La Tunisie post Ben Ali : une révolution en marche
février 24, 2011 by Rédaction
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Depuis le 14 janvier dernier, la Tunisie a un autre visage. Après vingt trois années de dictature, de liberté d’expression bafouée, d’impossibles critiques de la famille présidentielle qui a pourtant pillé le pays, les Tunisiens ont mis leur Président dehors.
En « dégageant » des politiciens corrompus, le peuple tunisien a ouvert la porte à la contestation populaire qui s’est étendue à tout le monde arabe. Les revendications simples et justes – principalement le droit à la liberté d’expression, l’accès à un travail et une hausse des revenus – font face à une répression sans merci comme en Lybie.
Les principales expériences politiques progressistes de ces dernières années ont eu lieu en Amérique Latine avec des gouvernements de gauche, au Venezuela ou au Brésil par exemple, qui mettent en place des réformes pour améliorer la situation sociale dans leur pays. Personne n’avait prévu le soulèvement face aux dictatures dans le Moyen-Orient. Maintenant les Tunisiens sont face à cette question cruciale : que se passe-t-il après ?
Un bouillonnement politique dans tout le pays
De retour d’une semaine passée là-bas, il apparaît que plusieurs éléments de réponses sont en train d’être trouvés. Il faut noter tout d’abord qu’un flou général règne sur les mois à venir en termes politiques, bien que ce ne soit pas la panique sur place. Le peuple tunisien a tellement peu eu l’habitude de participer à la vie politique, notamment au sein des quelques partis autorisés, qu’il n’y a pas eu d’appropriation massive des outils politiques classiques. Cependant, l’UGTT (Union Générale Tunisienne du Travail) ou d’autres organisations sont tout de même largement débordées par la demande, chacun voulant connaître ses droits. Pour l’instant aucun parti ne domine les autres en termes d’adhésions ou d’écoute auprès des citoyens.
Un autre avenir en construction
La jeunesse tunisienne, qui a été massivement dans la rue et fer de lance de la révolution, constitue dans les différentes régions du pays des sortes de commissions ouvertes à tous pour établir la liste des demandes du peuple. Le reste de la population, qui a été un peu plus en retrait lors des manifestations tout en soutenant fortement les évènements, suit les débats à la télévision. Auparavant complètement muselée, elle est maintenant uniquement animée de débats politiques sur l’actualité du pays ou dans le monde arabe.
La population semble majoritairement confiante et se donne le temps de construire d’ici les élections qui devraient avoir lieues en juillet. Partout, les murs sont couverts de slogans révolutionnaires. Les tunisiens et tunisiennes paraissent être en bonne voie pour construire leur futur, leur révolution se poursuit. Même si, pour l’instant, le système capitaliste n’est pas remis en cause dans son ensemble, le peuple s’organise pour améliorer ses conditions de vie.
Mejdaline Mhiri
Education en Palestine : trois défis à relever. Partie 3/3
février 15, 2011 by Rédaction
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Partie 3/3 – Education politique, historique ou culturelle. Quelles difficultés?
La plupart des grands mouvements de contestation et de résistances ont existés et ont été forts grâce à l’implication des jeunes faisant partie intégrante du peuple en lutte. En est preuve l’exemple très récent de la Révolution du Jasmin en Tunisie, ou du mouvement contre la réforme des retraites en France, qui a pris un nouveau visage après l’engagement des étudiants et lycéens. En Palestine, on se souvient des deux dernières intifada (grands mouvements populaires de contestation contre l’armée israélienne). On se souvient des gamins jetant des cailloux contre les chars, des étudiants palestiniens dans les rues, keffieh au cou. On se souvient de l’effervescence populaire, de la colère légitime contre une occupation qui elle ne l’est pas. Mais quand on vit en Palestine aujourd’hui on a l’impression que cela a un peu changé. Pourquoi? L’ultime défi est-il alors de développer l’éducation populaire afin de favoriser la pensée critique, la compréhension des enjeux et le développement des engagements ?
