Gaza souffre…mais Gaza vit!

9 mai 2016 by  
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D’après l’ONU, la bande de Gaza pourrait devenir un territoire invivable d’ici 5 ans en raison du blocus israélien et des bombardements meurtriers qui l’ont touché depuis 10 ans.  Comment vit-on avec cette menace?

Soulèvement des jeunes contre la colonisation, exécutions sommaires de Palestiniens par l’armée israélienne : le contexte est pesant dans les territoires occupés palestiniens. C’est notamment le cas dans la bande de Gaza, qui vit sous blocus depuis dix ans maintenant[1]. Nous avons eu la chance de rencontrer un Ahmed Alustath, jeune Palestinien de Gaza, venu poursuivre ses études en France. Un témoignage fort et plein d’espoir.



[1] Gaza est sous blocus depuis 2007. Son territoire, ses frontières maritimes et terrestres sont sous contrôle de la puissance occupante israélienne.

 

 

Peux-tu te présenter ?
Je m’appelle Ahmed ALUSTATH, palestinien de Gaza, j’ai 22 ans. Assistant de langue arabe en france depuis quelques mois.

Raconte-nous ton parcours ?

En mai 2015, je deviens boursier du gouvernement français pour poursuivre mes études supérieures en France. En raison des difficultés à contacter les universités françaises depuis Gaza pour obtenir une admission dans les délais, j’ai raté ma bourse. Ensuite, j’ai pu obtenir un poste d’assistant de langue à Mulhouse. Je suis arrivé avec deux mois de retard en raison de la fermeture des frontières de la bande de Gaza. J’ai traversé quatre territoires pour arriver en France, tandis que j’aurai pu arriver en 4 heures et demie si l’aéroport de Gaza n’était  pas détruit.

Comment grandit on à Gaza dans une prison à ciel ouvert ?

A Gaza, on est matures dès la naissance. Et ce sont les conditions difficiles de la vie qui façonnent cette maturité précoce : être enfant à Gaza c’est dur ; on a toute la liberté d’avoir de simples rêves comme tous les enfants du monde, alors qu’il n’a aucune possibilité pour les réaliser.

Et la jeunesse est tellement éduquée et persévérante qu’elle pourrait construire le pays. Néanmoins, cette chance ne lui a jamais été accordée. Elle est privée de circuler, voyager, étudier et travailler.

On peut dire que la population de Gaza est la population la plus éduquée dans le monde arabe : le taux d’illettrisme ne dépasse même pas 1 %. Le taux de chômage est estimé à 45 %. Les jeunes finissent par se retrouver au chômage après une série d’années de réussite.

A Gaza, on grandit avec les ruines des maisons, avec les martyrs qui tombent tous les jours, avec la peur permanente, avec la privation des droits et avec l’imprévu du lendemain.

A Gaza, nous ne grandissions pas : nous naissons grands. Ce n’est pas question d’âge, mais une question de responsabilités et des conditions atroces vécues.

Quel est la situation de Gaza 2 ans après les bombardements?

Toujours tragique. Elle souffre d’un blocus depuis 8 ans qui l’étrangle.
Elle est encore en deuil et ruinée. Les maisons démolies n’ont pas encore été reconstruites, ce qui crée plusieurs milliers de sans-abris. Les matériels de reconstruction ne sont pas autorisés à entrer à Gaza, il y a de moins en moins d’électricité par jour. Rien n’a changé, et je ne pense pas que la situation changera à court terme.

Peux-tu nous décrire le quotidien à Gaza ?

Il y a plusieurs éléments concrets.

1-Le blocus de Gaza et ses conséquences :

 

24 000 personnes veulent passer (quotidiennement ?) par le passage de Rafah (des étudiants, des patients et des travailleurs à l’étranger).

Des milliers d’étudiants ont raté leurs bourses d’études à l’étranger. Beaucoup de salariés ont été licenciés en raison de leur retard pour reprendre le travail. Il y a plus de 3500 patients qui ont besoin de se faire soigner soit en Egypte ou dans des autres pays.

