Sevil Sevimli: « On se demande qui sont les vrais terroristes! »

13 février 2013 by  
Filed under International

A la veille d’une nouvelle audience de son procès qui se déroulera le 15 février, nous publions une interview de Sevil Sevimli réalisée en janvier dernier, lorsqu’une délégation de communistes l’avait rencontrée en Turquie. Sevil est accusée par la justice turque d’être affiliée à une organisation de gauche interdite et risque quinze ans de prison.

Nous avons appris ce matin que la répression s’aggrave autour du procès de Sevil alors que plusieurs avocats des étudiants accusés avec elle auraient été arrêtés à leur tour. En France la mobilisation s’intensifie pour obtenir la libération immédiate de Sevil et l’arrêt de la collaboration de l’état français avec l’appareil de répression Turc.

Avant Garde : De quoi es-tu accusée ?

Sevil Sevimli: On m’accuse de faire partie d’une organisation considérée comme terroriste. Dans mon dossier d’accusation, on me reproche d’être partie à un concert de Grup Yorum, un groupe engagé à gauche. C’était un concert gratuit, auquel 350 000 personnes ont assisté ! On me reproche aussi d’être allée  à la manifestation du 1er mai à  Istanbul ou encore d’avoir assisté à la projection d’un documentaire sur Güler Zere. C’est une militante atteinte d’un cancer, qui était emprisonnée et qui a été libérée par la suite. On me reproche également de posséder le livre Le manifeste du parti communiste de Karl Marx …

A chaque fois, on m’accuse d’avoir participé à des activités qui sont légales en Turquie ! Mais ils les remixent, les réinterprètent et nous accusent de terrorisme. Avec des méthodes comme celles-là, on se demande qui sont les vrais terroristes …

As-tu reçu du soutien ?

Mon cas est devenu un symbole en Turquie. La médiatisation nous a permis de mettre la pression sur la justice et nous avons reçu beaucoup de lettres d’étudiants qui vivaient la même chose que nous. Pour nous, c’était vraiment très important, on a eu une correspondance très importante avec les étudiants, les gens dehors mais aussi avec des prisonniers de droit commun.

Tu as passé trois mois en prison. Comment s’est déroulée ta détention ?

Ma détention a été très difficile le premier mois. On est pointé du doigt par les gardiens, la nourriture était dégueulasse, on devait relaver le riz ou les pattes parce qu’on trouvait dedans des poils, des ongles … Les livres qu’on demandait pour étudier n’arrivaient pas, beaucoup de lettres d’amis ne nous sont jamais parvenues. Ma mère a mis trois semaines pour pouvoir me faire parvenir un jean alors que je n’avais plus de vêtement propre.

Quand les gardiens se sont rendus compte que j’étais française, que le consul et des parlementaires turcs sont passés, leur comportement a beaucoup changé, et s’est inversé.

Que peut faire la France ?

La France pourrait mettre la pression sur la Turquie. Plutôt que de ne penser qu’à l’économie, elle pourrait aussi penser à la liberté d’expression. Au final, le fait que je sois française a poussé les médias à plus s’intéresser à mon cas, mais il y a beaucoup d’autres cas, des milliers de personnes sont aujourd’hui victimes des lois antiterroristes en Turquie aujourd’hui.

Avant ton arrestation, tu militais sur des questions d’éducation en Turquie. Pourquoi ce choix ? Comment fonctionne l’éducation en Turquie ?

Déjà parce que je suis étudiante. Egalement parce que je viens d’une famille d’ouvrier. Ma mère est ouvrière, mon père est ouvrier donc je sais ce que c’est les difficultés financières quand on est issu d’une famille qui n’a pas les moyens de te payer tes études. Je me sentais vraiment concernée parce qu’ils payent énormément de charges comme les frais d’inscription, de logement, de transport …

L’éducation en Turquie marche beaucoup par piston notamment pour accéder à la fac. De nombreux jeunes doivent passer par des prépas ou des écoles privées. Si vous êtes kurdes, les professeurs le voient tout de suite et vous êtes vite mis de côté.

Les étudiants turcs ont l’air très mobilisés. Comment s’organise leur mouvement ?