D’abord beaucoup de jeunes palestiniens ont le sentiment que les partis politiques sont devenus inutiles. Une grande partie de la population est déçue, notamment à l’égard du Fatah (le parti majoritaire au pouvoir). Les multiples échecs des « processus de paix» , la corruption qui gangrène l’Autorité Palestinienne créent non pas du désespoir mais de la méfiance voire du mépris pour les institutions politiques. Les publications récentes, par la chaîne de télévision Al Jazzera, de dossiers confidentiels sur des accords entre l’Autorité Palestinienne et Israël ont exacerbé ce sentiment. Elles révèlent notamment que le Fatah aurait cédé à l’Etat Israélien des quartiers de Jérusalem-est et accepté l’existence de colonies en Cisjordanie. Des manifestations de mécontentement ont eu lieu devant le siège d’Al Jazzera à Ramallah pour protester contre ces « révélations » que certains pensent fausses. Selon eux, il pourrait s’agir d’une tactique israélienne pour diviser le peuple. Dans tous les cas, c’est un véritable coup dur pour les Palestiniens.
Nombreux sont les obstacles à l’engagement
Ensuite, la deuxième intifada en 2000 a été extrêmement dure et coûteuse pour les Palestiniens. D’un point de vue économique. De nombreuses grandes villes ont été assiégées. Des villages ont subi des blocus très longs et ne disposaient pas de ravitaillement de nourriture. Les maisons et infrastructures détruites se comptent par centaines. Il a été impossible pour beaucoup de Palestiniens de travailler durant cette période.
Mais aussi d’un point de vue psychologique. Les avis sont partagés chez les Palestiniens sur les bienfaits de ce soulèvement. Mais le fait est que l’impression que la paix semble s’être éloignée est présente. La répression des israéliens a été extrêmement forte : près de 5500 Palestiniens sont morts depuis 2000, des milliers d’autres ont été arbitrairement emprisonnés. Il n’y a pas une famille palestinienne qui n’ait malheureusement ses « martyrs » et prisonniers. La peur de revivre cette situation est omniprésente. Depuis lors, de nombreux parents interdisent à leurs enfants de prendre part à des activités politiques, car il leur serait insupportable de subir la douleur de perdre un deuxième enfant, tué ou emprisonné. D’où un difficile engagement des jeunes qui se couple aux difficultés de l’Autorité Palestinienne à faire bouger les choses. Le militantisme politique n’est pas le seul concerné. Peu de jeunes font partie d’une association pour la justice, la paix ou la protection des droits de l’homme.
De plus, quand on discute un peu avec les étudiants, on se rend compte que la liberté politique n’est pas si évidente au sein même de la Palestine. La censure peut s’abattre si on ose remettre en cause l’efficacité de l’Autorité. A ce titre, le responsable d’une association de théâtre de Naplouse expliquait qu’il avait monté une pièce dénonçant l’occupation israélienne, tout en critiquant la politique du gouvernement palestinien. La police palestinienne l’a empêché de jouer.
Cependant, il est complètement faux de penser que les jeunes palestiniens ne s’indignent plus, pour reprendre les propos de Stéphane Hessel. Il serait plus juste de dire qu’ils sont fatigués, brisés. Ces jeunes ont vécu toute leur vie sous occupation israélienne et leur quotidien est l’humiliation, la discrimination, l’injustice : ils n’en peuvent plus, tout simplement.
Donner aux étudiants l’opportunité d’exprimer leur opinion
En partant de ce constat, l’université An-Najah de Naplouse, a mis au point le programme Zajel d’échanges de jeunes, qui favorise l’implication des étudiants dans diverses activités. De nombreux étudiants de différentes villes de Cisjordanie, comme Jénine ou Qalqilia, souffrent de l’occupation militaire israélienne. Le déplacement d’une ville à l’autre est difficile à cause des barrages et des incursions imposées par l’armée. Ce sont ces conditions de vie qui rendent très laborieuse l’implication des palestiniens dans les organisations politiques et sociales. C’est pour cela que, selon le responsable du programme, les étudiants « ne trouvent pas de moyens pour exprimer leur avis, leurs sentiments, ou même d’avoir des amis en dehors des frontières. Autrement dit les étudiants palestiniens sont coupés du monde extérieur. » Le programme tente alors de donner aux étudiants palestiniens l’occasion de s’engager dans des associations, d’entrer en contact avec des gens du monde entier. En se confrontant à des opinions et des cultures différentes, en favorisant le dialogue culturel, les étudiants se dotent d’une « expérience et d’une ouverture qui les aidera à jouer un rôle dans le développement de l’Etat Palestinien ».
