En première ligne pour morfler, pas pour contester ?

« Cette loi ne concerne pas les jeunes ! ». Le refrain habituel des médias, des ministres est déjà de sortie. La loi travail ne concernerait pas les jeunes, surtout ceux qui sont en formation. Et donc, on n’aurait pas notre mot à dire sur l’avenir ? Pourtant, si on regarde notre situation, il semble logique de voir autant de jeunes se faire entendre. 1 jeune sur 5 sous le seuil de pauvreté, 25% de chômage (et 40% pour les jeunes sans qualification) et plus de 100 000 jeunes qui sortent du système scolaire sans qualifications. Un tableau sombre qui justifie qu’une génération ne se laisse pas imposer de nouvelles humiliations.

Car la jeunesse a bien été et reste un cœur de cible depuis des années. A chaque loi ou « réforme » qui visent à « flexibiliser » le travail, il s’agit d’enlever des droits collectifs. Pour s’attaquer à l’ensemble des salariés, les jeunes sont un outil efficace. Ainsi, la loi sur les Accords Nationaux Interprofessionnels (dit ANI) de 2013 instaure la taxation des contrats à durée déterminée (CDD) pour empêcher les abus de contrats courts par les entreprises. Mesure intéressante mais… qui exclut les moins de 26 ans par une dérogation!

La priorité jeunesse pour mettre la priorité sur notre précarité !

La priorité jeunesse du président de la République n’a débouché que sur des mesures temporaires et de nouveaux contrats particuliers : emplois d’avenir, emplois francs, service civique. Comme si le CDI n’était qu’un lointain mirage…

Pas d’accès au droit commun donc alors que les jeunes ne demandent qu’un traitement normal. Il ne peut y avoir quand les lycées et les universités ne fonctionnent pas normalement faute de moyens, que les missions locales ne peuvent recevoir et suivre tous les jeunes en recherche d’aide, que les premiers emplois supprimés dans les plans de licenciement sont les contrats courts (CDD, intérim) et les derniers arrivants, touchant ainsi massivement les jeunes. C’est cette situation vécue dans le quotidien qui pousse à la contestation.

Dire même que la loi El Khomri comme les précédentes est faite pour les plus jeunes, c’est mépriser et attiser le vécu difficile de nombre d’entre nous.  Il faut croire que les jeunes ne sont majeurs uniquement pour imposer une vie plus dure qu’aux autres adultes ou dans le domaine pénal. Pour le reste, les jeunes doivent simplement subir et souffrir en silence…

C’est ce qui insupporte les tenants du pouvoir quand ils refusent notre expression alors qu’ils n’hésitent pas à parler au nom d’une génération avide d’égalité et de justice.

 

Feu sur les quartiers : le procès permanent de ceux d’en-bas dans les médias

Comprendre l’horreur pour la combattre et éviter qu’elle se reproduise est nécessaire. Les grands médias n’ont pourtant pas joué ce rôle citoyen, prouvant une fois de plus que leur priorité n’est pas forcément d’informer.

10 janvier dernier : 3 jours après le massacre au siège de Charlie Hebdo et de l’Hyper Casher, le journal Le Monde publie un article sur ces collégiens et lycéens de Saint-Denis, « pas Charlie ». On y apprend que des jeunes de quartier seraient ainsi des soutiens des criminels en justifiant leur action. Des paroles parfois dures, condamnables mais quelles étaient les questions ? Pourquoi des jeunes ? Et au fait, pourquoi aller à Saint-Denis plutôt que Neuilly ou une autre ville riche ? Aucun des assassins n’est pourtant du 93…

Des enseignants ont heureusement pris la plume pour faire entendre leur voix et montrer le vécu de quartiers en souffrance sociale. Ces problèmes sont les suivants : éducation au rabais, discriminations, violences policières, chômage de masse. Autant de violences du quotidien à laquelle s’ajoute celle des médias pour qui la banlieue, les quartiers sont classés dans les rubriques délinquance, faits divers et phénomènes de société (communautarisme, terrorisme).

Tout ça sans évidemment donner la parole aux personnes concernées et en privilégiant le sensationnel et les images choc. Ce qui a valu une mise en garde de l’autorité de contrôle des médias (CSA). Mais ce fameux contrôle a ses limites car il s’agit d’un problème plus profond.

Après tout, le traitement médiatique du double massacre de début janvier n’est que le reflet d’une société qui a décidé de trouver tous les maux du monde auprès d’une catégorie de la population. Les journalistes gardent cet inconscient colonial qui voit les quartiers comme un milieu externe. Mais comment s’en étonner quand ils viennent pour la grande majorité du même milieu social et ont fréquenté les mêmes grandes écoles ? N’oublions pas que les grands médias sont aux mains des plus grandes fortunes du pays. Pour eux, faire de l’information est un business et pas une démarche citoyenne pour comprendre le monde…

Heureusement, comme à Vitry (94) ou au quartier de la Villeneuve à Grenoble, des gens s’organisent pour contester les reportages dégradants et stigmatisants. Des actions qui gagnent à être connues pour redonner la parole à ceux qui vivent dans les quartiers.  10 ans après les émeutes de 2005, qui ont vu la naissance du Bondy Blog pour faire entendre une autre information, le combat reste entier.

