TRAVAIL GRATUIT

12 juillet 2011 by  
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copeDans la droite ligne des politiques d’austérité européennes, le gouvernement se déchaîne en surenchères antisociales. Au programme : travail gratuit et insultes pour les pauvres, plus de profits et moins d’impôt pour les riches.

C’est Laurent Wauquiez, ministre des Affaires européennes, qui a ouvert le bal avec cette phrase : « les assistés sont un cancer pour la société ». Il dénonce alors les assistés de l’Etat qui cumuleraient les prestations sociales, et propose de limiter le montant de ces aides à la survie (RSA, chômage, CAF, etc.), à hauteur de 75% du SMIC. Très vite, il est rejoint par Jean François Copé qui, lui, propose aux allocataires du RSA socle (ex-RMI) de travailler entre cinq et dix heures par semaine et de voir leurs ressources progressivement diminuer en cas de refus.

Ces propos – ces insultes – ont permis à d’autres de vomir leur haine de ceux qui, en France, en sont réduits à toucher des allocations : du Front National à l’UMP, en passant par le Figaro qui titrait « enquête sur la France des assistés », ils ont fait feu sur les aides sociales qui ne sont pourtant que des perfusions. Cette opération, en plus de fournir du travail gratuit à leurs amis patrons, permet de continuer à diviser ceux qui ont les mêmes intérêts, en désignant comme responsables de la crise et de ses conséquences ces « fainéants, fraudeurs et assistés » que seraient les allocataires du RSA.

Un gouvernement très solidaire

Copé a décidé de ne pas s’arrêter en si bon chemin et a pris pour cibles les jeunes, victimes favorites du gouvernement. Le président du groupe UMP à l’Assemblée Nationale, renchérit donc avec l’idée d’un service civique obligatoire de 4 mois pour les jeunes de 18 à 25 ans payé 350 euros par mois ; sachant que le seuil de pauvreté est fixé à 790 euros par mois.

Le gouvernement connaît la solidarité, celle des très riches. L’UMP a fait voter à l’Assemblée l’allègement de l’Impôt Sur la Fortune (ISF) avec des taux moins élevés. Seuls le paieront ceux qui ont un patrimoine de 1,3 millions d’euros ou plus (contre 800.000 jusqu’à présent), un manque à gagner pour l’État de 1,6 milliards d’euros. Le bouclier fiscal, lui, a été supprimé à l’unanimité mais le dispositif s’applique aux impôts payés l’année précédente, il fonctionnera, donc encore en 2012 et 2013. Maintenant, Mamie Bettencourt, la propriétaire de l’Oréal, verra son imposition passer de 40 à 10 millions d’euros. Un exemple parmi d’autres.

Qui sont les vrais assistés ?

Assister, ça veut dire aider, seconder. Logiquement, on peut donc dire que ceux qui sont aidés, ce sont les plus riches qui bénéficient de ristournes pour garder leur pognon, le système bancaire renfloué par l’État à nos frais, les entreprises qui ne payent pas les cotisations et impôts qu’elles doivent, alors qu’elles se mettent dans les poches plus de 80 milliards d’euros de bénéfice en 2010. Ceux qui sont aidés, ce ne sont donc pas ceux à qui on explique que la crise et les marchés financiers exigent qu’ils mettent au régime sec. Si une maladie ronge notre société, c’est le cancer de la confiscation des richesses produites par tous et toutes, au profit des banquiers et des traders, qui sont derrière les fameux « marchés ».

Ils rabaissent donc le travail au rang de corvée. Or, si dans la Constitution « chacun à le devoir de travailler », il a aussi « le droit à un emploi » et donc de vivre dignement. C’est en mettant en commun les richesses créées par notre travail que le monde pourra subvenir aux besoins de plus de 6 milliards de femmes et d’hommes. Bref, sortir d’une société où tout est marchandise, et rien n’est accessible.

Mathieu Brunet

Témoignage d’un apprenti menuisier

8 avril 2011 by  
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si tu te taisA 16 ans, je suis entré au C.F.A (Centre de Formation des Apprentis) en tant qu’élève de deuxième année de C.A.P menuisiers fabricant. Si j’ai pu atteindre la deuxième année directement, c’est parce que j’étais déjà titulaire d’un B.E.P obtenu dans le circuit public, en lycée professionnel. J’avais d’abord intégré une classe de B.P (brevet professionnel, c’est à peu près l’équivalent du Bac Pro en apprentissage). Mais j’ai littéralement fui cette classe parce qu’on ne me demandait pas d’apprendre mais d’enregistrer.

