Camille Lainé: « Nous devons être présents dans tous les espaces possibles »

mai 9, 2016 by  
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Alors que la mobilisation se poursuit sous l’impulsion des jeunes, nous avons posé quelques questions à la nouvelle secrétaire générale du MJCF Camille Lainé.

 

Plusieurs manifestations ont eu lieu pour dénoncer le projet de loi de réforme du Code du travail. Comment analyses-tu le rejet de cette loi par les jeunes et plus généralement par les travailleurs?

Une vraie dynamique s’est lancée dans le pays et ce n’était pas arrivé depuis des années. C’est le premier mouvement social du quinquennat, le premier vrai mouvement social sous ce gouvernement dit de gauche. La loi El Khomri représente une des plus grosses attaques envers le monde du travail de ces 20 dernières années. C’est un retour au 19e siècle avec la volonté de sabrer tous nos droits acquis après des luttes sociales historiques. Pourtant, des attaques ont déjà eu lieu ces dernières années : on peut citer, l’ANI, la loi Macron, la loi Rebsamen et bien d’autres. Mais cette loi est l’aboutissement d’un projet de destruction généralisée du travail. Précarisation grandissante, facilitations des licenciements, toujours plus de cadeaux aux patrons… Bref, encore des réjouissances  applaudies par le MEDEF puisque Pierre Gattaz avait dit, au moment où le projet de loi sortait, que cette réforme allait dans le bon sens… De quoi se poser de sacrées questions… Mais a priori le gouvernement trouve ça normal: ce qui n’est pas le cas du million de gens et des centaines de milliers de jeunes mobilisés !

Les jeunes sont présents massivement dans les cortèges. On entend souvent dire d’eux qu’ils se désintéressent de tout pourtant. Est-ce que tu considères qu’une génération entre en action ?

Forcément, c’est facile de taper sur un mouvement pour le décrédibiliser, bien plus facile que de se remettre en question. Alors, on aura tout entendu au début : « les organisations de jeunesse manipulent les jeunes » « les jeunes n’ont pas lu le projet de loi, ils ne comprennent pas ». Mais contrairement à ce que nos gouvernants pensent, les jeunes ne sont pas débiles et s’ils descendent dans la rue à plusieurs centaines de milliers, c’est qu’il y a des raisons ! Depuis 2012, on entend « priorité jeunesse » mais on ne voit rien venir mise à part toujours plus de galères. Le ras le bol se transforme donc en mobilisation : des centaines de lycées bloqués, des facs mobilisées partout en France et des Jeunes Communistes à l’offensive partout, tout le temps ! Nous sommes mobilisés pour le retrait, mais aussi autour de propositions alternatives avec 23 organisations de jeunesse. Ça faisait longtemps qu’il n’y avait pas eu une dynamique de rassemblement aussi forte ! Et ça fait peur de voir tous ces jeunes dans la rue ! Après la première journée de mobilisation du 9 mars, le gouvernement a déjà annoncé des reculs pour espérer calmer cette jeunesse qui se mobilise, un mois plus tard. Quand la mobilisation s’amplifie, Manuel Valls annonce 11 mesures pour les jeunes ! C’est le rapport de force que nous construisons en étant dans la rue qui nous a permis d’obtenir des avancées ! Mais ça ne suffira pas ! Nous arracherons tout ce que nous pourrons mais on ne lâchera rien jusqu’au retrait de la loi travail qui est un vrai danger pour nous tous. Nous restons par ailleurs vigilants face aux tentatives de criminalisation de nos actions et à la répression policière qui l’accompagne.

Ce mouvement aura-t-il une suite ? Quelles modalités d’action envisagez-vous ?

