« Les vacances, un symbole d’épanouissement qui doit devenir un droit », Stéphane Haar, président national de la JOC

juillet 8, 2009 by Lorène Barillot  
Filed under A la Une, on s'bouge

La JOC (Jeunesse Ouvrière Chrétienne) a effectué une enquête nationale sur la question des vacances. L’association a ainsi pu bien cerner les problèmes que rencontrent les jeunes qui ne partent pas ou ne « profitent pas » de leurs congés, afin de mieux les aider à s’épanouir dans ces périodes là, explique Stéphane Haar, nouveau président de la JOC.

Pourquoi la JOC travaille-t-elle sur le droit aux vacances ?

Cela fait 50 ans que nous travaillons sur cette question. En 1936, nous avons acquis le droit au temps libre. Aujourd’hui, le gouvernement remet en cause ce droit avec, par exemple, la généralisation du travail le dimanche ou par la banalisation des heures supplémentaires. Les vacances sont un symbole d’épanouissement, la JOC milite pour qu’elles soient reconnues comme un droit.

En 2008, la JOC a réalisé une enquête nationale auprès des jeunes sur la question des vacances, qu’en avez-vous appris ?

Cette enquête révèle que 40% des jeunes ne partent pas en vacances alors que 92% d’entre eux les considèrent comme très importantes. Elles sont nécessaires pour le développement personnel et la découverte du monde et des autres. Ceux qui ne partent pas en vacances viennent essentiellement de milieux populaires. Notre enquête a montré qu’il s’agit principalement d’un problème d’éducation et de moyens financiers.

Que proposez-vous ?

Nous proposons aux jeunes de vivre des vacances solidaires et citoyennes. Tous les ans la JOC propose aux jeunes des vacances à un prix accessible à tous (30€ la semaine). Des vacances militantes car une partie du temps est consacré à des activités solidaires (informations des jeunes travailleurs saisonniers sur le droit du travail, chantiers solidaires). Localement, nous organisons des sorties à la mer, nous soutenons les jeunes qui veulent mettre en place des activités sportives et culturelles dans leurs quartiers. Nous souhaitons avant tout montrer à chaque jeune qu’il peut être acteur des ses vacances de manière simple en faisant bouger son lieu de vie.

Quels types d’actions citoyennes mènerez-vous cet été ?

La JOC tiendra des permanences pour les jeunes travailleurs saisonniers dans 8 grandes villes touristiques. Il faut savoir que 14% de ces jeunes n’ont pas de contrat de travail et pour 25%, les heures supplémentaires ne sont pas payées. Les jocistes vont aller à leur rencontre pour les informer sur leurs droits et nous les aiderons à se défendre s’ils ont besoin.

Cette année la JOC lance une nouvelle campagne ?

Depuis septembre 2008, la JOC s’est lancée dans la campagne « La jeunesse [ça] se cultive » .Nous sommes au cœur de cette campagne de deux ans. Avec la campagne « La Jeunesse [ça] se cultive », on veut défendre le temps libre car il est celui de l’émancipation, de l’engagement et facilite ainsi l’insertion de chacun dans la société et offre la possibilité aux jeunes de la transformer. A travers cette campagne, nous poursuivrons bien sûr nos actions pour l’accès aux vacances pour tous. En période de crise, la JOC veut rappeler qu’il ne faut pas vivre pour travailler mais travailler pour vivre. Les loisirs et la culture sont la première chose que l’on met de coté quand on vit la précarité. Ce n’est pas acceptable.

