Balbino Medellin : UN ARTISTE POPULAIRE À PLUS D’UN TITRE

12 juillet 2011 by  
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balbinoAprès « Gitan de Paname » et « Le soleil et l’ouvrier », Balbino Medellin sortira en septembre 2011 son 3e album avec, il nous le garantit, toujours le même besoin de chanter une réalité, celle des classes populaires. Rencontre avec cet artiste qui, bien qu’il ait fait son chemin, se décrit toujours comme un chanteur de rue.

Avant Garde : Tu es jeune, ta musique est atypique et tu chantes la réalité sociale qui t’entoure. A priori ça ne correspond pas à ce qui se vend aujourd’hui. Comment traces-tu ta route ?

Balbino Medellin : C’est vrai que je ne corresponds pas vraiment aux critères actuels. Mais, même s’ils sont en haut de l’affiche, beaucoup d’artistes énervent les gens. La première raison c’est qu’ils parlent souvent de ce qu’ils ne vivent pas eux-mêmes, l’autre c’est qu’ils ont du mépris pour ceux à qui ils s’adressent. Si certains veulent faire de la variété, c’est normal il faut de tout dans la musique mais alors qu’ils ne se posent pas en donneurs de leçons. Moi je chante ce que je connais, point barre. Je ne me prends pas pour un chanteur engagé. Quand j’écris c’est comme devant un miroir sans tain : je raconte une réalité que je vis et j’essaie de faire en sorte que les gens se reconnaissent dedans.

Avant Garde: Tu décris une réalité sociale difficile mais tu y intègres beaucoup de sentiments…

Balbino Medellin : Mais c’est une réalité ! Même si le tableau est noir dans les classes populaires, on retrouve énormément d’amour, de fraternité et dans la société actuelle qui met en compétition les gens, qui les contraint à la rentabilité, qui les oppresse, c’est un espoir. Il y a une poésie dans ce monde du travail, dans ces quartiers….

Avant Garde : Pour toi, il existe encore aujourd’hui une culture populaire ?

Balbino Medellin : Bien sûr ! Elle est présente à tous les coins de rue. Mais il faut la faire vivre, la mettre en avant. Votre journal, par exemple, c’est un moyen de lui donner de l’importance contrairement aux grands médias qui l’étouffent.

Avant Garde: Tu dresses un tableau sombre dans tes chansons, y a-t-il un espoir de changement?

Balbino Medellin : On vit dans une ère où l’image est reine. Tout est en fonction de l’image. Sauf que les gens en ont marre, ils ne croient plus en ces dirigeants politiques… ils ont été trop déçus. Ce qui est sûr c’est qu’il faut en finir avec la droite car ce n’est pas fait pour nous, ceux qui vivent mal, ceux qui galèrent. Le seul espoir c’est que le changement vienne du peuple.

Avant Garde: Ta musique, elle peut jouer un rôle ?

Balbino Medellin: Mes chansons ne vont pas changer le monde ni même la France. Mais j’essaie de faire en sorte qu’il n’y ait pas des millions de gens qui vivent la même galère et qui ont l’impression d’être tout seuls. Aujourd’hui c’est le cas. Les retours que j’ai eus de la part du public vont dans ce sens : les gens me disent qu’ils se reconnaissent dans ce que je chante et ils se sentent peut-être moins isolés. Mon seul but c’est ça, tisser et recréer des liens sociaux et humains entre ces gens qui sont comme moi. Et si, au passage, ça peut apaiser quelques maux…

Propos recueillis par Guénolé Fournet

Gaza team, rap et engagement politique. Interview

3 novembre 2010 by  
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Avant Garde : Comment êtes vous venus à la musique ?

Naili : Par l’écriture. J’écrivais des textes et j’ai voulu les faire partager, c’est par le rap que s’est exprimé mon message. En ce qui concerne mes camarades, ils étaient eux aussi amateurs de rap, de l’histoire de ce mouvement musical né du militantisme, qui permettait aux quartiers populaires de s’exprimer, de raconter leur quotidien, leur colère, leur espoir.

AG : Quand avez-vous décidé de fonder ce groupe ?

Naili : C’est une histoire humaine tout d’abord. Je menais de mon côté une carrière solo. En 2005, j’ai participé à une tournée (Naili Orient Express Tour) où dans chaque ville étape étaient organisés des ateliers de réflexion, de discussion sur la culture hip hop. Une de ces étape se passait à Gaza, l’un des ateliers concernait l’écriture. On a beaucoup parlé notamment du manque criant de matériel, de tout en fait. Une amitié est née lors de cette rencontre. Nous sommes restés en contact. Ensuite on a décidé de fonder un groupe de musique.

