70e ANNIVERSAIRE DE CHATEAUBRIANT : SOYEZ DIGNES DE NOUS…
octobre 10, 2011 by Rédaction
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Le 23 octobre prochain se dérouleront à Châteaubriant les cérémonies d’hommage à l’occasion du 70ème anniversaire des fusillades. Cette année encore plusieurs milliers de personnes se recueilleront respectueusement dans la carrière où furent fusillés 27 résistants qui luttaient pour la justice et la liberté.
Leur histoire se déroule lors de la seconde guerre mondiale au centre de séjour surveillé de Choisel situé à Châteaubriant. Ce camp abrite alors des détenus de droit commun et un bon nombre de « politiques» dont la plupart sont communistes. Il dépend administrativement du sous-préfet et est gardé par des gendarmes français. C’est à la suite de l’exécution par les résistants, en octobre 1941, du colonel Hotz, Feldkommandant de Nantes, que le préfet, représentant le ministre de l’Intérieur, est chargé d’établir une première liste de cinquante otages parmi les prisonniers, désignés pour subir la vengeance des nazis. Elle sera finalement refusée. C’est alors la préfecture de police de Paris qui se chargera de la besogne et établira une seconde liste composée en majorité de communistes et de syndicalistes.
Le 22 octobre après-midi, le camp est ainsi cerné par les SS et toutes les baraques sont
visitées. 27 hommes au total sont désignés et enlevés par deux camions qui les conduisent à la carrière de la Sablière où ils sont exécutés. Le plus jeune des otages, Guy Môquet (militant des jeunesses communistes) est alors âgé d’à peine 17 ans.
Lors des cérémonies de commémoration Pierre Laurent (secrétaire national du PCF) et Bernard Thibault (secrétaire général de la CGT) prononceront un discours suivi d’une évocation artistique ayant pour thème « Tous les Guy Môquet du monde ». L’idée : faire vivre pour aujourd’hui et demain l’esprit de résistance ! Car nombreux sont les jeunes qui, à l’image de Guy Môquet, se battent pour la liberté, la justice, la paix et la dignité. De la manif des mineurs en 1948 aux mobilisations des dernières années contre la réforme des retraites ou pour l’éducation en passant par la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud dans les années 80, tous ces combats feront partie de l’évocation écrite et mise en scène par Alexis Chevallier pour l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé. « Être digne d’eux », comme nous le recommandait le jeune Guy avant de mourir, c’est finalement « être digne de nous ».
Robin Salecroix
28 NOVEMBRE : LIBERTÉ POUR SALAH !?
octobre 10, 2011 by Rédaction
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Salah Hamouri est un jeune Franco-Palestinien illégalement enfermé par Israël depuis près de 7 ans. Libérable le 28 novembre prochain, il pourrait toutefois rester en « rétention administrative ». Cet été, deux jeunes communistes l’ont rencontré lors de leur voyage de solidarité. Retour sur l’événement.
Gilboa, juillet 2011, 45°. Les lourdes portes grincent, les contrôles sont interminables dans cette prison hautement surveillée de Galilée (Israël). Pourtant, deux jeunes communistes, issus de la délégation du MJCF en Palestine, finissent par accéder à une salle de classe hâtivement reconvertie en salle de visite. Nouvelle attente au milieu du silence des militaires israéliens : au pays de l’arbitraire, qui sait combien de temps durera ce moment ? Qui sait même si cette attente ne sera pas vaine ?
Un jeune emprisonné
Et puis entre dans la salle un jeune homme grand et amaigri : Salah Hamouri. Salah Hamouri, ce jeune Franco-Palestinien abandonné par le gouvernement français aux mains des tribunaux d’exception israéliens qui violent toute la législation internationale. Salah Hamouri, ce jeune homme qui, pour être passé devant la maison d’un dignitaire religieux israélien extrémiste, a été condamné à sept ans de prison. Salah Hamouri, cet innocent emprisonné pour qui se battent des milliers de personnes en Israël, en Palestine, en France…
Symbole de milliers d’autres
Ce jeune Dreyfus des temps modernes, deux jeunes communistes ont pu le rencontrer cet été. Alors que, à 26 ans, il a déjà passé plus de six ans en prison, Salah Hamouri a pourtant peu parlé de lui, préférant évoquer le sort des autres prisonniers politiques palestiniens. Non, ils ne sont pas les « terroristes islamistes » dépeints dans les « reportages » de la presse de la droite israélienne – et parfois repris tels quels en Europe… Comme Salah Hamouri, ce sont, le plus souvent, des gens simples et sans histoire, arrachés au cours normal de la vie par l’arbitraire israélien.
