Herr Gueant relance l’offensive sécuritaire !
février 21, 2012 by Rédaction
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Cela pourrait ressembler au scénario d’un film de science-fiction, sauf que la volonté de créer un fichier «des gens honnêtes» existe belle et bien depuis le 01 février et sa validation, passée inaperçue, par l’Assemblée Nationale.
La loi «sur la protection de l’identité» portée par le sinistre Claude Guéant, vise à lutter contre l’usurpation d’identité – devenue un délit à l’occasion de la fameuse LOPPSI 2 - et de créer un fichier unique de 45 à 60 millions de personnes en fichant les noms, prénoms, adresses, tailles, couleurs des yeux, empreintes digitales et photographies de tous les détenteurs de cartes d’identité biométriques.
Ni plus ni moins qu’une nouvelle loi liberticide, avec la particularité d’avoir déjà été appliquée en France en 1942 sous le régime de Vichy du Maréchal Pétain … Coïncidence? On peut en douter. Le syndicat de la magistrature, la ligue des droits de l’homme et le syndicat des avocats de France s’insurgent dans un communiqué commun : «Ce choix, sans justification raisonnable, est dans la continuité de la politique de surveillance généralisée des citoyens menée par les gouvernements de droite successifs qui, en moins de dix ans, ont fait voter pas moins de 42 lois sécuritaires et doublé le nombre de fichiers de police».
Premières cibles de cette nouvelle offensive sécuritaire : les jeunes.
Dans la vie quotidienne, des contrôles abusifs aux couvre-feux comme dans les mobilisations sociales, les jeunes sont réprimés, arrêtés… La droite et les grands médias les présentent comme le nouveau danger pour l’ordre social. Tout particulièrement les jeunes des quartiers populaires dont la couleur de peau ne correspond pas aux canons réactionnaires judéo-chrétiens des Ciotti, Vaneste, Barèges, Le Pen ou autre Guéant !
Contrôles d’identité: des résultats nets
Le fait d’avoir la peau noire entraîne un risque d’un contrôle d’identité jusque 11,5 fois supérieur, et le fait d’avoir le « type Maghrébin » un risque jusque 14 fois supérieur selon les lieux étudiés.
Au delà, l’âge, l’apparence et le sexe sont les discriminants majeurs des contrôles de la Police.
Pour en savoir plus sur ce sujet, retrouvez-ici la présentation de l’enquête de deux chercheurs du Centre d’Étude Sociologique sur le Droit et les Institutions Pénales
En réalité, avec ce fichier, Herr Minister Guéant apporte le soutien de l’Etat au GIXEL – lobby français n°1 mondial des empreintes digitales et des papiers biométriques «sécurisés» – afin de conforter son leadership et lui offrir de nouveaux marchés. Quatorze des trente-et-une personnes auditionnées par la commission chargée de ce dossier au Sénat sont membres de ce lobby.
Leurs technologies de sécurisation de l’identité sont d’ailleurs tellement au point que le ministère de l’Intérieur a récemment reconnu que 10% des passeports biométriques en circulation seraient des faux, alors même que le passeport biométrique était précisément censé être plus sécurisé que ceux d’avant. En fin de compte, ce Gouvernement utilise toujours les mêmes prétextes sécuritaires pour permettre à ses amis de s’enrichir sur le dos du peuple.
Après une passe d’armes entre l’Assemblée Nationale et le Sénat, la première a voté cette loi en présence de… onze députés !
Reste maintenant à attendre l’examen de cette loi par le Conseil Constitutionnel, voire une sanction de la France par la cour européenne des droits de l’homme. Sa jurisprudence et l’interprétation de l’article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme – affirmant le droit au respect à la vie privée - est très stricte.
Cependant, lorsqu’il ne s’agit pas de privatiser, d’ouvrir à la concurrence, de casser la législation sociale mais de faire respecter les droits fondamentaux, le gouvernement préfère payer des amendes que de respecter le droit européen. Encore et toujours la même logique pour Sarkozy et Fillon, faire la belle vie à leurs amis du Fouquet’s et de la finance en réduisant toujours un peu plus les libertés publiques.