Et plusieurs patients sont morts au passage dans l’attente de partir…

 

2-L’hiver à Gaza :

Cette année, il y a eu un hiver très dur à Gaza, avec une quantité immense de pluie. Et comme vous le savez, il n’y a pas de vraie infrastructure à Gaza du fait des agressions successives que cette petite zone a subies durant de très courtes années.

Les habitants les plus touchés et qui souffrent le plus de cet hiver, ce sont les sans-abris dont les maisons ont été réduites à néant durant la dernière agression contre Gaza. Il y en a parmi eux qui habitent toujours dans des refuges où les moyens de vivre confortablement ne sont pas disponibles notamment en hiver, et il y a ceux qui habitent dans des caravanes comme solution temporaire en attendant que la reconstruction soit mise œuvre. Cependant, ces caravanes ne sont pas bien isolées pour protéger les gens du froid surtout lorsque l’électricité est coupée. Elles ne contiennent pas de système de chauffage. Quand il pleut beaucoup, ces caravanes s’inondent rapidement. Ce qui crée de l’insalubrité.

D’un autre côté, quand il pleut beaucoup, les barrages d’eau côté israélien deviennent bien remplis. Les autorités israéliennes déversent le trop d’eau vers les terrains des Palestiniens. La boue qui en résulte pollue et inonde les champs agricoles et les maisons des habitants, surtout celles qui donnent sur la vallée de Gaza et la vallée Alsalga.

Après la dernière agression contre la bande de Gaza, il y a eu beaucoup de maisons délabrées qui peuvent s’écrouler à tout moments à cause de la concentration d’eau en hiver.

3-La coupure de courant électrique.

 

Dès mon départ de Gaza et jusqu’à ce jour, il n’y a que 4 heures de courant par jour. Les gens n’espèrent même plus avoir l’électricité 24 heures sur 24 heures, mais au moins 8 heures d’électricité par jour.

Imaginez une de vos journées sans électricité : pas de lavage, pas de cuisine, pas de nettoyage. C’est insupportable !

 

Par ailleurs, la vie de beaucoup de patients en soin intensif qui vivent  à l’aide du matériel médical est menacée en cas de coupure de courant ou du générateur électrique.

 

Comment analyses-tu le nouveau soulèvement des Jeunes en Palestine ?

-Il y a plus de 200 martyrs dont une quarantaine d’enfants et une dizaine de femmes. A Gaza, à Jérusalem et en Cisjordanie.

Ce soulèvement est complètement pur, dénué de toute manipulation politique, car si ce n’était pas le cas, ce soulèvement aurait peut-être été éteint rapidement.

Je précise que je suis contre la violence. Ce malaise ne tient qu’à la politique fondamentaliste et extrémiste du gouvernement israélien qui n’a pas laissé de choix aux jeunes Palestiniens, étant toujours privés de leurs droits et de réaliser leurs objectifs dans la vie. Ces jeunes Palestiniens qui ne font plus la distinction entre la vie et la mort,  après ce qu’ils ont vécu de privation de droits et de marginalisation. Et Je vous invite à ne pas reprocher leurs actions mais plutôt à interpeller les vrais auteurs de cette réalité amère.

Ces jeunes adorent la vie, et s’ils ne l’avaient pas adorée, ils n’auraient jamais réagi.

 

Les jeunes a Gaza ont-ils malgré tout des loisirs ?

Gaza est un trésor précieux. Elle est pleine de talents, et ses jeunes créent leurs loisirs de rien. Ils arrivent à suivre le développement dans le monde malgré le manque des moyens.

Et le carnaval sportif organisé à Gaza il y a une semaine en est la preuve.

A quoi rêve les jeunes à Gaza ?

Ils rêvent de vivre en paix et en sécurité, de voyager et de se déplacer librement, de poursuive leurs études à l’étranger, de trouver du travail, de construire leur vie future.

Entretien réalisé par Mehdi Belmecheri

Béziers : la mémoire de la guerre d’Algérie pour opposer

18 mars 2015 by  
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Un soleil printanier, à quelques mètres d’un marché populaire de la ville, fait office de cadre à cette journée particulière dans la ville de Béziers. La présence policière se fait de plus en plus nombreuse en ce début d’après-midi à proximité d’une rue : celle du 19 mars 1962.

