DÉCRYPTAGE : CRISE, DETTE, AUSTÉRITÉ…

10 octobre 2011 par Rédaction  

speculationCes derniers mois, on a, partout, entendu parler de dettes, de rigueur, d’austérité, etc. comme autant de fatalités auxquelles on ne pourrait rien changer. Pourtant, à travers le monde, de nombreuses voix s’élèvent pour contester. Tout ne serait donc pas aussi logique que l’on veut nous le faire croire… Explications.

Nos gouvernants nous expliquent que la dette publique est devenue trop importante à force de dépenses inconsidérées de l’État pour l’éducation, la santé ou l’emploi… Bref, pour les droits et services sociaux. Mais une dette contractée pour investir et développer le pays ne devrait pas poser de problèmes puisqu’on crée de la richesse. Non, ici, le problème est ailleurs.

À l’origine de la dette…

D’une part, l’obligation a été faite aux États d’emprunter aux marchés pour leur financement plutôt que directement à la banque centrale (qui peut prêter sans taux d’intérêt). Donc il faut non seulement rembourser la dette mais aussi les intérêts de celle-ci qui peuvent être très élevés. D’autre part, des baisses de cotisations sociales, d’impôts sur les entreprises ou les grandes fortunes ont été organisées depuis 30 ans par les différents gouvernements au prétexte d’assurer « la compétitivité des entreprises ». Donc l’État a perdu une partie de ses ressources au profit des intérêts privés. C’est non seulement l’endettement qui a augmenté mais aussi les inégalités. Enfin, la crise de 2008, provoquée à force de spéculation, a fait s’envoler la dette. À ce moment-là, l’endettement des banques et des ménages a plongé le monde dans sa pire crise depuis 1929. Cette dette, à la base privée, est devenue publique dès lors que les dirigeants ont décidé d’injecter des milliards dans les banques.

Un prétexte tout trouvé pour précariser

Ce sont donc bien des choix politiques, décidés au nom du capitalisme et du libéralisme, qui sont responsables de la crise et qui ont permis aux marchés financiers, et autres agences de notation, de dicter leur loi. C’est au peuple qu’ils veulent maintenant en faire payer les conséquences. Et là, la dette intervient de nouveau. C’est en brandissant le « problème de la dette » que les dirigeants libéraux imposent partout leurs plans de rigueur. Ils font peur aux peuples. Un État en « faillite » (à savoir qui ne rembourserait pas sa dette) ne pourrait plus protéger ses citoyens. Pourtant, les Islandais n’ont pas tous disparus quand ils ont refusé, par deux fois en référendum, de rembourser les banques. L’immensité de la dette les obligerait à réagir en imposant des mesures drastiques aux peuples puisque les dépenses auraient été faites pour eux. Mais on a vu qu’il n’en était rien.

En réalité, ces plans de rigueur leur permettent de détruire tous les acquis gagnés, à travers les siècles, par les peuples : protection sociale, droit du travail, éduction de qualité pour tous… 65 000 suppressions de postes dans l’Éducation nationale en France. La retraite à 65 ans en Italie et 67 ans en Allemagne. Des milliers de fonctionnaires non remplacés et des baisses drastiques des salaires en

Grèce. Partout en Europe, leur objectif est de permettre à ceux qui gagnent plus de gagner beaucoup plus. Ainsi, les créanciers (par l’intermédiaire d’institutions comme le Fonds monétaire international ou l’Union européenne) vont de pays en pays pour imposer des conditions draconiennes (réduire encore les salaires…) à de nouveaux prêts (pour rembourser les anciens). Mais les entreprises et les grandes fortunes ne contribuent qu’à la marge. Pourtant, en France, les plus grandes entreprises ont réalisé, en 2010, plus de 80 milliards d’euros de profits.

Une autre logique fait son chemin

Pour nous (jeunes, précaires, étudiants, chômeurs, lycéens, salariés…), tout ce petit monde n’a jamais de mots assez durs : fainéants, assistés, parasites, cancer, etc. Mais, on le voit à travers le continent, les peuples relèvent la tête. Certaines idées font leur chemin : « l’austérité ne permettra pas de sortir de la crise », « il faut investir massivement dans les services publics, renationaliser ceux qui ont été vendus », « reprendre la main sur les marchés en créant un pôle public financier au service des projets créateurs d’emploi, du pouvoir d’achat »… On l’a vu avec les Indignados espagnols qui ont occupé les places, les grèves générales en Grèce, le mouvement des retraites ou pour l’éducation en France, le mouvement contre la vie chère en Israël… À chaque fois, les jeunes sont en première ligne car ils sont non seulement les premières victimes de la crise (explosion du chômage, de la précarité) mais aussi des plans d’austérité (casse de l’éducation, multiplication des contrats précaires, hausse des loyers, etc.).

Baptiste Bauza

PETIT LEXIQUE POUR MIEUX COMPRENDRE L’ACTU

Spéculation : Opération visant à tirer profit des variations du marché et contribuant à favoriser son instabilité (par exemple, les spéculations sur les produits alimentaires ont amené à l’augmentation des prix dont certain groupes ont tiré profit et ont ainsi provoqué des famines).

Compétitivité : Aptitude d’un individu ou d’un groupe à affronter la concurrence. Dans notre système où la mise en concurrence est organisée pour le profit maximum de quelques-uns, la compétitivité est le prétexte mis en avant pour diminuer le « coût du travail » (salaires, cotisations sociales, etc.) au lieu de fixer des normes communes qui garantissent des droits à tous les travailleurs. Cotisations sociales : part du revenu destinée au financement de la sécurité sociale (santé, retraite, chômage, allocation familiale) permettant d’organiser la solidarité.

Marchés financiers : Marchés où s’échangent des actions, des titres de dettes publiques, etc. Ses principaux acteurs sont les spéculateurs (traders des banques, des fonds d’investissement ou de pension…).

Agences de notation : Sociétés privées (Standar & Poor’s, Moody’s et Fitch) financées par les acteurs des marchés pour les conseiller et/ou noter leur fiabilité. Les États sont aussi notés (de AAA à D) ce qui conditionne les taux d’intérêt auxquels ils pourront emprunter (plus la note est basse, plus le taux est élevé).

PIGS : Terme péjoratif (signifie « porcs » en anglais) utilisé par certain journalistes ou acteurs économiques pour désigner des pays avec des difficultés le Portugal, l’Italie ou l’Irlande, la Grèce et l’Espagne (« Spain » en anglais).

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