Ce mouvement a déjà des suites avant d’être fini, on voit bien que ça dépasse le cadre strict de la loi travail, même si il ne faut pas l’oublier évidemment. Déjà, ce mouvement a aussi eu un écho très fort dans les réseaux sociaux et il est même parti un peu de là : entre la pétition massive signée plus d’un million de fois, les youtubeurs et leur #OnVautMieuxQueCa etc… Ce sont aussi des formes nouvelles de mobilisations qui se créent, il faut s’en saisir, mais rien ne s’oppose ! Les manifestations et les jours de grèves, la distribution de tracts sont évidemment indispensables mais aucunement en opposition avec la fameuse pétition ou alors les nuits debout ! D’ailleurs, on se rend compte qu’à travers tous ces gens qui se rassemblent sur des places un peu partout en France qu’il y a une volonté de réappropriation de l’espace public, de plus de démocratie et d’échanger de discuter. Il faut que nous soyons présents dans ces espaces et nous y sommes en tant que Jeunes Communistes pour bien sûr parler de la loi travail et de son retrait, pour aussi porter des perspectives d’avenir notamment avec nos propositions autour du statut social du jeune travailleur en formation et plus globalement pour faire de la politique avec les gens. Les vacances scolaires sont là certes, mais nous ne lâchons rien. Nous devons être présents dans tous les espaces possibles et porter haut et forts nos propositions ! Le gouvernement pense que nous ne sommes bons qu’à gueuler dans la rue, sans but, pour le plaisir. Mais non, les jeunes de ce pays ont des idées, des envies et des aspirations pour leur avenir ! On en fera la démonstration parce que nous voulons changer concrètement nos vies.

Élections départementales 2015: et les droits des jeunes?

mars 16, 2015 by  
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Les 19, 20 et 21 Décembre dernier le Congrès du MJCF a lancé une Charte revendicative : 10 batailles urgentes pour l’avenir des jeunes ! Cette charte reprends les contenus concrets que les jeunes communistes développent déjà dans leurs villes, ou veulent développer.

Elle à pour principal objectif d’améliorer concrètement nos conditions de vies en tant que jeunes. Accès à l’emploi, garantie d’un travail stable et rémunéré correctement, droit aux transports, à une éducation de qualité, vivre ensemble dans un monde de paix sont autant de positions pour lesquelles nous luttons.

En 2013, François Hollande parlait de la diminution du nombre de régions, de la future suprématie des intercommunalités et la destruction des départements. La réforme territoriale engagée par les gouvernements précédents prend désormais de plus en plus d’importance avec le gouvernement socialiste, et ce au nom « d’économie dans les services publics ». Pourtant, c’est bien de plus de moyens qu’ont besoin les politiques publiques pour en finir avec les politiques d’austérité qui nous touchent jusque dans nos départements. Supprimer les départements, c’est sacrifier la démocratie en nous éloignant toujours plus des lieux de décisions, et c’est casser de nombreuses politiques en direction des jeunes.

Les élections départementales, des 22 et 29 Mars prochain, sont donc un enjeu électoral plus que décisif pour les jeunes et la démocratie locale. Les départements et les conseils départementaux sont des institutions incontournables en ce qui concerne les politiques sociales et de jeunesse. A nous de faire de cet évènement le moyen de faire entendre nos revendications pour des politiques ambitieuses en direction des jeunes.

Le département est une institution qui agit pour l’action sociale, nécessaire à la solidarité, et c’est là ce que nous revendiquons : plus de crèches départementales, des aides d’envergure pour le sport, pour les associations, pour les vacances !

Nous revendiquons aussi un accompagnement dans l’autonomie, à travers notamment nos formations, et les conseils généraux y ont un rôle à jouer. Par exemple, la proposition 2 de la charte est que «Les formations doivent être émancipatrices : permettre à chacun de développer un regard critique et d’être autonome. ». Concrètement, cela peut se traduire par des aides à la recherche de stages ou d’emploi par le département, des accompagnements solidaires et personnalisés, ou encore le travail avec les missions locales. Voilà donc tant de propositions d’actions sociales pour nous aider à bien commencer notre vie d’adulte !

Témoignages

AG: C’est quoi pour toi un département communiste comme le Val-de-Marne ?

