Palestine, avec le cœur et la raison: Entretien avec Kery James

10 mars 2015 by  
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A quelques jours d’un nouveau concert de solidarité à Nanterre autour de la campagne « Un nouveau visage pour Habiba et Leyane » le 17 mars, Avant-Garde a voulu revenir sur son engagement d’artiste, connu de tous.

Plusieurs fois, il a répondu présent, aux côtés des militants pour la Paix, dont quelques moments marquants : un concert co-organisé par le MJCF en l’honneur de Salah Hamouri en avril 2012 au Cabaret Sauvage, ainsi qu’au concert sur la grande scène à la Fête de l’Humanité 2014 aux côtés de Médine, Gaza Team, HK et ZEP.

Plus récemment, il a signé pour la reconnaissance de l’État palestinien par la France, ou a fait un passage à un rassemblement – concert, « Convergence Palestine » à Paris le 18 octobre 2014.

Au-delà, c’est l’occasion de discuter engagement et action concrète, musique, solidarité ou encore colonialisme. Ça se passe dans ces quelques lignes.

Avant-Garde : Où en est la campagne, et pourquoi ce concert de solidarité à Nanterre ?

Kery James : Lorsque j’étais en Palestine il y a quelques années, j’ai rencontré une famille dans le camp de Balata près de Naplouse. Cette famille a été victime d’un drame en Septembre 2013 à cause d’une explosion de gaz dans leur maison. La plus grande des sœurs, âgée de 10 ans est décédée suite à ses blessures après avoir courageusement secouru ses deux petites sœurs. Mais les deux petites survivantes ont été gravement brûlées. La campagne, menée par un collectif d’asso, souhaite les faire venir en France afin qu’elles puissent recevoir les meilleurs soins.

L’hôpital Armand Trousseau a été sollicité et le montant des frais d’hospitalisation a été estimé à 42000 euros. Le montant récolté à ce jour s’élève à 26000 euros, grâce aux 2 campagnes de financement participatif sur babeldoor.com et à des actions sur le terrain. Je suis en contact avec eux par connaissance. Ils m’ont donc sollicité et j’ai voulu aider en montant un concert de solidarité, [comme avec ACES Tour, où chaque concert permet de reverser une partie des cachets à des étudiants méritants pour qu'ils continuent leurs études, NDLR].

Je voulais revenir à Nanterre (Hauts-de-Seine) où j’ai déjà joué deux fois ces deux dernières années, à la MJC Daniel Fery, et à la Maison de la Musique, dans le cadre de mon asso ACES justement.

AG : Nanterre, tu connais un peu donc. Qu’est ce qui t’a fait y revenir ?

KJ : J’ai sollicité La Maison de la Musique à Nanterre, qui est gérée par des gens sensibles, actifs et à l’écoute sur tous les domaines. Il y a une bonne équipe et une démarche auprès des jeunes de la ville, c’est pas partout pareil…

Ce sera donc une 3e fois ! J’y ferais mon nouveau spectacle acoustique et si on fait complet, on pourrait terminer la collecte [il manque encore 16 000€ NDLR].

 

AG : De manière plus large, quel regard tu portes sur l‘actu, six mois après le raid israéliens sur Gaza et 3 mois après le vote sur la reconnaissance de la Palestine à l’Assemblée nationale [Parmi les 30 000 autres personnes et personnalités, il a signé l’appel du MJCF, déposé au Quai d’Orsay la veille du vote]. Qu’est-ce que la situation t’inspire ?

KJ : Écoute, moi je prétends pas avoir une analyse politique conséquente de l’évolution de la situation. Je reste sur quelque chose de très humain, sur le pacte que j’ai fait avec les palestiniens que j’ai rencontré quand j’y ai été il y a quelques années, et ce qu’ils demandent c’est de parler de leur situation, et j’essaye de raconter ça, à chaque concert avec le cœur et la raison, pour les aider.

La reconnaissance de leur État c’est une chose, mais après, est ce que ça va avoir un impact direct ? Sur le plan politique, est ce qu’il faut un ou deux États, franchement c’est pas à nous de dire ce qui est le mieux pour eux. C’est aux Palestiniens d’y répondre avant tout. Nous, ici, on doit faire en sorte que leur situation, là-bas, ne sombre pas dans l’oubli.

 

AG : Tu as répondu présent à plusieurs sollicitations des jeunes communistes : concert pour l’anniversaire de Sala Hamouri en 2011, signature de la pétition, concert place de la république le 18 octobre 2014… Dans leur campagne « Palestine, Agir ici & maintenant », ils veulent combattre le colonialisme israélien puisque l’essentiel du conflit là-bas, c’est la question de la terre : les camps de réfugiés comme celui de Balata en sont issus. Or, en France, la colonisation est une question encore ouverte : Algérie, Afrique de l’Ouest…

Cette histoire n’est pas soldée. Est-ce que ces combats-là ne se rejoignent pas un peu, est-ce qu’ils ne permettent pas de casser le fatalisme?

KJ : C’est un point important. Ce sont pas tous les français qui ont colonisé, c’est une histoire ancienne mais qui malheureusement a encore des répercussions dans les esprits, dans le rapport qu’a une partie des jeunes qui ont des parents immigrés, avec la France. Il y a une blessure.

AG : Avec tout ce programme et ses sollicitations, est-ce que tu as des projets lié à la Palestine en préparation ?

KJ : Celui-là est le plus immédiat, mais je reste au service des Palestiniens et ceux qui défendent leur cause, et je me mets à son service.

AG : Des concerts de solidarité, ton asso ACES, un voyage en Palestine, l’acoustique qui prend de plus en plus de place dans ta démarche… Artistiquement parlant, est-ce qu’il n’y a pas une manière différente de faire passer des messages, de faire de la musique, ta musique depuis 10 ans ?

KJ : Ouais … Je pense que c’est toujours dans la continuité, de ce que je fais depuis 2001 avec mon album « Si c’était à refaire », mais avec ACES j’ai un peu concrétisé mon engagement artistique sur le terrain social, bien qu’écrire une chanson comme « banlieusard » aura certainement plus d’impact que mes actions avec l’asso, c’est un titre qui a influencé les esprits, d’une certaine manière.

Quand on parle de concrétisation dans le réel, je pense que les chansons sont des actes qui y sont ancrés, elles peuvent avoir beaucoup plus d’influence que telle ou telle action. C’est dans ce combat que je suis depuis 2001. Après, je suis effectivement en train d’évoluer depuis 2008, l’acoustique prends de plus en plus de place, parce que ça me permet de mettre le texte et la parole beaucoup plus en avant.

Je suis aussi en train  d’écrire une autobiographie [A paraître en octobre 2015] mais qui dira aussi ce que je pense, pas seulement une série de moments vécus. Je suis aussi sur l’écriture d’un scénario d’un long-métrage. Voilà, je me sens beaucoup plus fort à l’écrit que sur l’instant, comme en interview par exemple. Quand je me pose, je peux aller au plus profond. Il y a des gens qui sont éloquents en direct et qui peuvent faire passer ce qui est faux pour du vrai.

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