Renaud Boissac
DU FN À L’UMP, DES POLITIQUES QUI CHANGENT NOS VIES
février 21, 2012 by Rédaction
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(POUR LE PIRE)
Dès son élection en 2007, Nicolas Sarkozy donnait le ton avec la création d’un ministère de l’immigration et de l’identité nationale. Cinq ans plus tard le constat est accablant : manipulation des chiffres, effets d’annonce, les polémiques, les débats à sens unique et les mesures réactionnaires sont les armes quotidiennes de la droite.
L’objectif de cette stratégie : détourner l’attention et de diviser la classe des travailleurs.
À l’approche des présidentielles, les deux partis vont crescendo pour faire croire aux électeurs que les solutions à la crise du capitalisme résideraient dans les problématiques de l’immigration et de l’insécurité, que les deux questions seraient intiment liées. Au travers de propositions concernant les populations migrantes légales ou irrégulières, le parti présidentiel et le parti des Le Pen se mènent une course pour savoir qui sera le plus stigmatisant.
Les réactionnaires et les xénophobes gouvernementaux veulent faire croire que les « sans papier » sont des fraudeurs en puissance et coûtent cher à la France, ils veulent absolument faire un lien entre délinquance et immigration ou encore intégrer le concept d’identité nationale dans les esprits pour concurrencer le Front National sur son terrain favori.
Une politique médiatique matraquée à chaque journal télévisé
Pourtant la politique fondée sur la stigmatisation, la répression et l’exploitation des migrants est irresponsable et injuste.
Quelques chiffres pour comprendre : Les travailleurs immigrés cotisent annuellement 2 milliards d’euros et participent ainsi notamment au financement des retraites. Cependant ils ne bénéficient d’aucun droit correspondant aux cotisations sociales qu’ils versent.
Les travailleurs « sans papier » quant à eux participent pour 4% du Produit Intérieur Brut par an selon l’OCDE. Alors que la droite nous parle de dette publique motivant l’austérité, on constate que le coût de 5 ans d’expulsion correspond au déficit de l’assurance vieillesse.
La désignation de boucs émissaires, le rejet de l’autre et le climat de peur proposés par le FN et l’UMP, ne résoudront en rien la situation des 5 millions de chômeurs et des 8 millions de français vivant sous le seuil de pauvreté.
Expulser à grand frais, imposer de se serrer la ceinture en temps de crise et dans le même temps de fournir des travailleurs corvéables à merci, tout cela se fait pour les plus grands profit des actionnaires.
Thomas Roger-Moellic
Claude Guéant LA POLITIQUE DE LA FUITE EN AVANT
février 21, 2012 by Rédaction
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En annonçant fièrement « ses chiffres » le 10 janvier dernier, le ministre de l’intérieur, illustre parfaitement la fuite en avant du gouvernement. En se donnant pour objectif une meilleure régulation de l’immigration par sa diminution, alors même qu’elle est un fait amené à croître, il prépare son échec et des désastres humains.
Avec « un meilleur contrôle de l’immigration familiale » (12 613 titres), et une légère augmentation du nombre d’étudiants étrangers (60 000), c’est une autre réalité que le gouvernement amplifie : celles des sans-droits obligés de se cacher ? Combien doivent vivre cet enfer ? Une seule certitude : en 2011 environ 200 000 Obligations de Quitter le Territoire Français (OQTF) ont été délivrées et 32 912 expulsions ont eu lieu.
On est bien loin d’une invasion tant redoutée par la droite, mais la circulaire Guéant sur les étudiants diplômés vient pourrir encore un peu plus leur vie. En augmentant le seuil des revenus nécessaires, en fermant la porte à certains métiers, en mettant toujours plus leur vie entre les mains de préfets, il en vient même à contredire l’idée d’ « économie de la connaissance » en s’attirant les remontrances – discrètes – du patronat.