Une vie en prison particulièrement dure
La vie qui les attend en prison est ensuite particulièrement dure : toutes les conventions internationales concernant les prisonniers sont violées par le gouvernement israélien. Et l’extrémiste Benyamin Netanyahou – premier ministre israélien – a promis de rendre encore plus invivable le quotidien des prisonniers palestiniens (loi du soldat Shalit). Visites, courrier, hygiène : tous ces domaines sont concernés alors même que les restrictions y étaient déjà énormes et contraires au droit international – pas plus de deux lettres par mois, pas de visite autorisée pour les tantes, neveux, cousins, grands-parents…
Espoir de paix
Le droit international, voilà bien ce dont se moque le gouvernement israélien, encouragé en cela par la passivité totale de la plupart des grandes puissances occidentales. Voilà pourtant ce que réclame simplement Salah Hamouri et, avec lui, tout le peuple palestinien : la fin de la colonisation des territoires reconnus internationalement (ONU 1967, accords d’Oslo…) comme appartenant aux Palestiniens, un État enfin pour le peuple palestinien pour qu’une paix véritable parce que juste, puisse enfin régner dans cette région meurtrie. Comme le dit Salah avec son bleu regard de paix : « ce n’est pas un problème de religion, c’est un problème d’occupation ! »
Aux jeunes du monde de porter ce message et, à nous plus particulièrement, jeunes d’Europe, de militer pour que les gouvernements européens prennent enfin leurs responsabilités en obligeant le gouvernement israélien à respecter le droit et à effectivement libérer Salah le 28 novembre.
Guillaume Quashie-Vauclin
NOUS N’AVONS PAS DE MILLIARDS MAIS NOUS SOMMES DES MILLIONS
octobre 10, 2011 by Rédaction
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« Je suis trader, je me fiche de ces considérations. Si j’ai une opportunité de faire de l’argent, j’y vais. On se fiche de savoir comment on améliore l’économie, comment on améliore cette situation. Notre boulot est de faire de l’argent avec cela. » Telle est la réponse d’Alessio Rastani à la journaliste de la BBC qui l’interroge sur les mesures que pourraient prendre les gouvernements pour rendre « les investisseurs plus confiants », pour faire face à la crise.
Évidemment dans les jours qui ont suivi, une polémique est née sur le vrai métier de l’énergumène. Est-il ou n’est-il pas réellement trader ? A priori, il s’agirait d’un indépendant mais, quoi qu’il en soit, le fond du problème n’est pas là. Si cette interview a eu un tel succès, c’est que ces propos nous confrontent à la réalité de notre société : la loi du fric avant tout. Même si personne dans le monde de la finance ne semble vouloir l’assumer au grand jour.
On se retrouve tout d’un coup face à face avec la machine qui broie nos vies au quotidien. Effectivement, les marchés financiers ne se soucient pas des victimes d’expulsion lorsqu’ils spéculent sur le logement ou les crédits immobiliers. Effectivement, ceux qui font de l’argent en jouant avec le prix du blé ne se préoccupent pas qu’on ne mange plus à la fin du mois. Effectivement, ceux qui font fortune grâce aux brevets sur les médicaments n’ont cure du sort des millions de malades du Sida qui demeurent privés de traitement. On pourrait multiplier les exemples à l’infini, ou presque.
Mais le pire, en réalité, c’est que ceux qui sont censés nous représenter, qui sont censés défendre l’intérêt général, ont choisi leur camp, celui de leurs amis : grands patrons et grosses fortunes. Sarkozy, Merkel et les autres amènent ainsi leur pierre à l’édifice. Partout, ils nous imposent l’austérité. Partout, ils nous transforment en génération de précaires longue durée. Et pourquoi ? Pour que les dirigeants des grandes entreprises accumulent toujours plus d’argent grâce aux cadeaux fiscaux et autres allègements de cotisations, pour que les banques puissent reprendre des jetons dans les grands casinos boursiers, pour que, habitués à notre lot de précarité, on ne pense pas à remettre en cause ce système qui crée toujours plus d’inégalités et de pauvreté… Finalement, pour que le monde continue de tourner au profit de quelques-uns et au détriment du plus grand nombre.