Sa création officielle date d’avril 2007 lors de notre premier concert à Genève.

AG : Pour quelles raisons ? Qu’est-ce qui vous a motivé ?

Naili : Dans ma carrière solo, je parlais de la Palestine. Nous avons décidé de nous rassembler pour faire de la musique et parler de la Palestine ensemble. Mes compagnons palestiniens en tant qu’acteurs et nous en tant que témoins.

AG : La Palestine est prédominante dans vos textes mais quels sont les autres thèmes abordés par vous ?

Naili : Khaled, Nour et moi on abordait toute sorte de thèmes dans notre musique. En ce qui concerne «Gazateam» le sujet central c’est la Palestine mais au travers de ce sujet on peut en aborder beaucoup d’autres comme la liberté, la politique internationale ou la question du droit qui est fondamentale. Un de nouveau morceau retrace les parcours des militants que nous avons rencontrés depuis la fondation du groupe. En deux ans nous avons fait plus de soixante-dix concerts partout dans le monde, nous avons donc rencontré énormément de personnes les unes toutes plus impliquées que les autres, nous trouvions important de saluer leur travail en faveur du peuple palestinien et de la cause palestinienne. Enfin il nous arrive même de parler d’amour.

AG : Pourquoi votre choix s’est-il porté sur le rap ?

Naili : Pour nous c’était le seul moyen d’expression artistique qui répondait à nos exigences. Comme je le disais tout à l’heure c’est la seule musique qui ait une réelle base militante. La musique ce n’est pas la littérature, il n y a pas que les textes qui comptent, la mélodie est tout aussi importante. Cette musique est de plus en plus galvaudée mais son essence même c’est le militantisme et l’engagement. Notre musique est conçue comme un acte militant. C’est un véritable moyen d’expression dans lequel il est possible de faire passer toutes sortes de sentiments comme la tristesse, la colère, on peut dire les choses avec humour ou bien profondeur. On a beaucoup de respect pour tous ceux qui font de la musique malgré tout, mais c’est vrai qu’un groupe comme le nôtre est difficilement « marchandable », on a plus de mal à trouver des maisons de production par exemple alors on a choisi de s’autoproduire.

AG : Qu’est-ce qui a motivé ce choix ? Sont-ce des raisons politiques ou purement musicales ?

Naili : Nous sommes des artistes nous aimons la musique. Le mot d’ordre c’est l’engagement, c’est le moyen de dire aux gens de s’engager mais ce n’est pas seulement dire des choses, il faut que la forme soit soignée. C’est la situation en Palestine qui nous a motivé, qui est intéressante. A Gaza le peuple est affamé, enfermé, opprimé, torturé psychologiquement, c’est ce qui est pour nous le plus important.

On n’a pas vraiment d’engagement partisan mais un véritable engagement politique au sens large, pour la justice et la paix. La question du droit internationale est primordiale, il faut dire à tout le monde que les résolutions de l’ONU ne sont pas respectées. Il faut que l’oppression cesse, que l’occupation se termine enfin. Nos opinions sont inscrites dans nos textes, nos avis aussi.

AG : Avez-vous déjà participé à la fête de l’humanité ou à un autre festival militant ?

Naili : Nous avons remplacé au tout dernier moment un groupe en première partie de HK et les Saltimbanques sur l’Agora il y a deux ou trois ans, mais nous avons jamais été invité par la fête de l’huma à jouer sur une scène. Cela fait quatre ans que nous demandons à y participer, on y est déjà allé en tant que spectateurs plusieurs fois, mes amis gazouites aussi et c’est vrai qu’on aimerait vraiment participer à ce festival parce que l’on trouve qu’il correspond tout à fait à notre musique à la fois politique et festive.

On a aussi fait des autres festivals ailleurs dans le monde pour parler de Gaza, en Belgique, au Maroc et en Algérie par exemple.

AG : Vous venez pratiquement tous de Gaza, quand l’avez vous quittée ? Comment ?