Des personnes âgées affluent, un peu perdues dans le quartier, majoritairement vêtues de bérets verts et de drapeaux: ce sont des anciens combattants, anciens parachutistes de la guerre d’Algérie. Beaucoup se trompent et rejoignent un cortège qui n’est pas le leur : car en ce 14 mars, deux rendez-vous se font face, séparés par une présence policière.

 

La cérémonie officielle organisée par la mairie pour débaptiser la dite rue pour la renommer au profit du commandant Hélie De Noix de Saint-Marc. Cet ancien militaire, décédé en 2013, a été un membre actif de l’Organisation Armée Secrète(OAS)[1], organisation terroriste d’extrême-droite, farouchement opposée à l’indépendance de l’Algérie. Il participa à la tentative de coup d’État de 1961, dit putsch des généraux, et justifia la torture qui fut une pratique courante de la répression coloniale.

En face, à cent mètres, séparés par des barrières et un cordon policier, la contre-manifestation citoyenne aux slogans beaucoup plus jeune et variée dans sa composition : « OAS assassin, Ménard complice », « Il est fini le temps des colonies ».

 

C’est donc, entouré de centaines de « nostalgériques »[2], venus de toute la côté méditerranéenne (où résident l’écrasante majorité de ce qu’on a appelé les rapatriés) anciens de l’OAS et quelques jeunes de la ligue du Midi (organisation de la mouvance identitaire) que le maire organisait une cérémonie pour installer la nouvelle plaque. Prétextant que la date du 19 mars ne marque pas l’arrêt des combats, le maire apparenté FN veut ainsi rétablir une justice. Son discours fut assez révélateur de ses intentions : la France aurait oublié ses compatriotes, ses Harkis.

Réécrivant allégrement l’histoire, il évoque une Algérie française pacifiée, régie par des rapports banals entre colons et Musulmans du temps de l’administration française. Dépolitisant à souhait l’histoire, il ne dit pas un mot sur les conditions des anciens colonisés si ce n’est pour évoquer les exactions du FLN. Par contre, il ne se prive pas de construire un lien avec notre présent.

L’ancien président de l’association Reporters sans Frontières parle d’une France assiégée depuis par l’immigration avec une décolonisation qui serait à la source de tous les désordres actuels:

« Alors qu’on obligeait un million de Français à quitter leur Algérie natale, on ouvrait la France – quasi simultanément – à des millions d’immigrés bien décidés pour certains à ne jamais se sentir, à ne jamais devenir des Français à part entière.

Colonisation de peuplement, disait-on de la présence française en Algérie. Il faut parler aujourd’hui, en France, d’immigration de peuplement, d’immigration de remplacement. Un chassé-croisé dont l’histoire a le tragique secret et dont je redoute que nous ne cessions de mesurer les funestes, les dramatiques conséquences. Je voudrais me tromper. Je crains d’avoir raison. »

 

Une stratégie de la gestion de la ville derrière cet acte

Le choix du commandant Saint-Marc n’a rien d’anecdotique et révèle comment ce geste participe d’une stratégie du nouvel édile. Fidèle à sa tradition maurassienne[3], il met au cœur de sa démarche l’idée d’une France éternelle mythifiée autour de son armée et de l’Église dixit le conseiller municipal  communiste d’opposition Aimé Couquet. Il s’agit de mener des coups d’éclat, d’inscrire des marqueurs dans la vie politique locale comme la promotion de la crèche de Noël, de l’armement de la police municipale.

C’est une politique de l’ordre, de la force qui cherche à alimenter des affrontements. Le magazine municipal en est un des relais fondamental: la réhabilitation d’un passé médiéval, chrétien face aux désordres (à mater) des populations des quartiers, issues de l’immigration. Dans la 3e ville la plus pauvre de France, et 1ere sur les assujettis à l’Impôt sur la Fortune (ISF) dans le département, c’est l’affrontement qui prévaut.

