FEMMES ET EMPLOI : LA TRIPLE PEINE

21 février 2012 par Rédaction  

Loic 1S’il est un domaine où les femmes sont victimes de discriminations, c’est bien au travail. La situation est telle que l’on peut parler de triple peine. Les femmes sont utilisées comme une variable d’ajustement pour diminuer le fameux « coût du travail ».

Les femmes occupent massive- ment les emplois précaires en France : 80% des temps par- tiels. Il s’agit souvent d’une situation subie car les salariées concernées souhaiteraient exercer un métier à plein temps. A compétence égale, leur salaire est en moyenne inférieur de 21% à celui des hommes.

Premières victimes de la crise

Les catégories de salariés les plus précaires sont les premières à subir les licenciements. Parmi celles-ci, encore les femmes. Elles représentent 51% des chômeurs mais elles sont plus nombreuses dans les catégories de chômeurs de longue durée (743 000 contre 660 000 pour les hommes). Pour une femme, l’indépendance semble être un rêve lointain car le travail rime avec précarité.

Les clichés ont la vie dure… Si elles occupent les positions les plus basses, cela s’explique par la persistance des préjugés sur le rôle des femmes dans la société. Récemment, deux enquêtes ont montré les discriminations à l’embauche dont elles sont victimes. Au printemps 2011, un premier bilan sur le CV anonyme révèle que de nombreux employeurs refusent d’embaucher des femmes. Lorsque l’état-civil n’est pas affiché, leurs chances d’être reçues en entretien sont multipliées par 10.

Le sexe premier facteur de discrimination dans le monde du travail

D’après une enquête réalisée pour l’Organisation Internationale du Travail, non seulement à l’embauche mais aussi dans leur carrière, les femmes sont largement discriminées. C’est devenu le premier critère de discrimination au travail. 25% des discriminations vécues le sont en raison d’une grossesse ou d’une maternité et 23% en fonction du sexe. La raison ? Jugée « incapable ou incompétente », le projet professionnel d’une femme relève du parcours du combattant. Le choix se fait alors entre vie personnelle et carrière professionnelle. Si elles ont des enfants, les femmes sacrifient souvent leurs carrières au pro- fit de leur conjoint. C’est d’ailleurs souvent un argument pour développer le temps partiel chez les femmes : elles doivent pouvoir s’occuper des tâches domestiques. On en revient à l’idée de « salaire de complément » du début du XXe siècle…

Les femmes font toujours la majorité des tâches ménagères, à tel point qu’on peut parler de double journée de travail. Du matin au soir, du foyer au travail, l’exploitation est partout. En plus, ces carrières irrégulières conduisent à des retraites moins importantes (600 euros en moyenne), une situation aggravée par la réforme de 2010.

Il reste donc beaucoup de chemin à faire pour aller vers l’égalité réelle. De nombreux droits restent à conquérir. Pour qu’être parent ne soit pas pénalisant, il faut investir dans un service public de la petite enfance et permettre aux deux parents de profiter de leur enfant sans être sanctionné immédiatement ou pour la suite de leur carrière. L’égalité salariale doit être inscrite dans les conventions collectives. Enfin, les différents contrats précaires doivent être transformés en contrats stables. En s ‘attaquant à la précarité de la moitié des travailleurs, on améliore le quotidien de tous. Comme quoi, l’égalité des sexes est l’affaire de tous !

Nordine Idir

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