À Trappes, dans les Yvelines, c’est au moins 6 jeunes qui sont en danger. Qu’ils vivent en famille, suivent des études, aient des parents français ou soient nés ici. Les collectifs qui s’organisent pour les soutenir se donnent un double objectif : faire respecter leurs choix de vie, et mettre en perspective les mesures antisociales dont sont victimes les jeunes, les poussant toujours plus loin dans les trous noirs de la dignité. Un combat que replace chaque humain au cœur de nos choix.
Matthieu Brunet
JUSTICE : ENTRE MINORITY REPORT ET 1984
juillet 12, 2011 by Rédaction
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Quel rapport entre le film où Tom Cruise arrête des coupables encore innocents et le fameux bouquin de G. Orwell où tout le monde est fliqué et soumis à la répression en permanence? La politique sécuritaire du gouvernement, bien sûr !
D’un côté, on a un texte examiné à l’Assemblée Nationale, qui devrait être adopté pendant l’été, qui porte de nouveau atteinte à la justice des mineurs et renverse sa logique puisque les mesures proposées font primer le répressif sur l’éducatif.
Dans la même veine, Chatel profite des fuites du bac pour instaurer des sanctions automatiques à l’école tout en supprimant les postes de ceux qui participaient à l’éducation des élèves. Après la répression des mouvements sociaux, l’installation de caméras de surveillance sur tout le territoire, la
LOPPSI II, la loi Besson… le gouvernement enfonce le clou, le télécran n’est plus très loin.
De l’autre côté, on a Claude Guéant, ministre de l’intérieur, qui expliquait après sept arrestations suite à la mort de Ben Laden : « rien n’indique que les personnes arrêtées hier s’apprêtaient à commettre un attentat ». Louis Caprioli, ancien patron de la DST (anti-terrorisme), était lui encore plus clair : « Les indices ont été jugés suffisamment accablants pour justifier une interpellation prévention». Arrestation préventive ? Bienvenue en 2054.
Pourtant avec tout cet arsenal, certains continuent bizarrement d’échapper à Big Brother et à John Anderton : délocalisations sauvages, évasions fiscales, non respect du code du travail… autant de délits commis par ceux qui ont pouvoir et argent, coïncidence ?
Louise Tithia
Tels le lièvre et la tortue, l’UMP en course sur les terres du FN
mars 24, 2011 by Rédaction
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« Les Français à force d’immigration incontrôlée ont parfois le sentiment de ne plus être chez eux » Avec ces mots, le nouveau ministre de l’intérieur Claude Guéant mérite bel et bien la carte de membre d’honneur du Front National que Marine Le Pen entendait lui décerner, l’invitant dorénavant à lier les paroles aux actes. Boutade ou provocation de la part de la présidente du parti d’extrême droite, cet événement est révélateur de la proximité que l’UMP entretient avec le FN, tant dans les discours que dans un certain nombre de ses mesures.
Pour preuve de cette proximité, la réticence qu’éprouve le chef de l’UMP, Jean François Copé, à appeler, au lendemain du premier tour des élections cantonales, à un front républicain pour barrer la route au FN au deuxième tour. Certains à l’UMP, comme François Baroin ont même appelé à l’abstention. Un cadeau pour le FN, une fois encore devant l’UMP avec 19,2% contre 17,2%. Ces chiffres n’émanent pas d’un énième sondage mais bien des urnes : celles du premier tour des cantonales de dimanche dernier dans les cantons où le FN était présent. Ces résultats ne doivent rien au hasard. Sarkozy et son parti, dans la course aux électeurs qu’ils mènent avec le Front National, ne font rien d’autre que légitimer les thèses xénophobes et antisociales du FN. Être raciste aujourd’hui en France n’est plus honteux, c’est malheureusement devenu banal et approuvé par le gouvernement. Dénoncer un sans-papier, aider à expulser un Rom et maintenant stigmatiser les musulmans avec ce débat sur « la laïcité et la place de l’islam en France » – remake de l’indécent débat sur l’identité nationale de l’année dernière – qui doit être organisé le 5 avril prochain par le parti du gouvernement et dont même le Conseil Français du Culte Musulman a exigé l’annulation.