Maëlle – 16 ans, lycéenne – Val-de-Marne

Pour moi, le département c’est des actions au quotidien dans la vie des gens. Mon département est communiste et mon expérience la plus importante est que le Conseil Général rembourse la moitié de ma carte de transports. Ma mère – si elle n’était pas remboursée à l’année – avec le salaire qu’elle a, ne pourrait pas me payer les transports au vu de tous les autres choses qu’elle à payer ! Le Conseil Général du Val-de-Marne c’est aussi beaucoup d’aides pour le sport. Quand j’étais plus petite j’ai fais pas mal de sports grâce à ces subventions !

Jeanne – 19 ans, étudiante en histoire – Val-de-Marne

Un des premiers rapports que l’on a avec le département quand on est jeune c’est la distribution de matériels pour l’éducation : dictionnaire, clé USB, ordinateur… Cela traduit l’importance que donne le département du Val-de-Marne à l’éducation et à l’enfance. Les crèches départementales sont très nombreuses dans le Val-de-Marne, à la fois pour aider les parents mais pour permettre dès le plus jeune âge l’accès à tous à l’éducation et aux loisirs. Le département du Val-de-Marne c’est aussi la création d’espaces verts, comme le parc des Cormailles, à Ivry-sur-Seine, qui est en plein centre-ville, fréquenté par tous, on y croise des personnes de tout âge et il y a un mur d’expression artistique qui fait sortir l’art et la culture de son cadre institutionnel auquel tous les jeunes n’ont pas forcément accès.

Loup-Etienne – 21 ans, ingénieur dans le son – Val-de-Marne

Le département c’est une institution très représentative de la population, qui a beaucoup de moyens d’action et qui peut donc apporter des réponses par rapport aux problèmes du quotidien. J’ai été particulièrement sensible à la création des parcs départementaux qui sont des « poumons verts » dans nos villes urbanisées. On vit entouré d’immeubles et les parcs ça nous fait un bien fou ! L’accès à la culture est aussi très important pour le Conseil Général du Val-de-Marne, qui subventionne les associations, les activités culturelles pour les écoles, des projets de films, etc… Et puis aussi le Mac-Val (musée public d’art contemporain) ! Mais la culture est partout, elle est aussi dans nos rues, et nos élus communistes tiennent à cette « culture pour tous », avec par exemple le FestiJunior est financé par le Conseil Général. C’est un festival qui accueille 28 000 personnes dont une très grande partie de jeunes.

 

AG: Quels sont les enjeux des élections départementales dans ton département ?

Marie-Lou19 ans, étudiante en histoire et lettres modernes – Alpes-Maritimes

Je suis candidate aux élections départementales à Nice dans le canton du Port-La vieille ville. Le Conseil Général des Alpes-Maritimes est présidé par Eric Ciotti (UMP) qui n’hésite pas à faire des alliances avec le FN et l’extrême droite. Ils ont divisé le canton communiste en deux et on voulait avoir un délégué départemental pour le prochain mandat pour revendiquer que l’on est contre l’austérité. Cela passe par la revendication pour avoir plus de logements sociaux et de cité universitaire car le foncier à Nice est très cher. Nous demandons aussi à favoriser l’insertion des jeunes à l’embauche avec plusieurs partenariats (missions locales, entreprises locales). C’est aussi une lutte pour avoir plus d’accès à la santé : le planning familial très peu ouvert ou le personnel est débordé, il n’y a pas assez de moyens mis dans la santé et dans les locaux qui sont en mauvais état. Et en ce qui concerne les transports, les jeunes encore plus précarisés car nous avons beaucoup de problèmes à nous déplacer.

Théodore23 ans, étudiant en Master d’histoire recherche – Haute-Garonne

Je suis candidat aux élections départementales à Léguevin. Chez nous, il y a de fortes disparités entre le milieu rural et l’agglomération toulousaine et nos revendications en tant que jeunes concernent surtout les questions de transports. Il n’y pas beaucoup de lignes hors de Toulouse et surtout le service se termine tôt (souvent vers 18h ou 19h). Cela veut dire : pas de sorties le soir et ça rend aussi l’accès aux loisirs très compliqué. Donc, on demande une extension de l’amplitude horaire des transports ainsi qu’un ticket unique pour les réseaux de bus, de TER et de métro dans le département. Nous revendiquons que le département aide les petites communes à construire des MJC (Maison des Jeunes et de la Culture) pour favoriser l’accès aux loisirs et offrir un espace aux jeunes. Tout ça, c’est le Conseil départemental qui doit s’en occuper.