Résister c’est exister ?
Les jeunes palestiniens sont l’avenir, les premiers concernés par la paix. Et ça, le gouvernement israélien l’a bien compris. Pas étonnant que Ben Gourion ait affirmé en 1948 «nous devons tout faire pour nous assurer que les Palestiniens ne reviendront jamais dans leurs maisons. Lorsque les vieux mourront, les jeunes oublieront.» Ce à quoi son conseiller spécial Uri Lubrani ajouta en 1960 « Nous devons réduire la population arabe à une communauté de bûcherons et de garçons de café. »
Ces effarants discours montrent l’importance de la mémoire et pourquoi l’Etat israélien met tout en œuvre pour empêcher les palestiniens d’accéder a une éducation normale. Que cela passe par la destruction des écoles, des lois racistes ou une répression violente tentant d’étouffer toute résistance et engagement, il ne recule devant rien. Face à cela l’Autorité Palestinienne, avec ses contradictions et ses qualités, fait ce qu’elle peut pour surmonter les obstacles auxquels elle est confrontée.
Les palestiniens sont un peuple fier, cultivé et débordant de volonté de résistance. C’est pour cela, au grand dam du gouvernement israélien, que « le vent ne fera jamais tomber la montagne » (Yasser Arafat).
C’est ce chemin qu’essaient de suivre de nombreuses associations palestiniennes qui font un énorme travail auprès des jeunes pour lutter contre l’oubli et pour la remémoration constante de l’histoire, du patrimoine et de la culture palestinienne. A travers le théâtre, le dabké (danse traditionnelle), le sport ou le cinéma, les jeunes peuvent crier leur liberté et faire de la culture un outil de résistance.
C’est aussi cette voie qu’empruntent des jeunes de Gaza lorsqu’ils lancent un appel pour crier leur ras-le-bol « d’Israël, du Hamas, de l’occupation, des violations permanentes des droits de l’homme et de l’indifférence de la communauté internationale » et faire vivre leurs aspirations. « Nous allons commencer par rompre l’occupation qui nous étouffe, par nous libérer de l’enfermement mental, par retrouver la dignité et le respect de soi. Nous garderons la tête haute même si nous rencontrons le refus. Nous allons travailler nuit et jour pour changer la situation lamentable dans laquelle nous nous débattons. Là où nous nous heurtons à des murs, nous construirons des rêves. »
Sarah H.
ILS Y ETAIENT…
février 11, 2011 by Rédaction
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LE CAPITALISME N’AS PAS D’AVENIR, NOUS SI !
février 11, 2011 by Rédaction
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Du 13 au 21 décembre 2010 s’est tenu le 17e Festival Mondial des Jeunes et des Etudiants (FMJE) organisé par la Fédération Mondiale de la Jeunesse Démocratique (FMJD) en Afrique du Sud. 20 ans après la libération de Nelson Mandela, c’est donc à Pretoria que 15 000 jeunes venant de 115 pays se sont réunis pour 10 jours de solidarité, de fête, de réflexion et de construction politique avec comme mot d’ordre : « Pour un monde de paix, de solidarité et de transformation sociale. Vaincre l’impérialisme ! »
Ici, il n’y a pas de place à la résignation. En sillonnant les 120 ateliers du festival, on sent vite monter un vent de détermination. Le constat est rapide. Si aux 4 coins du monde le capitalisme fait des ravages et plonge particulièrement les jeunes dans la misère et la précarité, l’envie d’en découdre n’en sort que renforcée.
Briser le silence sur l’oppression des peuples
C’est ce vent qui marque l’actualité. Celui du peuple tunisien qui a mis fin en un mois à 23 ans de dictature en mettant dehors Ben Ali. Tout est en effet parti de la jeunesse tunisienne scandant le mot d’ordre « Liberté, travail, dignité ». De liberté il en est question au FMJE avec le peuple sahraoui, par exemple, qui subit depuis plus de 30 ans la colonisation et la répression du gouvernement marocain. Lorsqu’en octobre dernier, les militaires de
Mohammed VI ont lancé une offensive dont on ne connaît toujours pas le nombre de morts, c’est la République française qui a volé au secours de son allié pour empêcher toute mission d’observation de l’ONU… étrange ressemblance avec le silence complice de Sarkozy sur les crimes du régime Ben Ali. Les allées du festival résonnent aussi de la solidarité avec le peuple palestinien toujours victime des crimes de la colonisation israélienne. Bien vite dans les discussions les délégués en arrivent aux mêmes conclusions: les institutions internationales sont complices par leur silence des bourreaux de ces peuples opprimés.
