Salah Hamouri: « la liberté, c’est un sentiment extraordinaire, un droit pour chacun d’entre nous»
décembre 20, 2011 by Rédaction
Filed under A la Une, International
En exclusivité pour Avant Garde, le jeune franco-palestinien tout juste sorti de prison revient sur son incarcération, son combat avec les prisonniers politiques palestiniens et celui de tout un peuple pour vivre dans la paix et la liberté.
envoyée spéciale
« Cette demande d’entrer aux Nations unies est une demande légitime, une demande qui doit être soutenue par tous les pays et surtout par la France. Nous, comme tous les peuples du monde, avons bien le droit de vivre en liberté, sans occupation et sans répression »
Quel est ton état d’esprit maintenant que tu es sorti de prison ? Quels sont tes projets pour les jours et années à venir ?
J’ai le sentiment de la liberté, c’est un sentiment extraordinaire. Je ne peux pas l’exprimer avec des mots parce que c’est vraiment une chose extraordinaire. J’ai beaucoup de choses à dire aux gens qui m’ont soutenu et aussi aux jeunes communistes qui étaient avec moi pendant cette détention. La liberté est je crois un droit pour chacun d’entre nous. A chaque personne privée de liberté, je lui souhaite de recevoir le soutien que j’ai reçu.
Mes projets pour les prochains jours, c’est de rester avec ma famille et mes amis. Je n’ai pas le droit de quitter la Palestine pendant les trois prochains mois. Après cette date, je vais essayer de venir en France pour rencontrer tous les gens qui étaient avec moi pendant cette détention.
Ensuite je reviendrai pour reprendre mes études en sciences politiques à l’université et chercher du travail. J’aimerais bien que ce travail se fasse avec les Français avec qui on a lutté ensemble.
Peux-tu nous parler des conditions de détention et des combats menés par les prisonniers ?
Les circonstances d’emprisonnement des prisonniers politiques sont appliquées par un gouvernement qui vise toute la vie Palestinienne et surtout les prisonniers. Ces dernières années, il y a eu beaucoup de restrictions sur les conditions de vie des prisonniers. Il nous était interdit de recevoir des livres pendant deux ans ou de suivre des études par correspondance. Beaucoup de prisonniers sont isolés mais il y aussi des jeunes et des enfants Palestiniens détenus dans les prisons qui ont une vie très difficile.
Alors suite à ces attaques contre nos conditions de vie, on a décidé, nous les prisonniers, de planifier une grève de la faim pour arrêter ces attaques contre nous, récupérer les droits qui nous ont été pris et surtout mettre fin à l’isolement des prisonniers politiques. Cette grève de la faim a duré 20 jours et on est arrivés à un accord avec l’administration de la prison qui a dit que cet accord serait appliqué pendant trois mois, mais pour le moment, rien n’est appliqué. Si l’administration n’applique ces accords, les prisonniers reprendront la grève de la faim.
Il y a également des restrictions sur les visites des familles. Normalement je recevais des visites tous les 15 jours, mais certains prisonniers de la Bande de Gaza n’ont pas reçu de visites depuis plus de 10 ans. Depuis 2006 (enlèvement de G.Shalit), aucune famille de la Bande de Gaza n’a pu visiter leur fils dans les prisons. Des prisonniers de Cisjordanie sont également privés de visites, toujours sous un prétexte sécuritaire alors que nos visites se déroulent derrière une vitre, avec un téléphone qu’ils écoutent. Ce n’est pas un moyen de domination sur les prisons mais c’est un moyen de destruction de la vie des prisonniers.
Quelle est ta vision de la situation politique en Palestine, notamment dans le contexte d’adhésion à l’ONU ?
Nous sommes un peuple sous occupation, un peuple qui a le droit à la résistance, et ces droits sont reconnus au niveau international : le retour des réfugiés, un état Palestinien sur les frontières du 4 juin 1967 sont des décisions prises par les Nations Unies et qu’Israël refuse toujours d’appliquer.
En ce qui concerne la politique Palestinienne, nos dirigeants doivent en finir avec cette division politique entre les deux grands partis Palestiniens – le Fatah et le Hamas – parce que cette division-là est un cadeau pour l’occupant, pour continuer à réprimer notre peuple. Cette réconciliation doit prendre place le plus vite possible et permettre de reconstruire l’OLP - Organisation de Libération de la Palestine qui rassemble de nombreux partis palestiniens – sur des bases démocratiques pour qu’elle puisse contenir tous les partis palestiniens nationaux et islamistes et qu’elle reste ainsi le représentant du peuple Palestinien partout dans le monde. Nous devons arriver à un programme commun de tous les partis pour avancer vers notre but, pour la liberté, l’indépendance et le retour des réfugiés.
