Tels le lièvre et la tortue, l’UMP en course sur les terres du FN
« Les Français à force d’immigration incontrôlée ont parfois le sentiment de ne plus être chez eux » Avec ces mots, le nouveau ministre de l’intérieur Claude Guéant mérite bel et bien la carte de membre d’honneur du Front National que Marine Le Pen entendait lui décerner, l’invitant dorénavant à lier les paroles aux actes. Boutade ou provocation de la part de la présidente du parti d’extrême droite, cet événement est révélateur de la proximité que l’UMP entretient avec le FN, tant dans les discours que dans un certain nombre de ses mesures.
Pour preuve de cette proximité, la réticence qu’éprouve le chef de l’UMP, Jean François Copé, à appeler, au lendemain du premier tour des élections cantonales, à un front républicain pour barrer la route au FN au deuxième tour. Certains à l’UMP, comme François Baroin ont même appelé à l’abstention. Un cadeau pour le FN, une fois encore devant l’UMP avec 19,2% contre 17,2%. Ces chiffres n’émanent pas d’un énième sondage mais bien des urnes : celles du premier tour des cantonales de dimanche dernier dans les cantons où le FN était présent. Ces résultats ne doivent rien au hasard. Sarkozy et son parti, dans la course aux électeurs qu’ils mènent avec le Front National, ne font rien d’autre que légitimer les thèses xénophobes et antisociales du FN. Être raciste aujourd’hui en France n’est plus honteux, c’est malheureusement devenu banal et approuvé par le gouvernement. Dénoncer un sans-papier, aider à expulser un Rom et maintenant stigmatiser les musulmans avec ce débat sur « la laïcité et la place de l’islam en France » – remake de l’indécent débat sur l’identité nationale de l’année dernière – qui doit être organisé le 5 avril prochain par le parti du gouvernement et dont même le Conseil Français du Culte Musulman a exigé l’annulation.
Il a quelques jours, la députée UMP Chantal Brunet a déclaré à propos des immigrés venant de la Méditerranée : « après tout remettons-les dans les bateaux ! » ajoutant même que « le temps n’est plus à la parole mais aux actes et aux décisions ». Paraphraser Marine Le Pen devient le jeu favori d’une partie de la majorité présidentielle. Soyons vigilants, l’extrême droite n’est plus aujourd’hui dans l’opposition en France, mais bien au pouvoir !
Boris Kozierow
ÉLECTIONS CANTONALES : VOTONS EN MA(R)SSE
La démocratie ne débute pas aux franges des moquettes épaisses du Palais de l’Elysée, même s’il lui arrive d’échouer au pied d’un président corrompu. Les élections cantonales de mars prochain seront l’occasion de rappeler que la démocratie se joue aussi, peut-être surtout, à l’échelon local. Pour autant il n’est pas facile de prendre la parole dans un système qui ne la cède pas facilement alors : citoyenneté, démocratie, élus locaux, de quoi parle-t-on exactement ?
La démocratie c’est le partage des pouvoir, la prise de décision collective. En démocratie le pouvoir appartient au peuple qui le gère collectivement, elle trouve donc sa source dans les villes, les entreprises, au lycée, à la fac, là où vivent et produisent les citoyens. L’idée pourrait paraître banale mais cela ne va pas de soi.
Moins de peuple et plus de pouvoir.
Pour la droite au pouvoir, la démocratie ne semble pas être une priorité. Il faut avant tout régler les conséquences d’une crise qu’elle a fabriquée de toute pièce. Sous couvert d’efficacité le gouvernement taille, tel un boucher aveugle, dans le gras de notre système politique. Il y avait trop de professeurs, trop de fonctionnaires, trop d’immigrés, il y a dorénavant trop d’élus. Ainsi la réforme des collectivités territoriales prévoit la fusion des élus régionaux et départementaux pour créer un Conseiller territorial siégeant dans les deux instances. La réforme signe la disparition de dizaines de milliers d’élus locaux. Cette démarche qui consiste à éloigner les centres de décision de la population tend à faire apparaître le pouvoir comme un concept abstrait, qui tombe du ciel et sur lequel le peuple n’a pas de contrôle. Elle oppose citoyens et professionnels de la politique de façon stérile, en totale contradiction avec les fondements de la démocratie dont on s’étonne qu’elle soit « en crise ».
Voter pour résister
De nombreux français, de nombreux jeunes, n’iront ainsi pas voter en mars prochain pour élire leurs Conseillers Généraux. Beaucoup d’entre eux ne sauront peut-être jamais qu’une élection a eu lieu. Plus encore ignoreront que c’est ce jour-là que se sont jouées la suppression de leur aide au transport, l’augmentation des tarifs de la culture, la surcharge de leur collège (voir schéma ci-contre).