D’ailleurs, les habitants du quartier populaire de la Deveze, mitoyen de la rue du 19 mars 1962, n’ont pas été conviés à l’initiative municipale alors que la mairie avait une promotion grandiloquente… Ces habitants sont davantage » dans le cortège  des traitres, porteurs de valise (sic) » qui reçoivent ces qualificatifs du maire, gêné par les huées du contre-rassemblement.

 

A l’initiative d’un « appel des 100″ lancé par les structures locales de la Ligue des droits de l’homme et du Mouvement de la paix, des centaines de bitterrois rejoints par des militants progressistes des départements alentours ont fait entendre un autre son de cloche. Rappelant que la date du 19 mars 1962 entame le processus d’indépendance algérien, ces citoyens ne sont pas dupes du jeu du maire.

Parmi ces manifestants, Yamina et Viviane, deux membres de l’association bitteroise France-Algérie qui œuvre à mener des actions culturelles entre les deux pays, des projets de coopération pour construire des liens sur des bases de solidarité.

Elles sont présentes pour rappeler leurs initiatives, le vrai lien entre les deux peuples. Elles sont convaincues que cette initiative ne représente pas l’opinion majoritaire dans la ville. « Pourquoi parler d’une guerre finie, qui a existé ? Il y a comme un sentiment de revanche » ajoutent-elles. Avant Robert Ménard, il existe dans la vie politique locale un jeu pour flatter la population issue des rapatriés, très organisés comme l’atteste la présence de nombreux sympathisants, parachutistes issus des départements voisins. Ils travaillent à faire apposer des stèles de l’OAS, à réhabiliter leur mémoire.

 

Après ce rassemblement, c’est au siège de la section locale du PCF que se poursuivent les débats ; car il s’agit de ne pas lâcher le morceau pour ces militants. Toutes les forces rappellent la nécessité de poursuivre le combat : le lien avec le climat islamophobe, de chasse aux pauvres et le mouvement de solidarité avec la Palestine (pour déconstruire le colonialisme d’hier et d’aujourd’hui) permettent d’ouvrir des suites à ce contre-rassemblement. La bataille juridique reste évidemment d’actualité comme le rappelle Jean-François Gavoury, président de l’association nationale pour la protection de la mémoire des victimes de l’OAS (AMPROMEVO), et il existe des précédents pour faire retirer ces plaques d’hommage[4].

La bataille politique reste nécessaire pour faire agir les pouvoirs publics: si le premier ministre Manuel Valls a déploré le matin même ce genre d’initiatives, les interpellations des différents ministères sont restées sans réponses…Tous les acteurs évoquent le besoin de réaffirmer une culture de paix, de rappeler la mémoire de ce conflit, y compris parce que les attentats de l’OAS ont frappé la ville…Cette mémoire ne peut vivre que si on donne les moyens de l’exprimer. Un lien avec une actualité de crise brulante dans cette ville ravagée et qui montre que la mémoire résonne au travers du quotidien.



[1] Organisation politique et militaire créée en 1961 regroupant essentiellement des militaires qui refusent la décolonisation. Ils mèneront plus de 1000 actions terroristes en Algérie et en France, tuant des militaires, des policiers et plus de 1000 civils.

[2] C’est ainsi que sont nommés couramment les partisans nostalgiques de l’Algérie française

[3] Ecrivain et théoricien d’extrême-droite de la fin du 19e siècle et du début du 20e siècle, ultranationaliste et royaliste, foncièrement antisémite.

[4] A Marignane dans la Bouches-du-Rhône en 2011 sur décision du Conseil d’Etat

 

Salah Hamouri : « Je vous engage vivement à faire pression auprès de votre Président et auprès de l’Union Européenne pour reconnaître la Palestine »

15 février 2013 by  
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Salah Hamouri,
citoyen Franco-Palestinien, Salah
Hamouri a passé 7 ans dans les prisons
israéliennes pour délit d’opinion.
Libéré il y a un an après une
intense mobilisation en France, il vit à
Jérusalem et milite notamment aux
cotés de l’Association France
Palestine Solidarité pour la libération
de tous les prisonniers politiques
palestiniens.