Il y a une grande mobilisation des étudiants pour l’éducation gratuite! Des tentes ont été ouvertes dans chaque ville, chaque université. Des manifestations ont été organisées régulièrement. Certains étudiants ont entamé une grève de la faim, et malgré les interventions de la police, malgré les violences des enquêteurs, ils n’ont jamais lâché prise ! Au final, même si toutes les revendications n’ont pas été prises en compte, ce mouvement a gagné certaines avancées !

La répression s’est-elle intensifiée sur le mouvement étudiant ?

Intensifiée, peut-être pas. Aujourd’hui, la répression est un peu plus médiatisée, mais en fait elle existe depuis très longtemps. Les universités sont devenues des écoles d’apprentissage de la répression et de la torture pour la police. Il y a également une institution universitaire qui s’appelle le Yök [Yükseköğretim Kurulu, Conseil de la vie étudiante] qui permet aux policiers de rentrer dans les universités, qui interdit la distribution de tracts ou le collage d’affiches. De nombreux étudiants ont été virés à cause de ça !

Jules Rondeau

Une note plus complète est disponible ici (http://www.etudiants-communistes.org/2013/01/31-sevil-sevimli-symbole-r%C3%A9pression-progressistes-en-turquie-7202#.URl4ph2zJac) et une pétition pour sa relaxe est disponible là (http://www.etudiants-communistes.org/2013/01/22-libert%C3%A9-sevil-sevimli-7165#.URl5Dx2zJad)

Kurdistan: rencontre avec le Centre d’Information du Kurdistan (C.I.K.)

14 juin 2012 by  
Filed under International

Nouvelle rencontre d’Avant Garde sur une situation coloniale passée sous silence en France: le Kurdistan. La Turquie est un partenaire économique et militaire privilégié de la France et des pays européens qui suscite de nombreux discours sur son adhésion à l’Union Européenne, son rôle pour le règlement du conflit israélo-palestinien, ou encore pour la reconnaissance du génocide arménien. Mais quant au sort des 20 millions de kurdes qui vivent sur son territoire, c’est le silence.

Rencontre avec Rojbin Dogan, présidente du Centre d’Information du Kurdistan en France. Le CIK organise en France l’information et les campagnes de sensibilisation sur le combat pour les droits des kurdes en Turquie .

Le Kurdistan c’est plus 500 000 Km2 et près de 40 000 000 d’habitants répartis sur 4 états : la Turquie, L’Iran, la Syrie et l’Irak.

Kurdish-inhabited_area_by_CIA_(1992)

La seule évocation des pays concernés aide à prendre la mesure de l’enjeu. Sur quatre états qui ont vécu au court des cent dernières années des conflits parmi les plus intenses de l’histoire de l’humanité, vit depuis des milliers d’années un peuple sur le territoire qui concentre les ressources de la région : de l’eau, du gaz et du pétrole.

En 1920, lors du démantèlement de l’empire Ottoman – pays allié de l’Allemagne pendant la première guerre mondiale et qui dominait la région  – la France et l’Angleterre font la promesse aux Kurdes de leur reconnaitre un état sur leur territoire historique.

Dans les années 1980, lassés des promesses non tenues, débute la lutte armée du PKK en Turquie. Le Parti des Travailleurs du Kurdistan et son leader Abdullah Ocalan – aujourd’hui emprisonné et mis à l’isolement sur une ile pénitencier – sont ainsi entré en clandestinité. C’est le BDP, parti de la paix et de la démocratie qui mène la bataille politique légale en Turquie à la suite de nombreuses autres formations dissoutes les unes après les autres par les gouvernements turcs.

Aujourd’hui, des quatre territoires Kurdes, seule la région Irakienne a acquis une autonomie politique après l’invasion américaine. En Syrie, en Iran, comme en Turquie, la répression, les morts et les arrestations arbitraires restent le quotidien des Kurdes, dans un silence assourdissant de la communauté internationale.

