A perfect day, un jour comme un autre : guerre et nationalisme

9 mai 2016 by  
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On oublie parfois que la guerre touche l’Europe. Le film A perfect day raconte par l’histoire  de militants humanitaires l’horreur du conflit qui a touché les Balkans il y a 20 ans.

 

Nous sommes dans les années 1990, plongés en pleine guerre des Balkans, en Bosnie-Herzégovine. Suite à l’indépendance de la Bosnie, reconnue par la communauté européenne et les Etats Unis, les Serbes de Bosnie prennent les armes, poussés par les nationalistes. Ils assiègent Sarajevo et se livrent à un véritable « nettoyage ethnique ».

Le réalisateur a fait le choix d’un casting international pour davantage coller à la réalité de la situation qu’il décrit. Ainsi, pendant toute la durée du film, plusieurs membres d’une ONG humanitaire tentent de sortir le cadavre d’un puit, afin de permettre aux habitants du coin d’avoir à nouveau accès à l’eau potable. Il y a Mambrù, le Chilien désabusé, B., le cow-boy américain, Sophie, la Française idéaliste et Katya, la Russe protocolaire. Accompagnés de Damir, leur traducteur serbe, ils croisent la route de Nikola, un petit garçon confié à son grand-père.

Le spectateur suit le cheminement de ces personnages, freinés dans leur mission humanitaire par plusieurs obstacles : l’hostilité de certains habitants et la loi du plus fort, puisque même les enfants « jouent » avec les armes ; la toute-puissance des forces serbes ; le terrain, ravagé par les mines ; et enfin, la présence des casques bleus. Si ces derniers sont censés maintenir ou rétablir la paix et la sécurité dans le monde, le réalisateur espagnol a décidé de mettre en valeur l’impuissance internationale dans ce conflit. En effet, nos personnages vadrouillent dans une des six « zones de sécurité » créée sur place par l’ONU, mais force est de constater que les populations non-serbes subissent les mêmes exactions qu’ailleurs. On ne peut alors s’empêcher de penser au massacre de Srebrenica, dans une de ces zones internationales, où 8000 Musulmans sont exécutés par les nationalistes serbes.

Un humour noir décapant accompagne gaiement le spectateur dans cette quête humanitaire. Cela dit, l’horreur de la guerre ne le lâche pas non plus. Ainsi, on passe du rire à l’émotion lorsque Mambrù découvre les parents du petit Nikola, pendus dans leur propre maison ravagée par une bombe terroriste ; ou quand nos personnages manquent d’assister, impuissants, à l’exécution par les forces serbes d’un car entier de Musulmans*. La tension est également à son comble au moment où Nikola, rageur, cherche à récupérer son ballon, volé par un groupe de jeunes garçons en possession d’une arme à feu ; ou enfin, lorsqu’un soldat serbe menace Damir de toucher à sa famille, s’il se montre un peu trop curieux.

A travers les histoires personnelles des personnages, l’injustice de la guerre se dessine en toile de fond : elle ébranle en grande majorité les populations civiles. On touche alors du doigt la réalité du conflit en Bosnie-Herzégovine : massacre de populations, bombardements terroristes, villages rayés de la carte, camps de concentration, … Cette guerre fit plus de 200 000 morts et près de 2,4 millions de réfugiés et de déplacés, sans compter qu’elle a complètement ruiné le pays.

Sous la pression internationale, les adversaires finissent par signer les accords de Dayton qui ratifient la partition du pays sur des bases ethnico-religieuses. Depuis, les divisions ethniques sont très fortes, et les partis nationalistes gouvernent dans une coalition ultra-libérale. De grandes privatisations ont été organisées, et le taux de chômage tourne autour de 40%.

 

*Le terme de Musulman avec un « M » majuscule ne renvoyait pas à une religion, mais à une nationalité, indépendamment de la pratique religieuse.

 

Anouchka Comushian

 

Municipales au Portugal : entretien avec Duarte Alves, responsable international de la JCP.

30 septembre 2013 by  
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Ce dimanche avaient lieu les élections municipales au Portugal. Dans une Europe de grisaille dominée par l'austérité et les mémorandums une éclaircie: la poussée importante de nos camarades communistes portugais dans le cadre de leur coalition la CDU. 