La demande de reconnaissance de la Palestine aux Nations Unies est la réponse directe à l’échec de la compromission d’Oslo. Personnellement, j’ai toujours appelé à arrêter les négociations qui offrent le minimum au peuple Palestinien, tellement l’équilibre des forces est en faveur de l’occupation. Cette demande d’entrer aux Nations unies est une demande légitime, une demande qui doit être soutenue par tous les pays et surtout par la France. Nous, comme tous les peuples du monde, avons bien le droit de vivre en liberté, sans occupation et sans répression.
Que les jeunes communistes de France continuent là bas, moi ici avec mes camarades, notre projet collectif, notre lutte commune pour notre but et leur but humain, pour la justice sociale et la liberté. Je veux les remercier, au nom des prisonniers palestiniens, au nom de ma famille et en mon nom pour l’immense soutien que j’ai reçu de leur part. Leur soutien pendant ma détention était le pont d’espoir qui m’a soutenu moralement et psychologiquement, qui m’a aidé à continuer cette lutte contre toutes les difficultés de la prison.
Entretien réalisé par Elsa Lefort
Salah est enfin libre !
décembre 19, 2011 by Rédaction
Filed under International
C’est une grande joie et une victoire pour lui, sa famille, ses proches et tous ceux qui ont lutté pour exiger sa libération que de voir Salah Hamouri retrouver enfin la liberté, après plus de 6 ans et 9 mois d’emprisonnement dans les geôles israéliennes.
Un cas représentatif du sort de milliers de prisonniers palestiniens
Arrêté en 2005 par l’armée israélienne à l’un des quelques 200 check points qui cisaillent la Cisjordanie, Salah dut attendre près de 3 ans avant d’avoir droit à un procès. Vingt audiences plus tard, sans preuves ni témoins des deux chefs d’inculpation dont il fut accusé, Salah dut accepter un compromis, sans jamais cesser de clamer son innocence. Le tribunal miliaire d’Ofer, le condamna alors à 7 ans de prison, un tribunal illégal au regard de l’ONU.
Ce cas est exemplaire de la justice coloniale rendue en Palestine où l’armée est police, juge et bourreau. On estime ainsi que près d’un palestinien sur 3 a déjà été privé au moins un jour de sa vie de sa liberté par l’armée israélienne. Ramené à l’échelle française, cela donne près de 20 millions de français….Les autorités israéliennes s’assoient donc régulièrement sur les droits fondamentaux des palestiniens dans l’impunité la plus totale.
Pour le gouvernement français, ce fut la politique du deux poids, deux mesures
Malgré cette déclaration de Nicolas Sarkozy en juillet 2007, « J’irai chercher tous les français, où qu’ils se trouvent », peu de gestes auront été produits pour exiger sa libération. Il aura fallu 4 ans, pour que notre président écrive à Netanyahou et 6 ans, pour qu’un ministre rencontre – discrètement – ses parents. Pourtant le gouvernement français ne s’est jamais gêné pour critiquer ouvertement la justice civile mexicaine dans le cas de Florence Cassez, ou intervenir énergiquement pour la libération d’otages à l’étranger.
Et le 28 novembre dernier, alors que Salah Hamouri devait retrouver la liberté, comme plusieurs documents officiels l’attestent, il n’en fut rien. La loi « Shalit » du nom du soldat libéré par le Hamas en octobre, voté par la Knesset le 23 mai 2010, a convertit les peines des prisonniers d’année administratives (345 jours) en année civiles (365 jours). Salah Hamouri était ainsi condamné rétroactivement à 4 mois et demi de prisons supplémentaires. Lui qui n’aurait jamais du faire un seul jour, se voyait prolonger sa peine. Un comble ! L’arbitraire s’ajoutait donc à l’injustice. Dans un silence assourdissant du gouvernement français…
Une forte mobilisation pour exiger sa libération immédiate
Dès son incarcération la mobilisation s’est organisée autour de son comité de soutien, coordonné par Jean-Claude Lefort. Personnalités politiques de tous bord, artistes, associations, organisations politiques et syndicales et le journal l’Humanité qui le mettait à l’honneur chaque jour en affichant son portrait dans ses pages, ont contribué à faire connaitre son sort.
Tous les gestes, petits et grands, de la pétition signée au rendez-vous au ministère, de l’affiche collée aux rassemblements unitaires et débats publics, ont permis de percer le mur du silence médiatique et diplomatique qui entourait son cas.
Et ces derniers jours, des députés de tous horizons, tous les partis de gauche, 11 organisations de jeunes, mais aussi le 2ème personnage de l’état – Jean Pierre Bel, président du Sénat – ont accentué la pression.
Salah aura donc retrouvé la liberté hier avec la seconde vague des prisonniers libérés après l’accord entre le Hamas et le gouvernement israélien. Pour tous ses soutiens, c’est un immense bonheur, même si politiquement beaucoup de choses restent à dire sur les conditions de cet accord.