Robert Leutheuser - http://www.beyondbordersphotography.com - www.worldpeeks.blogspot.fr

Robert Leutheuser - http://www.beyondbordersphotography.com - www.worldpeeks.blogspot.fr

Avant Garde: Recep Erdogan, premier ministre de la Turquie depuis 2003, avait affirmé vouloir trouver une solution politique à la question kurde. Loin de là, la situation est aujourd’hui très tendue dans la région et la répression ne fait qu’augmenter. On en est où de la politique d’Ankara sur le Kurdistan ?

photo RojbinD CIK2Rojbin Dogan: En 2003 quand Erdogan arrive au pouvoir il annonce qu’il veut résoudre la question kurde. C’était le premier chef de gouvernement turc qui disait reconnaitre les erreurs et faire face à l’histoire. Il avait nommé son projet, « l’ouverture kurde ». Mais dans les faits Erdogan s’est trouvé confronté à la difficulté de trouver un interlocuteur politique kurde. Cet interlocuteur c’est le PKK (Parti des Travailleurs du Kurdistan). Très vite Erdogan a renommé son projet « l’ouverture démocratique » pour ne plus parler de la question kurde.

Leyla Zana, députée de Turquie, condamnée à 10 ans de prison

Leyla Zana, députée de Turquie, condamnée à 10 ans de prison

Alors en 2009 lorsqu’aux élections municipales le BDP (Le Parti de la Paix et de la Démocratie) passe de 56 à 100 mairies, Erdogan décide d’opérations massives d’arrestations. Des centaines de membres du BDP ont été arrêtés dont les maires des plus grandes villes. Arrêter des élus c’est arrêter la population qui a voté pour eux. 6 députés sont emprisonnés en Turquie dont Leyla Zana, prix Zakharov du parlement européen. C’est une déclaration de guerre contre tous nos symboles. C’est envoyer le message que tous ceux qui défendent les droits des kurdes seraient des terroristes

Erdogan essaye de vendre une image exemplaire de la Turquie dans ses visites. Mais on ne peut aucunement parler de droits des peuples en Turquie. Ce que nous vivons c’est la dictature d’Erdogan. Ces arrestations se poursuivent jusqu’à aujourd’hui pour arriver à un chiffre de 7000 prisonniers politiques et nous pourrions être à beaucoup plus. Le gouvernement AKP (le parti politique d’Erdogan, majoritaire à l’assemblée turc)  est convaincu que cette voie permet d’éradiquer la question kurde. Mais nous avons vécu les guerres et les coups d’état en Turquie et nous avons toujours lutté. Lorsque l’on va au Kurdistan, chaque famille a un membre  qui a été tué dans cette guerre ou qui fait partie des 17 000 disparus.

Pour le gouvernement turc la question kurde est inscrite au registre de la lutte contre le terrorisme avec le soutien de l’Union Européenne et des Etats-Unis. Ça veut dire que la Turquie serait un pays où il y a 20 millions de terroristes !  Ainsi au mois de décembre 34 villageois ont été tués dans des raids aériens. Dans n’importe quel autre pays dit démocratique, le chef de l’état aurait dû démissionner après un tel massacre. Mais Erdogan n’a même pas pris la peine de s’excuser et personne n’a protesté.

Comment s’explique ce déploiement de force et la puissance de cette répression alors même que les organisations kurdes demandent une résolution politique du conflit ?

Le PKK a appelé une dizaine de fois à des cessez le feu. Mais la réponse turque a toujours été militaire. Le PKK veut une résolution pacifique du conflit et ne demande pas l’indépendance. Il propose une autonomie démocratique dans la région. Le respect des droits culturels et politiques et l’éducation en langue maternelle. Ce sont des droits fondamentaux reconnus à tous les peuples sauf aux kurdes. Mais il faut savoir que le Kurdistan est une région très riche en pétrole, en eau en gaz. Économiquement c’est une région incontournable et les grandes puissances occidentales sont alliées de la Turquie pour cette raison-là. Les kurdes et leur combat pour défendre leurs droits sont victimes des intérêts économiques de ces pays.

