palestinien, loin de leurs alliances dans la région et dans le monde.

La jeunesse Palestinienne a toujours été l’essence de la lutte contre l’occupation, elle a toujours eu le rôle de catalyseur, lors de la première et la seconde intifada. Des milliers de jeunes sont tombés en martyrs ou ont été enfermé dans les prisons israéliennes, c’est normal que cette jeunesse aussi lutte contre cette division politique qui influence négativement notre cause nationale et qui met seulement des obstacles sur le long chemin de lutte vers la liberté.Cette jeunesse révolutionnaire, un jour, avec ses efforts, aura l’influence suffisante pour obliger les deux grands partis à avancer vers la réconciliation.

La priorité des jeunes Palestiniens est d’en finir avec l’occupation parce que l’occupation paralyse toute la vie des Palestiniens et de la jeunesse. Comme tous les jeunes du monde, les jeunes Palestiniens aspirent à une vie normale : faire des études, voyager, se cultiver, travailler, tomber amoureux…

Avant-garde : le mois dernier ont eu lieu les élections législatives en Israël… Quel est ton regard sur ce résultat ?

Il faut savoir que le peuple Palestinien ne voit pas cet état comme un état démocratique, mais  comme un occupant qui viole tous les droits humains et les droits internationaux. Que ce soit la gauche ou la droite au pouvoir, cela ne change rien aux conditions de vie des Palestiniens. Il y a dans le programme de tous les partis israéliens, un but commun : poursuivre l’occupation, étendre la colonisation. La base des programmes de ces partis est une base sécuritaire qui voit les Palestiniens toujours comme un danger dont il faut se débarrasser.

Avant-garde : Après l’UNESCO, la Palestine est devenue membre observateur à l’ONU. Cette victoire diplomatique, a-t-elle changé la situation dans le quotidien des Palestiniens ? Selon toi, quelle doivent être les prochaines étapes pour arriver à une résolution de ce conflit et pour le respect  des droits du peuple palestinien ?

Cette reconnaissance n’a rien changé dans notre quotidien, mais elle change tout politiquement. Concrètement, les checkpoints sont toujours là, aucune colonie n’a été démantelé, et les projets de colonisation continuent.

Chaque peuple dans l’histoire qui était sous occupation a toujours eu besoin d’une stratégie de lutte claire qui réunit tous les moyens de combat possibles pour arriver à sa libération. Ce qui a été fait aux Nations Unies est un pas vers le bon chemin . Mais ce pas doit être suivi d’autres pas. Surtout, la reconnaissance de la Palestine à l’ONU doit se substituer aux négociations entre israéliens et palestiniens. Parce qu’il faut arrêter totalement ces négociations qui durent depuis 20 ans et qui n’ont pas offert le minimum des revendications du peuple Palestinien.

Après cette longue période, il faut remettre tout le dossier Palestinien au niveau des Nations Unies pour appliquer les résolutions internationales et ne pas les négocier. Ce pas là doit être joint à une stratégie nationale de lutte qui peut soutenir les pas politiques. Car la politique toute seule ne libère jamais un peuple.

Avant-garde : Salah, tu as été libéré de prison en décembre 2011 avec plus de 1.000 autres prisonniers politiques palestiniens en échange avec le soldat Gihad Shalit. Quelle est la situation actuellement des prisonniers politiques palestiniens ?

Cette occupation totalitaire dont le seul projet est de détruire l’être humain Palestinien, continue de viser la connaissance et la vie de nos combattants dans les prisons israéliennes. En continuant d’appliquer ses projets, de ne pas donner le droit aux prisonniers d’étudier, de refuser l’intervention des associations internationales pour faire des enquêtes sur les circonstances d’emprisonnement, elle continue de voler l’enfance des Palestiniens en continuant ses arrestations systématiques .Les négligences médicales continuent comme toujours. Le viol des droits de l’homme continue. Pour preuve, le prisonnier Ashraf Abu Threi est tombé en martyr, victime de maltraitance médicale dans les geôles israéliennes.

En ce moment, 4 prisonniers sont en grève de la faim, deux d’entre eux parce qu’ils sont en détention administrative (détention sans procès, sans preuve, renouvelable tous les 6 mois sans jugement), les deux autres parce qu’ils ont été arrêtés de nouveau, alors qu’ils ont été libérés lors de l’échange de 2011. Ils ne sont pas les seuls à avoir été remis de nouveau en prison depuis cette libération.

Avant-garde : Salah, nous savons que tu as lancé une campagne en lien avec l’association France Palestine Solidarité, pour parrainer des prisonniers politiques ?  Peux-tu nous dire en quelques mots, en quoi cela consiste ?

Il s’agit d’une démarche simple mais politiquement très forte. Chaque parrain s’engage à envoyer une lettre par mois à son filleul (en anglais ou en arabe), tout en sachant que les prisonniers ne peuvent pas y répondre. Le parrainage permet de faire comprendre aux prisonniers qu’ils ne sont pas seuls et de faire comprendre à cette occupation qu’il y a des milliers de gens en France et partout dans le monde qui soutiennent la lutte et les droits des prisonniers. C’est aussi une sorte de protection pour ces prisonniers. Cette mission simple mais éthique et historique est une part de la mobilisation et de la solidarité entre tous les femmes et les hommes libres autour du monde.