Avant-garde : Bonjour Salah. Depuis ta sortie de prison fin 2011, que deviens-tu ? As-tu repris tes études comme tu l’envisageais ?

J’ai bien repris mes études. Je suis maintenant étudiant en droit. Pour moi, le droit est une base sur laquelle le peuple doit s’appuyer, mais il faut qu’il lutte afin de faire respecter ses droits.

En plus de mes études, je travaille pour une association qui défend les droits des réfugiés Palestiniens et je milite pour les droits des prisonniers politiques palestiniens. Je fais également tout mon possible pour rencontrer et accueillir les français qui viennent en Palestine et pour leur faire découvrir l’histoire de ma patrie.

Avant-garde : Depuis, plus de deux ans, la jeunesse palestinienne se mobilise pour exiger une réconciliation inter-palestinienne et la fin de l’opposition Fatah-Hamas. Quel est ton regard sur cette question et sur ce mouvement dans la jeunesse ? Et quelles sont selon toi, les priorités de la jeunesse palestinienne?

Tout d’abord, il faut que le peuple français et les autres peuples découvrent qu’il n’y a pas uniquement ces deux partis qui composent la société Palestinienne. Il y a aussi des partis et des forces de gauche progressistes qui luttent depuis le début de l’occupation, pour la liberté, le retour des réfugiés. Ils ont pu pendant cette longue histoire, avoir beaucoup d’influence, mais comme partout dans le monde, la gauche a reculé à cause des circonstances objectives internationales. Aujourd’hui, il faut surtout mettre fin à cette division, car aucun peuple dans le monde n’a pu avancer vers la liberté sans être uni. Alors les deux grands partis doivent mettre de côté leurs intérêts personnels et leurs illusions de pouvoir construire un état libre sous occupation. Leur priorité doit être les intérêts du peuple Palestinien, loin de leurs alliances dans la région et dans le monde.

La jeunesse Palestinienne a toujours été l’essence de la lutte contre l’occupation, elle a toujours eu le rôle de catalyseur, lors de la première et la seconde intifada. Des milliers de jeunes sont tombés en martyrs ou ont été enfermé dans les prisons israéliennes, c’est normal que cette jeunesse aussi lutte contre cette division politique qui influence négativement notre cause nationale et qui met seulement des obstacles sur le long chemin de lutte vers la liberté.Cette jeunesse révolutionnaire, un jour, avec ses efforts, aura l’influence suffisante pour obliger les deux grands partis à avancer vers la réconciliation.

La priorité des jeunes Palestiniens est d’en finir avec l’occupation parce que l’occupation paralyse toute la vie des Palestiniens et de la jeunesse. Comme tous les jeunes du monde, les jeunes Palestiniens aspirent à une vie normale : faire des études, voyager, se cultiver, travailler, tomber amoureux…

Avant-garde : le mois dernier ont eu lieu les élections législatives en Israël… Quel est ton regard sur ce résultat ?

Il faut savoir que le peuple Palestinien ne voit pas cet état comme un état démocratique, mais  comme un occupant qui viole tous les droits humains et les droits internationaux. Que ce soit la gauche ou la droite au pouvoir, cela ne change rien aux conditions de vie des Palestiniens. Il y a dans le programme de tous les partis israéliens, un but commun : poursuivre l’occupation, étendre la colonisation. La base des programmes de ces partis est une base sécuritaire qui voit les Palestiniens toujours comme un danger dont il faut se débarrasser.

Avant-garde : Après l’UNESCO, la Palestine est devenue membre observateur à l’ONU. Cette victoire diplomatique, a-t-elle changé la situation dans le quotidien des Palestiniens ? Selon toi, quelle doivent être les prochaines étapes pour arriver à une résolution de ce conflit et pour le respect  des droits du peuple palestinien ?

Cette reconnaissance n’a rien changé dans notre quotidien, mais elle change tout politiquement. Concrètement, les checkpoints sont toujours là, aucune colonie n’a été démantelé, et les projets de colonisation continuent.