Claude Guéant, alors ministre de l'intérieur, lors de la signature des "accords anti-terroristes" avec Ankara

Claude Guéant, alors ministre de l'intérieur, lors de la signature des "accords anti-terroristes" avec Ankara

En France nous vivons la même politique qu’en Turquie. La France s’est opposée à l’entrée de la Turquie dans l’UE, mais pour conserver ses relations avec la Turquie, ils ont passé les accords pour l’arrestation des militants kurdes. C’est une sorte de donnant-donnant. Je refuse ton adhésion mais je t’aide avec tes « terroristes ». Depuis 2007 il y a une multiplication des arrestations, des perquisitions et des procès en France et lors de la visite de Claude Guéant (alors ministre de l’intérieur) l’an dernier en Turquie un accord a été signé pour l’extradition des Kurdes.

En Turquie les jeunes kurdes ne croient plus en la démocratie. Leurs maires essayent de servir leur ville et militent pour eux puis se font arrêter sous leurs yeux. Ils voient donc qu’il n’y a aucune voie légale pour eux. Alors il ne faut pas se demander pourquoi est-ce qu’il y a une guérilla. C’est la réponse répressive du gouvernement dirige les jeunes Kurdes à rejoindre la Guérilla, les montagnes.

Alors qu’ils risquent, leur vie, la prison et la répression, les kurdes continuent leurs manifestations et leurs rassemblements.  Un peuple de vingt million d’habitants ne peut pas vivre caché. On peut arrêter autant de kurdes qu’on veut d’autres les remplaceront.

Alors quels leviers pour le changement ?

La fête de Newroz à Diyarbakir: une forte mobilisation pour les droits des kurdes

La fête de Newroz à Diyarbakir: une forte mobilisation pour les droits des kurdes

Il faut d’abord que les pays européens mettent de côté leurs intérêts économiques. On parle de 40 millions de personnes, d’un peuple qui a une histoire et d’une des premières civilisations de la Mésopotamie. Ce soutien à Ankara doit cesser car il est en défaveur de la résolution du problème kurde.

Les kurdes sont victimes de cette alliance avec le gouvernement turc. Le problème kurde est un problème de tous les pays membres du Conseil de l’Europe. La Turquie en est membre avec 47 autre pays. On ne peut pas nous dire que c’est un problème de la Turquie et que c’est la Turquie qui doit résoudre ce problème. Le problème n’est pas limité aux frontières turques.

Mais Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères annonce poursuivre les relations avec la Turquie. Un pays qu’il juge très important. Donc il devrait y avoir une continuité avec le précèdent gouvernement. C’est notre peur. Les relations avec la Turquie ne peuvent pas continuer sur les seuls intérêts économiques. La priorité c’est l’arrêt du soutien au gouvernement turc par la vente d’arme et les accords Guéant de sécurité. Les arrestations en France doivent cesser.

Sarkozy s’était toujours opposé à l’adhésion de la Turquie à l’UE parce que c’est un pays musulman. Mais nous sommes pour. A condition d’imposer le respect des droits de l’homme et la reconnaissance des droits, politiques et sociaux des kurdes. Être contre l’adhésion de la Turquie à l’UE c’est mettre la question kurde de côté. L’adhésion à l’UE doit faire progresser la démocratie et les droits de l’homme en Turquie.

Ce que nous voulons c’est une autonomie démocratique. Une décentralisation où les décisions seront prises sur le terrain, dans les régions. Nous ne voulons pas de frontières Ce ne sont pas aujourd’hui les frontières qui vont sauver les peuples. Nous ne sommes pas pour une indépendance, nous voulons notre droit à l’autodétermination.

Entretien réalisé par Nicolas Bescond

livre_98Pour aller plus loin :

Kurdistan. La colère d’un peuple sans droits.

Julien Goldstein et Olivier Piot.

Ed. Les Petits Matins. Janvier 2012

Israël-Palestine : quelle voie pour la paix ?

7 juin 2012 by  
Filed under International

En septembre dernier, la demande de reconnaissance à l’ONU de la Palestine initiée par l’OLP (organisation de libération de la Palestine) a remis sur le devant de la scène la question du règlement du conflit. Quelques mois plus tard, les discussions au Conseil de Sécurité comme celles entre l’Autorité Palestinienne et le gouvernement Israélien sont au point mort.

palestine1

Premières discussions israélo-palestiniennes officielles depuis septembre 2010, les pourparlers d’Amman (Jordanie) en janvier dernier, se sont révélés stériles. Ce non-événement confirme la politique du fait accompli du gouvernement israélien : rester sourd aux demandes des Palestiniens, tout en perpétuant la colonisation des territoires et l’annexion de Jérusalem-Est, le quartier palestinien de la ville. Face à l’impasse, Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne a choisi d’écrire au premier ministre israélien Benyamin Netanyahou : sans réponse, il poursuivra la mobilisation pour faire reconnaitre la Palestine par les Nations Unies.