Jules Rondeau

Faire exister notre histoire, continuer à résister

De Mandela à aujourd’hui, de Johannesburg à Paris….

En 1986, l’étudiant Malik Oussekine mourrait tragiquement sous les violences policières. Marches, révoltes dans les quartiers font face au racisme, à la montée du Front National arrachant de premières victoires électorales. C’est dans ce contexte que se lance la campagne pour la libération de Nelson Mandela. Si la jeunesse de France n’a pas tardé à se saisir de cet illustre inconnu pour en faire le symbole de son oppression, mais aussi de son espoir, c’est qu’elle est tout autant stigmatisée que déterminée à ne plus subir. Aujourd’hui, alors que son cœur bat au rythme des crimes et injustices que subit le peuple Palestinien, notre génération, après avoir été celle qui a fait libérer Salah Hamouri, veut gagner la reconnaissance d’un état palestinien et la libération des prisonniers politiques. Comme hier, notre aspiration à la paix et à l’émancipation est prise entre deux feux, celle de la récupération de son combat par ceux qui souhaitent remplacer une domination par une autre ; et ceux qui voudraient nous faire croire que la colonisation, n’est en fait qu’un « conflit » de religion, et que dénoncer les exactions du gouvernement Israélien relève de l’antisémitisme. Force est de constater que le discours des amis de Soral et Dieudonné se marie à merveille avec celui qui justifie la colonisation. Pas besoin de prendre conscience que c’est l’intérêt financier qui pousse les dirigeants européens à fermer les yeux et à laisser Netanyahou violer le droit international. Pas besoin de dénoncer les entreprises bien françaises qui s’y enrichissent au quotidien. Tout ce beau monde est d’accord pour dire que le débat se résoudrait à choisir d’aimer ou d’haïr les juifs. Il réduit donc au silence ceux, qui ici comme là-bas, s’élèvent contre un système qui les opprime tout autant. Une société liberticide, ou s’enracinent de profondes inégalités sociales.

Les pistes sont aujourd’hui brouillées, de grandes figures du combat anti-raciste se rient de la mort de Clément Méric, ou font passer l’enseignement pour l’égalité hommes-femmes (photo ci-dessus)  pour d’absurdes séances d’apprentissage de la masturbation dès 8 ans. Tout le talent de nos dirigeants a été de faire passer ces chiens de garde de la domination raciste et sexuelle pour les nouveaux rebelles de notre temps. Subversifs les anti-IVG ? C’est pourtant bien les gouvernements successifs qui par la politique d’austérité conduisent ces établissements à mettre la clé sous la porte. Subversive l’homophobie ? Hier encore, une Ministre socialiste associait l’homosexualité au SIDA. Subversif l’antisémitisme ? Il nous divise, au lieu de nous permettre de faire pression ensemble sur nos gouvernements. En ces temps troubles, rappelons-nous la leçon livrée par le combat de Nelson Mandela : aucune liberté pleine et entière ne peut se conquérir en stigmatisant d’autres groupes. Toute violence à l’encontre de ceux qui ont une couleur, une religion, une orientation sexuelle différente de la nôtre est une violence retournée contre nous-mêmes. La jeunesse de France est mue par la même aspiration de justice, nos différences ne sont pas une barrière mais une force.

Cyril Thomas

10 ans de frénésie sécuritaire SORTIR DU GOUVERNEMENT PAR LA PEUR !

Dès 2002, le Front National devient l’arbitre des débats politiques en France, déplaçant tous les discours sur ses positions : l’immigration, l’insécurité, les croyances, la famille… Pour répondre aux craintes que provoquent la montée du chômage et les menaces que fait peser la mise en concurrence de tous les peuples dans la grande guerre économique, les gouvernements successifs vont jouer sur les peurs.

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La France d’il y a dix ans ne connaissait pas de chantage sur sa dette. On disait même qu’il y avait de la croissance et l’idée du moment était de réduire le temps de travail… Et pourtant, c’est cette France-là qui a conduit petit à petit Nicolas Sarkozy vers le pouvoir et le programme du Front National à s’appliquer par les lois de l’UMP.

Un mal qui prend racine dans les inégalités les plus profondes du système

Cette politique, on la retrouve dans la multiplication des lois qui ont réformé le travail de la justice et de la police pendant dix ans. Le souci des gouvernements successifs est simple : à mesure qu’avance leur politique de casse sociale incarnée dans les réformes de l’éducation et du droit du travail, il faut maitriser tous les contestations que cette situation provoque.

