La rentrée de Lucky Luc Chatel s’annonce mouvementée

août 31, 2011 by Rédaction  
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lucky luc chatelÇa y est, c’est la rentrée. Et comme chaque année, en y regardant de plus près, on  y voit le nombre de sacrifices qu’impose l’UMP à notre éducation. Mais pour commencer à décrypter au mieux cette rentrée, il faut partir de la fin de l’année dernière et des bilans que Lucky Luc Chatel (l’homme qui réformait plus vite que son ombre) a voulu nous caché…

Un symbole de la réforme des lycées, made in Lucky Luc Chatel, s’est effondré en juin dernier dans le plus grand silence. En effet, lui qui avait promis un lycée de l’égalité des chances qui permettrait à chacun (ou plutôt aux meilleurs) de réussir s’est bien gardé de convoquer ses amis journalistes pour annoncer que ses fameux ERS (Etablissements de Réinsertion Scolaire) avait un premier bilan catastrophique. Un manque de moyens flagrant, des personnels délaissés et au final même pas un tiers des élèves qui sont allés jusqu’à l’examen… telles sont les leçons tirées de cette expérience, ce qui n’a pas empêcher le ministre de continuer à vanter ces établissements pendant sa conférence de presse de rentrée.

Concernant la rentrée 2011 – sans s’y résigner, on y presque habitué maintenant – c’est encore 16 000 postes de professeurs qui passent à la trappe alors que l’arrivée de la génération du baby boom de l’an 2000 entraîne une très forte hausse du nombre d’élèves. C’est aussi des profs moins formés qui depuis la réforme se retrouvent jetés dans l’arène sans même avoir pu apprendre dignement leur métier. En la matière, point besoin d’experts pour imaginer les conséquences que Luc Chatel a dit « assumer ».

De la surenchère à l’effet d’annonce

Mais cette année, – peut-être parce qu’ils sentent que la fin de leur époque se rapproche à grands pas – le gouvernement a décidé de s’attaquer directement aux droits des lycéens. Ils mettent en place, le plus discrètement possible, une procédure disciplinaire automatique pouvant entraîner l’exclusion pour tout cas de « violences verbales », c’est un terme bien vague qui peut permettre à n’importe quel chef d’établissement de contrôler la liberté d’expression, rien que ça ! Ils instaurent la possibilité d’un passage devant une commission sans représentants des élèves. Ils modifient la loi sur les associations de 1901 pour limiter la possibilité de création d’association aux élèves de 16 ans et plus (avec signature du représentant légal pour les moins de 18 ans), etc. Alors que Chatel veut des cours de morale en lieu et place de l’ECJS, il semble que l’éducation civique leur serait pourtant bien utile pour se remémorer les principes qui fondent la citoyenneté tels que la liberté d’expression, l’esprit critique, le droit d’association, le droit d’avoir des représentants, etc.

« Ni principe, ni limite » tel est leur crédo. De Guéant qui expulse des Roms en réquisitionnant des wagons de la RATP à Chatel qui s’attaque aux principes de la loi 1901, ce n’est pas sans rappeler « les plus sombres périodes de notre histoire » comme le soulignait le communiqué de la CGT RATP appelant personnels et usagers du tram à refuser ces pratiques.

Enfin, comme toujours ils tentent de dissimuler leurs attaques directes contre notre avenir par des effets d’annonce. Wauquiez fanfaronne avec le 10ème mois de bourse pour les étudiants alors que le coût de la vie étudiante a encore augmenté de 4%. Quant à Jeannette Boughrab elle fait encore mieux, elle propose l’apprentissage du code à l’école. En soi c’est une solution à débattre qui peut être intéressante pour permettre à tous de l’obtenir. Mais elle rassure aussitôt ses copains de l’UMP « L’idée n’est pas de proposer la gratuité du permis mais d’en réduire significativement le coût pour les jeunes, en jouant sur les économies d’échelle».

Une rentrée mouvementée

Mais même si la droite revient en force avec la volonté de nous faire encore plus mal, cette rentrée sera aussi le symbole de la force des mobilisations et des luttes. Les syndicats lycéens et la FCPE (association de parents d’élèves) se sont lancés dans la bataille pour faire abroger les mesures disciplinaires de juin. Les syndicats de profs comme les organisations de jeunes ont d’ores et déjà appelé à la grève et à la mobilisation le mardi 27 septembre contre les dernières réformes de l’éducation, contre les suppressions de postes et pour avoir les moyens de la réussite de tous. Et partout, le mouvement contre l’austérité généralisée grandit avec deux dates annoncées chez nous : l’appel à la mobilisation de l’intersyndicale pour le 11 octobre et celui de très nombreuses organisations de jeunes de France et d’Europe le 15 octobre.