« Le plus gros risque maintenant est de ne rien faire » nous dit encore Rastani et, de ce point de vue là, il a sans doute raison. Nous sommes face à un choix : soit nous laissons tout ce petit monde nous sacrifier sur l’autel du profit soit nous reprenons le pouvoir pour imposer d’autres choix. Ces choix – les seuls qui permettront de sortir des impasses du système – ce sont ceux de la solidarité, de la coopération, de la réponse à nos besoins comme finalité de notre travail, d’une éducation pour tous… Bref, ceux d’une société où l’objectif ne serait plus le profit mais l’humain !
Ne tombons pas dans le piège qu’ils essaient de nous tendre pour que rien ne change, celui du « chacun pour soi et tant pis pour les autres ». A ce jeu-là, les mêmes seront gagnants. Ils pourront sans craintes continuer de tirer nos droits vers le bas en nous désignant comme coupables les immigrés, les fonctionnaires, les jeunes, les vieux… selon les besoins du moment.
N’oublions jamais, nous n’avons pas de milliards mais nous sommes des millions alors unissons-nous pour notre avenir.
Julia Hamlaoui
UN COLLECTIF POUR RÉSISTER : « LES JEUNES NE PAIERONT PAS LA CRISE »
octobre 10, 2011 by Rédaction
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Partout en Europe, les gouvernements font payer aux peuples l’addition de la crise en dégradant les conditions de vie, d’études et de travail faisant des jeunes une génération de précaires longue durée. Pour dire stop et exiger d’autres mesures, un collectif est né autour de l’appel « Les jeunes ne paieront pas la crise ».
Le chômage et le taux de pauvreté ne font qu’augmenter partout en Europe : 23% des jeunes Portugais vivent sous le seuil de pauvreté, 30% de jeunes Grecs sont au chômage, à l’instar de près d’un quart des jeunes de France. Comme leurs homologues des autres pays, les entreprises françaises – ne se satisfaisant pas des quelque 80 milliards d’euros de profit de 2010 – continuent de licencier en masse. Les gouvernements européens, quant à eux, imposent l’austérité ce qui n’arrange en rien la situation : lorsqu’ils repoussent l’âge de départ à la retraite, ce sont des milliers d’emplois en moins pour les jeunes ou lorsque des pays, comme la Roumanie, diminuent les salaires de 25% c’est la pauvreté qui gagne du terrain.
Un appel pour résister à l’austérité
C’est pour faire face à ce constat partagé et résister, que les principales organisations de jeunesse de France se sont réunies autour de l’appel « Les jeunes ne paieront pas la crise ». Ensemble, le MJCF, l’UEC, le MJS, les jeunes du NPA, les jeunes du PG, les jeunes de la GU, les jeunes écologistes, et le SGL affirment que « les peuples ont besoin de solidarités et de coopérations nouvelles ». Ils appellent d’une même voix à « opposer la mobilisation populaire à la dictature financière » pour « sortir de cette impasse ». Le retrait des mesures d’austérité, l’arrêt des suppressions de postes dans l’Éducation nationale, ou encore un plan pour l’emploi des jeunes refaisant du CDI la norme d’embauche font partie de leurs exigences communes. Tout comme l’est le retour à la retraite à 60 ans et à taux plein au moment où Fillon tente d’imposer l’idée des 67 ans.
Le 15 octobre : une 1ère grande journée de mobilisation
Soutenus par l’UNEF et l’UNL, les signataires appellent à une première grande journée de mobilisation le 15 octobre, en écho aux jeunes « Indignés » espagnols. Mais ce mouvement dépasse les frontières de France et d’Espagne puisque, relayé notamment par la Fédération Mondiale de la Jeunesse Démocratique, ce jour sera l’occasion de nombreux rassemblements et manifestations de jeunes partout sur le continent « contre l’Europe des marchés financiers et pour l’Europe des peuples».
Estelle Brousse
JOURNÉE INTERNATIONALE CONTRE LES VIOLENCES FAITES AUX FEMMES
octobre 10, 2011 by Rédaction
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Ce 25 novembre sera la seconde journée contre les violences faites aux femmes en France dans le cadre de la journée internationale de l’ONU. Elle est l’occasion de réaffirmer qu’en 2011, une femme meurt encore tous les trois jours sous les coups de son conjoint.
Ces chiffres, malgré la volonté affichée par le gouvernement qui a fait de la lutte contre les violences faites aux femmes « une grande cause nationale pour l’année 2010″, sont la preuve que le chemin à parcourir pour les endiguer reste long. Des mesures ont pourtant été prises par l’Assemblée Nationale en juillet 2010, comme la possibilité pour un juge d’éloigner en urgence l’auteur des violences du domicile conjugal ou encore la création du délit de harcèlement au sein du couple.