Il a quelques jours, la députée UMP Chantal Brunet a déclaré à propos des immigrés venant de la Méditerranée : « après tout remettons-les dans les bateaux ! » ajoutant même que « le temps n’est plus à la parole mais aux actes et aux décisions ». Paraphraser Marine Le Pen devient le jeu favori d’une partie de la majorité présidentielle. Soyons vigilants, l’extrême droite n’est plus aujourd’hui dans l’opposition en France, mais bien au pouvoir !
Boris Kozierow
LA FRÉNÉSIE SÉCURITAIRE
janvier 28, 2011 by Rédaction
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Comment s’organise le passage d’une société de la sécurité sociale à celle de l’insécurité permanente ? En en parlant constamment et pèle mêle : sécurité alimentaire, internationale, des biens et des personnes, sentiment d’insécurité, droit à la tranquillité, « pris en otage » par Al Quaida, par la CGT, par les supporters du PSG, la vidéo, la surveillance, les scanners, le port de la cagoule…
Aucun sujet politique n’échappe au prisme de la sécurité. L’éducation, la santé, l’économie, la justice, le sport, la diplomatie, l’environnement, la jeunesse, et bien sûr l’immigration. Chacun de nos ministres a son discours sur « la sécurité »…
A quoi ça sert au juste, la sécurité ?
Dans un monde en transition, entre l’ère des blocs et la mondialisation, l’hégémonie politique du libéralisme bouleverse tous les repères.
L’opposition traditionnelle entre le « camp de l’ordre » à droite, et opposé à celui du « progrès » à gauche, s’estompe. En 1997, à Villepinte, le Parti Socialiste affirme que la sécurité n’est « ni de droite, ni de gauche », et Lionel Jospin, alors premier ministre, déclare qu’il faut en finir avec les « excuses sociologiques». Une manière de concéder définitivement qu’il existe un angélisme à gauche, et que celui-ci est révolu. Ce sont bien les solutions libérales qui s’appliqueront dorénavant.
Avec cette approche nouvelle, la question de la sécurité est individualisée. Il s’agit de traiter individuellement les actes qui contreviennent au droit « évident » de chacun à la tranquillité. Trois conséquences :
1. Le débat se simplifie. Un individu A a un droit inaliénable à vivre tranquille. Un individu B s’il trouble sa tranquillité doit être sanctionné. C’est évident, efficace, et ça fait gagner des élections.
2. La « sécurité» devient un champ autonome de toutes les autres questions de société. A partir du moment où les actes se résument à la responsabilité de ceux qui les commettent, plus besoin de s’interroger sur leurs causes.
3. Les comportements sont «naturalisés ». Si un individu commet un acte déviant, mais que l’on refuse de le comprendre au regard de tous les facteurs sociaux, alors la seule explication résiduelle, c’est la « tendance naturelle » de certaines catégories d’individus à la délinquance.
Qu’est ce que la sécurité aujourd’hui ?
En 2010, la sécurité, c’est le label posé sur une recomposition totale des relations dans la société. Le décalage croissant entre une société qui pousse les individus à consommer et la capacité effective à le faire est au coeur des tensions sociales.
Pour donner l’impression d’agir, la droite est entrée dans le registre de la « tolérance zéro », de la « guerre nationale ». L’école, le collège, le lycée et les services publics se « sanctuarisent ». Les postes d’éducateurs et de médiateurs sont supprimés en même temps que la police de proximité, et les moyens des associations sont réduits au minimum. Des assistantes sociales, des médecins et des psychologues scolaires doivent collaborer avec les maires, les procureurs et les commissaires sous la direction des préfets dans le cadre des Contrats Locaux de Sécurité et de Prévention de la Délinquance.