A l’ONU : les palestiniens face au mur de l’argent

Une évidence s’impose : ce conflit ne pourra pas être réglé tant que la « communauté internationale » ne s’impliquera pas avec volonté. Mais les Etats-Unis menacent que tous les efforts des palestiniens se confrontent à leur véto à l’ONU. Membre permanent du Conseil de Sécurité et l’une des principales puissances diplomatiques de l’Union Européenne (UE), la France est un des pays qui pourrait faire basculer l’ONU en faveur de la résolution du conflit. Deux solutions s’offrent à la diplomatie française : voter pour l’adhésion de la Palestine à l’ONU comme elle l’a déjà fait à l’UNESCO en octobre 2011 ou plus simplement reconnaitre immédiatement la Palestine comme déjà plus de 130 états dans le monde.

C’est là que le bât blesse : avec l’Accord d’Association entre l’Union Européenne et Israël appliqué depuis le premier juin 2000, la priorité est donnée aux préoccupations économiques. En 2008, l’UE a exporté pour 17,7 milliards € de biens et services vers Israël et les importations européennes sont de 14,3 milliards. Ce sont ces chiffres que les pays européens veulent augmenter en aboutissant peu à peu à une vraie situation de libre-échange. Ce sont ces intérêts privés qui sont défendus en dépit de toutes les positions officielles de notre pays pour le règlement du conflit. Car parmi les entreprises françaises qui commercent avec Israël, certaines participent directement à la colonisation comme lors de la construction du tramway de Jérusalem-Est.

Palestine (8)2Marwan Barghouti : l’appel à amplifier la résistance populaire

Ce silence complice des principales puissances mondiales crée l’impunité permanente dont profitent les gouvernants israéliens. Depuis l’échange de prisonniers pour la libération de Gilad Shalit, de nouvelles vagues d’arrestations politiques ont lieu en Palestine. L’armée israélienne use et abuse ainsi de la « rétention administrative » renouvelable indéfiniment qui l’autorise à incarcérer pendant 6 mois, sans justification, quiconque – à ses yeux – « menace la sécurité publique ». Aziz Dweik, président du Conseil Législatif, est donc venu grossir les rangs des 23 parlementaires palestiniens actuellement détenus par Israël.

C’est pour rompre avec cet affaiblissement permanent des palestiniens face à la puissance qui les occupe que Marwan Barghouti, député du Fatah emprisonné depuis 2002 et condamné cinq fois la perpétuité, lance un appel à la résistance populaire : suspendre toutes les coopérations avec Israël et affirmer le droit des palestiniens à résister à l’occupation. Un appel qui doit trouver écho en France pour que notre pays s’engage résolument pour la reconnaissance de la Palestine et la résolution du conflit.

Gauthier Lorthiois et Charline Hernandez

D’UNE CRISE A L’AUTRE

7 juin 2012 by  
Filed under International

Grèce, Italie, Irlande, Portugal, Espagne, le débat sur la « crise de la dette » qui fait trembler l’Europe aujourd’hui, s’est déjà produit ailleurs et dans l’Histoire. Quand les peuples s’en emparent, d’autres solutions que l’austérité capitaliste sont possibles.

greek

Tout le monde connaît Maradona et le Che et a entendu parler de tango et d’Evita. Ayant amputé son futur aux heures tragiques de 1976, on se souvient de l’Argentine des mères de la Place de Mai réclamant justice pour les 30 000 « desaparecidos », les disparus, cette jeunesse fauchée  par la dictature qui fait cruellement défaut aujourd’hui. Mais qui se souvient qu’en 2001 le meilleur élève du Fonds Monétaire International (FMI) a été plongé dans une crise sans précédent ? Qui se rappelle que des millions d’Argentins dans la rue ont fait plier le pouvoir au cri de « Qu’ils s’en aillent tous » ?