De la crise à la solidarité : un chemin à emprunter
Et de Dublin à Johannesburg, un autre spectre hante nos continents, c’est celui du FMI. D’une main il goinfre les banques et les marchés financiers, de l’autre il affame les peuples. Les Sud Africains que nous rencontrons nous expliquent que le dernier gouvernement « blanc », celui de De Klerk, avait, avant de sombrer, contracté des emprunts importants auprès du FMI qui ont ensuite aiguisé la crise. Le tribunal anti-impérialiste, qui se réunit le dernier jour, permet aux délégués de nombreux pays africains de montrer comment ils sont aujourd’hui victimes « des plans d’ajustements structurels » de cette institution.
À l’inverse de ces outils de régression, les délégués cubains et vénézuéliens nous font part des nouvelles coopérations économiques qui voient le jour en Amérique latine au service du développement humain, malgré le blocus économique continu des Etats-Unis envers Cuba.
Au terme de ce festival, une conclusion s’impose: si le monde capitaliste est en crise, celui des peuples ici réunis est en train de germer. Une chose semble claire pour les participants : c’est bien ce que font ou ne font pas les hommes qui détermine la réalité. Celle-ci vient de changer pour le peuple tunisien, tout comme 20 ans plus tôt pour Nelson Mandela. En France en 1981, seulement 3% de la population connaissait son existence, jusqu’à ce qu’il soit libéré en 1990 par la mobilisation irrésistible des peuples. « On ne perd que les combats que l’on ne mène pas » conclut un délégué français.
Nicolas Larson
En Europe, tous mobilisés
février 11, 2011 by Rédaction
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De la Grèce à l’Irlande en passant par l’Espagne et les Pays-Bas ou encore l’Italie, les jeunes d’Europe bouge !
AUSTÉRITÉ
février 11, 2011 by Rédaction
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Ça y est, le mot d’ordre est lancé. Et les maux qui vont avec sont enfin reconnus. Il faut donc se serrer la ceinture, se rendre à l’évidence, laisser passer l’orage : c’est inévitable puisqu’on vous le répète !
Le budget 2011, voté par le Parlement, est on ne peut plus clair : il faut réduire les dépenses publiques. Au nom du gaspillage et de l’efficacité, le gouvernement supprime 16 000 postes dans l’éducation, ferme des hôpitaux et des centres de santé, réduit les aides au logement et aux chômeurs. On taxe toujours plus les ménages pour combler la « dette » alors que l’ISF va être supprimée. Ils disaient « la crise est lointaine » mais elle est désormais dans notre quotidien. Les sommes astronomiques (360 milliards) que l’on a vues défiler sous nos yeux il y a 3 ans pour « sauver les banques » malgré des caisses prétendument vides n’auraient donc servi à rien ? Gagné !
Ou plutôt si, cela a permis aux banques et aux spéculateurs de continuer avec les mêmes pratiques qu’auparavant : chercher la rentabilité immédiate et la plus élevée possible avec l’argent des contribuables. On nous avait promis de « moraliser » le système, de ne plus permettre ces dérives. Foutaises !
On oblige le peuple à supporter le coût de la crise. Aux quatre coins du globe, les gouvernements avec la complicité des institutions internationales entreprennent une véritable casse sociale. Il ne s’agit pas de sauver les meubles mais d’en offrir de nouveaux aux marchés (entendez de nouvelles sources de profit). Voilà l’occasion idéale pour mettre au pas plusieurs pans de la société, autrefois exclus de la sphère marchande : les services publics et derrière eux la notion d’égalité.