Des lois Perben à la LOPSI2 en passant par Hadopi, un arsenal législatif est mis à disposition des forces de l’ordre. Du Flashball à la vidéo surveillance en passant par les tazer et les tests ADN, la politique dite de « prévention» est en réalité un marché de technologies où les mêmes produisent les diagnostiques, et vendent les solutions. La justice des enfants cède sa place à une justice des mineurs, pénalement responsables dès 13 ans, et pourtant irresponsables dans tous les autres domaines de la vie. C’est le règne de l’incarcération. La dramatisation, la criminalisation, la déshumanisation de l’approche des questions de sécurité ne font que renforcer les fractures d’une société déjà bien mise à mal par sa situation économique. Et c’est bien là l’ordre des choses, et le caractère inséparable des politiques de sécurité avec l’ensemble des réformes d’aujourd’hui.
A l’heure de la concurrence exacerbée, plus la peur de l’autre et la paranoïa peuvent s’étendre, plus la guerre de tous contre tous peut se perpétuer.
Omar Z.
LOI BESSON : «ON LES AURA !»
janvier 28, 2011 by Rédaction
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C’est ce cri que semble lancer le gouvernement après l’adoption, le 12 octobre 2010, de la loi Besson sur l’immigration. Non content d’intégrer la directive européenne dite « retour », le gouvernement est allé plus loin en renforçant son arsenal anti immigrés et « mauvais français ».
Quand le racisme est au service de l’État, c’est toute la population qui doit se sentir concernée. « On les aura ! Tous, jusqu’au dernier » c’est en peu de mots la substance de ce texte, le cinquième en sept ans sur le sujet, qui devrait durcir encore la répression à l’égard des étrangers en situation irrégulière.
La chasse aux immigrés se durcit
En allongeant la durée de détention administrative, en rendant inutile l’intervention du juge des libertés, en renvoyant des malades qui ne pourront pas être soignés dans leur « pays d’expulsion », en créant des zones mobiles de rétention, les députés de la majorité ont décidé de rompre définitivement avec les valeurs d’humanité et de justice. La loi besson est une arme de plus dans la chasse aux immigrés lancée en 2007 avec la création du Ministère de l’immigration et de l’identité nationale et qui se situe dans une longue tradition de discours sécuritaires et xénophobes.
Celle aux « mauvais Français » est ouverte
L’erreur serait de croire que seuls les étrangers – ces boucs émissaires universels – sont à portée de loi du ministre Besson. Avec ce texte, tout le monde devient potentiellement « étranger », tout le monde est suspect d’en vouloir à la France, de ne pas être assez fier ou respectueux de la Nation. En élargissant les conditions de déchéance de la nationalité, en pénalisant les « mariages gris », en réduisant les sanctions des employeurs de travailleurs en situation irrégulière, le gouvernement poursuit sa construction d’une France des inégalités, de la suspicion et de l’arbitraire.
« Diviser pour mieux régner », une devise au goût du jour
Sarkozy agite l’épouvantail de « l’ennemie de l’intérieur ». Il souligne, via son premier ministre, le poids que représentent les étrangers dans notre pays, divise les salariés, étouffe et réprime les tentatives de solidarité.. Dans la droite ligne des attaques contre la population Rom, l’enfoncement constant de la droite dans le racisme et la xénophobie résonne comme une tentative de camoufler le prix que devra payer le peuple – français et étrangers confondus –, pour financer une politique au service des plus riches.
Julien Attal
LOPPSI II : SURVEILLER, FICHER, PUNIR
janvier 28, 2011 by Rédaction
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La « loi d’orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure » est un énième texte répressif d’inspiration sécuritaire. Retour sur une loi passée presque inaperçue.