Cependant, le nombre de femmes victimes de violence qui osent porter plainte est estimé à 8%. Dès lors on mesure à quel point des progrès doivent encore être réalisés. En effet, malgré l’annonce « spectaculaire» du gouvernement sur ce sujet, les moyens manquent afin d’offrir une réelle prise en charge des victimes et un suivi des auteurs de ces violences.
Pourtant, des solutions existent pour renforcer la protection apportée aux femmes victimes de ces violences mais aussi pour promouvoir l’égalité en luttant contre les préjugés sexistes. Par exemple, ces questions pourraient être intégrées aux cours d’éducation civique, comme l’a proposé la députée communiste Marie-George Buffet en 2010. Mais, comme pour l’accueil ou le suivi des victimes, encore faut-il se donner les moyens de la mise en œuvre…
Sophie Turlure
Rencontre avec un jeune syndicaliste Sénégalais
octobre 6, 2011 by Rédaction
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Nous avons rencontré Hamet Bouya Fall, un jeune syndicaliste sénégalais de 35 ans. Originaire de la ville de Pikine dans la banlieue de Dakar, il est membre de l’Union de la Jeunesse démocratique Alboury N’diaye (UJDAN) également adhérant du Parti de l’Indépendance et du Travail (PIT). Pour nous expliquer la situation, il nous parle de son parcours et des luttes qu’il mène dans son pays.
Avant Garde : Pourrais-tu nous parler de ton parcours en quelques mots ?
Hamet Bouya Fall : Mon parcours scolaire a très vite été arrêté à cause du coût des études. Cependant, je suis allé travailler et j’ai été formé au métier d’électromécanicien dans des garages de rue. J’ai travaillé à la SONACOS entre 2003 et 2008, une entreprise nationale fabriquant de l’huile d’arachide. Je travaille actuellement au port de Dakar. C’est là-bas que j’ai découvert le quotidien des jeunes travailleurs, c’est ce qui m’a poussé à m’engager au sein de l’Union Démocratique des Travailleurs du Sénégal (UDTS), syndicat majoritaire sur le port, j’ai été élu Délégué du Personnel titulaire.
Avant Garde : Quels sont les principaux enjeux et objectifs de l’UJDAN en ce qui concerne les jeunes travailleurs ?
Hamet Bouya Fall : Notre action envers les jeunes travailleurs se décline en plusieurs volets. Tout d’abord, il faut savoir qu’il y a un fort taux de chômage de la population juvénile au Sénégal. Notre responsabilité est donc d’aider les jeunes dans leur orientation, de les sensibiliser au code du Travail et à leurs droits. L’objectif est également d’exposer l’intérêt de la syndicalisation et de son potentiel, ainsi que le rôle des délégués du personnel. La situation des jeunes est plus que précaire, ils se retrouvent très tôt à devoir soutenir leur famille. Fils de paysans pour beaucoup d’entre eux, ils se retrouvent à aller travailler sans aucun diplôme et aucun moyen de mettre en valeur leurs compétences car il n’y a aucune politique d’insertion ou de réinsertion. Les jeunes qui vivent l’exode rural se retrouvent dans les plus grandes villes à essayer de se débrouiller en devenant vendeur ambulant ou journalier. Les journaliers peuvent travailler pendant 10 ans sans contrat à durée indéterminée, sans couverture maladie et sans cotisation à la retraite. Pourquoi n’existe-t-il pas un outil de formation étatique ? Il y a bien le Fonds National de Promotion de la Jeunesse (FNPJ) mais il ne profite qu’aux jeunes proches du Parti Démocratique Sénégalais, le parti d’Abdoulaye Wade. J’ai moi-même fait l’expérience d’un projet d’entreprise mais cela n’a pas fonctionné, ils m’ont ignoré. L’immigration illégale est parfois un espoir pour beaucoup de jeunes mais qui peut se finir tragiquement. Les visas et les bourses d’études sont également réservés aux gens proches du pouvoir. Il y a nécessité de lutter et dénoncer cette grave situation.
Avant Garde : Tu travaillais en tant que journalier à la SONACOS, pourquoi cette expérience est-elle terminée ?