Il faut savoir que dans ce milieu ce n’est pas un prof que tu as en face de toi, mais un formateur. Tu poses une question sur quelque chose que tu n’as pas compris, on se moque de toi en disant que c’est parce que tu viens d’un lycée pro que tu ne comprends pas. J’ai donc demandé à changer de formation, quitte à passer un diplôme dont je n’avais pas besoin vu que mon B.E.P était déjà plus complet au niveau formation professionnelle. J’ai eu le droit de passer le balais pendant certains cours, parce que je n’étais « bon qu’à cela de toute façon ».

Mes « formateurs » partaient du principe que l’année suivante on serait sur le marché du travail, donc qu’il fallait qu’ils nous habituent à avoir quelqu’un sur le dos en permanence, à être réprimandés pour un oui ou pour un non, ou même à travailler directement pour le « formateur patron ». Là-bas les jeunes ne pensent qu’à réussir mieux que les autres, à recevoir le meilleur salaire d’apprenti : on nous met ça dans la tête à longueur de journée.

Là où des idées de syndicat et d’entraide ont commencé à naître, c’est quand la crise a débarqué et que des dizaines d’apprentis se sont retrouvés sans travail et sans aucune aide. Mais ce n’est pas allé très loin : il n’existe pas de lieu d’expression pour les apprentis. Nous étions quatre à venir de lycée professionnel, je suis le seul à avoir fini l’année. Les autres ont démissionné. Ils ont préféré le chômage et la galère plutôt que le C.F.A et toute la pression que cela pouvait engendrer.

Pour la première fois de ma vie, j’ai pleuré devant mes amis. Tout ça parce que le lendemain je devais aller au C.F.A et affronter tout ça. Heureusement pour moi, je travaillais dans le secteur public, non soumis à la loi du marché et de la compétitivité. J’ai quand même eu beaucoup de mal à continuer, enchaînant les problèmes de santé autant psychologiques que physiques, mais j’ai réussi!

Une année au C.F.A difficile pour quelqu’un comme moi : quelqu’un peut-être trop fragile pour cet univers ou peut-être trop conscient que les choses auraient pu être différentes.

Témoignage de Rémi Mérahi

UNE SOLUTION AU CHÔMAGE EN TROMPE L’ŒIL

8 avril 2011 by  
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photo apprentisAlors que le chômage concerne près d’un jeune sur 4, que nombre d’entre eux enchaînent les contrats précaires, le gouvernement leur propose de retourner en formation. L’apprentissage serait LA solution. Mais pour qui ?

Qu’est ce qu’un apprenti ? Un jeune entre 15 et 25 ans qui souhaite préparer un diplôme en alternance, lui permettant ainsi d’acquérir une expérience professionnelle et des connaissances théoriques tout en étant rémunéré. Même si le « contrat d’apprentissage » est un contrat de travail, il s’agit d’une formation, initiale ou continue, et non pas d’un emploi à proprement parler.

Du travail à bas prix pour les entreprises

Le gouvernement veut augmenter le nombre d’apprentis de 200 000 afin d’atteindre les 800 000 apprentis en 2015. Pour cela, il a prévu de mettre en place des bonus pour les entreprises qui dépasseront le quota des 4%. Un cadeau en or fait aux patrons, qui pourront ainsi s’entourer d’apprentis sous payés qui fourniront un travail quasi identique à un autre salarié. Sachant qu’un apprenti « coûte » en moyenne 7000 euros par an à l’entreprise et au vu des différentes aides et exonérations, le calcul est simple : il ne coûte rien ou presque.

Des jeunes sous le seuil de pauvreté

Pour les jeunes par contre, ce n’est pas la panacée. Le salaire mensuel d’un apprenti est en moyenne de 583 euros. Comment peut-on vivre décemment avec cette somme alors que le seuil de pauvreté en France est de 790 euros? Les apprentis n’ont pas droit à l’autonomie, leur salaire leur permettant de survivre mais pas de vivre. D’autant que les CFA sont souvent loin des entreprises et inversement, il faut donc avoir un logement, se déplacer fréquemment. Nadine Morano veut « changer le regard sur l’apprentissage » mais les annonces de Sarkozy vont vers encore plus de précarité. La possibilité d’enchaîner 2 contrats de professionnalisation à durée déterminée et celle de conclure un contrat en alternance avec 2 employeurs pour les saisonniers font partie de ses propositions.