Pourtant, face à un gouvernement qui refuse d’écouter la rue, les élections locales sont une arme de plus pour faire entendre une autre voix, mener une autre politique. Voter lors des cantonales de mars 2011 c’est choisir ses élus locaux ceux que l’on peut rencontrer, ceux à qui l’on peut faire part de ses idées, ceux à qui l’on peut demander des comptes. Ce sera également une des dernières chances de construire des pôles de résistance à la politique de Sarkozy avant 2012. Ce sera l’occasion enfin offerte d’agir concrètement en faveur d’une démocratie retrouvée au plus près des aspirations du peuple. Alors pour les cantonales votons en masse.
Zahia Zeitoun
UNE DÉMOCRATIE EUROPÉENNE MALADE
20 août 2009 by Rédaction
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L’abstention est à nouveau la gagnante du scrutin européen
Au niveau européen, le taux d’abstention atteint 56,9%. Dans certains pays, notamment en Europe de l’Est, ce taux dépasse parfois les 70%. Cette abstention montre bien que l’Europe actuelle ne résulte pas de la volonté des peuples mais des choix d’une minorité qui les exploite au service de ses seuls intérêts. Avec 264 sièges, le PPE (Parti populaire européen, à droite) reste le premier groupe du nouveau Parlement. La droite arrive en tête dans 20 des 27 pays de l’Union. Cette vague bleue est accompagnée d’inquiétantes tâches brunes dans nombre de pays : en Italie la Ligue du Nord est à 10 % ; en Hongrie, le mouvement Jobbik est à 14,8 % ; en Roumanie, l’extrême droite obtient deux sièges ; en Slovaquie, elle en obtient un siège pour la première fois ; en Autriche, elle recueille près de 20% des suffrages ; le Parti du peuple danois passe de 7 à 14 % ; en Finlande, le Parti des vrais Finnois obtient 9,8 % des voix ; aux Pays-Bas, avec 17 % le parti de Geert Wilders se place deuxième.
Socialistes/ conservateurs : même réponse à la crise
Le PSE (Parti socialiste européen) subit quant à lui une lourde défaite en obtenant seulement 161 sièges. Cette crise de la sociale démocratie européenne semble structurelle : qu’elle soit seule au pouvoir, dans une coalition avec la droite, ou encore dans l’opposition, elle est presque partout à des niveaux très bas, voir historiquement bas comme c’est le cas pour les travaillistes au Royaume-Uni qui réalisent leur pire score depuis 1918. Cet échec s’explique facilement. Pour répondre à la crise et soutenir le système capitaliste, les droites européennes ont mis en place des politiques interventionnistes des Etats dans l’économie. Or ces politiques sont traditionnellement portées par la sociale démocratie (qui les valident d’ailleurs en grande partie – Strauss-Kahn est bien le directeur du FMI). Les sociaux démocrates ne sont donc pas apparus aux yeux des européens mieux placés que les conservateurs pour faire face à la crise.
Front de Gauche : une avancée qu’on aurait aimé voir partout en Europe
Le groupe GUE-NGL (Gauche unitaire européenne et gauche verte nordique) des communistes et progressistes européens reste à peu près au même niveau en proportion au Parlement. À l’heure actuelle, il regroupe 35 députés. Il souffre de la perte de 7 députés italiens et de reculs dans les pays nordiques et en République Tchèque. Mais ces difficultés sont en partie compensées par le gain d’un siège en Allemagne, de deux aux Portugal et de deux en France. Le bon résultat du Front de Gauche, 6,47% des voix – en comptant l’Outre-mer – et 5 députés, est la marque d’une campagne ambitieuse sur le projet politique et unitaire dans le respect des différentes formations qui le composent. Bien sûr le score n’est pas totalement à la hauteur de l’ambition affichée, mais c’est une bonne nouvelle pour toutes celles et tous ceux qui cherchent une réponse à la crise actuelle. On peut espérer que ce soit le début d’un bouleversement d’une gauche française jusqu’alors totalement dominée par un PS en dérive.
Le haut niveau d’abstention, les percées de l’extrême droite et le manque de visibilité au niveau européen des forces qui proposent une alternative aux politiques capitalistes sont les témoins d’une démocratie malade. Ces élections interpellent tous les communistes et progressistes d’Europe qui ne veulent pas laisser l’UE à ceux qui sont responsables de la crise actuelle et qui persistent dans leurs politiques, à ceux qui nient l’expression populaire, à ceux qui exploitent toujours plus les peuples, en fait à cette classe dominante qui ne connait qu’un double objectif : le pouvoir et le profit.