Propos recueillis par Sabrina Robin

De la fourche à la fourchette : ensemble pour une autre chaîne alimentaire !

mars 13, 2013 by  
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La crise à de multiples formes : elle est économique, politique mais c’est aussi une crise de confiance. Que trouvons-nous dans nos assiettes? Ces dernières années, les scandales alimentaires se sont succédés : vache folle, pesticides, fièvre aphteuse, grippe aviaire et maintenant l’affaire des lasagnes à la viande de cheval. Comment en sommes-nous arrivés à douter de nos assiettes ? Quelles sont les alternatives ? Il est grand temps de changer tout cela, de la fourche à la fourchette…

Chronique d’un incident du libéralisme

Croire que la somme des intérêts particulier fait l’intérêt général, voilà une théorie qui prend du plomb dans l’aile. Nestlé, Findus, Auchan : de nombreuses entreprises sont touchées par ce scandale. L’hypothèse d’une arnaque isolée s’éloigne de plus en plus et force est de constater que les racines du mal sont bien plus profondes. Cela témoigne d’une difficulté à gérer la qualité agroalimentaire quand le choix est fait de ne plus être en contact avec les matières premières qu’on utilise. Les premiers affectés par ces choix malhonnêtes sont bien sûr les travailleurs de l’agroalimentaire. On peut d’ailleurs saluer les positions de la FNAF-CGT[1] qui souligne l’impact néfaste des politiques de l’OMC, qui faisant du libre-échange une priorité pour l’agriculture, a ouvert la porte à des trafics de grande ampleur.

Quoiqu’il en soit ces affaires ont le mérite de relever de nombreux dysfonctionnements dans notre système. Le premier, sans doute le plus frappant est la multiplicité des intermédiaires. C’est le fruit d’une politique de recentrage acharnée des firmes capitalistes vers ce qu’elles appellent leur « cœur de métier ». ette stratégie a amené à la sous-traitance d’activités jugées « peu rentables ». Au lieu de partager la valeur ajoutée de manière équitable tout au long de la chaine tout en garantissant une qualité alimentaire honorable, les entreprises ont préféré se concentrer sur une seule opération. La guerre des prix a amené les entreprises sous-traitantes à être toujours plus compétitives : délocalisation, qualité de la matière première moindre, détérioration des conditions de travail… C’est ainsi que Findus a préféré « internationaliser » sa recette : plutôt que de valoriser le travail d’abbatoirs locaux, de contrôler la préparation des matière première et de maitriser l’ensemble de la fabrication.

Bio, circuits courts, coopératives de consommateurs : des alternatives existent

                Les parlementaires du Front de Gauche proposent une loi qui rend obligatoire l’affichage de l’origine de chaque produit sur les plats préparés. Cela semble être en effet un premier pas pour que les consommateurs aient confiance et pour valoriser les produits avec des circuits plus courts. Pourtant, d’autres solutions plus profondes doivent être prises pour remettre la qualité au centre de la production agricole et alimentaire.

Très peu encouragé par l’état ou même l’Europe, d’autres solutions existent. L’approche est économique, environnementale et sociale. Économique, car il s’agit de mieux répartir la valeur ajoutée : aujourd’hui sur 100 € dépensés dans l’alimentation, seulement 7 € reviennent à l’agriculteur alors que le commerce en touche 21 €… Environnementale, car il est possible de produire autrement, en ménageant les sols, en étant économe en eau, en engrais ou en pesticides. La course au productivisme acharné nous a en effet emmenés dans des impasses agronomiques. Sociale, car on peut réfléchir l’alimentation comme porteuse de lien social et créer un emploi agricole et agroalimentaire qui ait du sens. Ainsi, partout en France, des producteurs s’associent pour ouvrir des points de ventes collectifs  pour valoriser leurs productions, sans intermédiaire, directement aux consommateurs. D’autres mettent en relations les consommateurs des villes de la banlieue parisienne avec des producteurs de viande Bio. En s’associant avec les producteurs, les consommateurs n’ont rien à perdre que leurs chaînes. Ils peuvent reprendre le pouvoir sur leur alimentation. L’enjeu est énorme !