Guénolé Fournet

Sénégal : «Touche pas à ma constitution»

août 19, 2011 by Rédaction  
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wadesarkoSouvent présenté comme le modèle à suivre en matière de démocratie en Afrique, le Sénégal, présidé depuis 2000 par Abdoulaye Wade (du Parti Démocratique Sénégalais – PSD), traverse une crise sans précédent depuis le printemps 2011. Modification de la constitution, précarité, chômage, coupures d’électricité, autant de raisons à la mobilisation populaire qui a gagné le pays. Retour sur les événements.

Le mouvement « Touche pas à ma constitution » est né après la 17ème tentative de modification de la constitution par le Président. A l’approche des élections présidentielles, cette réforme avait pour but de rendre Wade (âgé de 85 ans)  rééligible pour un troisième mandat consécutif avec 25% des voix seulement. Elle aurait permis, par la même occasion, l’élection d’office de son fils, Karim Wade, au poste de vice-président. C’est ce que le Président a lui-même appelé le « ticket gagnant », le gain ne profitant qu’à la droite au pouvoir et au clan Wade (d’ailleurs soutenu par Nicolas Sarkozy, entre autres). Entre dictature, néocolonialisme et népotisme, le peuple sénégalais s’est organisé pour résister. Le 23 Juin 2011, jour où devait être présenté le projet de loi, plusieurs milliers de manifestants se sont rassemblés devant le parlement à Dakar.

Le M23 à l’origine de la contestation

La précarité grandissante, le mépris des revendications des étudiants et des travailleurs, le chômage en hausse constante et les coupures d’électricité quotidiennes sont autant d’éléments qui ont contribué au ras-le-bol du peuple sénégalais. L’annonce du projet « des 25% » et de l’élection avec l’option « ticket gagnant » n’ont été que la goutte d’eau qui a fait débordé un vase qui se remplissait depuis des années. Dès lors, plusieurs mouvements et associations se présentant comme apolitiques (tels que « Y’en a marre » ou « Je refuse - Jeunes pour la Reconstruction et le Futur du Sénégal») ont vu le jour et se sont joints aux forces politiques de gauche, dont l’Union de la Jeunesse démocratique Alboury N’diaye (UJDAN) et le Parti e l’Indépendance et du Travail (PIT). Ces derniers ont préparé la manifestation du 23 Juin en sensibilisant un grand nombre de Sénégalais, auxquels se sont ajoutés bon nombre de manifestants spontanés, hommes ou femmes, jeunes ou vieillards, étudiants, chômeurs ou travailleurs.

Le jour dit, alors que les manifestants sont regroupés pacifiquement devant le parlement, l’un des ministres entre dans l’édifice malgré les barrières et la contestation populaire. Cet acte est vécu comme un affront et un mépris des aspirations sénégalaises. Selon des témoignages recueillis sur place, c’est à cet instant que la tension est montée : la police a immédiatement eu pour ordre de disperser la foule, et la torture des manifestants a suivi les passages à tabac sur la voie publique et les violentes arrestations.

Suite à ces événements, le gouvernement a décidé d’interdire toute « manifestation à caractère politique » au centre-ville de Dakar. Mais les organisations présentes dans les rues le 23 juin dernier ont décidé de braver l’interdit et de descendre dans les rues le 23 de chaque mois jusqu’aux élections présidentielles qui auront lieu en Février 2012. Wade et ses alliés espèrent étouffer les événements en organisant un black out total à la fois sur la question politique, sur les mobilisations et sur la répression.

« Benno Siggil Sénégal », victoire et unité indissociables

Du côté de l’opposition, les élections se préparent. Toutes les forces politiques de gauche – des socialistes à l’extrême gauche, en passant par le PIT – se sont alliées au sein d’un front, le Benno Seggil Sénégal, pour battre la droite en 2012. Créé en 2009 pour les élections locales, le Benno s’est renforcé dans la préparation du M23 et ne cesse de prendre de l’ampleur. Un candidat unique de la gauche devrait être élu pour se présenter en 2012. Face au pouvoir de Wade, la gauche Sénégalaise part en campagne avec l’intime conviction que la victoire et l’unité sont indissociables, et que le peuple doit être à l’origine de tout projet politique.

Gnima Mendy

Palestine libre – libres Palestiniens

août 3, 2011 by Rédaction  
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colombe palestine israelReconnaissance à l’ONU, libération probable de Salah Hamouri… les événements se bousculent au Proche-Orient sans que pour autant rien ne soit encore joué. Explications.

