A perfect day, un jour comme un autre : guerre et nationalisme

9 mai 2016 par  

On oublie parfois que la guerre touche l’Europe. Le film A perfect day raconte par l’histoire  de militants humanitaires l’horreur du conflit qui a touché les Balkans il y a 20 ans.

 

Nous sommes dans les années 1990, plongés en pleine guerre des Balkans, en Bosnie-Herzégovine. Suite à l’indépendance de la Bosnie, reconnue par la communauté européenne et les Etats Unis, les Serbes de Bosnie prennent les armes, poussés par les nationalistes. Ils assiègent Sarajevo et se livrent à un véritable « nettoyage ethnique ».

Le réalisateur a fait le choix d’un casting international pour davantage coller à la réalité de la situation qu’il décrit. Ainsi, pendant toute la durée du film, plusieurs membres d’une ONG humanitaire tentent de sortir le cadavre d’un puit, afin de permettre aux habitants du coin d’avoir à nouveau accès à l’eau potable. Il y a Mambrù, le Chilien désabusé, B., le cow-boy américain, Sophie, la Française idéaliste et Katya, la Russe protocolaire. Accompagnés de Damir, leur traducteur serbe, ils croisent la route de Nikola, un petit garçon confié à son grand-père.

Le spectateur suit le cheminement de ces personnages, freinés dans leur mission humanitaire par plusieurs obstacles : l’hostilité de certains habitants et la loi du plus fort, puisque même les enfants « jouent » avec les armes ; la toute-puissance des forces serbes ; le terrain, ravagé par les mines ; et enfin, la présence des casques bleus. Si ces derniers sont censés maintenir ou rétablir la paix et la sécurité dans le monde, le réalisateur espagnol a décidé de mettre en valeur l’impuissance internationale dans ce conflit. En effet, nos personnages vadrouillent dans une des six « zones de sécurité » créée sur place par l’ONU, mais force est de constater que les populations non-serbes subissent les mêmes exactions qu’ailleurs. On ne peut alors s’empêcher de penser au massacre de Srebrenica, dans une de ces zones internationales, où 8000 Musulmans sont exécutés par les nationalistes serbes.

Un humour noir décapant accompagne gaiement le spectateur dans cette quête humanitaire. Cela dit, l’horreur de la guerre ne le lâche pas non plus. Ainsi, on passe du rire à l’émotion lorsque Mambrù découvre les parents du petit Nikola, pendus dans leur propre maison ravagée par une bombe terroriste ; ou quand nos personnages manquent d’assister, impuissants, à l’exécution par les forces serbes d’un car entier de Musulmans*. La tension est également à son comble au moment où Nikola, rageur, cherche à récupérer son ballon, volé par un groupe de jeunes garçons en possession d’une arme à feu ; ou enfin, lorsqu’un soldat serbe menace Damir de toucher à sa famille, s’il se montre un peu trop curieux.

A travers les histoires personnelles des personnages, l’injustice de la guerre se dessine en toile de fond : elle ébranle en grande majorité les populations civiles. On touche alors du doigt la réalité du conflit en Bosnie-Herzégovine : massacre de populations, bombardements terroristes, villages rayés de la carte, camps de concentration, … Cette guerre fit plus de 200 000 morts et près de 2,4 millions de réfugiés et de déplacés, sans compter qu’elle a complètement ruiné le pays.

Sous la pression internationale, les adversaires finissent par signer les accords de Dayton qui ratifient la partition du pays sur des bases ethnico-religieuses. Depuis, les divisions ethniques sont très fortes, et les partis nationalistes gouvernent dans une coalition ultra-libérale. De grandes privatisations ont été organisées, et le taux de chômage tourne autour de 40%.

 

*Le terme de Musulman avec un « M » majuscule ne renvoyait pas à une religion, mais à une nationalité, indépendamment de la pratique religieuse.

 

Anouchka Comushian

 

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