Pendant ce temps-là, les nantis de ce pays se réunissent une fois par mois pour converser, s’amuser et s’organiser, loin des réalités populaires : c’est le dîner du Siècle. Les gouvernements font la loi par et pour les marchés, quitte à ignorer voire mépriser les contestations populaires qui émergent à travers le monde. Les pays qui faisaient figure de modèle auprès des marchés (Irlande, Grèce) il y a peu sont désormais érigés en véritables parias. Combien d’émeutes ou de grèves générales dans le monde depuis la crise financière de 2008 pour dénoncer la baisse des salaires, la hausse des prix des produits de base ? La seule réponse apportée étant la violence d’Etat avec pour conséquences le repli sur soi. Voici donc le vrai visage du capitalisme : gaver les plus riches au plus vite sans souci du lendemain (pour les peuples, l’environnement) et écraser toute contestation en jouant sur les peurs et les divisions.
Quelle conclusion en tirer nous dira-t-on : et si on faisait par et pour le peuple ? Les résistances à cet ordre mondial injuste, dont les jeunes sont souvent aux avant-postes, traduisent une volonté de faire autrement. Le festival mondial de la jeunesse et des étudiants de décembre 2010, sur lequel vous retrouverez un article dans ce numéro, a permis de créer des liens pour mieux organiser les résistances de demain. Les évidences capitalistes ont fait long feu : le mythe du marché indépassable et bienfaiteur, plus personne n’y croit. Il s’agit désormais d’unir les résistances pour créer le monde de demain et répondre aux besoins humains, avant tout.
Nordine Idir
QUAND L’AUSTÉRITÉ GAGNE L’ÉDUCATION, LA COLERE GAGNE DU TERRAIN
Plus de 65 000 postes ont été supprimés dans l’éducation depuis que Sarkozy est au pouvoir. Mais les conséquences catastrophiques de cette politique n’empêchent pas le gouvernement de la poursuivre, compromettant ainsi l’avenir des élèves et de la profession…
Ce sont 16 000 suppressions de postes annoncées dans le budget 2011 dont pas moins de 4 800 dans le second degré. Pour la première fois, le ministre de l’Education nationale ne s’est même pas donné la peine de les justifier. Profitant d’une autonomie renforcée, il délègue cette tâche aux recteurs et chefs d’établissement, qui doivent définir localement les moyens à mettre en œuvre afin d’atteindre cet objectif.
Moins de profs devant plus d’élèves dans des lycées en concurrence
Les solutions s’offrant à eux sont alarmantes : augmenter les effectifs d’élèves par classe, augmenter le poids des heures supplémentaires, recourir massivement aux personnels non titulaires et précaires, limiter le nombre d’heures de cours, réduire drastiquement les moyens en remplacement, etc. Ces suppressions porteront donc sur des postes devant élèves. Luc Chatel, afin de ne pas compromettre sa réforme du lycée, a d’abord voulu faire porter le poids de ces suppressions sur les collèges, sans tenir compte de l’augmentation annoncée de 48 500 élèves à la rentrée prochaine. Mais aujourd’hui les consignes des rectorats sont de supprimer des heures et des options en seconde.
Parallèlement le décret d’application de la loi Ciotti qui supprime les allocations aux familles d’élèves absentéistes est entré en vigueur et le ministre a annoncé la prochaine création d’une prime « aux performances » pour les chefs d’établissement, renforçant d’autant les craintes de développement d’une éducation à deux vitesses.
Une austérité dénoncée par les organisations et les manifestants
Pour la réussite de tous les jeunes d’autres choix sont indispensables. C’est le message des nombreuses organisations de profs, de parents d’élèves et de jeunes qui se sont réunies afin de refuser ce budget de rigueur.
De multiples rassemblements avaient déjà eu lieu à travers la France à leur appel le 22 janvier contre les suppressions de postes. Une nouvelle journée de mobilisation a été organisée le 10 février avec de nombreux profs en grève (34% dans le primaire et près de 50% dans le secondaire, selon la FSU). Certains établissements étaient en grève à 90% et des manifestations se sont déroulées dans plus de 70 départements, réunissant au total plusieurs dizaine de milliers de personnes.
Marine Tonnellier
ÉLECTIONS CANTONALES : VOTONS EN MA(R)SSE
La démocratie ne débute pas aux franges des moquettes épaisses du Palais de l’Elysée, même s’il lui arrive d’échouer au pied d’un président corrompu. Les élections cantonales de mars prochain seront l’occasion de rappeler que la démocratie se joue aussi, peut-être surtout, à l’échelon local. Pour autant il n’est pas facile de prendre la parole dans un système qui ne la cède pas facilement alors : citoyenneté, démocratie, élus locaux, de quoi parle-t-on exactement ?
