Lutte des genres, lutte des classes

8 juillet 2009 par Lorène Barillot  

Des centaines de milliers de personnes ont défilé le 27 juin à Paris et à Berlin pour la Marche des Fiertés, 40 ans après une émeute à New York qui marqua le début du mouvement pour l’égalité des droits avec les hétérosexuels. De plus en plus de monde défilent chaque année, de plus en plus d’hétérosexuels s’intéressent à la question de l’homosexualité et de la transsexualité, et il semble de plus en plus mal vu, aujourd’hui, d’affirmer qu’on est homophobe.

Pourtant, le combat est loin d’être gagné pour tous les gays, lesbiennes, bisexuels et transsexuels, qui, faisant partie des plus discriminés dans notre société, font partie des plus précarisés. Les lesbiennes par exemple, discriminées d’abord à l’embauche, puis stigmatisées au sein de leur entreprise, connaissent une double peine.
Le taux de suicide chez les homosexuels et les transexuels est par ailleurs toujours trop élevé, dans notre société dont le modèle social n’est pas assez positif pour qu’ils s’y sentent bien.

Parce que la question est pleinement sociale. Se penser homme ou femme, se penser dans un genre, c’est se penser dans un habit que la société et l’Etat voudront nous faire porter.
La société d’abord, parce que la question minoritaire ne touche pas les seules minorités. Nous avons, inconsciemment ou non, l’idée que, si toutes les autres normes relèvent de la sphère politique, les normes sexuelles, elles, demeureraient naturelles. Tout le monde aurait donc son mot à dire. Mais doit-on considérer que les questions sexuelles, qu’il s’agisse de genre ou de sexualité, de mariage ou de famille, de filiation ou de reproduction, échappent à la délibération démocratique? Peut-on soutenir l’idée que tout est politique, sauf l’ordre sexuel, qui transcenderait la politique?
L’Etat ensuite, parce que la question sexuelle, en tant qu’enjeu politique, concerne aussi les institutions. Aujourd’hui, l’Etat français est tellement homophobe et transphobe qu’on en vient à se féliciter quand le Ministère de la Santé retire la transsexualité de la liste des maladies mentales. Ce qui est certes déjà bien, mais loin d’être suffisant.

Nous avons assisté à ce qu’on appelle l’inversion de la question homosexuelle, maintenant il s’agit d’y répondre. On se demandait hier encore : comment peut-on être homosexuel ? Aujourd’hui, on se pose de plus en plus la question inverse : comment peut-on être homophobe ? De manière générale, ce n’est plus tant la société qui interroge l’homosexualité, que l’homosexualité qui soumet la société à la question.

Il ne s’agit pas ici de porter des revendications communautaristes. Les interrogations sur le genre sont des éléments qui rejaillissent sur la place que chacun veut ou doit occuper dans la société. Il s’agit, comme pour le féminisme, de lutter contre les inégalités, contre la conception de l’être humain comme seul organe de reproduction, de production. Il s’agit, parallèlement à notre combat contre le capitalisme, de lutter contre la seule valorisation de la performance.

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