Camarades, félicitations  pour vos résultats! Comment analysez-vous ces élections?

Duarte Alves : Camarades, je vous remercie pour votre solidarité ! Ces élections municipales sont survenues à un moment très difficile pour le Portugal. La politique de droite est maintenant dans une de ses périodes les plus dévastatrices , avec la poursuite du Pacte d’agression signé par le PS , le PSD et le CDS avec la troïka, ce qui conduit le pays au désastre, et les personnes à des situations très difficiles. Nous devons analyser les résultats en tenant compte de cette situation et les résultats ne pouvaient pas être plus clair : les partis de gouvernement de droite ont été pénalisés par le peuple portugais à ces élections. Le PSD et le CDS ont perdu un grand nombre de voix et de mairies. Le gouvernement et sa politique ont été défaits, à l’échelon local et national. Nous devons mettre en évidence les résultats très positifs de la CDU, la coalition menée par le PCP, où les écologistes, et beaucoup de démocrates et patriotes (plus de 12 000 indépendants sont sur nos listes) trouvent le meilleur espace pour lutter contre cette politique et agir au plus local en faveur du peuple. La CDU a prouvé lors de ce scrutin  qu’elle avait une grande influence dans tout le pays et qu’elle représentait l’alternative aux partis de droite. Nous avons confirmé et approfondi notre présence dans la région métropolitaine de Lisbonne, étant une fois de plus la première force politique avec le plus municipalités dans la région métropolitaine de Lisbonne. En Alentejo, au sud du Portugal, nous avons renforcé l’influence de la CDU, confirmant ses victoires précédentes et gagnant même les 2 capitales de district, Evora et Beja, qui étaient entre les mains de PS depuis les années 1990, ainsi que de nombreuses autres municipalités de la région. Dans le Nord, la CDU a augmenté le nombre de ses votes et de ses mandats en général. De nombreuses municipalités, qui n’avaient pas d’élus de la CDU, auront  à partir d’aujourd’hui des élus qui porteront une voix en faveur du peuple. Ainsi, le travail de PCP et la CDU est reconnu, notamment dans la défense du pouvoir local démocratique issu de la Révolution d’Avril, et que les valeurs de la CDU dans son exercice du pouvoir local – travail, honnêteté et  compétence – ne sont pas des déclarations vaines mais des engagements solides avec les intérêts du peuple. Ce résultat sera important pour atteindre une meilleure satisfaction des besoins de la population au niveau local partout où la CDU a une influence. Autre élément très important : cette situation (la défaite de la droite, les victoires de la CDU) sera un pas décisif pour renforcer la confiance des travailleurs portugais et pour continuer à mobiliser les gens afin de continuer la lutte. Car c’est par la lutte de masse que nous allons vaincre ce gouvernement et cette politique!

Quelle est la situation sociale de  la jeunesse au Portugal?

Duarte Alves : La jeunesse portugaise est aujourd’hui confrontée à une situation très difficile en raison des politiques de droites mises en place par notre gouvernement avec l’appui extérieur de la troïka du FMI et de l’Union européenne. Ces politiques jettent le pays dans une situation de crise profonde, détruisant le système productif,  soumettant le pays à aux désidératas impérialistes de l’OTAN et de l’UE, forçant des milliers de Portugais à l’émigration, parmi lesquels beaucoup de jeunes.
Concernant l’éducation, le gouvernement poursuit les stratégies de privatisation de l’éducation, faisant de la connaissance un privilège réservé à quelques-uns et non un droit pour tous. Ils continuent avec les coupes dans le budget de l’éducation, conduisant à la fermeture de cours, de services et d’écoles.

Aussi ils réduisent et suppriment des bourses tout en augmentant les frais d’inscription entraînant l’expulsion de milliers d’étudiants du système public de l’éducation.
Pour les jeunes travailleurs, la situation est également très difficile : le chômage atteint aujourd’hui 40% chez les jeunes et les salaires sont bas ; la précarité devient de plus en plus la situation normale chez les jeunes travailleurs.

Quelles ont été vos principales propositions et surtout celles concernant les besoins de la jeunesse?