La démocratie c’est le partage des pouvoir, la prise de décision collective. En démocratie le pouvoir appartient au peuple qui le gère collectivement, elle trouve donc sa source dans les villes, les entreprises, au lycée, à la fac, là où vivent et produisent les citoyens. L’idée pourrait paraître banale mais cela ne va pas de soi.
Moins de peuple et plus de pouvoir.
Pour la droite au pouvoir, la démocratie ne semble pas être une priorité. Il faut avant tout régler les conséquences d’une crise qu’elle a fabriquée de toute pièce. Sous couvert d’efficacité le gouvernement taille, tel un boucher aveugle, dans le gras de notre système politique. Il y avait trop de professeurs, trop de fonctionnaires, trop d’immigrés, il y a dorénavant trop d’élus. Ainsi la réforme des collectivités territoriales prévoit la fusion des élus régionaux et départementaux pour créer un Conseiller territorial siégeant dans les deux instances. La réforme signe la disparition de dizaines de milliers d’élus locaux. Cette démarche qui consiste à éloigner les centres de décision de la population tend à faire apparaître le pouvoir comme un concept abstrait, qui tombe du ciel et sur lequel le peuple n’a pas de contrôle. Elle oppose citoyens et professionnels de la politique de façon stérile, en totale contradiction avec les fondements de la démocratie dont on s’étonne qu’elle soit « en crise ».
Voter pour résister
De nombreux français, de nombreux jeunes, n’iront ainsi pas voter en mars prochain pour élire leurs Conseillers Généraux. Beaucoup d’entre eux ne sauront peut-être jamais qu’une élection a eu lieu. Plus encore ignoreront que c’est ce jour-là que se sont jouées la suppression de leur aide au transport, l’augmentation des tarifs de la culture, la surcharge de leur collège (voir schéma ci-contre).
Pourtant, face à un gouvernement qui refuse d’écouter la rue, les élections locales sont une arme de plus pour faire entendre une autre voix, mener une autre politique. Voter lors des cantonales de mars 2011 c’est choisir ses élus locaux ceux que l’on peut rencontrer, ceux à qui l’on peut faire part de ses idées, ceux à qui l’on peut demander des comptes. Ce sera également une des dernières chances de construire des pôles de résistance à la politique de Sarkozy avant 2012. Ce sera l’occasion enfin offerte d’agir concrètement en faveur d’une démocratie retrouvée au plus près des aspirations du peuple. Alors pour les cantonales votons en masse.
Zahia Zeitoun
TÉMOIGNAGE D’UN JEUNE PRÉCAIRE
février 10, 2011 by Rédaction
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Alexis Leroux, 21 ans, est actuellement en « recherche d’emploi ». A 19 ans, il arrête ses études en 1ère année de bac pro comptabilité, faute de stage lui permettant de continuer. Depuis, il enchaîne les boulots : McDo, distribution-communication, préparateur de commande, accueil, etc. Il accepte ce qu’on lui propose comme travail en espérant reprendre ses études un jour. Pourtant quand on lui parle du RSA, il répond qu’il n’y a pas le droit et qu’à sa connaissance aucun de ses amis ne le touche. Etre volontaire et travailleur ne suffirait donc pas à être reconnu par l’Etat. Sa pire expérience reste celle du Mcdo : conditions de travail difficiles, horaires « merdiques » et un patron « qui se croit au Far West » ! Il explique volontiers que quand on a que ce travail pour revenu c’est dur de se battre pour améliorer les choses. « Surtout quand le patron affirme qu’à Mcdo c’est la législation du travail américaine qui s’applique ! », précise Alexis. Il a bien entendu parler du service civique et de la possibilité de travailler dans une association mais il déchante vite quand il voit le salaire proposé. Pour lui, il faut choisir entre le service civique et son indépendance, car « qui peut vivre décemment avec moins de 650 euros par mois ? ». Pourtant des projets il en a : avoir son propre appartement, se payer une voiture. Il a un peu de soutien pour trouver un travail qui lui permettrait de les réaliser mais il s’inquiète de la diminution des moyens. Les deux conseillers du Pôle Emploi qui l’aident, lui et les autres, à clarifier son projet professionnel vont être licenciés!