Hamet Bouya Fall : L’entreprise SONACOS s’occupait de produire l’huile d’arachide. L’arachide est un des secteurs très important de l’économie sénégalaise, connu mondialement. Cette entreprise employait une centaine de milliers de travailleurs dont les journaliers et les saisonniers qui étaient pour la plupart des jeunes. L’usine, dans laquelle je travaillais, tournait à plein régime : cinq cars par jour amenaient les jeunes travailleurs journaliers à l’usine et un turn-over permettait de partager les jours de travail. Mais seulement voilà, le gouvernement Abdoulaye Wade a privatisé cette entreprise au profit d’une entreprise française appelée Advens. Aujourd’hui, l’usine dans laquelle je travaillais se limite à transformer l’arachide en huile brute, donc seulement du raffinage pour l’exportation. Du coup des milliers de personnes ont perdu leur emploi à cause de ce désastre, dont beaucoup de fils de paysans.
Avant Garde : Comment est la situation aujourd’hui au port de Dakar ?
Hamet Bouya Fall : Le port de Dakar est exploité par deux sociétés, celle de Bolloré et la Getma. Abdoulaye Wade a également signé un contrat d’exploitation de 25 ans avec une entreprise de Dubaï pour l’ensemble des terminaux à conteneurs. Seulement voilà, les jeunes du PDS ont été chargés de la gestion de cette partie du port. Ceux-ci, en plus d’être incompétents en logistique, ne se sont pas gênés pour bafouer tous nos droits fondamentaux. Les dockers et les chauffeurs ont commencé à lutter pour changer la situation : les licenciements abusifs arrivaient souvent, les périodes de stage pouvaient durer jusqu’à deux ans avec un salaire de 50 000 Fr CFA (75€) par mois pour 12h de travail par jour et la couverture maladie était également obsolète.
Face à cette situation une assemblée générale des travailleurs a été convoquée, une plateforme revendicative a été rédigée en 12 points incluant une prime de risque, un barème d’augmentation des salaires, une couverture maladie, un système de badges qui permet d’être identifié si on a un accident… Cette lutte a été efficace puisqu’elle s’est soldée par une victoire !
Avant Garde : En dehors des luttes sociales, en quoi consiste votre travail de syndicalistes à l’UDTS ?
Hamet Bouya Fall : Tout d’abord, il faut savoir que le mouvement qu’on a connu sur le port de Dakar n’aurait jamais pu se faire sans la formation dont on a bénéficié au syndicat, notamment sur le rôle du délégué du personnel, sur les textes internationaux concernant le travail, sur les négociations. L’UDTS est un syndicat autonome qui est présent dans beaucoup de secteurs (éducation, pêche, bâtiment, textile). La méthode consiste à sensibiliser les jeunes travailleurs à leurs droits fondamentaux et à la manière dont ils peuvent présenter leurs revendications. Le but est la protection et la sauvegarde de l’outil de travail.
Il existe un mouvement de jeunes au sein de l’UDTS qui a pour rôle la formation syndicale mais aussi de construire des liens fraternels par l’organisation de tournois de football interentreprises, de campagnes de dons du sang, de sorties culturels et de débats sur le syndicalisme. Nous possédons également notre propre mutuelle de santé, grâce à la signature de contrats avec des cabinets médicaux, ainsi qu’une mutuelle de crédits gérée par les jeunes du syndicat.
Avant Garde : Ces derniers temps, la colère populaire gronde au Sénégal notamment contre le clan Wade au pouvoir, quel a été le rôle des jeunes travailleurs ?
Hamet Bouya Fall : Les jeunes travailleurs ont joué un rôle de premier plan dans le mouvement contestataire. Les manifestations contre la candidature de Wade se sont accompagnées de manifestation contre les délestages. Les jeunes travailleurs sont directement concernés par les délestages. Ces coupures de courant sont un enfer pour eux puisqu’elles les mettent en chômage technique. Impossible de travailler sans courant lorsque vous êtes menuisier, tailleur ou bien gérant d’un cybercafé. Les jeunes travailleurs ont défilé avec les syndicats aux côtés des organisations politiques et de la société civile. Dès lors, il a été possible de faire le pont entre le syndicalisme et le politique puisque les emplois des jeunes travailleurs sont directement menacés par la mauvaise gestion de l’électricité.
Avant Garde : Comment vois-tu l’année 2012 ?
Hamet Bouya Fall : Je pense sincèrement que l’opposition va prendre le pouvoir si on reste uni. Cependant la victoire électorale n’est que la première étape, tout est à refaire au Sénégal. La lutte contre la corruption, l’implication de la population dans les changements que l’on va apporter et la mise en place du programme des assises nationales permettront la remise sur pied du Sénégal.
Propos recueillis par Ourouk Jawad