Duarte Alves : La proposition de la JCP est, dans le cadre du programme PCP;  une politique de gauche et patriotique, qui ouvre la voie à la construction d’une démocratie avancée afin d’avancer vers le socialisme. Cette politique de gauche et patriotique s’exprime tout d’abord par la fin de la soumission des gouvernements portugais aux intérêts du grand capital national et international ;  ensuite la mise en échec de la politique de droite qui domine au Portugal depuis 1976. Nous vous proposons un mode de développement souverain, où les intérêts des travailleurs portugais des gens et des jeunes sont défendus.

Pour les jeunes spécifiquement, nous défendons l’enseignement public, gratuit, démocratique et de qualité, qui devrait être un droit pour tous et non un privilège de quelques-uns. Ainsi dans l’éducation secondaire, nous demandons l’augmentation du financement public de l’éducation, de meilleures conditions de fonctionnement pour les écoles, la fin des examens nationaux qui empêchent à beaucoup de jeunes de poursuivre librement leurs études, la fin des privatisations des écoles et des services scolaires, la gratuité des manuels scolaires.

Dans l’enseignement supérieur, nous défendons la fin des frais de scolarité, l’augmentation des bourses, et du nombre de résidences. Nous demandons plus de soutien pour les étudiants, la fin du processus de Bologne et de ses conséquences dévastatrices dans l’éducation, la fin des privatisations et la fin de cette stratégie qui préside dans l’Enseignement Supérieur  et qui consiste à le réserver seulement à ceux qui peuvent payer.

Pour les jeunes travailleurs, nous défendons leurs droits au travers d’une politique de lutte contre la précarité et le chômage, l’augmentation des salaires, la fin des attaques antisyndicales. Nous défendons aussi le droit à la création et l’accès à la culture, avec plus de financement de l’Etat, le droit à l’habitat, avec des politiques qui aident les jeunes ayant des problèmes de logement, le soutien au sport pour tous et au mouvement associatif.

Les municipalités de la CDU, se battent, avec toutes les restrictions apportées par les gouvernements centraux, pour la mise en œuvre des politiques visant à soutenir les jeunes, notamment dans le domaine associatif,  sportif et culturel. A titre d’exemple, nous voulons un pouvoir local qui respecte sincèrement la jeunesse et réponde aux besoins de la jeunesse, en prenant part à la lutte pour les droits des jeunes.

 


En tenant compte des différents mémorandums qui s’abattent sur le pays
et la perspective des prochaines élections européennes comment faites vous
analyse de l’UE et quelles sont vos principales orientations dans ce champ politique ?

Duarte Alves : Pour nous, l’Union européenne constitue pôle impérialiste. Etant l’un des signataires du pacte de agression (ou mémorandum de la troïka), l’Union européenne est plus que jamais perçue par le peuple portugais comme une structure qui agit non pas en faveur du pays, mais en faveur des grandes puissances . Mais le rôle de l’UE dans la politique de droite n’est pas nouveau. L’intégration capitaliste portugaise dans l’UE a représenté pour notre pays une grande étape dans le processus contre-révolutionnaire après 1974. L’UE est l’un des responsables, ainsi que les gouvernements de droite, de la situation actuelle au Portugal. La destruction du système productif à travers l’octroi de financements à ceux qui ont arrêté la production (agriculture, industrie, etc ) , les attaques contre les droits des travailleurs sous prétexte de les  » pactes de stabilité », les attaques contre l’éducation , notamment à travers le processus de Bologne, la soumission de notre constitution progressive aux traités de l’UE, les transferts de capitaux de l’Etat vers le système financier, les stratégies d’investissement pour éviter l’imposition dévolue par l’UE, la perte de souveraineté, sont toutes les composantes de cette attaque majeure, qui a conduit à cette situation. Le PCP et la JCP ont toujours  pris part à la lutte contre l’UE et contre les pactes successifs qui ont approfondi le caractère fédéraliste, militariste et impérialiste de l’UE. Par conséquent, nous articulons la lutte contre l’ UE à la lutte pour la mise en œuvre de la politique de gauche et patriotique, réaffirmant que le peuple portugais a le droit inaliénable de conduire sa propre voie de développement, et cela inclut le droit d’opérer une rupture avec l’euro et UE.