Chaque peuple dans l’histoire qui était sous occupation a toujours eu besoin d’une stratégie de lutte claire qui réunit tous les moyens de combat possibles pour arriver à sa libération. Ce qui a été fait aux Nations Unies est un pas vers le bon chemin . Mais ce pas doit être suivi d’autres pas. Surtout, la reconnaissance de la Palestine à l’ONU doit se substituer aux négociations entre israéliens et palestiniens. Parce qu’il faut arrêter totalement ces négociations qui durent depuis 20 ans et qui n’ont pas offert le minimum des revendications du peuple Palestinien.

Après cette longue période, il faut remettre tout le dossier Palestinien au niveau des Nations Unies pour appliquer les résolutions internationales et ne pas les négocier. Ce pas là doit être joint à une stratégie nationale de lutte qui peut soutenir les pas politiques. Car la politique toute seule ne libère jamais un peuple.

Avant-garde : Salah, tu as été libéré de prison en décembre 2011 avec plus de 1.000 autres prisonniers politiques palestiniens en échange avec le soldat Gihad Shalit. Quelle est la situation actuellement des prisonniers politiques palestiniens ?

Cette occupation totalitaire dont le seul projet est de détruire l’être humain Palestinien, continue de viser la connaissance et la vie de nos combattants dans les prisons israéliennes. En continuant d’appliquer ses projets, de ne pas donner le droit aux prisonniers d’étudier, de refuser l’intervention des associations internationales pour faire des enquêtes sur les circonstances d’emprisonnement, elle continue de voler l’enfance des Palestiniens en continuant ses arrestations systématiques .Les négligences médicales continuent comme toujours. Le viol des droits de l’homme continue. Pour preuve, le prisonnier Ashraf Abu Threi est tombé en martyr, victime de maltraitance médicale dans les geôles israéliennes.

En ce moment, 4 prisonniers sont en grève de la faim, deux d’entre eux parce qu’ils sont en détention administrative (détention sans procès, sans preuve, renouvelable tous les 6 mois sans jugement), les deux autres parce qu’ils ont été arrêtés de nouveau, alors qu’ils ont été libérés lors de l’échange de 2011. Ils ne sont pas les seuls à avoir été remis de nouveau en prison depuis cette libération.

Avant-garde : Salah, nous savons que tu as lancé une campagne en lien avec l’association France Palestine Solidarité, pour parrainer des prisonniers politiques ?  Peux-tu nous dire en quelques mots, en quoi cela consiste ?

Il s’agit d’une démarche simple mais politiquement très forte. Chaque parrain s’engage à envoyer une lettre par mois à son filleul (en anglais ou en arabe), tout en sachant que les prisonniers ne peuvent pas y répondre. Le parrainage permet de faire comprendre aux prisonniers qu’ils ne sont pas seuls et de faire comprendre à cette occupation qu’il y a des milliers de gens en France et partout dans le monde qui soutiennent la lutte et les droits des prisonniers. C’est aussi une sorte de protection pour ces prisonniers. Cette mission simple mais éthique et historique est une part de la mobilisation et de la solidarité entre tous les femmes et les hommes libres autour du monde.

Pour y participer, il suffit de s’inscrire sur http://www.france-palestine.org/Parrainer-un-e-prisonnier-e

Avant-garde : Pour finir, que pouvons-nous faire ici en France pour faire avancer la paix et la justice en Palestine ? Pousser Hollande à reconnaitre unilatéralement la Palestine ?

Je vous engage vivement à faire pression auprès de votre Président et auprès de l’Union Européenne pour reconnaître la Palestine et pour faire appliquer le droit international. Mais aussi, vous devez savoir que vous en tant que communistes progressistes, vous devez créer des bonnes alliances avec la gauche Palestinienne pour avancer ensemble vers le but commun et surtout sur le point de vue social parce que si le cerveau de l’être humain n’est pas libéré, il ne pourra jamais s’engager dans la lutte et la résistance.

Vous devez surtout venir visiter la Palestine, y rencontrer les forces progressistes, puis rentrer en France pour témoigner.