Gaspard Cassius
LES JEUNES D’EUROPE FACE AUX PLANS D’AUSTÉRITÉ : LES RAISONS DE LEUR COLÈRE
février 8, 2011 by Rédaction
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Qu’elle soit « vertueuse » (dixit Fillon) ou « équitable » (dixit Cameron) ou bien une thérapie de choc comme l’imposent l’Union européenne et le FMI à la Grèce ou à l’Irlande, l’ensemble des peuples européens, après avoir renfloué le système bancaire à coups de centaines de milliards d’euros, sont aujourd’hui concernés par la cure d’austérité.
S’il est trop tôt pour dresser un bilan précis, il apparaît clairement que les différents plans d’austérité vont avoir des conséquences dramatiques sur la jeunesse à tel point que le BIT (Bureau International du Travail) parle « d’une génération perdue » dans son rapport d’août 2010.
L’éducation dans la ligne de mire.
Réduisant les budgets sociaux au prétexte de « l’équilibre budgétaire », les gouvernements ont décidé de saborder l’éducation publique. Par des coupes budgétaires drastiques et l’organisation d’une pénurie de moyens, le droit à une éducation de qualité pour tous est sérieusement menacé.
Berlusconi, par exemple, a baissé de près de 9 milliards d’euros ce budget en supprimant près de 134 000 postes d’enseignants entre 2009 et 2013. Les familles les plus aisées pourront se tourner vers l’enseignement privé, en forte expansion ces dernières années, tandis que les autres devront se contenter d’une éducation au rabais. Les portes de l’université risquent aussi de se fermer définitivement pour les jeunes des classes populaires. Non seulement les frais d’inscription augmentent de manière drastique à l’image de la Grande-Bretagne où ils pourront atteindre près 10 600 € par an du fait d’un désengagement de l’Etat (- 40% en GB, -16% en Espagne) mais les fonds alloués pour les systèmes d’aides sociales sont aussi gelés comme au Portugal, en Irlande ou en Grande-Bretagne. Bref, la sélection sociale s’accélère sans aucun doute.
Chômage massif pour les jeunes européens.
1 jeune sur 5 est au chômage en Europe. Mais cette moyenne ne révèle pas l’ampleur de la catastrophe : 1,5 millions de jeunes Espagnols (soit 41,5% de la population active de moins de 25 ans) sont privés de travail, près d’un jeune sur trois en Irlande et en Grèce, un quart en Italie. Or, avec l’austérité les allocations chômage voient leur montant baisser et leur accès se restreindre. Pire, de nombreux débouchés se ferment avec, notamment, la saignée des fonctions publiques (500 000 postes supprimés en Grande-Bretagne ou bien encore 100 000 en Roumanie). A l’image de l’Espagne, l’âge légal de départ en retraite est relevé au Portugal, en Italie, en Grèce. Plusieurs millions d’emplois, « bloqués » pour nos anciens condamnés à travailler encore, seront indisponibles pour les futurs jeunes travailleurs.
Et la France dans tout ça ?
La droite au pouvoir s’inscrit pleinement dans cette logique européenne. Pour les jeunes, près d’un million d’emplois vont être « bloqués » par la réforme des retraites aggravant le chômage de masse des 18-25 ans qui touche près d’un jeune travailleur sur quatre. Dans ce contexte, le gouvernement promeut l’alternance et quelques gadgets, entre autres: le « RSA- Jeunes » qui n’est perçu que par 3 400 jeunes sur les 160 000 promis et le service civique rémunéré entre 540 et 640 euros. Le seuil de pauvreté en France est fixé à 750 euros par mois.
Du côté de l’éducation nationale : 16 000 postes en moins pour la rentrée 2011 portant au total à près de 66 000 le nombre de postes détruit sous l’ère Sarkozy. Les étudiants sont eux aussi cuisinés par « la sauce de la rigueur » avec la fin de la rétroactivité des aides aux logements et l’absence d’augmentation des bourses face à la vie chère.
Les mêmes mesures entraînent les mêmes conséquences. Peut-être que le vent de la colère soufflera prochainement dans l’hexagone s’inspirant de la jeunesse grecque ou portugaise ?
Antoine Splet