Salah Hamouri est un jeune franco-palestinien emprisonné en Israël. 7ans, c’est la peine à laquelle il a été condamné après une arrestation injustifiée. Pourquoi ? Salah est tout simplement passé devant les fenêtres du rabbin Yossef Ovadia, chef spritituel du parti Shass (parti d’extrême droite). Ce geste, plutôt banal dans n’importe quel autre endroit du globe, a été, là-bas, suffisant à le condamner pour « terrorisme ». Salah a comparu devant le tribunal militaire d’Ofa, illégal au regard du droit international, et a été contraint de plaider coupable pour alléger sa peine. C’est ainsi qu’il a rejoint les milliers de prisonniers politiques palestiniens.

La libération des prisonniers indissociable de la paix

Enfermé depuis plus de 6 ans, sa peine devrait donc prendre fin le 28 novembre mais Salah est, pour l’instant, seulement libérable et pas encore libéré. Le pouvoir israélien pourrait le garder encore un certain temps en rétention administrative surtout si le gouvernement français reste sourd malgré les soutiens des différents comités et associations en France et au Proche-Orient. Ces mobilisations ont toutefois déjà contraint Alain Juppé, ministre des affaires étrangères, à accepter de rencontrer Denise et Hassan Hamouri, les parents de Salah.

Daniel Voguet, l’avocat de Marwan Barghouti (responsable du Fatah, lui aussi enfermé), parle d’au moins 1 palestinien sur 10 qui aurait connu, à un moment ou un autre, une arrestation, un enfermement. Selon de nombreux observateurs, 300 enfants seraient aujourd’hui en prison. C’est le quotidien des Palestiniens. L’exigence de leur libération est donc indissociable de la construction d’un État et d’une paix juste et durable. Salah en est l’un des symboles, ici en France.

Les enjeux de la reconnaissance

Avec l’annonce de sa probable libération et la possible reconnaissance d’un État Palestinien à l’ONU, on pourrait croire que la situation entre les deux protagonistes du conflit est en train de s’améliorer. Tout n’est pas si simple mais cette demande de reconnaissance est tout de même le signe d’une reprise en main du calendrier, d’un passage à l’offensive des Autorités Palestiniennes poussées par les mobilisations populaires de ces derniers mois. Si elle aboutissait, elle représenterait, entre autres, la possibilité de sortir du tête à tête toujours défavorable aux Palestiniens, d’une implication plus importante de la communauté internationale et permettrait que d’autres dispositions du droit international s’appliquent à la situation – telle que la reconnaissance de la Palestine comme un État occupé par une puissance étrangère.

Tout reste à jouer

Évidemment rien n’est encore joué. De même que pour une libération effective de Salah, la mobilisation internationale est nécessaire pour que l’espoir de cette reconnaissance devienne réalité. Si la demande de reconnaissance par l’ONU est un signe fort adressé à Israël, il semble que le chef du gouvernement hébreu ne l’entende pas de cette oreille. Les dernières interventions du Premier Ministre, soutenu par les États-Unis, ne vont pas dans le sens d’un abandon de la colonisation et du retrait des colons dans les territoires réclamés par les palestiniens. Netanyahou pourrait malgré tout être mis au pied du mur sous la pression de la communauté internationale. Plus de 120 pays se sont d’ores et déjà déclarés favorables sur les 130 voix nécessaires pour faire la bascule à l’Assemblée Générale de l’ONU. Il appartient aux peuples du monde d’exiger de leur gouvernement d’ajouter leur poids dans ce processus qui sera de longue haleine puisque la résolution fera plusieurs aller retour entre l’Assemblée Générale et le conseil de sécurité (composé de 5 membres permanents dotés du droit de veto – Chine, Etats-Unis, Russie, France, Royaume-Uni – et de 10 membres élus pour 2 ans).

Le combat pour la paix continue

Si à terme ce processus devait aboutir, le combat pour la paix ne prendrait pas fin pour autant. En effet, la reconnaissance pure et simple d’un État palestinien n’est pas suffisante. Pour Israël, ce pourrait être une manière de se sortir d’une situation qui semble de plus en plus difficile à gérer sans avoir à assumer les 60 années d’humiliations quotidiennes, d’occupation illégale, d’utilisation de la force armée contre des civils, de crimes de guerres. Il semble dès lors qu’une paix durable ne pourra se construire que sur le chemin de la justice. De nombreux débats et combats restent et resteront à mener : la libération des prisonniers essentielle au bon fonctionnement de l’État, la fin des colonies et du mur, la sanction des crimes de l’État israélien notamment l’attaque de Gaza en 2009, le droit au retour des réfugiés… C’est pour l’ensemble de ces questions et en premier lieu pour la reconnaissance de l’État palestinien que Marwan Barghouti a appelé, cet été depuis sa prison, tous ceux qui luttent pour la paix à organiser à travers le monde de grands rassemblements le 17 septembre, quelques jours avant le début du débat à l’ONU.

Lorraine Finkl