 

 La récente affaire des lasagnes au cheval a certainement été surmédiatisée par rapport à d’autres qui mettent réellement en danger la santé des consommateurs. Pourquoi on ne parle pas des résidus de pesticides dans l’alimentation avec autant de ferveur ? Par exemple, l’EFSA, l’agence européenne de sécurité des aliments qui fixe les limites des résidus de pesticides, a été récemment salie dans une affaire de conflit d’intérêt. Sa présidente a démissionné car on a découvert qu’elle occupait par ailleurs un poste payé à l’ILSI, un lobby regroupant les producteurs de semences OGM et les plus gros industriels de l’agroalimentaire…



[1]Fédération nationale de l’Agroalimentaire et de la Forêt

Victoires et conquêtes : la place des femmes dans le sport

mars 1, 2013 by  
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Béatrice Barbusse était la seule femme présidente d’un club professionnel évoluant évoluant en première division, l’US Ivry en handball. En tant que sociologue et professeur des universités elle a aussi publié, entre autres « être entraîneur sportif ». Elle prépare également un livre sur le sport professionnel  traitant la nature des rapports sociaux, l’évolution des métiers, des comportements, les cadres de socialisation des sportifs, la place et le rôle de l’argent …Quelques jours après l’abandon de la « jupette » forcée, en Hand Ball féminin, pour Avant-Garde, elle revient sur la place des femmes et des discriminations dans le sport.

 

Avant-Garde. : Tu décris la difficulté pour les femmes à faire du sport en club, notamment dans les milieux les plus défavorisés. Quelles seraient les réformes prioritaires ?

B.B : En effet, les femmes d’origine sociale populaire pour diverses raisons (place et rôle de la jeune fille et de la femme ensuite au sein de la famille, précarité de certaines situations professionnelles …) ne se tournent pas spontanément vers les clubs. Et ces derniers ne ciblent pas forcément le public féminin car c’est moins rentable pour leur image notamment.

Le seul lieu qui s’adresse à tous c’est donc l’école et c’est à ce niveau en effet que l’on peut faire évoluer grandement les choses à condition que les activités physiques et sportives (APS) n’y soient pas considérées comme des activités secondaires comme c’est le cas depuis de nombreuses années. Il faut remettre les APS à la place qu’elles méritent au sein du système scolaire en mettant en avant leur rôle d’éducation et d’épanouissement. Pour cela il faut des créneaux horaires dignes de ce nom et des équipements qui permettent de découvrir un éventail le plus large possible d’APS. Il ne faut pas non plus les enfermer dans des sports dits « féminins » et a contrario leur proposer les mêmes activités que les garçons.

AG : Tu évoques la question des sportives voilées qui cristallise d’autres débats de société, à chaque fois qu’elle est abordée dans les médias. Quelle est ta position par rapport au voile et à la religion dans le sport ?

B.B : Ma position est franchement tranchée. D’un côté on constate dans certains pays musulmans que le sport pratiqué voilé est un facteur épanouissant qui participe à l’autonomisation des femmes et de ce point de vue alors peu importe que le voile soit porté si la pratique d’un sport peut aider les femmes à être plus libres. C’est en tout cas ce que montre un rapport de 2007 de l’ONU qui décrit de nombreuses expérimentations de ce type.