Pourtant les changements sont nécessaires : le passage du salaire au SMIC, de meilleures informations sur le code du travail, la possibilité de se syndiquer sans craindre les réprimandes de la hiérarchie, l’obligation d’embauche en cas de demande de l’apprenti, etc. Autant de droits nouveaux qui permettraient aux apprentis d’obtenir leur diplôme dans de bonnes conditions.

Recherche travail – trouve formation

Pour autant, de nombreux jeunes au chômage ont déjà un CAP, un Bac Pro et même un diplôme de l’enseignement supérieur. Ils sont victimes de la course à la rentabilité des entreprises qui leur assènent à longueur de journée des « vérités » telles que « pas assez d’expérience », « un jeune doit être sous payé », « la concurrence est rude, il faut accepter de marcher sur les autres et sacrifier ses droits », etc. Avec cette mesure, le gouvernement va dans le même sens : « les jeunes sont responsables du chômage, ils ne sont pas assez formés, ils n’ont même pas d’expérience ». N’y a-t-il pas un petit air d’injustice dans ce refrain quand on sait que 10% des jeunes travailleurs vivent sous le seuil de pauvreté alors que les entreprises du CAC 40, par exemple, accumulent les profits par milliards ?

Joris Merle

G8 DES UNIVERSITÉS : MAIN BASSE DES PATRONS SUR LES FACS

8 avril 2011 by  
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cac40Hausse des frais d’inscription en Irlande et aux Pays-Bas, loi Gelmini de désengagement financier de l’Etat et soumission au privé en Italie, niveau de précarité sans précédent, taux de chômage dramatique pour les jeunes travailleurs qualifiés dans le monde entier (55% en Tunisie) … Autant de faits qui illustrent un constat simple : le patronat a aujourd’hui besoin de plus de travailleurs qualifiés mais corvéables et à moindre coût. Comment s’y prend-il ?

Depuis que le patronat a été progressivement placé aux commandes ces dix dernières années partout en Europe avec le processus de Bologne, les étudiants n’ont jamais été aussi peu à être issus des classes populaires (moins* 4% de fils d’ouvriers ou d’employés à l’Université depuis 2006), aussi nombreux à être précaires et déclassés à l’embauche. Poussés chaque année vers les logements privés, les emplois étudiants et stages non rémunérés, les prêts, nous sommes l’armée de réserve du salariat précaire.

Lien université-entreprise

Dans l’enseignement supérieur, comme ailleurs (niveau CAP ou Bac Pro), l’apprentissage est aussi le moyen d’offrir un droit de regard aux entreprises sur le contenu des formations. Derrière l’objectif annoncé d’augmenter le nombre d’apprentis, l’Etat se désengage financièrement et contraint ainsi les Universités à se tourner vers les régions et les entreprises… et à se soumettre à leurs exigences. Le nombre d’apprentis se multiplie. De 20 000 en 1995 ils sont maintenant 100 000 : ce sont autant de jeunes travailleurs payés en dessous du SMIC. Le bénéfice est total pour le patronat qui a aussi le droit à des aides de l’Etat et des régions pour investir dans l’Université.

Une nouvelle offensive programmée au printemps

Cette année en France, après avoir signé une convention avec le MEDEF visant à faire de nos facs des centres de formation-gratuits pour les entreprises, la Conférence des Présidents d’Universités se fait fort de recevoir à Dijon l’édition 2011 du G8 des Universités. Principal enjeu : le lien entre Universités et entreprises ! A cette occasion, la classe dirigeante au grand complet (chefs d’Etats, ministres de l’éducation, recteurs d’académie, présidents d’université, patrons, etc.) écrira les contours de la deuxième vague d’attaques que va subir le service public d’enseignement supérieur après celle, vieille de 10 ans déjà, du processus de Bologne. Pour rappel, celui-ci avait alors été présenté comme une harmonisation européenne. En réalité, seules les politiques ultra-libérales menées par les gouvernements européens se sont accordées. Pour les étudiants, processus de Bologne a rimé avec précarisation dans les études et au travail.

Un contre sommet pour rassembler, résister et construire

C’est pourquoi les lycéens, travailleurs, étudiants communistes et progressistes de toute l’Europe appellent à un contre-sommet. L’objectif : rassembler pour construire la résistance étudiante européenne et un front de lutte pour une Université émancipatrice et au service des besoins sociaux. Le combat ne fait que commencer !

