Gaza souffre…mais Gaza vit!

9 mai 2016 par  

D’après l’ONU, la bande de Gaza pourrait devenir un territoire invivable d’ici 5 ans en raison du blocus israélien et des bombardements meurtriers qui l’ont touché depuis 10 ans.  Comment vit-on avec cette menace?

Soulèvement des jeunes contre la colonisation, exécutions sommaires de Palestiniens par l’armée israélienne : le contexte est pesant dans les territoires occupés palestiniens. C’est notamment le cas dans la bande de Gaza, qui vit sous blocus depuis dix ans maintenant[1]. Nous avons eu la chance de rencontrer un Ahmed Alustath, jeune Palestinien de Gaza, venu poursuivre ses études en France. Un témoignage fort et plein d’espoir.



[1] Gaza est sous blocus depuis 2007. Son territoire, ses frontières maritimes et terrestres sont sous contrôle de la puissance occupante israélienne.

 

 

Peux-tu te présenter ?
Je m’appelle Ahmed ALUSTATH, palestinien de Gaza, j’ai 22 ans. Assistant de langue arabe en france depuis quelques mois.

Raconte-nous ton parcours ?

En mai 2015, je deviens boursier du gouvernement français pour poursuivre mes études supérieures en France. En raison des difficultés à contacter les universités françaises depuis Gaza pour obtenir une admission dans les délais, j’ai raté ma bourse. Ensuite, j’ai pu obtenir un poste d’assistant de langue à Mulhouse. Je suis arrivé avec deux mois de retard en raison de la fermeture des frontières de la bande de Gaza. J’ai traversé quatre territoires pour arriver en France, tandis que j’aurai pu arriver en 4 heures et demie si l’aéroport de Gaza n’était  pas détruit.

Comment grandit on à Gaza dans une prison à ciel ouvert ?

A Gaza, on est matures dès la naissance. Et ce sont les conditions difficiles de la vie qui façonnent cette maturité précoce : être enfant à Gaza c’est dur ; on a toute la liberté d’avoir de simples rêves comme tous les enfants du monde, alors qu’il n’a aucune possibilité pour les réaliser.

Et la jeunesse est tellement éduquée et persévérante qu’elle pourrait construire le pays. Néanmoins, cette chance ne lui a jamais été accordée. Elle est privée de circuler, voyager, étudier et travailler.

On peut dire que la population de Gaza est la population la plus éduquée dans le monde arabe : le taux d’illettrisme ne dépasse même pas 1 %. Le taux de chômage est estimé à 45 %. Les jeunes finissent par se retrouver au chômage après une série d’années de réussite.

A Gaza, on grandit avec les ruines des maisons, avec les martyrs qui tombent tous les jours, avec la peur permanente, avec la privation des droits et avec l’imprévu du lendemain.

A Gaza, nous ne grandissions pas : nous naissons grands. Ce n’est pas question d’âge, mais une question de responsabilités et des conditions atroces vécues.

Quel est la situation de Gaza 2 ans après les bombardements?

Toujours tragique. Elle souffre d’un blocus depuis 8 ans qui l’étrangle.
Elle est encore en deuil et ruinée. Les maisons démolies n’ont pas encore été reconstruites, ce qui crée plusieurs milliers de sans-abris. Les matériels de reconstruction ne sont pas autorisés à entrer à Gaza, il y a de moins en moins d’électricité par jour. Rien n’a changé, et je ne pense pas que la situation changera à court terme.

Peux-tu nous décrire le quotidien à Gaza ?

Il y a plusieurs éléments concrets.

1-Le blocus de Gaza et ses conséquences :

 

24 000 personnes veulent passer (quotidiennement ?) par le passage de Rafah (des étudiants, des patients et des travailleurs à l’étranger).

Des milliers d’étudiants ont raté leurs bourses d’études à l’étranger. Beaucoup de salariés ont été licenciés en raison de leur retard pour reprendre le travail. Il y a plus de 3500 patients qui ont besoin de se faire soigner soit en Egypte ou dans des autres pays.