Pour tous, « la lutte continue ! »
En premier lieu pour les prisonniers politiques palestiniens qui restent enfermés arbitrairement dans les geôles israéliennes, comme Marwan Barghouti, député du Fatah, emprisonné depuis 2002, et l’un des principaux espoirs de paix pour les Palestiniens.
Mais aussi pour l’ensemble des droits des palestiniens, concernant la question du mur, des colonies, du droit au retour des réfugiés, de l’accès à l’eau, de la capitale Jérusalem Est…Un des premiers gestes sera de reconnaitre l’état palestinien à l’ONU. La France le peut. Il faut juste un peu de courage politique pour le faire…et une mobilisation populaire toujours plus grande pour l’y contraindre, comme dans le cas de Salah.
Fabien Gay
« Il faut une grande mobilisation pour changer la vie des jeunes »
Marie-George Buffet a présenté la semaine dernière le projet de loi cadre du groupe communistes, citoyens, républicains et Parti de gauche « visant à permettre aux jeunes de prendre en main leur avenir ».
« Les jeunes sont l’avenir de la France »… C’est contre ce type de formules creuses que Marie-George Buffet, député PCF de Seine Saint Denis, par en bataille dans la campagne de 2012. Pointant les responsabilités des ministres qui défilent et des dispositifs qui s’enchainent, l’ancienne ministre de la Jeunesse et des sports veut créer un sursaut : « il faut sortir des discours de la peur ou des discours méritocratiques et travailler pour la grande masse des jeunes dans leur vie quotidienne ».
Une loi-cadre pour intervenir sur tous les aspects de la vie des jeunes
Inspirée par l’expérience de la loi-cadre contre les violences faites aux femmes, Marie-George Buffet propose aujourd’hui de s’attaquer par la loi à tous les problèmes qui minent la vie des jeunes de France. A l’issue d’un an de consultations des organisations de jeunes, politiques, syndicales, ou associatives, le projet de loi-cadre propose une série de créations de droits et de services publics à destination des jeunes.
Alors qu’un jeune sur cinq vit sous le seuil de pauvreté, que dans les Zones Urbaines Sensibles (Z.U.S.) le taux de chômage des moins de 25 ans avoisine les 40%, et que près d’un étudiant sur deux est contraint de se salarier pour financer ses études, cette loi-cadre vise à s’attaquer aux urgences les plus criantes. Elle s’articule autour de trois axes. Un droit à l’autonomie qui garantisse à chacun les revenus nécessaires à sa vie par un dispositif d’allocations fondées sur un socle universel. Une série de droits à garantir en priorité comme l’accès à la santé et le droit au logement par le développement massif des logements publics notamment des résidences universitaires ainsi que des lieux de prévention et d’accès aux soins. Enfin, une action offensive pour le droit au travail qui vise à faire reculer significativement la précarité des jeunes.
Sortir les jeunes des sous-sols du Travail
Mme Buffet insiste, « les jeunes sont aujourd’hui dans les sous-sols du salariat ! ». Pour faire reculer le « sas de précarité » que subissent les jeunes jusqu’à 28 ans aujourd’hui, la loi-cadre vise à réformer tous les dispositifs détournés de leur vocation de formation initiale que sont les stages, l’alternance et l’apprentissage pour les encadrer et les renforcer. Au-delà, c’est par l’intervention des salariés dans la gestion de leur entreprise que pourrait s’organiser ce recul de la précarité de masse. La proposition de loi prévoit en effet de renforcer le droit d’alerte des syndicats lorsqu’une entreprise multiplie les propositions d’emplois précaires à un jeune alors que celui-ci pourrait se voir proposer un CDI.
C’est peut-être le point essentiel de cette loi. Le caractère indissociable des droits qu’elle entend mettre en œuvre doit leur permettre d’être un levier qui s’attaque durablement aux inégalités qui touchent les jeunes et pèsent sur l’ensemble de la société. Organiser concrètement la sortie de la précarité de masse, participer à redonner toute leur place aux jeunes dans la vie citoyenne et culturelle du pays, créer les conditions d’une véritable démocratisation des systèmes de formations, tout cela aurait un impact durable sur toutes les tensions qui aggravent aujourd’hui la crise politique et économique que nous traversons.
C’est bien d’avenir qu’il s’agit avec cette loi, pour les jeunes et pour un autre projet de société, loin des dispositifs particuliers qui ne manqueront pas d’être proposés dans l’année qui vient, la député veut faire entrer les jeunes dans le droit commun. Alors Marie-George Buffet n’élude pas les défis à relever. Assumant l’effort financier considérable que ces choix impliquent, elle explique qu’il est temps de faire table rase de solutions qui ont prouvé leur inefficacité pour en mobiliser toutes les ressources aujourd’hui saupoudrées et penser un autre cadre de répartition des richesses. Surtout, elle interpelle largement les jeunes, leurs organisations, leurs conseils locaux : « c’est par la mobilisation que nous imposerons l’adoption de cette loi, quelle que soit la majorité qui sortira des urnes ».
Nicolas Bescond