En Argentine, depuis 1976, les Chicago Boys de Washington et du FMI imposaient des coupes budgétaires et des privatisations d’entreprises et services publics.  Peu à peu l’Etat s’est retrouvé sans ressources et les remboursements de ses emprunts ne couvraient que les intérêts des intérêts de la dette de l’Argentine. En 2001 le pays n’est plus incapable de payer ses dettes et c’est l’implosion du  système. Les argentins s’emparent alors de la rue pour chasser le gouvernement. Le peuple rétablit ainsi les marqueurs de la démocratie : les gouvernants sont au service du peuple et non des marchés financiers !

Alors en 2003, avec 60% de gens sous le seuil de pauvreté et 25% de chômeurs, l’Argentine décide de tourner le dos au FMI  en annonçant que le pays remboursera ce qu’il pourra quand il le décidera : c’en est fini de la dictature des marchés. Aujourd’hui, l’Argentine ne compte que 7% de chômage et la pauvreté ne cesse de reculer. La preuve qu’on ne traite pas la famine à coups de régime minceur.

Argentine 2001. Grèce 2012 ?

Récemment, en Islande, deux référendums ont permis de dire NON à la finance mondiale. Comme en Argentine l’argent public n’épongera plus les dettes privées. L’État ne s’y endettera plus pour sauver les banques. En Équateur, plus de la moitié de la dette a été jugée illégale par le gouvernement. Motif : la « dette odieuse » qui fut contractée n’y a jamais servi le peuple mais les seuls intérêts privés de quelques-uns. Après cette décision politique, tous les titres de la dette équatorienne sur les marchés financiers se sont effondrés. La valeur de 3 000 millions € de dette est rachetée, 800 millions  par l’Équateur, économisant ainsi 1,2 milliard € !

La finance n’a de pouvoir que si nous lui en donnons, car le principal danger pour la finance est de demander l’avis des peuples. En Grèce, le gouvernement avait dit : « peut-être un référendum ! » Les marchés financiers et leurs complices au sein de l’Union Européenne ont répondu : « JAMAIS ! » En Argentine, le débat s’est imposé par la mobilisation populaire, en Équateur par un choix politique, en Islande par un référendum populaire.

L’Histoire n’est pas écrite et d’autres choix sont possibles face aux intégristes de la finance qui n’ont que misère et crise à proposer au nom de la dette.

Nicolas Beron-Perez

Le Sahara occidental : une histoire coloniale

21 avril 2012 by  
Filed under A la Une, International

550px-Western_Sahara_(orthographic_projection).svgLe Sahara occidental, territoire de 284 000 km² est une ancienne colonie espagnole. Presque entièrement désertique,  Sa population est estimée à l’heure actuelle à 600 000 habitants dont 160 000 vivent dans les campements de réfugiés, à Tindouf au sud de l’Algérie. Campements dans lesquelles se sont rendues  5 membres du MJCF.

Alors que  le Maroc s’apprête à prendre un siège pour les deux prochaines années en tant  que membre non permanent du Conseil de sécurité,  M. Ban Ki-Moon, Secrétaire général des Nations Unies vient de se saisir personnellement du dossier et  fait un constat objectif de la situation dans un rapport publié il y a peu. Rappel de l’histoire de cette colonie.

En 1884 l’Espagne établit un protectorat sur le Sahara occidental confirmé par la conférence de Berlin la même année, mais les frontières des territoires ne sont pas clairement définies.  En 1924 le Sahara occidental est officiellement créé et administré séparément du Maroc espagnol. A partir de 1965 l’ONU  demande  à l’Espagne de décoloniser le territoire, Franco à la tête de l’Espagne va profiter des discordes qui règnent dans la région entre le Maroc,  la Mauritanie et l’Algérie pour maintenir la présence espagnole quelques années supplémentaires.

