Feu sur les quartiers : le procès permanent de ceux d’en-bas dans les médias

16 mars 2015 par  

Comprendre l’horreur pour la combattre et éviter qu’elle se reproduise est nécessaire. Les grands médias n’ont pourtant pas joué ce rôle citoyen, prouvant une fois de plus que leur priorité n’est pas forcément d’informer.

10 janvier dernier : 3 jours après le massacre au siège de Charlie Hebdo et de l’Hyper Casher, le journal Le Monde publie un article sur ces collégiens et lycéens de Saint-Denis, « pas Charlie ». On y apprend que des jeunes de quartier seraient ainsi des soutiens des criminels en justifiant leur action. Des paroles parfois dures, condamnables mais quelles étaient les questions ? Pourquoi des jeunes ? Et au fait, pourquoi aller à Saint-Denis plutôt que Neuilly ou une autre ville riche ? Aucun des assassins n’est pourtant du 93…

Des enseignants ont heureusement pris la plume pour faire entendre leur voix et montrer le vécu de quartiers en souffrance sociale. Ces problèmes sont les suivants : éducation au rabais, discriminations, violences policières, chômage de masse. Autant de violences du quotidien à laquelle s’ajoute celle des médias pour qui la banlieue, les quartiers sont classés dans les rubriques délinquance, faits divers et phénomènes de société (communautarisme, terrorisme).

Tout ça sans évidemment donner la parole aux personnes concernées et en privilégiant le sensationnel et les images choc. Ce qui a valu une mise en garde de l’autorité de contrôle des médias (CSA). Mais ce fameux contrôle a ses limites car il s’agit d’un problème plus profond.

Après tout, le traitement médiatique du double massacre de début janvier n’est que le reflet d’une société qui a décidé de trouver tous les maux du monde auprès d’une catégorie de la population. Les journalistes gardent cet inconscient colonial qui voit les quartiers comme un milieu externe. Mais comment s’en étonner quand ils viennent pour la grande majorité du même milieu social et ont fréquenté les mêmes grandes écoles ? N’oublions pas que les grands médias sont aux mains des plus grandes fortunes du pays. Pour eux, faire de l’information est un business et pas une démarche citoyenne pour comprendre le monde…

Heureusement, comme à Vitry (94) ou au quartier de la Villeneuve à Grenoble, des gens s’organisent pour contester les reportages dégradants et stigmatisants. Des actions qui gagnent à être connues pour redonner la parole à ceux qui vivent dans les quartiers.  10 ans après les émeutes de 2005, qui ont vu la naissance du Bondy Blog pour faire entendre une autre information, le combat reste entier.

Jules Rondeau

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