Naili : Le groupe l’a quittée fin janvier 2008, ils devaient partir depuis fin novembre 2007, mais à l’été 2007, Israel a décidé de durcir son blocus et Gaza s’est retrouvée enfermée. Après un long périple où ils sont passés par l’Egypte parce qu’il leur fallait quitter Gaza, ils ont réussi à venir en France. Mes camarades sont coupés de leurs familles, de leurs amis. Ils s’engagent en leur faveur, parlent de la situation là-bas, informent les gens qu’ils rencontrent, participent à des évènements en lien avec la Palestine. Leur situation est toujours compliquée, on leur délivre des titres de séjour de 6 mois à renouveler tout le temps, c’est une situation assez précaire comme vous vous en doutez.

AG : Espérez-vous y retourner ?

Naili : ils aimeraient effectivement y retourner avec des espoirs de paix et de liberté mais aujourd’hui ils sont plus utiles ici. Pour l’instant c’est impossible, le blocus est trop dur, on ne peut ni rentrer ni sortir de Gaza. Ils ne peuvent pas quitter la France non plus.

AG : Etes-vous proches d’organisations soutenant la cause palestinienne ici ou ailleurs ?

Naili : Comme je le disais on n’a pas d’engagement partisan. Toutes les personnes ayant une démarche en faveur du peuple palestinien, des prisonniers enfermés en Israel ou tous ceux qui se sentent proches de la cause, toutes ces personnes on s’en sent proche. On veut aussi réaffirmer notre engagement, on est prêts à participer à tous les évènements possibles en faveur de la Palestine avec toutes les organisations qui voudraient y participer. On est disponibles.

Propos recueillis par Lorraine Finkl

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Retrouvez le groupe Gaza team sur leur site.

FÊTE DE L’HUMA JEUNE ET REBELLE DEPUIS 80 ANS !

9 septembre 2010 by  
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FH 1Il y a 80 ans, pour sauver L’Humanité, Marcel Cachin, alors directeur du journal, lance les comités de défense de L’Humanité. Dans l’élan, la Fête de l’Huma est créée…

La première édition se tient à Bezons (95) et, déjà, les principaux ingrédients qui feront son immense succès jusqu’à aujourd’hui sont là : politique, musique, convivialité populaire… On danse, on chante, on rit, on discute, on débat, on mange un bout. On boit aussi. La magie de la Fête de l’Huma est là et ne la quittera plus : pendant quelques jours, un petit monde construit par les militants communistes (du P.C.F. mais aussi du M.J.C.F.) vient apporter un peu de joie et de bonheur à des milliers de personnes. Surtout, il y a 80 ans, il y avait déjà un autre ingrédient pour donner à la Fête de l’Huma son caractère d’incontournable carrefour des luttes : un gouvernement de droite agressif (Tardieu, Laval…) et, déjà, la crise !

Débattre et dégager l’horizonFH2

80 ans plus tard, la Fête de l’Huma est toujours là et si peu, en certains domaines, semble avoir changé. Les Roms ont presque pris la place des Juifs dans le rôle de bouc émissaire La droite tape dur, très dur et sur tous les fronts, à commencer par celui des retraites où elle essaie de nous ramener… 80 ans en arrière. Le capitalisme connaît une nouvelle crise redoutable qui fait boire la tasse aux classes populaires pendant que la bourgeoisie continue au champagne.

L’interminable combat politique et syndical se poursuit contre ces assauts de la droite et du capital. Comment résister? Que faire pour construire un monde plus juste ? Cette année encore, il y aura bien besoin de la Fête de l’Humanité pour débattre et dégager l’horizon. Bref, tout est toujours là pour faire de la Fête de l’Huma le rendez-vous majeur de la rentrée politique et sociale, le carrefour des luttes, le lieu où on bâtit l’espoir.

80 ans plus tard, la Fête reste aussi ce lieu de découvertes et de plaisirs. On écoutera avec bonheur musiques et groupes en tout genre. On flânera dans le Village du livre en rencontrant les auteurs, on verra des expositions de peintures, on ira au théâtre, on fera du sport, on ira manger cubain ou berrichon, on parlera avec des inconnus. Et quand la fête sera finie, il y aura encore bien des regrets : tout ce qu’on n’aura pas vu, le retour au dur monde du Capital… mais on repartira regonflé, prêt à affronter l’année, la tête et le cœur pleins d’énergie, de sourires et d’idées. Et on pensera avec impatience à la Fête de l’Huma 2011, elle aussi belle et rebelle, joyeuse et combative.

Guillaume Quashie-Vauclin