 

Après ces résultats, quelles sont vos principales perspectives pour la JCP et pour le pays ?
Duarte Alves : Nous voyons dans les résultats des élections un motif d’espoir et de confiance pour la poursuite de la lutte. Ce gouvernement est défait, sans aucun soutien populaire, et les élections étaient juste un des nombreux autres moments où les travailleurs portugais et les gens ont montré leur rejet total de ce gouvernement et de cette politique. Il est maintenant temps de mobiliser grâce à l’enthousiasme recueilli dans la campagne de la CDU afin renforcer la lutte des travailleurs portugais, du peuple et des jeunes. Près de 600 000 portugais ont voté CDU et bien d’autres sont avec nous dans la lutte. Nous devons maintenant développer la lutte et aussi, pour renforcer le Parti, son influence et sa présence sur les lieux de travail. En tant que JCP, nous allons également utiliser l’enthousiasme réuni autour de CDU de renforcer l’organisation et la lutte, par exemple, en contactant tous les jeunes candidats et partisans de la CDU. Car nous pouvons continuer à travailler avec eux dans les écoles et les entreprises.

Pour le 19 octobre, la centrale syndicale de classe, la CGTP, a appelé à une grande action nationale de lutte, qui contribuera définitivement à la défaite de ce gouvernement. Nos efforts sont maintenant concentrés dans le succès de cette lutte de masse.

Sevil Sevimli: « On se demande qui sont les vrais terroristes! »

13 février 2013 by  
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A la veille d’une nouvelle audience de son procès qui se déroulera le 15 février, nous publions une interview de Sevil Sevimli réalisée en janvier dernier, lorsqu’une délégation de communistes l’avait rencontrée en Turquie. Sevil est accusée par la justice turque d’être affiliée à une organisation de gauche interdite et risque quinze ans de prison.

Nous avons appris ce matin que la répression s’aggrave autour du procès de Sevil alors que plusieurs avocats des étudiants accusés avec elle auraient été arrêtés à leur tour. En France la mobilisation s’intensifie pour obtenir la libération immédiate de Sevil et l’arrêt de la collaboration de l’état français avec l’appareil de répression Turc.

Avant Garde : De quoi es-tu accusée ?

Sevil Sevimli: On m’accuse de faire partie d’une organisation considérée comme terroriste. Dans mon dossier d’accusation, on me reproche d’être partie à un concert de Grup Yorum, un groupe engagé à gauche. C’était un concert gratuit, auquel 350 000 personnes ont assisté ! On me reproche aussi d’être allée  à la manifestation du 1er mai à  Istanbul ou encore d’avoir assisté à la projection d’un documentaire sur Güler Zere. C’est une militante atteinte d’un cancer, qui était emprisonnée et qui a été libérée par la suite. On me reproche également de posséder le livre Le manifeste du parti communiste de Karl Marx …

A chaque fois, on m’accuse d’avoir participé à des activités qui sont légales en Turquie ! Mais ils les remixent, les réinterprètent et nous accusent de terrorisme. Avec des méthodes comme celles-là, on se demande qui sont les vrais terroristes …

As-tu reçu du soutien ?

Mon cas est devenu un symbole en Turquie. La médiatisation nous a permis de mettre la pression sur la justice et nous avons reçu beaucoup de lettres d’étudiants qui vivaient la même chose que nous. Pour nous, c’était vraiment très important, on a eu une correspondance très importante avec les étudiants, les gens dehors mais aussi avec des prisonniers de droit commun.

Tu as passé trois mois en prison. Comment s’est déroulée ta détention ?

Ma détention a été très difficile le premier mois. On est pointé du doigt par les gardiens, la nourriture était dégueulasse, on devait relaver le riz ou les pattes parce qu’on trouvait dedans des poils, des ongles … Les livres qu’on demandait pour étudier n’arrivaient pas, beaucoup de lettres d’amis ne nous sont jamais parvenues. Ma mère a mis trois semaines pour pouvoir me faire parvenir un jean alors que je n’avais plus de vêtement propre.

Quand les gardiens se sont rendus compte que j’étais française, que le consul et des parlementaires turcs sont passés, leur comportement a beaucoup changé, et s’est inversé.

Que peut faire la France ?