A l’instar de tous ces textes qui ont été votés à un rythme effréné depuis 2007, LOPPSIII a été adoptée « du bout des lèvres » par la majorité UMP au Sénat il y a quelques semaines. Ce projet de loi, qui devra repasser à l’Assemblée Nationale, est le symbole de l’idéologie qui gouverne notre pays depuis plusieurs années. Il condense des dispositions répressives n’ayant entre elles aucune véritable cohérence. Un pêle-mêle qui prend pour cible les libertés avec en ligne de mire les jeunes et les étrangers.
Le fichage des citoyens toujours plus important.
Tout en reconduisant les dispositifs actuels, la majorité UMP s’apprête à les étendre. Les données relatives à un suspect innocenté ne seront plus systématiquement effacées : seront donc maintenues dans les fichiers dits « d’antécédents » des personnes qui, en réalité, n’en ont pas !Le fichage administratif est aussi de mise pour les mineurs délinquants avec la transmission systématique de toutes les décisions judiciaires les concernant au préfet et au président du conseil général.
Une surveillance généralisée.
Cette loi, si elle est définitivement adoptée, permettra également à toutes les entreprises privées d’implanter sur la voie publique des systèmes de vidéosurveillance « aux abords de leurs bâtiments et installations ». De même, le couvre-feu pour les mineurs de moins de 13 ans s’accompagnera d’une pénalisation des familles en difficulté qui risqueront une amende et la suspension des prestations sociales. Les étrangers dans l’attente d’une « mesure d’éloignement », quant à eux, qui ne se présenteraient pas régulièrement à la police, seront passibles d’un an de prison. De nombreuses mesures liberticides sont prises : filtrage des sites internet par la police, répression accrue sur certaines catégories de population comme les Roms (avec la possibilité d’une évacuation d’office étendue aux « campements illicites »), méfiance vis-à-vis du Juge comme gardien des libertés… ne sont là que quelques exemples. Au regard de son contenu, ce projet de loi semble mettre sous tutelle la justice et restreindre les nos Libertés Publiques : serions-nous en train d’assister à l’avènement d’un Etat sécuritaire et paranoïaque ?
Renaud Boissac
LES JEUNES, CIBLES D’UN DISCOURS GUERRIER
janvier 25, 2011 by Rédaction
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Dans l’offensive sécuritaire déclarée par les tenants du pouvoir, les jeunes sont encore une fois les premières victimes mais également les premières cibles. Retour sur une déclaration de guerre.
L’objectif fixé par le gouvernement semble être à la fois d’habituer les nouvelles générations à être surveillées partout et à tous les instants et de banaliser ces dispositifs sécuritaires. Les jeunes seraient donc à la fois en danger et dangereux pour notre société.
Jeunes = délinquance = immigration
A Grenoble en juillet dernier, le président de la République déclare la « guerre » à la délinquance incarnée par la jeunesse. Cela va sans dire pour le chef de l’Etat, plus cette jeunesse est d’origine étrangère ou d’un milieu social modeste, plus elle constitue une menace pour la société. Aussi, faudrait-il taper très fort face à des comportements qui seraient de plus en plus violents et de moins en moins français car ils sont commis par des Français mais… « d’origine étrangère ». En filigrane dans ce discours, Sarkozy propose de démanteler toutes les dispositions progressistes de la justice des mineurs qui visaient avant tout à apporter une réponse sociale et pédagogique plutôt que pénale. Dans le même temps, le gouvernement communique pour montrer qu’il s’intéresse à la jeunesse. Il ressort ses vieilles lunes méritocratiques pour aider à la réussite (individuelle) de « la France de demain ».