Marion Guenot

* une erreur s’est glissée dans notre version papier : la proportion de fils d’ouvriers ou  d’employés dans l’enseignement supérieur  a diminué de 4%  depuis 2006 pour se trouver aujourd’hui au alentour de 26% (et non pas de 4%)

Apprentissage et formation professionnelle : UNE IDÉE RICHE À SORTIR DE LA LOI DU FRIC

8 avril 2011 by  
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dessin apprentis 2Le système éducatif français est aujourd’hui loin d’être au mieux : les inégalités ne cessent de se creuser, 150 000 jeunes en sortent chaque année sans diplôme, les classes sont surchargées, etc. Nicolas Sarkozy, en plus de supprimer des postes et des moyens, parle, ces derniers temps, de renforcer les filières professionnelles et l’alternance. Explications.

La formation professionnelle, en théorie, permet aux jeunes d’obtenir un diplôme en apprenant un métier qui leur plaît et en sortant du cadre scolaire – qui ne correspond pas aux attentes de tout le monde – sans pour autant tomber dans l’oubli. Elle attire de plus en plus de jeunes car elle est vue comme le moyen d’accéder rapidement à un métier, tout en étant compétent et qualifié pour le pratiquer. L’apprentissage, en particulier, est séduisant car il permet d’accéder à une rémunération et d’accumuler de l’ « expérience professionnelle ».

En première ligne de l’exploitation

Seulement, ces jeunes sont jetés dans le monde du travail dans des conditions qui normalisent l’exploitation. Un patron embauchant un apprenti ou un stagiaire, afin de lui transmettre son savoir-faire et ses connaissances, est exonéré de nombreuses cotisations, reçoit des aides, paie un salaire moitié prix (voire moins) et en plus bénéficie des fruits du travail de ce jeune. Et les abus sont nombreux : recours à des contrats d’apprentissage successifs, non respect de la durée légale du temps de travail, travail de nuit des mineurs, heures supplémentaires pour 90% des apprentis, etc.

Apprentissage : une formation de qualité ?

Les règles du jeu capitaliste (faire un max de pognon à n’importe quelles conditions) ne permettent pas un apprentissage de qualité : les profs parfois non formés (Sarkozy veut d’ailleurs réduire l’ancienneté nécessaire pour devenir maître d’apprentissage), le manque de moyens financiers, la fermeture de nombreuses filières, les frais de scolarité trop élevés, ne sont que quelques exemples. De plus, la voie professionnelle n’est pas toujours un parcours choisi par l’élève. Bien souvent, en fin de 3e, un élève avec un niveau jugé trop faible pour aller en bac général (souvent fils ou fille d’ouvrier) est envoyé en CAP ou en Bac Pro. On assiste ainsi à une hiérarchisation des filières organisée par l’Education Nationale qui ne permet pas l’accès à une formation de qualité pour tous : 40% des lycéens professionnels se sentent moins bien considérés que ceux des lycées généraux. Dans le cas de l’apprentissage, les jeunes sont laissés seuls face à la recherche d’un CFA ou d’un patron, nombre d’entre eux se retrouvent alors sur le carreau. Rejoints plus tard par ceux victimes des ruptures de contrats qui concernent 25% des apprentis par an toutes catégories confondues et jusqu’à plus de 50% chez les 15-17 ans.

Les revendications sont nombreuses

Aujourd’hui, la possibilité d’apprendre un métier en ayant accès à des savoirs généraux est soumise à la loi du marché. Or l’objectif du contrat d’apprentissage est de former. Le respect du droit à l’éducation rend donc nécessaire que le gouvernement se saisisse de la question mais pour légiférer sur les conditions de travail et d’étude des apprentis et des stagiaires : tant sur le contenu de leur formation (revalorisation des diplômes, formation et recrutement de profs, cours sur le droit du travail, etc.), que sur leur passage en entreprise (interdiction stricte des heures supplémentaires, suivi accru, obligation d’embauche, etc.), que sur leur rémunération (à hauteur du SMIC, aide pour le matériel scolaire et professionnel, allocation d’étude, etc.). L’apprentissage et la formation pro continue devraient être un choix pour trouver sa place dans la société et non un outil de plus au service du capital.

Grégoire Pasteur