La France pourrait mettre la pression sur la Turquie. Plutôt que de ne penser qu’à l’économie, elle pourrait aussi penser à la liberté d’expression. Au final, le fait que je sois française a poussé les médias à plus s’intéresser à mon cas, mais il y a beaucoup d’autres cas, des milliers de personnes sont aujourd’hui victimes des lois antiterroristes en Turquie aujourd’hui.

Avant ton arrestation, tu militais sur des questions d’éducation en Turquie. Pourquoi ce choix ? Comment fonctionne l’éducation en Turquie ?

Déjà parce que je suis étudiante. Egalement parce que je viens d’une famille d’ouvrier. Ma mère est ouvrière, mon père est ouvrier donc je sais ce que c’est les difficultés financières quand on est issu d’une famille qui n’a pas les moyens de te payer tes études. Je me sentais vraiment concernée parce qu’ils payent énormément de charges comme les frais d’inscription, de logement, de transport …

L’éducation en Turquie marche beaucoup par piston notamment pour accéder à la fac. De nombreux jeunes doivent passer par des prépas ou des écoles privées. Si vous êtes kurdes, les professeurs le voient tout de suite et vous êtes vite mis de côté.

Les étudiants turcs ont l’air très mobilisés. Comment s’organise leur mouvement ?

Il y a une grande mobilisation des étudiants pour l’éducation gratuite! Des tentes ont été ouvertes dans chaque ville, chaque université. Des manifestations ont été organisées régulièrement. Certains étudiants ont entamé une grève de la faim, et malgré les interventions de la police, malgré les violences des enquêteurs, ils n’ont jamais lâché prise ! Au final, même si toutes les revendications n’ont pas été prises en compte, ce mouvement a gagné certaines avancées !

La répression s’est-elle intensifiée sur le mouvement étudiant ?

Intensifiée, peut-être pas. Aujourd’hui, la répression est un peu plus médiatisée, mais en fait elle existe depuis très longtemps. Les universités sont devenues des écoles d’apprentissage de la répression et de la torture pour la police. Il y a également une institution universitaire qui s’appelle le Yök [Yükseköğretim Kurulu, Conseil de la vie étudiante] qui permet aux policiers de rentrer dans les universités, qui interdit la distribution de tracts ou le collage d’affiches. De nombreux étudiants ont été virés à cause de ça !

Jules Rondeau

Une note plus complète est disponible ici (http://www.etudiants-communistes.org/2013/01/31-sevil-sevimli-symbole-r%C3%A9pression-progressistes-en-turquie-7202#.URl4ph2zJac) et une pétition pour sa relaxe est disponible là (http://www.etudiants-communistes.org/2013/01/22-libert%C3%A9-sevil-sevimli-7165#.URl5Dx2zJad)

Sevil Sevimli, l’autre visage de la politique en Turquie

19 juin 2012 by  
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Vue de France, la Turquie incarne une multitude de contradictions pour nos chroniqueurs et hommes politiques. Diabolisée pour le génocide arménien perpétré par l’empire Ottoman et pour être un pays musulman qui n’aurait pas sa place dans une Europe aux racines chrétiennes. Ou érigée en modèle démocratique pour les pays arabes, elle aurait réussi la synthèse de l’islam politique et de la modernité libérale. Mais ce grand pays membre du Conseil de l’Europe, de l’OTAN et partenaire économique privilégié des Etats-Unis d’Amérique et des pays européens a aussi un visage que l’on se garde bien de faire connaitre en France : celui d’un régime qui ne tolère aucune contestation politique. Quitte à réprimer férocement quiconque critique le gouvernement.

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Depuis un mois Sevil Sevimli est en prison en Turquie

Samedi 16 juin. Place du Châtelet à Paris. Sous une pluie fine, une petite cinquantaine de personnes sont rassemblées. Ce sont les premiers, pour la première fois et pour le premier appel du collectif. Ils sont là pour Sevil Sevimli. Cette jeune étudiante franco-turque est depuis un mois en prison en Turquie pour « terrorisme ». Comme des centaines ou peut être des milliers d’autres étudiants, la justice turque lui reproche son militantisme en faveur des droits des étudiants. C’est de contester la politique du gouvernement d’Erdogan. Et cette seule raison suffit aujourd’hui en Turquie pour passer des mois, voire des années en prison.