Chaque gouvernement va donc faire évoluer la justice et la police dans ce sens (lire ci-dessous). Mais la croissance perpétuelle du chômage, la baisse générale du pouvoir d’achat et l’affaiblissement progressif de tous les systèmes de solidarité nécessitent des réponses qui dépassent les seuls outils de répression.

Le nouvel ordre sécuritaire et ses boucs émissaires

Dans la France de 2012, rares sont les employés de services publics qui ne connaissent pas une mission qui participent au « flicage permanent » de chaque citoyen. De Pôle Emploi aux inspecteurs et médecins du travail mis sur le dos des chômeurs et des salariés en arrêt maladie. Des assistantes sociales, personnels d’encadrement des collèges et lycées et médecins scolaires mis au service des préfets et procureurs. Des maires contraints d’adopter la vidéosurveillance sous peine d’avoir toutes les difficultés du monde à financer une police municipale. Le secret professionnel des personnels sociaux et de santé est bafoué. Dès le plus jeune âge, des fichiers généraux sont créés pour aboutir au fichier géant de la Police Nationale institué par Claude Guéant juste avant de quitter le ministère de l’intérieur.

L’UMP et le FN ont imposé peu à peu l’idée que chaque jeune, chaque immigré, chaque chômeur, chaque syndicaliste et chaque supporter de foot est d’abord un délinquant potentiel, et non plus un citoyen. C’est la République et l’idée d’égalité qui sont remises en cause. Une des premières missions de la gauche qui devra gagner les législatives, c’est d’annuler toutes les lois d’oppression prise pour maintenir l’ordre de Neuilly : une France soumise aux exigences des grandes entreprises qui méprisent tous ceux qui cherchent un avenir meilleur.

Omar Z.

LA FIN DE LA JUSTICE DES MINEURS ?

Depuis 1945 la France s’est dotée de règles et d’outils spécifiques pour traiter les entorses aux lois de tous ses enfants. C’est une justice tout à fait différente de celle appliquée aux adultes majeurs. L’idée est simple : un mineur doit être éduqué et ne peut pas être estimé responsable de tous ses actes. Une philosophie largement remise en cause tout au long des 10 ans de pouvoirs de l’UMP.

justicemineurs

Nicolas Sarkozy a brisé tous les principes de la justice des mineurs en France. Après avoir prévu les « peines planchers » en cas de récidive, l’UMP veut à présent les étendre aux « réitérants ». Des jeunes qui,  après avoir purgé une peine, pourraient subir des peines planchers pour absolument tout autre délit. C’est la suppression de la particularité de chaque jugement, de chaque instruction, de chaque condamnation. La Justice devient une machine à punir.

Le principe d’égalité bafoué

C’est le cercle vicieux d’une vengeance de la victime sur le criminel ou le délinquant. La peine devrait être purgée pour la société et pas pour la victime ou ses proches. C’est alors à la société de prendre en compte le dédommagement de la victime. Ainsi, elle est un intermédiaire impartial.

La justice n’est pas une réaction à un fait divers. Un jeune, un enfant, est un adulte en devenir. Il ne doit pas être soumis à des sanctions automatiques inadaptées à sa personne et sa situation. À 12 ans, on est un gosse, qui a le droit d’être éduqué, aidé, accompagné, et pas irrémédiablement sanctionné. L’abaissement de la majorité pénale à 16 ans, celle de la responsabilité pénale à 13 ou 12 ans, la multiplication des centres fermés : tout cela met un terme à la spécificité de la justice des mineurs.

La délinquance n’est pas une vocation

Avant d’être délinquant, on est une personne avec une histoire. Parfois, on est victime de soi-même ou de ses conditions de vie qui régressent, d’une éducation imparfaite que l’école ne fournit pas, de l’ennui qui envahit une vie où les loisirs sont hors de prix.

Les réponses répressives apportées aujourd’hui  ne s’adaptent pas à ces situations. Lorsque la police, pour remplir des quotas, arrête un guetteur ou un revendeur, le problème est détourné car ce dernier sera remplacé et le système continuera à tourner.

Certains diront qu’ils « choisissent la facilité » plutôt que de travailler, mais ce ne sont que des phrases toutes faites. Le problème, c’est le travail qui n’est pas là.

Construire une autre ambition pour la justice ?

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la justice devait épargner les jeunes qui n’étaient pas responsables de la situation dans laquelle ils grandissaient. Beaucoup se tournaient déjà vers l’illégalité par manque de moyens pour vivre, mais ils étaient des exceptions. Aujourd’hui, ces jeunes sont toujours exceptions. Comme la guerre n’était pas celle des jeunes en 1945, la crise actuelle n’est pas la nôtre. En 2012, et en tous temps, les jeunes ne devront jamais payer les erreurs de leurs aînés.

Hugo Poidevin

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