Pour y participer, il suffit de s’inscrire sur http://www.france-palestine.org/Parrainer-un-e-prisonnier-e

Avant-garde : Pour finir, que pouvons-nous faire ici en France pour faire avancer la paix et la justice en Palestine ? Pousser Hollande à reconnaitre unilatéralement la Palestine ?

Je vous engage vivement à faire pression auprès de votre Président et auprès de l’Union Européenne pour reconnaître la Palestine et pour faire appliquer le droit international. Mais aussi, vous devez savoir que vous en tant que communistes progressistes, vous devez créer des bonnes alliances avec la gauche Palestinienne pour avancer ensemble vers le but commun et surtout sur le point de vue social parce que si le cerveau de l’être humain n’est pas libéré, il ne pourra jamais s’engager dans la lutte et la résistance.

Vous devez surtout venir visiter la Palestine, y rencontrer les forces progressistes, puis rentrer en France pour témoigner.

Avant Garde : Enfin, si tu as un mot pour tous les jeunes communistes, qui ont mené la lutte pour ta libération et continuent pour celle de l’ensemble des prisonniers politiques et pour la Palestine…

Tout d’abord je vous remercie pour votre soutien pendant ma détention ainsi que pour votre accueil chaleureux à la fête de l’Humanité. Je crois bien que la jeunesse joue un rôle essentiel partout dans le monde, pour lutter contre les oppresseurs, quelque soit leur idéologie et vous, les Jeunes Communistes, vous devez continuer ce chemin, jusqu’à ce que vous puissiez réaliser vos rêves.

 

Entretien réalisé par Fabien Gay

« Don’t Panik » : l’interview de Médine

7 juin 2012 by  
Filed under A la Une, loisirs/culture

A 28 ans, 4 albums et plusieurs mixtape au compteur, Médine et ses camarades de Din Records soufflent un vent nouveau sur le rap français. Antiraciste et féministe, c’est le retour d’un rap  engagé, enragé, identitaire et révolutionnaire. Aux cotés de Kery James, Tiers Monde, Gaza Team, HK, Zep et bien d’autres au concert pour la libération de Salah Hamouri le 25 mars dernier, il revient pour Avant Garde sur ses engagements artistiques et politiques.

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Avant Garde : Pourquoi participer à ce concert pour la libération des prisonniers politiques palestiniens ?

Médine : Tous les sujets qui touchent à la Palestine, que je considère comme étant le drame de ce siècle, m’intéressent. Dans la mesure du possible, j’essaye de participer à ces événements, et donc forcement là, ça correspondait.

AG : On voit bien dans tes chansons la place de la Palestine mais ton discours et tes revendications sont bien plus larges, comment définirais-tu ton combat politique ?

Mon combat : c’est la lutte contre les injustices, qu’elles soient vécues par un peuple musulman ou non. Je cherche à faire reculer toutes les formes d’injustice et de discriminations en combattant par la parole pour faire évoluer les mentalités. Je n’ai pas de programme établi à mettre en place si ce n’est cette pierre angulaire qu’est la lutte contre les injustices. D’où mon slogan Don’t Panik.


MédineAG : On vient d’apprendre les résultats des élections présidentielles, que penses-tu de ceux-ci et que de la période électorale plus généralement ?

Chaque moment ou le peuple doit s’exprimer est un moment important pour moi. Même si je vais parfois aux urnes à reculons, cette fois-ci j’y ai été avec la ferme intention de faire disparaître certaines idéologies de notre pays. Je considère que la situation est aujourd’hui plus grave qu’en 2002. Aujourd’hui, le vote FN n’est pas un vote de sanction du pouvoir en place mais bien un vote d’adhésion aux idéologies racistes et conservatrices. J’espère que cela va évoluer dans le bon sens…

AG : Tu parles beaucoup des musulmans dans tes chansons, tu t’adresses aussi souvent à eux. Pourquoi faire une bannière du fait d’être musulman ?

Quand je parle d’Islam, je n’en parle jamais de façon prosélyte mais toujours de façon identitaire. Je traite le problème musulman, puisque c’est devenu un problème, de façon sociale, politique et identitaire. Qui aujourd’hui se lève contre l’islamophobie ? Si ce n’est les musulmans eux-mêmes. Très peu d’intellectuels, très peu de politiques, très peu de sportifs, très peu d’artistes… J’en fais ma bannière pour traiter le problème de l’islamophobie en profondeur. Peut-être maladroitement ou de façon trop identifiée, c’est critiquable, mais au moins j’essaie de le faire, c’est mon effort.

Il y a aujourd’hui un glissement dans le sens. Hier, on s’arrêtait sur une couleur de peau – et je ne dis pas que c’est terminé –  maintenant on s’arrête sur un voile ou sur une appartenance religieuse. C’est d’autant plus vicieux que ce n’est pas un racisme frontal. Le racisme est institutionnel aujourd’hui. C’est devenu politiquement correct de se dire islamophobe. Il faut d’ailleurs faire attention avec ce terme car certaines personnes peuvent être en désaccord avec certaines pratiques de l’islam. Moi-même, je condamne clairement certaines dérives de ma communauté mais ça ne fait pas de moi un islamophobe. Pareil pour les gens qui ne sont pas musulmans et qui condamnent une partie des pratiques.

Entretien réalisé par Nicolas Strauss et Emilie Martinez

 BIOPIC

le nouvel album de Médine dans les bacs le 21 juin 2012


Infos, vidéos, extraits sur www.dinrecords.fr et www.medine.tv

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