C’est l’Initiative de Solidarité avec les Etudiant-es Détenu-es  en Turquie (ISEDT) qui a appelé à ce rassemblement. Un petit groupe d’étudiants décidés à briser le silence sur la répression de leurs camarades en Turquie. Car depuis deux ans et le début de la mobilisation dans les universités turques pour dénoncer l’explosion des frais d’inscriptions, ils seraient au moins 900 à être emprisonnés. Rien que ça.

Des centaines d’étudiants donc, arrêtés en marge des manifestations, y compris celle du 1er mai. Arrêtés pour les mots d’ordre de leurs banderoles, arrêtés pour les tracts qu’ils diffusent, la musique qu’ils écoutent, les livres qu’ils lisent. Des étudiants qui tombent ainsi sous le coup des lois « antiterroristes » que leur applique le gouvernement turc comme à des milliers d’autres militants, d’élus locaux et nationaux, d’avocats, de journalistes, d’intellectuels…

Erdogan : le néolibéralisme européen et la terreur d’État

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Une manifestation étudiante dispersée par la police en mars dernier

« Pour le gouvernement AKP, islamiste conservateur, il n’y a même pas besoin de présenter de preuves pour justifier cette terreur d’État » annonce au mégaphone un des animateurs de l’ISEDT. En effet, si la justice spéciale turque reproche à Sevil d’être militante communiste et de coller des affiches pour la gratuité de l’éducation, les lois antiterroristes turques permettent l’arbitraire le plus absolu. Les dossiers d’accusations sont gardés au secret jusqu’au jour du procès qui intervient parfois plus de deux ans après l’incarcération. Et pour étayer l’accusation, l’existence d’un « témoin caché », anonyme, suffit pour aboutir à une condamnation. Les étudiants que nous avons rencontré le martèlent : « c’est un viol des principes les plus fondamentaux de la justice universelle ! ». Cette stratégie crée un climat de terreur, de méfiance constante entre étudiants, qui n’osent plus dire ce qu’ils pensent, et encore moins manifester.

Leur mobilisation appelle donc à la libération immédiate de tous les militants politiques arrêtés pour terrorisme. Mais au-delà, ces étudiants veulent alerter l’opinion publique en France sur les milliers de journalistes, avocats, syndicalistes, étudiants et enseignants, arrêtés pour leurs opinions politiques et condamnés pour « terrorisme ». Car la France, par l’intermédiaire du sinistre Claude Guéant avait apporté un soutien sans faille à cette politique d’Erdogan en signant un accord de coopération sur la sécurité et le terrorisme qui instaure une collaboration étroite entre les deux pays jusque sur le sol français.

« L’Union Européenne se satisfait très bien de la voie prise par la Turquie »

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Claude Guéant et le ministre de l’intérieur turc lors de la signature des accords antiterroristes franco-turcs

A sa prise de fonction, Laurent Fabius, nouveau ministre des affaires étrangères a déclaré au journal Le Monde vouloir « renouer les fils avec la Turquie qui joue un rôle majeur, aux plans économique et diplomatique ». Derrière cette phrase, le gouvernement français a en tête ses espoirs de changements politiques en Iran et en Syrie. Mais Sevil et ses camarades seront-ils le prix à payer de l’influence des pays occidentaux dans la région et de l’accès au gaz et au pétrole qu’ils entendent conserver ?

Le gouvernement de Recep Erdogan incarne un mouvement de régression générale, multipliant les privatisations d’entreprises, les libéralisations des grands services publics, ou encore les atteintes aux droits les plus essentiels comme celui de la maitrise de son corps et de l’avortement. Les étudiants qui se mobilisent depuis deux ans en Turquie dénoncent les frais d’inscription et les concours d’entrée à l’université qui remettent en cause l’éducation publique pour tous. Et l’appareil répressif turc mobilise la police, la justice et l’armée pour leur imposer cet ordre. A l’image de bien des pays, comme le Québec qui tente d’interdire à ses étudiants de manifester contre l’explosion des frais d’inscription, les mouvements sociaux sont de plus en plus réprimés. C’est la manière pour les gouvernements libéraux de faire peser sur les peuples une crise économique dont ils ne sont pas responsables : faire passer en force leur politique en réprimant toute contestation.

