Camille Lainé: « Nous devons être présents dans tous les espaces possibles »

9 mai 2016 par  

Alors que la mobilisation se poursuit sous l’impulsion des jeunes, nous avons posé quelques questions à la nouvelle secrétaire générale du MJCF Camille Lainé.

 

Plusieurs manifestations ont eu lieu pour dénoncer le projet de loi de réforme du Code du travail. Comment analyses-tu le rejet de cette loi par les jeunes et plus généralement par les travailleurs?

Une vraie dynamique s’est lancée dans le pays et ce n’était pas arrivé depuis des années. C’est le premier mouvement social du quinquennat, le premier vrai mouvement social sous ce gouvernement dit de gauche. La loi El Khomri représente une des plus grosses attaques envers le monde du travail de ces 20 dernières années. C’est un retour au 19e siècle avec la volonté de sabrer tous nos droits acquis après des luttes sociales historiques. Pourtant, des attaques ont déjà eu lieu ces dernières années : on peut citer, l’ANI, la loi Macron, la loi Rebsamen et bien d’autres. Mais cette loi est l’aboutissement d’un projet de destruction généralisée du travail. Précarisation grandissante, facilitations des licenciements, toujours plus de cadeaux aux patrons… Bref, encore des réjouissances  applaudies par le MEDEF puisque Pierre Gattaz avait dit, au moment où le projet de loi sortait, que cette réforme allait dans le bon sens… De quoi se poser de sacrées questions… Mais a priori le gouvernement trouve ça normal: ce qui n’est pas le cas du million de gens et des centaines de milliers de jeunes mobilisés !

Les jeunes sont présents massivement dans les cortèges. On entend souvent dire d’eux qu’ils se désintéressent de tout pourtant. Est-ce que tu considères qu’une génération entre en action ?

Forcément, c’est facile de taper sur un mouvement pour le décrédibiliser, bien plus facile que de se remettre en question. Alors, on aura tout entendu au début : « les organisations de jeunesse manipulent les jeunes » « les jeunes n’ont pas lu le projet de loi, ils ne comprennent pas ». Mais contrairement à ce que nos gouvernants pensent, les jeunes ne sont pas débiles et s’ils descendent dans la rue à plusieurs centaines de milliers, c’est qu’il y a des raisons ! Depuis 2012, on entend « priorité jeunesse » mais on ne voit rien venir mise à part toujours plus de galères. Le ras le bol se transforme donc en mobilisation : des centaines de lycées bloqués, des facs mobilisées partout en France et des Jeunes Communistes à l’offensive partout, tout le temps ! Nous sommes mobilisés pour le retrait, mais aussi autour de propositions alternatives avec 23 organisations de jeunesse. Ça faisait longtemps qu’il n’y avait pas eu une dynamique de rassemblement aussi forte ! Et ça fait peur de voir tous ces jeunes dans la rue ! Après la première journée de mobilisation du 9 mars, le gouvernement a déjà annoncé des reculs pour espérer calmer cette jeunesse qui se mobilise, un mois plus tard. Quand la mobilisation s’amplifie, Manuel Valls annonce 11 mesures pour les jeunes ! C’est le rapport de force que nous construisons en étant dans la rue qui nous a permis d’obtenir des avancées ! Mais ça ne suffira pas ! Nous arracherons tout ce que nous pourrons mais on ne lâchera rien jusqu’au retrait de la loi travail qui est un vrai danger pour nous tous. Nous restons par ailleurs vigilants face aux tentatives de criminalisation de nos actions et à la répression policière qui l’accompagne.

Ce mouvement aura-t-il une suite ? Quelles modalités d’action envisagez-vous ?

Ce mouvement a déjà des suites avant d’être fini, on voit bien que ça dépasse le cadre strict de la loi travail, même si il ne faut pas l’oublier évidemment. Déjà, ce mouvement a aussi eu un écho très fort dans les réseaux sociaux et il est même parti un peu de là : entre la pétition massive signée plus d’un million de fois, les youtubeurs et leur #OnVautMieuxQueCa etc… Ce sont aussi des formes nouvelles de mobilisations qui se créent, il faut s’en saisir, mais rien ne s’oppose ! Les manifestations et les jours de grèves, la distribution de tracts sont évidemment indispensables mais aucunement en opposition avec la fameuse pétition ou alors les nuits debout ! D’ailleurs, on se rend compte qu’à travers tous ces gens qui se rassemblent sur des places un peu partout en France qu’il y a une volonté de réappropriation de l’espace public, de plus de démocratie et d’échanger de discuter. Il faut que nous soyons présents dans ces espaces et nous y sommes en tant que Jeunes Communistes pour bien sûr parler de la loi travail et de son retrait, pour aussi porter des perspectives d’avenir notamment avec nos propositions autour du statut social du jeune travailleur en formation et plus globalement pour faire de la politique avec les gens. Les vacances scolaires sont là certes, mais nous ne lâchons rien. Nous devons être présents dans tous les espaces possibles et porter haut et forts nos propositions ! Le gouvernement pense que nous ne sommes bons qu’à gueuler dans la rue, sans but, pour le plaisir. Mais non, les jeunes de ce pays ont des idées, des envies et des aspirations pour leur avenir ! On en fera la démonstration parce que nous voulons changer concrètement nos vies.

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