Avant Garde : Enfin, si tu as un mot pour tous les jeunes communistes, qui ont mené la lutte pour ta libération et continuent pour celle de l’ensemble des prisonniers politiques et pour la Palestine…

Tout d’abord je vous remercie pour votre soutien pendant ma détention ainsi que pour votre accueil chaleureux à la fête de l’Humanité. Je crois bien que la jeunesse joue un rôle essentiel partout dans le monde, pour lutter contre les oppresseurs, quelque soit leur idéologie et vous, les Jeunes Communistes, vous devez continuer ce chemin, jusqu’à ce que vous puissiez réaliser vos rêves.

 

Entretien réalisé par Fabien Gay

Israël-Palestine : quelle voie pour la paix ?

7 juin 2012 by  
Filed under International

En septembre dernier, la demande de reconnaissance à l’ONU de la Palestine initiée par l’OLP (organisation de libération de la Palestine) a remis sur le devant de la scène la question du règlement du conflit. Quelques mois plus tard, les discussions au Conseil de Sécurité comme celles entre l’Autorité Palestinienne et le gouvernement Israélien sont au point mort.

palestine1

Premières discussions israélo-palestiniennes officielles depuis septembre 2010, les pourparlers d’Amman (Jordanie) en janvier dernier, se sont révélés stériles. Ce non-événement confirme la politique du fait accompli du gouvernement israélien : rester sourd aux demandes des Palestiniens, tout en perpétuant la colonisation des territoires et l’annexion de Jérusalem-Est, le quartier palestinien de la ville. Face à l’impasse, Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne a choisi d’écrire au premier ministre israélien Benyamin Netanyahou : sans réponse, il poursuivra la mobilisation pour faire reconnaitre la Palestine par les Nations Unies.

A l’ONU : les palestiniens face au mur de l’argent

Une évidence s’impose : ce conflit ne pourra pas être réglé tant que la « communauté internationale » ne s’impliquera pas avec volonté. Mais les Etats-Unis menacent que tous les efforts des palestiniens se confrontent à leur véto à l’ONU. Membre permanent du Conseil de Sécurité et l’une des principales puissances diplomatiques de l’Union Européenne (UE), la France est un des pays qui pourrait faire basculer l’ONU en faveur de la résolution du conflit. Deux solutions s’offrent à la diplomatie française : voter pour l’adhésion de la Palestine à l’ONU comme elle l’a déjà fait à l’UNESCO en octobre 2011 ou plus simplement reconnaitre immédiatement la Palestine comme déjà plus de 130 états dans le monde.

C’est là que le bât blesse : avec l’Accord d’Association entre l’Union Européenne et Israël appliqué depuis le premier juin 2000, la priorité est donnée aux préoccupations économiques. En 2008, l’UE a exporté pour 17,7 milliards € de biens et services vers Israël et les importations européennes sont de 14,3 milliards. Ce sont ces chiffres que les pays européens veulent augmenter en aboutissant peu à peu à une vraie situation de libre-échange. Ce sont ces intérêts privés qui sont défendus en dépit de toutes les positions officielles de notre pays pour le règlement du conflit. Car parmi les entreprises françaises qui commercent avec Israël, certaines participent directement à la colonisation comme lors de la construction du tramway de Jérusalem-Est.

Palestine (8)2Marwan Barghouti : l’appel à amplifier la résistance populaire

Ce silence complice des principales puissances mondiales crée l’impunité permanente dont profitent les gouvernants israéliens. Depuis l’échange de prisonniers pour la libération de Gilad Shalit, de nouvelles vagues d’arrestations politiques ont lieu en Palestine. L’armée israélienne use et abuse ainsi de la « rétention administrative » renouvelable indéfiniment qui l’autorise à incarcérer pendant 6 mois, sans justification, quiconque – à ses yeux – « menace la sécurité publique ». Aziz Dweik, président du Conseil Législatif, est donc venu grossir les rangs des 23 parlementaires palestiniens actuellement détenus par Israël.

C’est pour rompre avec cet affaiblissement permanent des palestiniens face à la puissance qui les occupe que Marwan Barghouti, député du Fatah emprisonné depuis 2002 et condamné cinq fois la perpétuité, lance un appel à la résistance populaire : suspendre toutes les coopérations avec Israël et affirmer le droit des palestiniens à résister à l’occupation. Un appel qui doit trouver écho en France pour que notre pays s’engage résolument pour la reconnaissance de la Palestine et la résolution du conflit.