Le règlement du conflit algéro-marocain ainsi qu’un accord conclu entre le Maroc et la Mauritanie permettent d’unifier la région contre l’occupant espagnol. En novembre 1975 après la « marche Verte » – ainsi nommée d’après la couleur sacrée de l’islam – organisée par le Maroc pour revendiquer la souveraineté sur le Sahara occidentale, l’Espagne signe les accords de Madrid avec  le Maroc et la Mauritanie, sans aucune consultations  avec les Algériens ni les Sahraouis. Les accords prévoient  de mettre les deux tiers nord sous contrôle Marocain et le Tiers Sud  sous  contrôle  de  la Mauritanie.

Dès  lors va naitre le conflit entre les Sahraouis qui  vont revendiquer  leur  indépendance le Maroc  mais également l’Algérie.

Un conflit au centre de  plusieurs enjeux

Le  Maroc convoite les réserves  naturelles qu’offrent  le territoire du Sahara Occidental : le phosphate avec un des gisements les plus importants du monde mais également du fer, de l’uranium,  et de nombreux autres minerais. De plus le Sahara dispose  de réserves  pétrolifères très enviées par le Maroc qui importe la quasi-totalité des hydrocarbures qu’il consomme chaque année (50 millions de barils).

Le conflit  est  également  un enjeu géopolitique pour le leadership dans la région entre l’Algérie et le Maroc. L’Algérie affirmant que son soutien aux indépendantistes sahraouis relève de ses principes « d’aide à tous les peuples qui luttent pour la décolonisation de leur pays à travers le monde », le Maroc affirme que le Polisario n’est qu’une marionnette aux mains de l’Algérie qui est le véritable protagoniste dans l’affaire. De fait, elle a été pendant longtemps la seule partie avec laquelle le Maroc était prêt à négocier.

Au sein du Sahara occidentale se crée  le front Polisario le 10 mai 1973 à Zouérate (Mauritanie), dans le  but de mettre fin à l’occupation espagnole du Sahara occidental ils vont alors prendre  les armes  et mener une guerre contre le Maroc  et la Mauritanie. En février 1976 Le front Polisario  annonce  la création de la « République Arabe Sahraouie Démocratique » (RASD).  En 1979,  il contraint la Mauritanie à reconnaitre la RASD, et combat le Maroc par une lutte armée entamée au lendemain de la marche verte, jusqu’au cessez-le-feu de 1991. Pendant cette guerre le  Sahara occidental recevra un soutien militaire de l’Algérie  mais également un soutien économique de la Libye.

La France, elle, soutient officiellement le Maroc

La France ira même jusqu’à lancer, en septembre 1977, une opération militaire destinée  officiellement à protéger la Mauritanie, mais qui a pour objectifs de porter un coup d’arrêt  au Front Polisario pour soulager le Maroc.

En 1991 le front Polisario abandonne la lutte armée  et le gouvernement de la  RASD cherche à obtenir diplomatiquement la reconnaissance du pays. Cependant  le Maroc contrôle 80 % du territoire revendiqué par la RASD, et le gouvernement de la  RASD  est exilé dans les camps de réfugiés en Algérie près de Tindouf. Depuis cette date c’est donc par la voie diplomatique que le front Polisario essaie d’obtenir son indépendance, Territoire non autonome selon l’ONU il cherche à convaincre le maximum d’état de reconnaitre le pays  afin de porter le dossier au conseil de sécurité des nations unies.

Aujourd’hui la plupart des pays reconnaissant la RASD sont des pays africains ou d’Amérique du Sud. L’Union Africaine reconnait la RASD comme état membre de plein droits quant à la ligue arabe elle soutient le Maroc et ne reconnait ni la RASD  ni le front Polisario.

Parallèlement à cette démarche depuis 1991 la RASD et de nombreux pays plaident pour un referendum d’autodétermination sous l’égide de l’ONU. Mais la France fait le jeu du Maroc et  bloque toute avancée dans ce domaine. Cependant les Etats-Unis commencent à prendre en charge ce dossier afin de stabiliser la région et de limiter l’influence  économique européenne. La  République Arabe Sahraouie Démocratique  est reconnue aujourd’hui  par  75 pays dans le monde mais les relations diplomatique internationales bloquent encore aujourd’hui  toute avancée  pour mettre fin au colonialisme au Sahara occidentale.

Mehdi Belmecheri

Photographies: Kenza Saïd

Page suivante »