Ecole-caserne et usines à précaires
Pour l’école, Luc Chatel et Fadela Amara instaurent l’autonomie des établissements et la mise en place d’internats d’excellence, notamment en direction « des jeunes de banlieue méritants ». Parallèlement, ils créent des internats pour « élèves perturbateurs » (véritables prisons pour mineurs qui ne portent pas leur nom), suppriment des moyens d’encadrement (profs, éducateurs), imposent la présence d’un policier référent dans les établissements. Leur message pour les jeunes est ainsi : « tu bosses en silence même si tu n’as rien ou on te sanctionne lourdement ». Pire, le récent rapport Bockel préconise un repérage des troubles du comportement dès l’âge de 2 ou 3 ans. En terme d’emploi, le gouvernement et son ministre de la jeunesse ont lancé le second volet du Plan jeunes fin septembre. Pour faire face à la précarité, la mesure phare est une allocation d’autonomie dont le montant est de…250 euros, même pas de quoi payer un loyer ! Si on avait l’objectif de créer une société faite de précarité, de division et de haine pour empêcher à la base toute remise en cause du capitalisme et de ses multiples formes de domination, on ne s’y prendrait pas autrement.
Adeline Medjkoune
Politique sécuritaire : Le point de vue de Jean-Pierre Dubois, président de la Ligue des Droits de l’Homme (LDH).
décembre 12, 2010 by Rédaction
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Avant-garde : Que pensez-vous de la politique sécuritaire et d’immigration de Nicolas Sarkozy et en particulier de la dernière loi Besson ?
Jean-Pierre Dubois : A la Ligue des Droits de l’Homme, nous sommes totalement hostiles à cette contre-réforme. Le gouvernement parle de réforme, je préfère parler de contre-réformes. La plus grande fabrique de sans papiers c’est finalement la législation. Depuis des années, la plus grande partie des sans papiers ne sont pas entrés illégalement mais ont basculé dans l’illégalité à cause des durcissements de la législation. C’est une machine à fabriquer de la discrimination et de la xénophobie. L’origine de cette loi, c’est ce qui est arrivé en janvier en Corse : des réfugiés kurdes qui arrivaient de Syrie. Ils ont été débarqués par un bateau qui leur a fait croire qu’ils étaient arrivés en Europe du Nord. Ces gens étaient complètement perdus, la mairie de Bonifacio leur a ouvert un gymnase, le préfet de Corse l’a transformé en zone d’attente et en quelques heures on les a envoyés en centre de rétention un peu partout en métropole. Heureusement, nous avons pu, avec d’autres associations, saisir les juges des libertés et des détentions – ce sont des juges judiciaires qui peuvent contrôler la régularité du placement en rétention administrative – et nous avons pu obtenir l’annulation de toutes les mesures et ils ont tous été libérés. Monsieur Besson a été furieux de cette défaite judiciaire et il en tire des conclusions qui sont parmi les points les plus choquants de ce texte : il invente cette notion délirante qu’est la zone d’attente mobile : il suffit qu’un certain nombre d’étrangers entre ensemble sur le territoire français pour créer une zone d’attente, c’est-à-dire un endroit ou on peut les boucler, où on rend extrêmement difficile leur accès au droit d’asile et même leur existence juridique. Jusqu’à présent les zones d’attente n’existaient que dans les aéroports et dans certains ports, maintenant c’est n’importe où, on peut faire des zones d’attente à la demande. D’autre part, les pouvoirs du juge judiciaire sont diminués puisqu’on ne peut plus le saisir avant cinq jours, or chacun sait que la plupart des expulsions se font avant. Autrement dit on essaye d’empêcher le contrôle judiciaire parce qu’il y a aujourd’hui beaucoup de reconduites à la frontière qui sont paralysées par ce contrôle. Donc c’est aussi une loi anti-juge qui vise à rendre le contrôle des juges indépendants plus difficile. Et il ya d’autres choses. Par exemple le passage de la durée de rétention de 32 à 41 jours et toute une série de mesures qui sont vraiment le signe même de l’acharnement contre les étrangers. On pourrait aussi citer les amendements Mariani qui visent à détruire ce qui reste de l’accès aux soins pour les étrangers malades, ce qu’on appelle l’Aide Médicale d’Etat pour les étrangers sans-papiers. On a vraiment une espèce de quête méthodique de tout ce qui peut rendre la vie infernale aux étrangers. C’est un gouvernement qui essaye de fermer la France sur elle-même et qui n’a pas la moindre idée du monde dans lequel nous vivons.