Gauthier Lorthiois et Charline Hernandez

« Don’t Panik » : l’interview de Médine

7 juin 2012 by  
Filed under A la Une, loisirs/culture

A 28 ans, 4 albums et plusieurs mixtape au compteur, Médine et ses camarades de Din Records soufflent un vent nouveau sur le rap français. Antiraciste et féministe, c’est le retour d’un rap  engagé, enragé, identitaire et révolutionnaire. Aux cotés de Kery James, Tiers Monde, Gaza Team, HK, Zep et bien d’autres au concert pour la libération de Salah Hamouri le 25 mars dernier, il revient pour Avant Garde sur ses engagements artistiques et politiques.

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Avant Garde : Pourquoi participer à ce concert pour la libération des prisonniers politiques palestiniens ?

Médine : Tous les sujets qui touchent à la Palestine, que je considère comme étant le drame de ce siècle, m’intéressent. Dans la mesure du possible, j’essaye de participer à ces événements, et donc forcement là, ça correspondait.

AG : On voit bien dans tes chansons la place de la Palestine mais ton discours et tes revendications sont bien plus larges, comment définirais-tu ton combat politique ?

Mon combat : c’est la lutte contre les injustices, qu’elles soient vécues par un peuple musulman ou non. Je cherche à faire reculer toutes les formes d’injustice et de discriminations en combattant par la parole pour faire évoluer les mentalités. Je n’ai pas de programme établi à mettre en place si ce n’est cette pierre angulaire qu’est la lutte contre les injustices. D’où mon slogan Don’t Panik.


MédineAG : On vient d’apprendre les résultats des élections présidentielles, que penses-tu de ceux-ci et que de la période électorale plus généralement ?

Chaque moment ou le peuple doit s’exprimer est un moment important pour moi. Même si je vais parfois aux urnes à reculons, cette fois-ci j’y ai été avec la ferme intention de faire disparaître certaines idéologies de notre pays. Je considère que la situation est aujourd’hui plus grave qu’en 2002. Aujourd’hui, le vote FN n’est pas un vote de sanction du pouvoir en place mais bien un vote d’adhésion aux idéologies racistes et conservatrices. J’espère que cela va évoluer dans le bon sens…

AG : Tu parles beaucoup des musulmans dans tes chansons, tu t’adresses aussi souvent à eux. Pourquoi faire une bannière du fait d’être musulman ?

Quand je parle d’Islam, je n’en parle jamais de façon prosélyte mais toujours de façon identitaire. Je traite le problème musulman, puisque c’est devenu un problème, de façon sociale, politique et identitaire. Qui aujourd’hui se lève contre l’islamophobie ? Si ce n’est les musulmans eux-mêmes. Très peu d’intellectuels, très peu de politiques, très peu de sportifs, très peu d’artistes… J’en fais ma bannière pour traiter le problème de l’islamophobie en profondeur. Peut-être maladroitement ou de façon trop identifiée, c’est critiquable, mais au moins j’essaie de le faire, c’est mon effort.

Il y a aujourd’hui un glissement dans le sens. Hier, on s’arrêtait sur une couleur de peau – et je ne dis pas que c’est terminé –  maintenant on s’arrête sur un voile ou sur une appartenance religieuse. C’est d’autant plus vicieux que ce n’est pas un racisme frontal. Le racisme est institutionnel aujourd’hui. C’est devenu politiquement correct de se dire islamophobe. Il faut d’ailleurs faire attention avec ce terme car certaines personnes peuvent être en désaccord avec certaines pratiques de l’islam. Moi-même, je condamne clairement certaines dérives de ma communauté mais ça ne fait pas de moi un islamophobe. Pareil pour les gens qui ne sont pas musulmans et qui condamnent une partie des pratiques.

Entretien réalisé par Nicolas Strauss et Emilie Martinez

 BIOPIC

le nouvel album de Médine dans les bacs le 21 juin 2012


Infos, vidéos, extraits sur www.dinrecords.fr et www.medine.tv

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