Mais d’un autre côté et notamment dans les pays laïques comme le nôtre, le port du voile ou d’habits couvrant la totalité du corps pour pratiquer un sport heurte de plein fouet la conception moderne de la femme que des milliers de femmes et d’hommes ont su imposer au travers de luttes sociales. La plupart des règlements internationaux sportifs n’ont d’ailleurs pas prévu ce type de situation et la décision de la FIFA (Fédération internationale de football) juste avant les JO de 2012 d’autoriser le port du voile dans les compétitions internationales remet en cause cette conception et donne à voir au contraire une conception rétrograde de la femme. Selon moi, le sport dans notre pays doit certes respecter les différences mais la particularité du sport est qu’il impose des règles communes à tous et dans une société où l’individualisme est exacerbé nous avons besoin d’activités où les références communes prennent le dessus sur les particularités politiques, religieuses, de genre…. Dans le sport, les règles doivent être pareils pour tous, toutes choses égales par ailleurs comme on dit en économie. Bien sûr que l’on peut adapter les règles selon l’âge ou le niveau de compétition mais pour le reste tout le monde doit être à la même enseigne. Notre société a besoin d’activités de ce type pour redonner un sentiment de vivre ensemble commun et contrebalancer les effets d’un individualisme trop poussé.

AG : Tu évoques également le très petit nombre de femmes à la tête de fédérations ou clubs sportifs[1]. Récemment, Amélie Mauresmo avait demandé d’entraîner les hommes de l’équipe de France de Tennis, mais on l’a cantonnée à l’entraînement de femmes.  Où est le problème ?

B.B : Tout d’abord il faut noter qu’au-delà du sport, toutes les fonctions de direction sont largement masculines et d’ailleurs tous les mots pour les représenter sont au masculin : président, directeur, chef, manager… Il est vrai que dans le sport le phénomène est plus fort. Si l’on prend la fonction de présidente, on constate que 25% des clubs sont présidés par des femmes. Mais si l’on retient que les clubs professionnels des principaux sports collectifs (hand, basket, volley, rugby, foot), moins de 5% sont présidés par des femmes et elles président toutes des clubs féminins ! Aucun club masculin professionnel n’est aujourd’hui présidé par une femme (j’étais la seule jusqu’à encore il y a un mois) et on ne compte aucun entraineur professionnel féminin qui entraine des hommes. En France il est encore impensable qu’une femme puisse encadrer des hommes !

Une femme qui encadre des hommes (à la tête d’un club ou d’une équipe) est considérée souvent comme une imposture dans le sport plus que dans un autre domaine car le sport est d’abord un espace fait par les hommes et pour les hommes ! Par ailleurs, l’activité d’encadrement voire de commandement ou de direction réfère à des qualités considérées comme masculines : il faut savoir donner des ordres, prendre des décisions, voire des sanctions… Alors que l’image de la femme est plutôt assimilée à quelqu’un de doux, de fragile, de sensible, de manipulable, qui discute… Bref tout se passe comme s’il n’y avait qu’une seule manière d’encadrer et que cette dernière correspondait aux particularités du genre masculin et que les femmes étaient condamnées à jouer les seconds couteaux. Les mentalités sont très en retard de ce point de vue et il va falloir encore beaucoup de temps pour que cela change.

 

A.-G. : Tu écris que la femme a su gagner sa place dans le sport au cours du dernier siècle. Récemment, s’est développée la « Zumba » entre sport et danse, dont les adeptes sont majoritairement féminines. La femme féminise-t-elle le sport, ou est-ce qu’elle se cantonne là où on l’attend ?

B. B. : Les deux à la fois. En allant vers des disciplines qui leur « correspondent » plus soi-disant (c’est à dire d’après nos représentations), les femmes « féminisent » le sport en même temps qu’elles se tournent vers des activités où on les attend le plus. Mais il y a surtout le fait que d’après certaines enquêtes les femmes recherchent au travers de l’activité physique davantage de bien-être que la compétition. L’attractivité de la « Zumba » illustre parfaitement ce besoin.

A. G : Tu écris : « La place de la femme ne peut évoluer que si la conception de la masculinité se transforme conjointement. » Est ce que l’évolution de la femme rendrait l’homme plus libre dans sa propre représentation ?

B.B : Oui, en quelque sorte. En tout cas ce qui est sûr c’est que cela laisse à l’homme une plus grande liberté dans l’expression de sa masculinité. En même temps que notre conception de la féminité évolue, celle de la masculinité évolue aussi de fait. L’homme peut davantage s’écarter du modèle dominant du mâle guerrier, vindicatif, compétiteur… Cela lui donne plus de marge d’expression sans pour autant être stigmatisé ou marginalisé. Au fond tout le monde y gagne, l’homme et la femme !