Propos recueillis par Gaël Rouzier

La mer, le soleil et… la loi

juillet 8, 2009 by Lorène Barillot  
Filed under A la Une, France

L’été est là et on se prend à penser vacances, repos, détente. Mais ce n’est pas le cas de tout le monde… Les parlementaires entament une des périodes de l’année les plus chargées : fin de la discussion du projet de loi de casse des hôpitaux publics, examen du projet de loi contre les « bandes » visant à restreindre les libertés publiques, retour du projet de loi portant sur le travail du dimanche… Le programme est dense et les sujets lourds d’enjeux pour notre vie à tous. Quel hasard pousse le gouvernement à traiter ces questions au moment précis où des millions de Français prennent leurs vacances ?
C’est toute une conception de la démocratie qui se cache derrière ces pratiques peu glorieuses. Les Français manifestent par millions ? « Peu me chaud ! » dit Sarkozy. Les Français se détournent massivement des urnes et les votants n’accordent pas de majorité au pouvoir en place ? « Peu importe ! » disent Fillon et Hortefeux. La droite est au pouvoir et elle compte bien faire absolument tout ce qu’elle veut, quelle que soit la volonté du peuple.
Quelle sorte de démocratie est-ce là ? Ecoutons Robespierre : « La liberté consiste à obéir aux lois qu’on s’est données, et la servitude à être contraint de se soumettre à une volonté étrangère. »

 

Guillaume Quashie-Vauclin

Lutte des genres, lutte des classes

juillet 8, 2009 by Lorène Barillot  
Filed under A la Une, lutte

Des centaines de milliers de personnes ont défilé le 27 juin à Paris et à Berlin pour la Marche des Fiertés, 40 ans après une émeute à New York qui marqua le début du mouvement pour l’égalité des droits avec les hétérosexuels. De plus en plus de monde défilent chaque année, de plus en plus d’hétérosexuels s’intéressent à la question de l’homosexualité et de la transsexualité, et il semble de plus en plus mal vu, aujourd’hui, d’affirmer qu’on est homophobe.

Pourtant, le combat est loin d’être gagné pour tous les gays, lesbiennes, bisexuels et transsexuels, qui, faisant partie des plus discriminés dans notre société, font partie des plus précarisés. Les lesbiennes par exemple, discriminées d’abord à l’embauche, puis stigmatisées au sein de leur entreprise, connaissent une double peine.
Le taux de suicide chez les homosexuels et les transexuels est par ailleurs toujours trop élevé, dans notre société dont le modèle social n’est pas assez positif pour qu’ils s’y sentent bien.

Parce que la question est pleinement sociale. Se penser homme ou femme, se penser dans un genre, c’est se penser dans un habit que la société et l’Etat voudront nous faire porter.
La société d’abord, parce que la question minoritaire ne touche pas les seules minorités. Nous avons, inconsciemment ou non, l’idée que, si toutes les autres normes relèvent de la sphère politique, les normes sexuelles, elles, demeureraient naturelles. Tout le monde aurait donc son mot à dire. Mais doit-on considérer que les questions sexuelles, qu’il s’agisse de genre ou de sexualité, de mariage ou de famille, de filiation ou de reproduction, échappent à la délibération démocratique? Peut-on soutenir l’idée que tout est politique, sauf l’ordre sexuel, qui transcenderait la politique?
L’Etat ensuite, parce que la question sexuelle, en tant qu’enjeu politique, concerne aussi les institutions. Aujourd’hui, l’Etat français est tellement homophobe et transphobe qu’on en vient à se féliciter quand le Ministère de la Santé retire la transsexualité de la liste des maladies mentales. Ce qui est certes déjà bien, mais loin d’être suffisant.

Nous avons assisté à ce qu’on appelle l’inversion de la question homosexuelle, maintenant il s’agit d’y répondre. On se demandait hier encore : comment peut-on être homosexuel ? Aujourd’hui, on se pose de plus en plus la question inverse : comment peut-on être homophobe ? De manière générale, ce n’est plus tant la société qui interroge l’homosexualité, que l’homosexualité qui soumet la société à la question.

Il ne s’agit pas ici de porter des revendications communautaristes. Les interrogations sur le genre sont des éléments qui rejaillissent sur la place que chacun veut ou doit occuper dans la société. Il s’agit, comme pour le féminisme, de lutter contre les inégalités, contre la conception de l’être humain comme seul organe de reproduction, de production. Il s’agit, parallèlement à notre combat contre le capitalisme, de lutter contre la seule valorisation de la performance.