Et plusieurs patients sont morts au passage dans l’attente de partir…

 

2-L’hiver à Gaza :

Cette année, il y a eu un hiver très dur à Gaza, avec une quantité immense de pluie. Et comme vous le savez, il n’y a pas de vraie infrastructure à Gaza du fait des agressions successives que cette petite zone a subies durant de très courtes années.

Les habitants les plus touchés et qui souffrent le plus de cet hiver, ce sont les sans-abris dont les maisons ont été réduites à néant durant la dernière agression contre Gaza. Il y en a parmi eux qui habitent toujours dans des refuges où les moyens de vivre confortablement ne sont pas disponibles notamment en hiver, et il y a ceux qui habitent dans des caravanes comme solution temporaire en attendant que la reconstruction soit mise œuvre. Cependant, ces caravanes ne sont pas bien isolées pour protéger les gens du froid surtout lorsque l’électricité est coupée. Elles ne contiennent pas de système de chauffage. Quand il pleut beaucoup, ces caravanes s’inondent rapidement. Ce qui crée de l’insalubrité.

D’un autre côté, quand il pleut beaucoup, les barrages d’eau côté israélien deviennent bien remplis. Les autorités israéliennes déversent le trop d’eau vers les terrains des Palestiniens. La boue qui en résulte pollue et inonde les champs agricoles et les maisons des habitants, surtout celles qui donnent sur la vallée de Gaza et la vallée Alsalga.

Après la dernière agression contre la bande de Gaza, il y a eu beaucoup de maisons délabrées qui peuvent s’écrouler à tout moments à cause de la concentration d’eau en hiver.

3-La coupure de courant électrique.

 

Dès mon départ de Gaza et jusqu’à ce jour, il n’y a que 4 heures de courant par jour. Les gens n’espèrent même plus avoir l’électricité 24 heures sur 24 heures, mais au moins 8 heures d’électricité par jour.

Imaginez une de vos journées sans électricité : pas de lavage, pas de cuisine, pas de nettoyage. C’est insupportable !

 

Par ailleurs, la vie de beaucoup de patients en soin intensif qui vivent  à l’aide du matériel médical est menacée en cas de coupure de courant ou du générateur électrique.

 

Comment analyses-tu le nouveau soulèvement des Jeunes en Palestine ?

-Il y a plus de 200 martyrs dont une quarantaine d’enfants et une dizaine de femmes. A Gaza, à Jérusalem et en Cisjordanie.

Ce soulèvement est complètement pur, dénué de toute manipulation politique, car si ce n’était pas le cas, ce soulèvement aurait peut-être été éteint rapidement.

Je précise que je suis contre la violence. Ce malaise ne tient qu’à la politique fondamentaliste et extrémiste du gouvernement israélien qui n’a pas laissé de choix aux jeunes Palestiniens, étant toujours privés de leurs droits et de réaliser leurs objectifs dans la vie. Ces jeunes Palestiniens qui ne font plus la distinction entre la vie et la mort,  après ce qu’ils ont vécu de privation de droits et de marginalisation. Et Je vous invite à ne pas reprocher leurs actions mais plutôt à interpeller les vrais auteurs de cette réalité amère.

Ces jeunes adorent la vie, et s’ils ne l’avaient pas adorée, ils n’auraient jamais réagi.

 

Les jeunes a Gaza ont-ils malgré tout des loisirs ?

Gaza est un trésor précieux. Elle est pleine de talents, et ses jeunes créent leurs loisirs de rien. Ils arrivent à suivre le développement dans le monde malgré le manque des moyens.

Et le carnaval sportif organisé à Gaza il y a une semaine en est la preuve.

A quoi rêve les jeunes à Gaza ?

Ils rêvent de vivre en paix et en sécurité, de voyager et de se déplacer librement, de poursuive leurs études à l’étranger, de trouver du travail, de construire leur vie future.

Entretien réalisé par Mehdi Belmecheri

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