A. G : Est ce qu’aujourd’hui, le système sportif met à l’écart le sport handicapé  comme on mettait à l’écart les femmes autrefois ?

B.B : Le sport comme la société met à l’écart tous ceux qui représentent une minorité : les handicapés comme les blacks, les beurs… On parlait qu’il y avait peu de femmes à des postes de direction mais il n’y a pas beaucoup de blacks ou de beurs non plus ! Le sport en France est surtout l’apanage de l’homme blanc valide et les fonctions de direction de l’homme blanc valide d’âge mûr pour être polie…



[1]              « elles ne représentent que 15,6% des conseillers techniques sportifs, 7,6% des directeurs techniques nationaux, 12% des entraineurs nationaux, 14,5% des arbitres, 8% des présidents de fédération, 5 à 10% des journalistes sportifs, moins de 5% des entraineurs professionnels des cinq principaux sports collectifs, moins de 5% des présidents des clubs élite des cinq principaux sports collectifs. Mais là-aussi le résultat est là : toutes les fonctions ou presque leur sont ouvertes.»

NOUVEAU TRAITE EUROPEEN : DE L’AUSTERITE A LA SOUMISSION DES PEUPLES

juin 7, 2012 by  
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S’il était adopté, le nouveau traité européen écrit par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, la dirigeante de l’Allemagne, pourrait plonger les peuples européens dans l’austérité permanente, et casser toute résistance, nationale ou internationale. La défaite du président sortant ne signifie pas l’abandon de ce sinistre projet.

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L’Europe va mal, nous dit-on. Nous pouvons au moins être d’accord sur ce constat : la Grèce a été saignée à blanc (baisses drastiques des salaires, des retraites et des minima sociaux, privatisations en chaîne…), et la situation de l’Espagne ne vaut guère mieux (le taux de chômage avoisine les 25%, plus d’un jeune sur deux n’a pas d’emploi). L’Italie, l’Irlande et le Portugal sont dans une situation de plus en plus précaire. Tous ces pays sont asphyxiés par les politiques d’austérité qui y sont mises en place.

L’Union Européenne, moteur du capitalisme

Dès lors, selon les gouvernants européens, le remède miracle résiderait dans la poursuite de la construction de l’Union Européenne (UE) telle qu’elle a été réalisée depuis soixante ans : une Europe au service des marchés. En effet, le nouveau traité européen, baptisé Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance dans l’Union économique et monétaire, ne fait que semer dans le sillon tracé par ses prédécesseurs. Pour paraphraser Karl Marx, on peut dire que l’Histoire de l’UE, depuis la signature du traité de Rome en 1957, n’a été que l’Histoire de l’asservissement des peuples d’Europe aux intérêts du capital.

Elaboré en catimini par Sarkozy et Merkel, ce traité s’inscrit donc dans un cadre clairement défini. Intéressons-nous notamment à sa fameuse « règle d’or », la loi qui interdit les déficits des Etats. Concrètement, les Etats-membres doivent l’inscrire dans leur Constitution et s’engager alors à ne plus avoir de décalage entre leurs ressources et leurs dépenses. Le tout sanctionné par une Cour de Justice Européenne. Le but ? L’austérité permanente, le démantèlement des services publics et l’impossibilité de mener une véritable politique sociale. La politique budgétaire ne serait donc plus décidée par nos représentants, mais contrôlé par des petits groupes d’experts non élus !

Exiger un référendum et organiser la résistance populaire

Sarkozy et Hollande ne demandent pas leur avis aux peuples d’Europe. Au mieux, ils « renégocient » le traité. Mais c’est cette Europe antidémocratique et antisociale qui empêche de sortir de la crise. L’exigence d’un référendum sur ce traité va donc au-delà d’un besoin de démocratie. Les citoyens européens doivent pouvoir décider de leur avenir, et s’ils le veulent,  jeter les bases d’une nouvelle coopération entre les Etats, fondée sur la solidarité entre les peuples.

Pierre Tissot

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