AG : Qu’est-ce que vous attendez de l’opposition de gauche ?
J-P.D : Nous sommes engagés dans une démarche que nous appelons le Pacte pour les droits et la citoyenneté. L’idée est très simple. nous faisons tous un travail de critique des régressions des droits et libertés, nous sommes comme les syndicats et beaucoup d’autres associations submergés sous l’avalanche de contre-réformes. Il y a des fronts qui s’ouvrent chaque semaine. C‘est d’ailleurs la stratégie de Sarkozy : de saturer les défenseurs des droits. Il faut donc qu’on prenne un peu de recul, qu’on prenne le temps de réfléchir, et qu’au lieu d’être tout le temps sur la défensive et reculer sur tous les fronts, on réfléchisse à des propositions alternatives. Alors nous notre travail n’est pas d’être un parti politique et de construire un programme d’alternance. mais en revanche, comme défenseur des droits nous avons des idées sur ce qu’on pourrait faire d’autre, sur des alternatives de fond pour garantir les droits. Il y a aujourd’hui plus de 45 organisations syndicales et associatives qui ont signé ce pacte. On s’est regroupé au niveau de ce qu’on appelle la société civile et nous interpellons les forces politiques (sauf l’extrême droite), c’est-à-dire les partis politiques mais aussi les parlementaires et les élus locaux parce que souvent les collectivités territoriales ont un rôle à jouer dans la défense et dans la garantie des droits. Et le moment venu on interpellera les candidats aux élections présidentielles et législatives.
AG: Que pensez-vous de la réaction de la commissaire européenne Viviane Reding et plus généralement de la défense des droits de l’homme au niveau européen ?
J-P.D : On n’a pas attendu madame Reding pour commencer à défendre les droits au niveau européen, même si on se félicite de sa réaction. On a créé une association européenne des droits de l’homme, qui regroupe les LDH de l’ensemble des pays de l’Union européenne, qui d’ailleurs est membre de notre fédération international à l’échelle mondiale (la FIDH). On est en train de renforcer un pôle d’ONG associatives et syndicales pour faire contrepoids à l’énorme organisation du patronat européen que l’on appelle l’UNICE et qui est un lobby très puissant auprès de la Commission Européenne. Parce qu’on ne pourra améliorer la défense des droits auprès des institutions européennes que s’il y a un mouvement civique et social qui se construit à grande échelle, et on en est très loin : il n’y a pas vraiment de parti politique européen réellement structuré, l’action syndicale européenne progresse mais peu et sur le plan associatif on n’en est encore qu’au début mais on y travaille.
AG: Quel avenir ? Les droits de l’homme sont-ils en danger en France ?
J-P.D : Oui. Il y a une régression très ancienne, qui date du milieu des années 70 et qui est évidemment accélérée avec Sarkozy depuis 2002 et encore plus depuis 2007.Et comme on dit souvent, le recul de l’Etat social c’est aussi la montée de l’Etat pénal. On ne peut pas séparer le traitement des libertés, le traitement de l’égalité des droits et des étrangers, la lutte contre le racisme et la xénophobie et la question sociale. Pour nous cette question c’est l’indivisibilité des droits et renverser cela rompt la perspective de progrès social. Notre démarche est vraiment de dire : on ne veut absolument pas opposer ce que certains appellent gauche morale et gauche sociale. Il ne peut y avoir de retour du progrès que sur les deux terrains en même temps. Il faut imposer que, dans le débat qui va préparer la grande échéance politique de 2012, les questions de fond soient au premier plan, pour que les gens puissent voter en connaissance de cause. Je pense que c’est un peu notre façon de procéder en toute indépendance pour ouvrir un espace d’espoir parce que depuis de longues années le ciel a tendance à s’assombrir un peu.
Interview réalisée par Boris Kozierow