Nicolas Bescond

Liberté pour Sevil Sevmili !

L’ISEDT à Paris ou le PCF à Lyon ont appelé à des premiers rassemblements le week-end dernier pour exiger la libération de Sevil.

Dans un communiqué, Marion Guenot, secrétaire nationale de l’Union des Etudiants Communistes a appelé le gouvernement français à se mobiliser sans délai pour faire libérer Sevil Sevimli.

L’UEC rejoint ainsi de nombreuses voix qui s’élèvent déjà en France pour exiger la libération de Sevil du Parti Communiste Français par la voix de Danièle Lebail, secrétaire de la fédération du Rhône, ou encore l’Université de Lyon 2 dont est issue Sevil.

Pour Marion Guenot, alors que « du Québec à Paris, du Chili jusqu’au Sénégal, de l’Irlande jusqu’en Turquie, nous sommes tous mobilisés contre un même processus appliqué ici à partir de la stratégie de Lisbonne et conduite à partir de l’OMC et le FMI», la bataille pour la libération de Sevil et ses camarades turcs est « une lutte de solidarité internationale ».

L’UEC demande ainsi que soient dénoncés par le nouveau gouvernement les accords antiterroristes signés par Claude Guéant avec Ankara.

NOUVEAU TRAITE EUROPEEN : DE L’AUSTERITE A LA SOUMISSION DES PEUPLES

7 juin 2012 by  
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S’il était adopté, le nouveau traité européen écrit par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, la dirigeante de l’Allemagne, pourrait plonger les peuples européens dans l’austérité permanente, et casser toute résistance, nationale ou internationale. La défaite du président sortant ne signifie pas l’abandon de ce sinistre projet.

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L’Europe va mal, nous dit-on. Nous pouvons au moins être d’accord sur ce constat : la Grèce a été saignée à blanc (baisses drastiques des salaires, des retraites et des minima sociaux, privatisations en chaîne…), et la situation de l’Espagne ne vaut guère mieux (le taux de chômage avoisine les 25%, plus d’un jeune sur deux n’a pas d’emploi). L’Italie, l’Irlande et le Portugal sont dans une situation de plus en plus précaire. Tous ces pays sont asphyxiés par les politiques d’austérité qui y sont mises en place.

L’Union Européenne, moteur du capitalisme

Dès lors, selon les gouvernants européens, le remède miracle résiderait dans la poursuite de la construction de l’Union Européenne (UE) telle qu’elle a été réalisée depuis soixante ans : une Europe au service des marchés. En effet, le nouveau traité européen, baptisé Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance dans l’Union économique et monétaire, ne fait que semer dans le sillon tracé par ses prédécesseurs. Pour paraphraser Karl Marx, on peut dire que l’Histoire de l’UE, depuis la signature du traité de Rome en 1957, n’a été que l’Histoire de l’asservissement des peuples d’Europe aux intérêts du capital.

Elaboré en catimini par Sarkozy et Merkel, ce traité s’inscrit donc dans un cadre clairement défini. Intéressons-nous notamment à sa fameuse « règle d’or », la loi qui interdit les déficits des Etats. Concrètement, les Etats-membres doivent l’inscrire dans leur Constitution et s’engager alors à ne plus avoir de décalage entre leurs ressources et leurs dépenses. Le tout sanctionné par une Cour de Justice Européenne. Le but ? L’austérité permanente, le démantèlement des services publics et l’impossibilité de mener une véritable politique sociale. La politique budgétaire ne serait donc plus décidée par nos représentants, mais contrôlé par des petits groupes d’experts non élus !

Exiger un référendum et organiser la résistance populaire

Sarkozy et Hollande ne demandent pas leur avis aux peuples d’Europe. Au mieux, ils « renégocient » le traité. Mais c’est cette Europe antidémocratique et antisociale qui empêche de sortir de la crise. L’exigence d’un référendum sur ce traité va donc au-delà d’un besoin de démocratie. Les citoyens européens doivent pouvoir décider de leur avenir, et s’ils le veulent,  jeter les bases d’une nouvelle coopération entre les Etats, fondée sur la solidarité entre les peuples.

Pierre Tissot

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